{"id":221,"date":"2017-12-12T03:23:13","date_gmt":"2017-12-12T02:23:13","guid":{"rendered":"http:\/\/recherche-action.fr\/emancipation-transformation\/?p=221"},"modified":"2017-12-12T03:49:39","modified_gmt":"2017-12-12T02:49:39","slug":"des-initiatives-citoyennes-economiques-dans-le-quartier-de-lariane-a-nice","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/recherche-action.fr\/emancipation-transformation\/2017\/12\/12\/des-initiatives-citoyennes-economiques-dans-le-quartier-de-lariane-a-nice\/","title":{"rendered":"Des initiatives citoyennes \u00e9conomiques dans le Quartier de l&rsquo;Ariane \u00e0 Nice"},"content":{"rendered":"<h1>Introduction<\/h1>\n<p>Depuis novembre 2016, des habitants du quartier populaire l&rsquo;Ariane situ\u00e9 \u00e0 Nice ont ouvert un espace; un Tiers Lieux atypique appel\u00e9 L&rsquo;UTOPIE, qui ne propose rien. Cet \u201cespace vide\u201d permet de labourer un champ de possibles \u00e0 faire ensemble : un espace salon, un coin cuisine, une biblioth\u00e8que, des livres \u00e9ducatifs, une armoire d&rsquo;outils (feutres et papier, machine \u00e0 coudre, viceuse&#8230;) : Bienvenue \u00e0 L&rsquo;UTOPIE. En mars 2017, des habitants cr\u00e9ent une extension sous la forme d&rsquo;un Tiers-Paysage, le jardin partag\u00e9 La PANPA (Potager Ariane Nord en Permaculture Associ\u00e9e). Le quartier est riche en ressources : terre \u00e0 cultiver, paysage de nature sauvage, fleuraison de d\u00e9chets et encombrants en tout genre, savoir-faire et comp\u00e9tences.<\/p>\n<p>Au regard des initiatives citoyennes \u00e9conomiques qui se d\u00e9veloppent dans le quartier de l&rsquo;Ariane, les enjeux de l&rsquo;\u00e9conomie populaire solidaire sont pr\u00e9sents : r\u00e9pondre \u00e0 des besoins non-couvertss ou mal couverts en essayant de construire des outils vivants,\u00a0 qui sortent des dispositifs, pour inventer un \u00e9co-syst\u00e8me et un \u201cBien vivre\u201d. Pour reprendre Maslow[1], les motivations d\u2019une personne r\u00e9sultent de l\u2019insatisfaction de certains de ses besoins. \u00a0Les besoins physiologiques concrets sont des besoins directement li\u00e9s \u00e0 la survie de l\u2019individu ou de l\u2019esp\u00e8ce (manger, boire, se v\u00eatir, se reproduire, dormir&#8230;) \/ les besoins de s\u00e9curit\u00e9 proviennent de l\u2019aspiration de chacun d\u2019entre nous \u00e0 \u00eatre prot\u00e9g\u00e9 physiquement et moralement \/ les besoins d\u2019appartenance correspondent \u00e0 aux besoins d\u2019amour et de relation des personnes\u00a0\/ les besoins d\u2019estime correspondent aux besoins de consid\u00e9ration, de r\u00e9putation et de reconnaissance, de gloire, de respect de soi-m\u00eame et de confiance en soi \/ le besoin d\u2019auto-accomplissement correspond au besoin de se r\u00e9aliser, d\u2019exploiter et de mettre en valeur son potentiel personnel.<\/p>\n<p>Nous partons de l&rsquo;hypoth\u00e8se que l&rsquo;\u00e9conomie populaire solidaire peut r\u00e9pondre \u00e0 ces besoins et est un vivier d&rsquo;innovations fragiles qui cherchent un mod\u00e8le \u00e9conomique stable et concret (habitat partag\u00e9, auto-r\u00e9habilitation de logements, friche culturelle et artistique, auto-organisation des habitants, cantine participative, ateliers autog\u00e9r\u00e9s, groupe d\u2019achat, FabLab et Repaire caf\u00e9, syst\u00e8mes d\u2019\u00e9changes, ressourcerie, d\u00e9chetterie associative \u00a0\u2026<\/p>\n<p>Cet article se propose d&rsquo;apporter un regard dans le cadre de la Recherche-Action et d&rsquo;\u00e9clairer sur des pratiques d&rsquo;initiatives citoyennes qui cr\u00e9e une \u00e9conomie populaire solidaire s&rsquo;articulant entre individualit\u00e9 et collectif, entre solidarit\u00e9 et convivialit\u00e9, entre logique \u00e9conomique et politique.