{"id":413,"date":"2018-10-14T10:43:53","date_gmt":"2018-10-14T08:43:53","guid":{"rendered":"http:\/\/recherche-action.fr\/jep\/?p=413"},"modified":"2019-03-20T09:40:44","modified_gmt":"2019-03-20T08:40:44","slug":"le-battement-dailes","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/recherche-action.fr\/jep\/2018\/10\/14\/le-battement-dailes\/","title":{"rendered":"Le battement d&rsquo;ailes"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"western wp-block-heading\"><span style=\"color: #00000a\">Pr\u00e9sentation<\/span><\/h2>\n\n\n\n<p><em>Cette partie pr\u00e9sentation est la synth\u00e8se d\u2019un entretien r\u00e9alis\u00e9 entre l\u2019\u00e9quipe associative et le laboratoire de recherche (LISRA) le second semestre 2018.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">Le Battement d\u2019Ailes, d\u00e8s 2005, s\u2019est organis\u00e9 autour de pratiques agro-\u00e9cologiques. Il s\u2019agit de m\u00ealer agronomie et \u00e9cologie pour penser et mettre en \u0153uvre les fondements d\u2019une agriculture respectueuse de son milieu, permettant de se nourrir dans d\u00e9grader l\u2019environnement.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">L\u2019association fonctionne en autogestion, ce qui d\u00e9termine ses relations, ses modalit\u00e9s de travail et de prise de d\u00e9cision. Cela prend forme avec des d\u00e9l\u00e9gations de pouvoir, des commissions anim\u00e9es par des coordinateurs entour\u00e9s d&rsquo;autres personnes pour avoir des marges de man\u0153uvre. La coll\u00e9giale (compos\u00e9e des amis du territoire) et les b\u00e9n\u00e9voles en immersion sur le lieu, nous permettent d\u2019avoir un regard ext\u00e9rieur sur l\u2019activit\u00e9 de l\u2019\u00e9quipe permanente (constitu\u00e9e de b\u00e9n\u00e9voles et de salari\u00e9s).<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">Le lieu s\u2019\u00e9tend sur 5 hectares et m\u00eale production agricole (fruiti\u00e8re, l\u00e9gumi\u00e8re, p\u00e2turage) habitat et activit\u00e9s d\u2019accueil. Il se con\u00e7oit comme un tremplin \u00e0 diff\u00e9rentes initiatives partageant des valeurs communes, u<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">ne autre fa\u00e7on de vivre l&rsquo;environnement. <\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">Nous voulions mettre en pratique l\u2019agro-\u00e9cologie puis la transmettre, plut\u00f4t que de rester dans un discours. C\u2019est pour cela que le b\u00e2timent principal a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u pour la restauration et l\u2019h\u00e9bergement, pour faire venir un public large et diff\u00e9rent, dans une perspective de sensibilisation et de formation.<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\"> Nous accueillons beaucoup de stages qui constituent un support pour \u00e9tendre notre public et essaimer notre exp\u00e9rience. <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">Mais faire uniquement fonctionner le restaurant et l&rsquo;h\u00e9bergement ne fait pas sens pour nous. Ce que nous aimons et savons faire, c&rsquo;est accueillir des gens et faire avec eux. C\u2019est pourquoi nous avons d\u00e9cid\u00e9 pendant la tr\u00eave (temps de r\u00e9flexion et de pause de l\u2019activit\u00e9 pendant l\u2019automne 2017) de mettre plus en avant l\u2019essaimage. Aujourd\u2019hui, relancer la formation et l\u2019essaimage, qui sont le c\u0153ur du projet, demande du temps et de s\u2019y consacrer pleinement.