CPCV

Présentation

Cette partie présentation est la synthèse d’un entretien réalisé entre l’équipe associative et le laboratoire de recherche (LISRA) le second semestre 2018.

La Coordination pour Promouvoir Compétences et Volontariat est née en 1942 (en tant que Centre Protestant de Colonies de Vacances, au départ). Elle est liée à l’histoire du protestantisme dans un premier temps et s’est engagée dans les années 1980 dans les dispositifs civils, alternatifs au service militaire, dont l’objection de conscience. C’est une association nationale avec des organisations par région (chaque CPCV régionale a sa spécificité), dont, depuis 2005 CPCV Aquitaine qui s’est étendue jusqu’au Limousin depuis le passage à la grande Région.

En janvier 2017 la CPCV Aquitaine s’est ouverte sur la Corrèze en s’appuyant sur l’association CORELIDE (co-développement Corrèze – Grèce, pour maintenir la culture environnementale, le patrimoine de la mémoire..) et en utilisant le Service Civique comme levier pour intervenir sur le territoire.

Une des valeurs de la CPCV est de partir de la « base » et de faire remonter les réalités de terrain. La base c’est le territoire, les salariés, les jeunes volontaires en Service Civique. Cependant, les réalités corréziennes ont peu à voir avec les réalités girondines. La Direction Régionale et la grande Région sont des partenaires, mais leur approche est très « métropolisée ». Depuis Bordeaux, il était difficile de développer notre action sur la Corrèze. Donc une salariée a décidé de passer une semaine par mois en Corrèze, en développant le poste en bénévole pendant 6 mois dans un premier temps avant d’obtenir un poste Fonjep.

Au sein de l’association, l’aspect politique est peu abordé même si à titre individuel des engagements politiques peuvent apparaitre. Il existe pourtant des plateformes associatives pour que les associations se positionnent politiquement. Nous ne nous engageons pas collectivement, peut-être par peur des représailles, étant donné que nous sommes très portés par l’État ou la Région.

Au sujet de la gouvernance, le recrutement des membres du CA, leur faible implication dans l’association et l’absence de délégation dans la prise de décision sont problématiques. Les décisions mettent longtemps à être signées, il y a une inertie de fonctionnement. Pourtant, et même s’il est compliqué de passer outre, nous évitons le fonctionnement pyramidal, ce n’est pas un schéma qui nous intéresse. Il y a une revendication de cogestion et de coresponsabilité. Nous avons travaillé sur ces mots pour être sûrs que nous parlions de la même chose. Mais la « gestion » est vraiment un terme économique et comptable, propre au milieu de l’entreprise. Donc nous sommes plutôt sur de la coresponsabilité que de la cogestion. L’écart entre la dimension entrepreneuriale et la dimension éducation populaire fait que nous ne sommes pas toujours sur la même longueur d’onde.

La relation avec certaines institutions et d’autres fédérations d’éducation populaire sont parfois compliquées, car le terme protestant fait peur. On sent chez elles un manque de culture de la laïcité. Nous travaillons sur le même terrain qu’elles, celui de l’aide aux plus défavorisés.

Les jeunes de la ruralité avec qui nous travaillons ont beaucoup de difficultés, il y a des problèmes d’addiction, de non-recours au droit… Notre objectif est de ne pas exclure des jeunes parce qu’ils ont des problématiques. C’est un travail de fourmi de monter une mission de Service Civique, il faut parfois un an après le premier rendez-vous pour qu’une mission débute enfin. Cela implique des dimensions sociales complexes qui nous ont poussés à renforcer l’équipe avec une éducatrice spécialisée.

Nous avons le projet de réhabiliter une ancienne auberge qui pourrait devenir un tiers lieu associatif que d’autres associations pourraient occuper. Il y a des hébergements possibles pour des jeunes et cela pourrait être un lieu de formation.

Problématisation

Cette partie propose de faire émerger des problématiques transversales à partie de l’analyse de l’entretien par l’équipe de recherche en dialogue avec la démarche réflexive engagée par les acteurs associatifs.

Écosystème, multitude et communs

Une nouvelle association qui s’implante sur un territoire, depuis l’extérieur, doit faire un travail de compréhension du maillage institutionnel, de l’écosystème à l’œuvre et de la sociabilité d’une localité. Comment faire en sorte que ces éléments soient aidant et non des freins ? Comment dans cette logique d’implantation ne pas rester en éternel extérieur au territoire, participer à la vie locale et se laisser transformer par la vie locale ?