<\/p>\n<h1>A \u2013 Ressources non-monn\u00e9taires<\/h1>\n<h2>1) Des communs en partage<\/h2>\n<p>&#8211; Un matin, parmi les encombrants du quartier, un habitant trouve un grand frigo et le ram\u00e8ne jusqu&rsquo;au Tiers-Lieu. Peu de temps apr\u00e8s, le frigo est branch\u00e9 (il fonctionne) et est rempli par les invendus des commer\u00e7ants dont la date de p\u00e9remption est encore valide. Dans la cuisine de L&rsquo;UTOPIE, en quelques heures, les habitants ont cr\u00e9\u00e9 un frigo partag\u00e9. ChacunE se sert et en laisse pour les autres. Ces invendus \u00e0 partager ont \u00e9t\u00e9 le pr\u00e9texte de faire des repas le midi tous ensemble.<\/p>\n<p>&#8211; Des livres et jouets sont souvent jet\u00e9s. Les habitants les ramassent et les d\u00e9posent devant L&rsquo;UTOPIE qui est devenu une Zone de Gratuit\u00e9. Au d\u00e9but, chacun se servait maintenant, dans la r\u00e9ciprocit\u00e9, chacun se sert et d\u00e9pose. Certains livres sont d\u00e9pos\u00e9s, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, dans la biblioth\u00e8que commune (romans, po\u00e9sies, livres d&rsquo;apprentissage&#8230;). D&rsquo;autres livres viennent remplir le vieux piano de bois transform\u00e9 en biblioth\u00e8que de Sciences Humaines et Sociales, Sciences politiques et \u00e9conomie. Les habitants \u00e9changent leur point de vue sur les livres, glissent des notes de lecture entre les pages, conseillent tel ouvrage pour potentiellement nourrir un d\u00e9bat ou r\u00e9pondre \u00e0 des questionnements.<\/p>\n<p>Le d\u00e9chet devient commun et r\u00e9pond \u00e0 des besoins propres \u00e0 chacun (se nourrir, se cultiver, se d\u00e9tendre, jouer). Une forme d&rsquo;\u00e9conomie populaire non-mon\u00e9taire s&rsquo;exp\u00e9riment et s&rsquo;organise collectivement au quotidien. La plus-value soci\u00e9tale est importante. Momo, le voisin d&rsquo;en face qui est malade, sort tous les jours pour venir fouiner \u00e0 la Zone de Gratuit\u00e9 qui devient, jour apr\u00e8s jour, pr\u00e9texte \u00e0 la discussion et \u00e0 la rencontre.<\/p>\n<h2>2) Le Tiers-Lieux comme incubateur de convivialit\u00e9S<\/h2>\n<p>L&rsquo;UTOPIE a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par et pour les habitants qui proposent et \u00e9changent des activit\u00e9s. De mani\u00e8re empririque, il s&rsquo;est mis en place un r\u00e9seau informel d&rsquo;\u00e9change de savoir : A\u00eecha donne des cours d&rsquo;arabe et Hamama de fran\u00e7ais, Jean, C\u00e9line (\u00e9ducatrice sp\u00e9cialis\u00e9e) et Hayet font du soutien scolaire deux soirs par semaine, S\u00e9da m\u00e8ne des ateliers Arts Plastiques, Jackie de l&rsquo;aquarelle pendant que Gilbert organise des expositions des oeuvres des habitants, Rabia s&rsquo;occupe de la couture. Collectivement les habitants du lieu organisent des sorties culturelles, pr\u00e9parent le carnaval, des f\u00eates de quartier, deux mardis apr\u00e9s midi par mois on \u00e9change des reccettes de \u201cg\u00e2teaux du monde\u201d et le reste du temps on \u00e9change des conseils et m\u00e9thode pour g\u00e9rer les probl\u00e8mes li\u00e9s au quotidien et aux besoins premiers (sant\u00e9, logement, emploi, parentalit\u00e9, couple, sexuali\u00e9\u2026), atelier th\u00e9\u00e2tre forum, lectures, projections&#8230;<\/p>\n<p>Mais, dans le Tiers-Lieux, personne n&rsquo;est b\u00e9n\u00e9vole. Les habitants n&rsquo;adh\u00e8rent pas \u00e0 un service mais \u00e0 un projet politique et sont pleinement acteurs de tout ce qui est propos\u00e9 et partag\u00e9. La solidarit\u00e9 n&rsquo;est pas sous l&rsquo;angle de la philanthropie qui cible la pauvret\u00e9 mais dans une d\u00e9marche territoriale de transformation sociale : les \u00e9changes sont repens\u00e9s et exp\u00e9riment\u00e9s pour faire \u00e9cosyst\u00e8me.