{"id":17,"date":"2010-01-11T04:04:11","date_gmt":"2010-01-11T03:04:11","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.recherche-action.fr\/l1consolable\/?p=17"},"modified":"2010-01-11T04:04:11","modified_gmt":"2010-01-11T03:04:11","slug":"parkour-la-paresse-malgre-lapparence","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/2010\/01\/11\/parkour-la-paresse-malgre-lapparence\/","title":{"rendered":"Parkour: la paresse, malgr\u00e9 l&rsquo;apparence"},"content":{"rendered":"<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\">Pr\u00e9ambule &#8211; <em>sport<\/em> et <em>effort<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est <em>entendu<\/em>, le sport, c\u2019est dur.<\/p>\n<p>Ce lieu commun est \u00e0 la fois le refrain des paresseux qui s&rsquo;en pr\u00e9servent, et des sportifs qui s&rsquo;y emploient. Les uns et les autres, tous sont d&rsquo;accord sur une chose: faire du sport, c&rsquo;est \u00ab\u00a0se d\u00e9penser\u00a0\u00bb (d\u00e9penser <em>soi<\/em>), c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9penser <em>tout ce dont on dispose en soi<\/em> ; autrement dit c&rsquo;est se vider de ses forces, s&rsquo;efforcer de s&rsquo;\u00e9puiser en puisant jusqu&rsquo;\u00e0 la derni\u00e8re ressource\u00a0; ne s&rsquo;arr\u00eater qu&rsquo;une fois vide de toute \u00e9nergie, qu&rsquo;une fois ext\u00e9nu\u00e9; le sport, c&rsquo;est le fait de se \u00ab\u00a0tuer \u00e0 l&rsquo;effort\u00a0\u00bb comme on se tuerait au travail.<\/p>\n<p>C&rsquo;est, pour ainsi dire, la religion de l&rsquo;effort, religion o\u00f9 la paresse, p\u00e9ch\u00e9 capital selon le Cat\u00e9chisme de l\u2019Eglise Catholique, est rachet\u00e9e \u00e0 travers la souffrance que l&rsquo;on s&rsquo;inflige par l&rsquo;effort. L&rsquo;<em>effort <\/em>(action de s&rsquo;efforcer(<strong>1<\/strong>)) est d&rsquo;ailleurs pr\u00e9cis\u00e9ment ce que le <em>travail <\/em>(du latin <em>tripalium<\/em>, \u00ab\u00a0instrument de torture \u00e0 trois pieux\u00a0\u00bb) d\u00e9signe: \u00ab\u00a0l\u2019effort, l&rsquo;application n\u00e9cessaire pour faire quelque chose\u00a0\u00bb, la souffrance que l&rsquo;on doit endurer pour parvenir \u00e0 faire quelque chose de bien (\u00ab\u00a0<em>Le travail est ce qui lie un effort o\u00f9 l&rsquo;on peut s&rsquo;\u00e9puiser (voire une souffrance) \u00e0 un r\u00e9sultat positif<\/em> \u00bb) (<strong>2<\/strong>). La tradition chr\u00e9tienne n&rsquo;est s\u00fbrement pas sans rapport avec cette conception du bien auquel seule la souffrance peut conduire, et o\u00f9 la r\u00e9demption passe <em>n\u00e9cessairement<\/em> par le consentement \u00e0 cette souffrance.<\/p>\n<p>En effet, J\u00e9sus de Nazareth (<strong>3<\/strong>) ne s&rsquo;est-il pas fait le payeur par substitution des p\u00e9ch\u00e9s de l&rsquo;humanit\u00e9 toute enti\u00e8re? N&rsquo;est-il pas mort pour notre salut?<\/p>\n<p>C&rsquo;est en tous cas ce que L&rsquo;Enseignement Chr\u00e9tien affirme, et ce depuis la naissance m\u00eame de la Chr\u00e9tient\u00e9 &#8211; peut-\u00eatre pour la bonne et simple raison que c&rsquo;est l\u00e0 le fondement de cette religion &#8211; .<\/p>\n<p>O\u00f9 se trouve la r\u00e9demption? Dans la souffrance (rem\u00e8de prescrit), dans la torture (<strong>4<\/strong>) (mode d&rsquo;administration), et dans la mort (cons\u00e9quence), o\u00f9 l\u2019on aura (peut-\u00eatre) l\u2019ultime avantage d\u2019aller au paradis, \u00e0 la condition que l\u2019on se soit <em>bien<\/em> conduit (comprendre\u00a0: que l\u2019on ait consenti \u00e0 se faire du <em>mal<\/em>).<\/p>\n<p>Il est toutefois int\u00e9ressant de noter qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;origine du mot anglais \u00ab\u00a0sport\u00a0\u00bb, ensuite francis\u00e9, il y a le mot d&rsquo;ancien fran\u00e7ais \u00ab\u00a0desport\u00a0\u00bb signifiant \u00ab\u00a0jeu, amusement, plaisir physique ou spirituel\u00bb.