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">Nous sommes inscrits dans plusieurs r\u00e9seaux (r\u00e9seaux RAE, Paysans D\u00e8s Demain, REPAS) qui permettent de prendre du recul, de rencontrer d\u2019autres initiatives et d\u2019accueillir des personnes qui veulent se former et tester leurs projets. En interne de l\u2019association nous avons beaucoup de temps de r\u00e9flexion autour de nos pratiques et de nos v\u00e9cus (r\u00e9unions d\u2019\u00e9quipe, entretiens individuels, s\u00e9minaires, tr\u00eave\u2026).<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">En ce moment (septembre 2018), l&rsquo;\u00e9quipe est r\u00e9duite et il y a des changements r\u00e9guliers depuis 3 ans, donc le but aujourd\u2019hui est d\u2019accueillir de nouvelles personnes afin de porter une \u00e9quipe solide pour tenir le projet.<\/span><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"western wp-block-heading\"><span style=\"color: #00000a\">Probl\u00e9matique<\/span><\/h2>\n\n\n\n<p><em>Cette partie propose de faire \u00e9merger des probl\u00e9matiques transversales \u00e0 partie de l\u2019analyse de l\u2019entretien par l\u2019\u00e9quipe de recherche en dialogue avec la d\u00e9marche r\u00e9flexive engag\u00e9e par les acteurs associatifs.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">Le Battement d\u2019Ailes \u00e9voque la culture du jardin comme un espace d\u2019exp\u00e9riences fortes li\u00e9es \u00e0 des individualit\u00e9s (ayant chacune leur vision, leur culture, leurs techniques propres) qui se succ\u00e8dent sur le terrain sans produire n\u00e9cessairement des objets, r\u00e9f\u00e9rences ou savoirs communs et donc transmissibles. S\u2019ajoute \u00e0 cette complexit\u00e9 humaine une complexit\u00e9 technique puisque chaque espace de jardin a une histoire, une fonction et une destination diff\u00e9rentes des autres. <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">Comment se constitue un champ de savoirs communs sans pour autant raboter les asp\u00e9rit\u00e9s que constituent les styles et cultures individuels&nbsp;? Souvent d\u00e9pendant d\u2019une logique disciplinaire ou sectorielle de type universitaire (et que l\u2019on peut retrouver dans le jardinage tout autant que dans la philosophie), un corpus de savoir est toujours li\u00e9 \u00e0 un rapport de pouvoir dans la capacit\u00e9 pour un groupe socioprofessionnel d\u2019orienter un champ historique, en l\u2019occurrence, ici, celui de l\u2019agriculture et de l\u2019\u00e9cologie. La recherche-action peut trouver une place sp\u00e9cifique comme production de savoirs \u00e0 partir des pratiques, en articulant le commun et le singulier, c\u2019est-\u00e0-dire en prenant soin de la dimension organique des groupes.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">Les savoirs-faires sont riches, mais font difficilement l\u2019objet de transmissions centralis\u00e9es dans un tronc commun. Comment mettre en valeur ce patrimoine commun alors que chacun d\u00e9veloppe sa propre vision, son propre parcours d\u2019exp\u00e9rience&nbsp;?<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\"> Comment constituer l\u2019h\u00e9ritage de connaissance des anciens pour ensuite le r\u00e9investir dans des gammes de pratiques, de gestes, de valeurs et de connaissances \u00e0 (auto) produire dans l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue&nbsp;? Autrement dit, comment maintenir l\u2019entrelacement entre pass\u00e9 et pr\u00e9sent, entre \u00ab anciens \u00bb et \u00ab nouveaux \u00bb ? Comment penser l\u2019\u00e9quilibre entre la transmission (qui peut-\u00eatre lourde et contraignante d\u2019histoire) et la libert\u00e9 d\u2019inventer (qui peut \u00eatre n\u00e9cessaire aux arrivants pour mieux sentir leur place et s\u2019\u00e9panouir dans leur activit\u00e9)&nbsp;?