<\/p>\n<p>En outre, \u201c l&rsquo;entre-aide\u201d entre voisins d\u00e9veloppe le lien social, avec la notion de confiance que cela suppose, et r\u00e9pond \u00e0 des besoins fondamentaux comme l&rsquo;appartenance \u00e0 un groupe et l&rsquo;estime de soi. On peut noter des cons\u00e9quences positives en terme de sant\u00e9 psychologique, ce qui rayonne sur l&rsquo;ensemble des activit\u00e9s d&rsquo;un individu.<\/p>\n<h2>3) Tiers paysage et \u00e9conomie populaire des communs<\/h2>\n<p>Le Tiers-Paysage, \u201cfragment ind\u00e9cid\u00e9 du Jardin Plan\u00e9taire &#8211; d\u00e9signe la somme des espaces o\u00f9 l\u2019homme abandonne l\u2019\u00e9volution du paysage \u00e0 la seule nature. Il concerne les d\u00e9laiss\u00e9s urbains ou ruraux, les espaces de transition, les friches, marais, landes, tourbi\u00e8res, mais aussi les bords de route, rives, talus de voies ferr\u00e9es, etc\u2026[2]\u201c<\/p>\n<h3>a) Se r\u00e9approprier les espaces publics<\/h3>\n<p>Dans le quartier de l&rsquo;Ariane, les habitants-acteurs ont nettoy\u00e9 un espace d\u00e9laiss\u00e9 et sont entr\u00e9s en n\u00e9gociation avec la maire et la M\u00e9trop\u00f4le pour obtenir la mise \u00e0 disposition et la gestion du lieu. Ils ont cr\u00e9\u00e9 un jardin partag\u00e9 autonome, La Panpa, depuis mars 2017. L&rsquo;association porte juridiquement le projet pour mutualiser assurance, compte en banque&#8230; Une douzaine de personnes jardinent, am\u00e9nagent le lieu, s&rsquo;occupent des enfants qui viennent, nourrissent le compost \u2026 mais aussi g\u00e8rent et coordonnent leur activit\u00e9 en toute libert\u00e9 et ind\u00e9pendance.\u00a0 Les constructionss du jardin ont \u00e9t\u00e9 faite \u00e0 partir de bois de palettes r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es, de bidons et autres mati\u00e8res premi\u00e8res jet\u00e9es. Ces d\u00e9chets sont devenus mobilier !<\/p>\n<h3>b) Partage des propri\u00e9t\u00e9s<\/h3>\n<p>Un voisin est venu \u00e0 L&rsquo;UTOPIE : \u201cJ&rsquo;ai un jardin \u00e0 vous mettre \u00e0 disposition si vous voulez\u201d. 6 planches en restanques seront, probablement, mises en commun d&rsquo;ici peu de temps et le projet serait de cultiver la biodiversit\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale, d&rsquo;entretenir les fruitiers et de les r\u00e9colter, de cr\u00e9er un poulailler partag\u00e9 et de construire un rucher collectif en \u00e9levant les essaims. Situ\u00e9 en pied de collines et la Nature est tr\u00e8s proche, ce Tiers-Lieu peut \u00eatre le point de d\u00e9part de randonn\u00e9es-cueillette : noisettes, figues, asperges, etc&#8230;<\/p>\n<p>L&rsquo;appropriation d&rsquo;une friche publique ou priv\u00e9e permet de f\u00e9d\u00e9rer des ressources au service du d\u00e9veloppement alternatif local d&rsquo;un quartier.\u00a0 \u201cLe jardin, qu&rsquo;il soit potager ou d&rsquo;agr\u00e9ment, n&rsquo;est pas qu&rsquo;un loisir ! Il s&rsquo;instaure une autre logique\u00a0; celle des ressources communes\u00a0: la terre, l&rsquo;eau, la connaissance, l\u2019\u00e9change d&rsquo;exp\u00e9riences et l&rsquo;organisation collective. C&rsquo;est \u00e0 dire les pr\u00e9mices d&rsquo;une (auto)suffisance intellectuelle et mat\u00e9rielle bas\u00e9e sur le partage et l&rsquo;appropriation des espaces[3]\u201d.