Tantôt le tissu institutionnel local est un levier, tantôt un frein. Comment ouvrir les espaces de discussion qui amènent les uns et les autres sur un autre terrain que celui de leurs affaires courantes et la défense de leur institution, pour penser le sens de l’activité et du commun dans une localité ?

L’empêchement à agir lié aux conflits de valeurs (sur les différentes acceptions de la laïcité par exemple) soulève le manque d’espaces en dehors des associations, des institutions et des centralités locales, qui mettraient en discussion les différentes approches. Ces espaces propres au territoire permettraient de faire émerger un commun qui ne serait pas une forme de dilution des valeurs, mais au contraire, la condition de leur croisement et de leur mise en controverse, qui s’articulerait avec l’action associative, plutôt que de la bloquer.

Les réformes territoriales et la centralité Bordelaise de la grande Région N-A provoquent une distance par rapport aux territoires d’activité et ont tendance à engendrer des déplacements, des changements de parcours et d’habitat pour le personnel associatif. Il y a peut-être ici une reconfiguration profonde en train de se jouer sur le rapport au territoire d’activité (lien transfiguré par rapport au communément admis de la localité) et sur le rapport à la carrière dans le secteur associatif (multiplicité des fonctions et des terrains de leur exercice).

Tensions entre la logique de transformation de l’éducation populaire et la logique gestionnaire de l’entreprise.

Il semble que dans un environnement extérieur complexe et instable (économie et politiques publiques en mouvement permanent) et dans des organisations avec des changements fréquents de carrières individuelles, il soit difficile de prendre le temps et l’espace pour analyser, penser et construire sur le terrain une visée holistique de l’activité associative. Une articulation entre dispositifs, développement associatif et vie des territoires semble nécessaire, mais comment agencer les trois dans une perspective de transformation sociale et d’éducation populaire et non de reproduction sociale ? Est-ce qu’il est possible d’instrumentaliser les dispositifs sans se faire instrumentaliser par eux ? (Surtout s’il n’y a pas d’espace pour la discussion de dimensions politiques).

Travailler sur ces problématiques revient à se demander comment émergent les valeurs propres au projet associatif. Comment sont-elles discutées dans l’association et quels sont les espaces dédiés pour ce faire ? Quels processus réflexifs font apparaitre les projets ?

L’espace de controverse et d’élaboration d’un savoir commun est d’autant plus important que des cultures liées à différents métiers (vus comme activité professionnelle et plus largement comme positionnements possibles dans l’association : administrateur, salarié, volontaire, bénévole…) semblent entrer en confrontation. Notamment la culture entrepreneuriale de la comptabilité, de la gestion, du management qui éloigne le milieu associatif de ses valeurs émancipatrices. Ouvrir un espace réflexif (en interne de l’association) est un moyen de conjuguer les trajectoires et objectifs de carrière individuelle avec la dimension collective et la transformation sociale souhaitée par les associations d’éducation populaire. Mais cela demande au collectif d’être prêt à ouvrir la discussion aux dimensions politiques.

En plus des aspirations professionnelles, les logiques économiques et comptables enserrent l’activité associative. Est-il possible de conjuguer les valeurs de l’éducation populaire (transformation sociale, émancipation, rupture avec les formes multiples de domination) ou les objectifs du travail social, dans un cadre aussi dur que celui de l’économie actuelle ?

Comment expérimenter dans nos propres associations d’autres fonctionnements économiques ? Comment « déséconomiser » nos relations de travail, notre activité ?

Cela demande de prendre en considération que le contexte (économique social…) n’est pas uniquement un état de fait (un « principe de réalité » comme on dit souvent), mais un objet compréhensible, à étudier, à transformer, malléable donc. Une démarche de recherche-action dans les associations pourrait commencer par le fait de questionner son activité associative au regard de l’extérieur. Nos associations sont-elles uniquement déterminées par les phénomènes extérieurs auxquels elles s’adaptent sans cesse ? Ou peuvent-elles avoir prise sur eux ? Et devenir à leur tour transformatrice des réalités sociales ?

Contact

Mairie – 19120 La Chapelle-aux-Saints