<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">Comment ne pas tomber dans le travers de la r\u00e9f\u00e9rence aux anciens comme des \u00ab dogmes \u00bb de bonnes pratiques ? Comment laisser s\u2019exprimer et reconnaitre les styles de chacun comme une richesse, comment se laisser le temps de l\u2019enqu\u00eate commune&nbsp;?<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">Cela revient \u00e0 poser la question de ce qui fait r\u00e9cit collectif et procure une vision globale entre les anciens et les nouveaux arrivants. Ce qui renvoie \u00e0 l\u2019ouverture d\u2019<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">un espace r\u00e9flexif en d\u00e9finissant un espace tiers o\u00f9 l\u2019on prend du temps et de la distance par rapport aux diff\u00e9rentes formes d\u2019engagement tr\u00e8s prenantes, voire \u00e9puisantes.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">L\u2019association semble d\u00e9crire impression de \u00ab&nbsp;courir tout le temps&nbsp;\u00bb, de \u00ab&nbsp;ne pas faire les choses vraiment \u00bb. Plut\u00f4t que de \u00ab&nbsp;prendre le temps&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;d\u2019avoir du temps&nbsp;\u00bb, comme si le temps n\u2019\u00e9tait qu\u2019une donn\u00e9e quantitative. Alors, peut-\u00eatre est-il n\u00e9cessaire de penser le temps comme un espace dans lequel il ne pourrait pas \u00eatre capt\u00e9 (par la logique productiviste, par l\u2019urgence, par la gestion du quotidien\u2026). Autrement dit, il s\u2019agit d\u2019ouvrir un espace \u00ab&nbsp;tiers&nbsp;\u00bb, qui serait en dehors de l\u2019activit\u00e9 quotidienne, qui consacrerait une place centrale \u00e0 la posture d&rsquo;ext\u00e9riorit\u00e9 par rapport \u00e0 la structure. Ce serait l\u2019occasion d\u2019hybrider la d\u00e9marche avec d\u2019autres qui ne sont pas de la structure. Tant que la nature de ce \u00ab&nbsp;tiers espace&nbsp;r\u00e9flexif \u00bb ne sera pas d\u00e9finie et rep\u00e9r\u00e9e, il ne pourra acqu\u00e9rir une autonomie et se confondra surement avec l\u2019espace socioprofessionnel, avec ce qu\u2019il a d\u2019enfermant, de gestionnaire et de technique.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">Par exemple, l\u2019association d\u00e9sire travailler sur ce qu\u2019elle appelle sa posture \u00ab&nbsp;technico-politique&nbsp;\u00bb, creuser davantage les significations pour chacun de l\u2019autogestion et de l\u2019agro-\u00e9cologie, et \u00e9voquer les \u00ab&nbsp;tabous&nbsp;\u00bb. Or ce travail r\u00e9flexif d\u00e9sir\u00e9 aura certainement du mal \u00e0 se r\u00e9aliser s\u2019il reste pris dans les murs des lieux et des cultures socioprofessionnelles. Comment provoquer un espace d\u00e9di\u00e9 \u00e0 ces questions, avec d\u2019autres sur le territoire, afin de d\u00e9placer et de destructurer les r\u00e9flexions habituelles, pour se transformer au contact de formes \u00e9trang\u00e8res&nbsp;?<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">La sensation d<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">\u2019urgence est souvent li\u00e9e \u00e0 une projection, et donc une d\u00e9possession du pr\u00e9sent au nom de l&rsquo;avenir. L\u2019urgence se fait toujours au d\u00e9triment de la qualit\u00e9 de la pr\u00e9sence. Du coup, il est difficile d\u2019atteindre la d\u00e9marche r\u00e9flexive souhait\u00e9e, (mais aussi productive, qui \u00ab&nbsp;remet les mains dans la terre&nbsp;\u00bb et qui \u00ab&nbsp;fait sens&nbsp;\u00bb) si l\u2019on reste dans la logique de projet en se demandant \u00ab&nbsp;\u00e0 quoi \u00e7a sert&nbsp;\u00bb, quel est le rapport \u00ab&nbsp;co\u00fbt \/ efficacit\u00e9&nbsp;\u00bb, etc. L\u2019urgence est souvent li\u00e9e \u00e0 un temps \u00e9conomique dont nous choisissons peu les r\u00e8gles, un temps agit\u00e9, li\u00e9e aux opportunit\u00e9s, cern\u00e9 par la concurrence et