<\/p>\n<h1>B \u2013 Ressources financi\u00e8res<\/h1>\n<h2>1) Vers l&rsquo;exp\u00e9rimentation d&rsquo;une \u00e9conomie commune<\/h2>\n<p>Chaque dimanche \u00e0 L&rsquo;UTOPIE, des habitants ouvrent une Friperie-brocante. Les v\u00eatements et objets, propos\u00e9s \u00e0 la vente pour une somme modique[4], \u00e9taient destin\u00e9s \u00e0 l&rsquo;incin\u00e9rateur. Le \u201cd\u00e9chet\u201d devient ressource. Tr\u00e8s rapidement, nous nous sommes pos\u00e9s la question : \u201cQue faire de l&rsquo;argent ?\u201d. Les habitants-acteurs de la Friperie-brocante ont d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;en faire un Fond de soutien financier pour les inititatives citoyennes du quartier. Chaque mois, l&rsquo;action dominicale rapporte entre 550 et 700 euros soit plus qu&rsquo;un Fonds de Participation des Habitants mis en place dans le cadre de la Politique de la Ville. Cette \u00e9conomie populaire peut financer un Journal de quartier autonome, des actions d&#8217;embellissement ou de v\u00e9g\u00e9talisation hors des dispositifs institutionnels.<\/p>\n<p>De plus, la Friperie-brocante a lieu le dimanche; journ\u00e9e anxiog\u00e8ne pour beaucoup de personnes car la vie sociale du quartier est ralentie, les associations et certains commerces sont ferm\u00e9s. Ainsi, l&rsquo;action remplit le vide social et permet \u00e0 6 personnes isol\u00e9es de pouvoir devenir acteurs : certains rangent l&rsquo;espace, d&rsquo;autres g\u00e8rent la caisse, on se t\u00e9l\u00e9phone dans la semaine pour se donner rdv et aller r\u00e9cup\u00e9rer quelque chose&#8230; Elise t\u00e9moigne : \u201cJ&rsquo;attends le dimanche avec impatience\u201d et Chantal pr\u00e9cise \u201cOn va beaucoup travailler mais qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on va rigoler!\u201d. Cette organisation, qui tisse des liens sociaux riches, est une force vivante d&rsquo;innovation sociale en dehors des cadres politiques et institutionnels. La ressource du quartier, quelle soit financi\u00e8re ou humaine, est redistribu\u00e9e pour le quartier. Ainsi, Monsieur X qui aurait pu en faire une activit\u00e9 \u00e9conomique personnelle a trouv\u00e9 le sens en rendant l&rsquo;action collective, sans hi\u00e9rarchie, au b\u00e9n\u00e9fice de toutes et tous.<\/p>\n<p>Enfin, il y a aussi des points n\u00e9gatifs \u00e0 travailler : probl\u00e8mes de vols dans la caisse commune, conflits d&rsquo;\u00e9gos, ou autres agressivit\u00e9s verbales ou physiques. La charte d&rsquo;organisation du lieu a permis de temp\u00e9rer ces probl\u00e9matiques notamment par l&rsquo;exclusion. Cette \u201csanction\u201d est extr\u00eame et radicale mais le collectif et ses actions sont des organismes vivants qui composent un eco-syst\u00e8me fragile qu&rsquo;il faut prot\u00e9ger.<\/p>\n<h2>2) Un autre rapport \u00e0 l&rsquo;entreprenariat<\/h2>\n<p>Une dizaine d&rsquo;habitants souhaite cr\u00e9er ou d\u00e9clarer une activit\u00e9 \u00e9conomique. Le statut d&rsquo;auto-entrepreneur n&rsquo;est pas le plus avantageux : perte des droits sociaux, solitude dans la gestion de l&rsquo;activit\u00e9&#8230; Ainsi, certains ont d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;int\u00e9grer ou de cr\u00e9er une Coop\u00e9rative d&rsquo;Activit\u00e9s et d&#8217;emplois (CAE). C&rsquo;est \u00e0 dire une entreprise collective dont chaque salari\u00e9 est propri\u00e9taire. Les activit\u00e9s \u00e9conomiques pourraient \u00eatre : ressourcerie, couture, art, artisanat, ateliers cr\u00e9atifs,\u2026 L&rsquo;id\u00e9e est encore de se servir de la ressource inutilis\u00e9e ou gaspill\u00e9e pour g\u00e9n\u00e9rer de la richesse locale. Par exemple : r\u00e9nover un meuble ou un objet, ramasser des carrelages jet\u00e9s pour des ateliers mosa\u00efques, \u00a0transformer des vieux jeans en sacs \u00e0 main&#8230;<\/p>\n<p>Ce projet de CAE va prendre du temps avant de se mettre en place. En attendant, les activit\u00e9s peuvent se tester dans une Couveuse.<\/p>\n<p>Dans notre contexte local, ce rapport \u00e0 une autre forme d&rsquo;entreprenariat semble le plus compliqu\u00e9 \u00e0 se mettre en place. Pourquoi ? Est-ce le fait de rentrer dans un dispositif institu\u00e9, dans un cadre d\u00e9fini qui semble inamovible ? Est-ce l&rsquo;impression de redevenir b\u00e9n\u00e9ficiaire \/ usager d&rsquo;un service institutionnel ou le fait de penser son individalit\u00e9 dans le collectif ?<\/p>\n<h3>3) Des perspectives<\/h3>\n<p>Des pistes de financements peuvent s&rsquo;envisager pour consolider un mod\u00e8le \u00e9conomique concret : interpeller les bailleurs et les entreprises du quartier qui pourraient soutenir \u00e9conomiquement des actions. En contre-partie, ceux-ci peuvent b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;une d\u00e9duction d&rsquo;imp\u00f4ts. Dans la m\u00eame id\u00e9e, il est possible de mettre en place un financement participatif.<\/p>\n<p>Mais, soutiendraient-ils la d\u00e9marche globale ? Est-ce mettre en danger les initiatives citoyennes force de subversion ? N\u2019est-ce pas agir directement sur la redistribution des imp\u00f4ts ?<\/p>\n<p>D&rsquo;autres sources de financements mat\u00e9riels et immat\u00e9riels peuvent encore \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9es : mutualisation de v\u00e9hicules, transport de personnes pour lever les freins \u00e0 la mobilit\u00e9, vente de mat\u00e9riaux recycl\u00e9s (m\u00e9taux, m\u00e9gots&#8230;).<\/p>\n<h1>C &#8211; Ressources politiques<\/h1>\n<h2>1) La participation des\u00a0 habitants ?<\/h2>\n<p>A l&rsquo;Ariane, des habitants se r\u00e9approprient leur territoire et s&rsquo;organisent pour redessiner la cartographie du quartier \u00e0 partir de leur v\u00e9cu et de leurs activit\u00e9s dans une logique \u00e9pist\u00e9mique. C&rsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;ils r\u00e9interrogent le d\u00e9veloppement sous plusieurs angles (g\u00e9ographique, architectural, \u00e9conomique, botanique&#8230;) pour d\u00e9finir un plan d&rsquo;actions co-construit dans la mesure du possible ou auto-organis\u00e9. B\u00e9n\u00e9ficiant de la loi de f\u00e9vrier 2014, certains habitants ont constitu\u00e9 un Conseil Citoyen qui se d\u00e9cline en plusieurs groupes de travail th\u00e9matiques ouvert \u00e0 toutes et tous. Il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 facile de l\u00e9gitimer le Conseil Citoyen et la participation des habitants par les collectivit\u00e9s. Et est-ce vraiment le cas ? La participation des habitants est un terme qui est bafouill\u00e9 ou cri\u00e9 de toutes parts comme un effet de mode d\u00e9mocratique d\u00e9culpabilisant. De l&rsquo;information \u00e0 la co-conceptualisation en passant par la concertation et la co-construction \u2026 nous sommes devant une \u00e9chelle dont les barreaux sont nombreux pour aller du bas vers le haut. Pourtant, il s&rsquo;agit d&rsquo;impliquer le citoyen \u201cle plus t\u00f4t possible dans les projets\u201d. N&rsquo;est-ce pas sur cette id\u00e9e que s&rsquo;est construite la politique de la ville il y a une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es ?