la logique de survie. Comment habiter pleinement l\u2019association et son territoire&nbsp;? Comment opposer une pr\u00e9sence \u00e0 cette absence de nous-m\u00eames que la contrainte \u00e9conomique impose&nbsp;? Comment, pour ce faire, trouver des points d\u2019appuis ext\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019association&nbsp;? Le Battement d\u2019Ailes a pris l\u2019habitude de travailler en r\u00e9seaux pour provoquer de l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 et d\u2019initier des temps de tr\u00eave et de s\u00e9minaire pour entrer en r\u00e9flexion sur son activit\u00e9. Mais pour autant elle semble inqui\u00e9t\u00e9e sur son versant \u00e9conomique. Alors, comment d\u00e9s\u00e9conomiser son rapport \u00e0 l\u2019activit\u00e9&nbsp;? Est-ce que la mutualisation des ressources, \u00e0 une \u00e9chelle locale pour commencer, ne permettrait pas une rel\u00e2che des tensions \u00e9conomiques tout autant que de nouveaux points d\u2019ancrages, d\u2019essaimage et d\u2019appuis \u00e0 port\u00e9 de main&nbsp;?<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">Dans cet essaimage par capillarit\u00e9, comment en m\u00eame temps former un corps de m\u00e9tier sp\u00e9cifique (l\u2019agro-agriculture, la permaculture, la formation en \u00e9ducation populaire, etc.) et changer de l\u2019int\u00e9rieur les corps de m\u00e9tier existant comme l\u2019agriculture, l\u2019am\u00e9nagement du territoire et l\u2019\u00e9ducation&nbsp;? <\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">La relance de l\u2019essaimage va-t-elle permettre un travail collectif pour \u00ab faire parler le m\u00e9tier \u00bb (entre anciens et nouveaux) afin de d\u00e9gager ce qui fait commun, mais aussi de rendre visible et de poser les controverses?<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">Qu\u2019est-ce qui structure (ou \u00ab&nbsp;forme&nbsp;\u00bb dans tous les ensembles du terme) un collectif&nbsp;? Est-ce le projet ou le processus&nbsp;? Les financements enferment les associations dans une logique de projet au point d\u2019en perdre les fondements initiaux. La dissociation ensuite du projet et de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9cosyst\u00e9mique ou organique vivante provoque une tension, voire une fracture, dans le mod\u00e8le de gouvernance, et finalement de l\u2019\u00e9puisement par perte de sens. Le probl\u00e8me n\u2019est peut-\u00eatre pas le temps quantitatif ou le financement, mais la coh\u00e9rence. Or cette coh\u00e9rence est le fruit d\u2019une rencontre entre le v\u00e9cu de la pratique et la production individuelle et collective de savoirs, de connaissances, de valeurs, dans lesquels chacun se retrouve. La question autogestionnaire ne peut prendre corps que si une production de savoirs issue des pratiques interroge et r\u00e9ajuste continuellement le processus. R\u00e9sister \u00e0 la logique productiviste revient probablement \u00e0 \u00e9tablir au sein m\u00eame de la structure un \u00ab&nbsp;contre-espace&nbsp;\u00bb d\u2019o\u00f9 la coh\u00e9rence et le commun peuvent \u00e9merger.<\/span><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Contact<\/h2>\n\n\n\n<p>Lauconie 19150 Cornil<i><br><\/i>Site internet : <a href=\"_wp_link_placeholder\">https:\/\/lebattementdailes.org\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr\u00e9sentation Cette partie pr\u00e9sentation est la synth\u00e8se d\u2019un entretien r\u00e9alis\u00e9 entre l\u2019\u00e9quipe associative et le laboratoire de recherche (LISRA) le second semestre 2018. Le Battement d\u2019Ailes, d\u00e8s 2005, s\u2019est organis\u00e9 autour de pratiques agro-\u00e9cologiques. 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