<\/p>\n<h2>2) Une d\u00e9marche de changement<\/h2>\n<p>Ces habitants qui agissent cr\u00e9ent, inventent dans les espaces interstitiels (espace public, le Tiers Lieux ou les Tiers-Paysage) tiennent des positions critiques qui questionnent le mod\u00e8le soci\u00e9tale dominant et propose des actions alternatives et innovantes en mat\u00e8re de gestion du territoire, de communication&#8230; Il s&rsquo;agit de trouver sa l\u00e9gitimit\u00e9 par l&rsquo;action collective pour entamer des n\u00e9gociations avec les collectivit\u00e9s et co-construire une d\u00e9marche de transformation sociale. Ainsi, l&rsquo;id\u00e9e est d&rsquo;adapter des politiques publiques, non plus plaqu\u00e9 sur les mod\u00e8les standars d&rsquo;un \u00e9tat centralis\u00e9, mais qui r\u00e9pondent aux besoins et aux envies des habitants.<\/p>\n<p>Pour construire un changement permanent, les habitants forment une communaut\u00e9 m\u00eame si le terme est souvent critiqu\u00e9. Nous consid\u00e9rons le concept comme une \u201ccommunaut\u00e9s de pratiques\u201d qui peut se d\u00e9finir comme \u00ab des groupes d&rsquo;individus qui ont une histoire commune, interagissent fortement, partagent des connaissances et rencontrent des probl\u00e8mes proches au sein d&rsquo;une m\u00eame organisation. (&#8230;) Elles sont caract\u00e9ris\u00e9es par trois dimensions : un engagement mutuel, une entreprise commune et un r\u00e9pertoire partag\u00e9\u00bb (Benghozi et alii, 2003, p. 2).<\/p>\n<p>Les r\u00e9ussites sont encore rares mais doivent se f\u00eater pour garder la motivation et l&rsquo;enthousiasme. Il est important de souligner la \u201ctransversalit\u00e9 des luttes\u201d pour cr\u00e9er un nouvel \u00e9cosyst\u00e8me de Bien vivre qui partent des traditions et des savoirs d&rsquo;usage.<\/p>\n<h2>3) Une question de pouvoir<\/h2>\n<p>Deux formes de Pouvoir nous appara\u00eessent :<\/p>\n<p>&#8211; dans le cadre de la Participation des Habitants, nous sommes en face d&rsquo;un Pouvoir citoyen qui agit dans un mod\u00e8le socio-lib\u00e9ral r\u00e9gul\u00e9 par les institutions et la participation d\u00e9mocratique dans le sens d\u2019une \u201cbonne gouvernance d\u00e9mocratique et citoyenne\u201d pour citer Marie H\u00e9l\u00e8ne Bacqu\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; dans le cadre du changement, nous sommes face \u00e0 un Pouvoir populaire qui s&rsquo;incarne dans un mod\u00e8le plus radical, centr\u00e9 sur la transformation sociale par l&rsquo;action contre toute h\u00e9g\u00e9monie et plus cr\u00e9atif centr\u00e9 sur la culture du champ des possibles et du \u201cBuen vivir\u201d. Nous pouvons, dans ce sens, citer plusieurs t\u00e9moignages concrets :\u00a0 p\u00e9dagogie des opprim\u00e9s en Am\u00e9rique latine (Paolo Freire ou Augusto Boal), l&#8217;empowerment de Saul Alinsky ou la convivialit\u00e9 de Ivan Illicht.<\/p>\n<h1>CONCLUSION<\/h1>\n<p>Nous pouvons constater, depuis des d\u00e9cennies, les \u00e9checs de l&rsquo;\u00e9conomie capitaliste qui creuse les in\u00e9galit\u00e9s avec des dispositifs institut\u00e9s notamment ceux de l&rsquo;Economie Sociale et Solidaire. En effet, l&rsquo;\u00e9conomie solidaire instituante des ann\u00e9es 80 semble avoir \u00e9t\u00e9 aspir\u00e9e par l&rsquo;approche dominante de l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9.<\/p>\n<p>En opposition, nous pensons que c&rsquo;est\u00a0 dans des espaces interstitiels et informels que s&rsquo;inventent, en France, une \u00e9conomie populaire solidaire qui doit trouver sa l\u00e9gitimit\u00e9 aupr\u00e8s des pouvoirs publics. Pour nous, remplacer le terme de social par populaire[5] n&rsquo;est pas vide de sens. L&rsquo;ESS semble appliquer le terme social \u00e0 l&rsquo;entreprenariat, au marketing, \u00e0 l&rsquo;innovation (en opposion \u00e0 la transformation), au business dans une vision productiviste et patriarcal.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9conomie populaire solidaire cherche un nouveau sch\u00e9ma de d\u00e9veloppement local alternatif qui s&rsquo;incrit dans une hybridation des ressources (\u00e9conomie domestique[6], \u00e9conomie conviviale[7], biodiversit\u00e9 humaine et v\u00e9g\u00e9tale&#8230;). L&rsquo;\u00e9conomie capitaliste consid\u00e8re l&rsquo;humain comme un usager ou un consommateur domin\u00e9 par la marchandisation, les lois de l&rsquo;offre et de la demande, la cr\u00e9ation de besoins.\u00a0 L&rsquo;\u00e9conomie populaire solidaire est construite par des acteurs. Cela redonne un sens \u00e9thique aux relations sociales et repose la question de la propri\u00e9t\u00e9. Le Tiers-Lieux comme L&rsquo;UTOPIE, les Tiers-Paysages, les entreprises collectives appartiennent \u00e0 toutes et tous. Ils sont \u00e0 l&rsquo;image de ce qu&rsquo;en fait le collectif dans sa qualit\u00e9 de relation \u00e0 l&rsquo;autre, dans son appropriation du territoire et dans ses modes d&rsquo;organisation et de d\u00e9cision.<\/p>\n<p>En ce qui nous concerne les initiatives citoyennes du quartier de l&rsquo;Ariane, le mod\u00e8le \u00e9conomique est encore \u00e0 consolider car nous en sommes \u00e0 la phase d&rsquo;exp\u00e9rimentation qui pose la question du rapport au temps. En outre, il est certain que la ressource qui \u00e9mane du territoire g\u00e9n\u00e9re de la richesse, que les plus-values en terme de \u201cfaire soi-m\u00eame\u201d, \u201cde faire ensemble\u201d et en terme de relations \u00e0 soi et \u00e0 l&rsquo;autre sont importantes.\u00a0 Aujourd&rsquo;hui, il nous appara\u00eet deux enjeux :<\/p>\n<p>&#8211; r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 de nouveaux indicateurs qui soient en capacit\u00e9 de mesurer cette richesse immat\u00e9rielle pour \u00eatre reconnue comme une force agissante<\/p>\n<p>&#8211; trouver d&rsquo;autres ressources pour p\u00e9renniser la d\u00e9marche tout en restant libre et en restant vigilent \u00e0 ne pas vider les d\u00e9marches de leur sens \u00e9thique et politique.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;\u00e9conomie populaire solidaire trouve tout son sens dans sa relation au pouvoir. Il ne s&rsquo;agit pas de penser la transformation sociale dans des cadres institu\u00e9s mais de l&rsquo;exp\u00e9rimenter dans des cadres instituants qui forme un laboratoire citoyen comme une ressource de la connaissance.\u00a0 Le rapport au temps est essentiel. Il n&rsquo;est pas question d&rsquo;impulser une r\u00e9volution imminente (voir violente) mais, d&rsquo;imaginer une \u00e9volution syst\u00e9mique par la praxis.<\/p>\n<p>Par Christophe Giroguy<\/p>\n<p>[1]\u00a0\u00a0 Maslow hi\u00e9rarchise les besoins par une pyramide \u00e0 5 \u00e9tages. Un individu peut \u00eatre plus sensible \u00e0 un besoin plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 un autre. La classification des besoins humains par ordre d\u2019importance n&rsquo;est plus d&rsquo;actualit\u00e9.<br \/>\n[2]\u00a0\u00a0 Le Manifeste du Tiers-Paysage de Gilles Cl\u00e9ment, 2003, aux Editions Sujet\/Objet<br \/>\n[3]\u00a0\u00a0 Voir article \u00ab\u00a0Des Tiers-Espaces d&rsquo;\u00e9mancipation par l&rsquo;action\u00a0\u00bb de Christophe Giroguy et le Collectif des UtopienNEs du quartier de l&rsquo;Ariane \u00e0 Nice.<br \/>\n[4]\u00a0\u00a0 Soucieux d&rsquo;une certaine justice sociale, des v\u00eatements, objets, meubles sont \u00e9galement donn\u00e9s \u00e0 des personnes dans la pr\u00e9carit\u00e9.<br \/>\n[5]\u00a0\u00a0 En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des mouvements am\u00e9rindiens.<br \/>\n[6]\u00a0\u00a0 la transformation des achats alimentaires en biens de consommation (repas)\u00a0; les activit\u00e9s de service, telles\u00a0: le m\u00e9nage et les travaux de couture, le jardinage, bricolage et petites r\u00e9parations.<br \/>\n[7]\u00a0\u00a0 L&rsquo;\u00e9conomie conviviale semble tr\u00e8s proche de l&rsquo;\u00e9conomie domestique mais elle est tourn\u00e9e vers les autres. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une forme de dons gratuits qui prennent en charge une partie de la vie sociale et \u00e9conomique. Elle est donc constitu\u00e9e pour l&rsquo;essentiel par des activit\u00e9s d&rsquo;entraide, d&rsquo;animation sociale et de loisirs hors de la famille, et ne donnant pas lieu \u00e0 une quelconque r\u00e9mun\u00e9ration au sens de l&rsquo;\u00e9conomie capitaliste classique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Depuis novembre 2016, des habitants du quartier populaire l&rsquo;Ariane situ\u00e9 \u00e0 Nice ont ouvert un espace; un Tiers Lieux atypique appel\u00e9 L&rsquo;UTOPIE, qui ne propose rien. Cet \u201cespace vide\u201d permet de labourer un champ de possibles \u00e0 faire ensemble : un espace salon, un coin cuisine, une biblioth\u00e8que, des livres \u00e9ducatifs, une armoire d&rsquo;outils [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":222,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-221","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-un-autre-rapport-au-travail-qui-nous-travaille","debut-has-thumb"],"jetpack_featured_media_url":"http:\/\/recherche-action.fr\/emancipation-transformation\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2017\/12\/concert-improvis\u00e9-\u00e0-la-friperie-du-dimanche1.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p99TIZ-3z","post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/emancipation-transformation\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/emancipation-transformation\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/emancipation-transformation\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/emancipation-transformation\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/emancipation-transformation\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=221"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/emancipation-transformation\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":225,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/emancipation-transformation\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221\/revisions\/225"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/emancipation-transformation\/wp-json\/wp\/v2\/media\/222"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/emancipation-transformation\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=221"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/emancipation-transformation\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=221"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/emancipation-transformation\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=221"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}