<\/p>\n<p>Quelle que soit la d\u00e9finition \u00e0 laquelle on se r\u00e9f\u00e8re, le <em>sport<\/em> renvoie syst\u00e9matiquement aux notions de \u00ab jeu\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0plaisir\u00a0\u00bb, et cela avant de renvoyer \u00e0 des notions plus actuelles comme celles d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0exercices physiques\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0comp\u00e9tition\u00a0\u00bb. En deux \u00e9poques, certes fort \u00e9loign\u00e9es, un m\u00eame mot signifie une chose et son contraire. En effet, la notion de \u00ab\u00a0comp\u00e9tition\u00a0\u00bb s\u2019oppose \u00e0 celle de\u00a0 \u00ab\u00a0jeu\u00a0\u00bb et celle d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0<em>exercices<\/em> physiques\u00a0\u00bb \u00e0 celle de \u00ab\u00a0plaisir physique ou spirituel\u00a0\u00bb.Lorsqu\u2019on s\u2019exerce, on ne joue plus, et quant \u00e0 la comp\u00e9tition, elle semble renfermer cette propri\u00e9t\u00e9 qu\u2019elle rend l\u2019acc\u00e8s au plaisir tributaire du gain ou de la victoire, et non plus de l\u2019acte lui-m\u00eame. Et si les m\u00eames activit\u00e9s peuvent \u00eatre pratiqu\u00e9es des deux fa\u00e7ons, il n\u2019en demeure pas moins que le moteur du jeu reste l\u2019amusement, celui de la comp\u00e9tition, la victoire.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Arr\u00eate de t\u2019amuser, joue s\u00e9rieux\u00a0!\u00a0\u00bb. Impossible de passer dans une salle o\u00f9 se d\u00e9roule une comp\u00e9tition sportive sans entendre ces mots. Les entra\u00eeneurs, coachs, et autres supporters n\u2019ont que \u00e7a \u00e0 la bouche lorsqu\u2019ils s\u2019adressent aux <em>joueurs<\/em>. Pour ceux qui les prononcent comme pour ceux \u00e0 qui ils sont destin\u00e9s, ces mots sont anodins, tant leur usage est fr\u00e9quent, leur message connu, leur contenu appris. Les uns et les autres l\u2019ont parfaitement int\u00e9rioris\u00e9. Mais qu\u2019un non-habitu\u00e9 des salles de sport s\u2019y arr\u00eate un moment, qu\u2019il y fasse un peu attention\u00a0: cette phrase ne formule-t-elle pas ce que toute sociologie du sport saurait mettre au jour sans tarder\u00a0? Ne comprend-elle pas dans ses termes <em>le paradoxe du sport<\/em> : cesser de s\u2019amuser\u00a0; <em>jouer<\/em> s\u00e9rieusement\u00a0?<\/p>\n<p>Ce qu\u2019il faut savoir, pour comprendre l\u2019adresse du regardeur au regard\u00e9, c\u2019est que le regardeur n\u2019attend pas de voir le joueur \u00ab\u00a0s\u2019amuser\u00a0\u00bb, il n\u2019attend qu\u2019une chose, c\u2019est de le voir gagner. C\u2019est de l\u00e0 qu\u2019il tire tout son plaisir, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il puise tous ses espoirs, et m\u00eame au-del\u00e0, c\u2019est l\u00e0, et seulement l\u00e0, qu\u2019il trouve de l\u2019int\u00e9r\u00eat au fait de regarder un joueur jouer. Un joueur qui ne ferait <em>que<\/em> jouer plongerait ses spectateurs dans un ennui sans fin, les poussant bient\u00f4t \u00e0 la d\u00e9mission, \u00e0 l\u2019abandon de leur position de regardeurs. Car qui s\u2019amuse de voir un autre s\u2019amuser\u00a0? Certes personne. En tous cas pas dans le domaine sportif. Le sport a donc cette particularit\u00e9 d\u2019\u00eatre un jeu auquel il ne s\u2019agit pas de <em>jouer<\/em>, mais de <em>gagner<\/em> uniquement. Le jeu n\u2019a plus rien d\u2019un jeu, et tout d\u2019un <em>travail<\/em>.<\/p>\n<p>Pour percevoir son salaire (pour remporter la victoire), il faut travailleur dur (jouer s\u00e9rieusement), et cesser de se pr\u00e9lasser (arr\u00eater de s\u2019amuser).<\/p>\n<p>Par ailleurs, le sport \u00e9volue dans un cadre comparable, en bien des points, \u00e0 celui du travail\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>un syst\u00e8me pyramidal, au sport \u00e0 travers la comp\u00e9tition et les podiums, le classement des joueurs, le classement des clubs\u00a0; au travail, \u00e0 travers la hi\u00e9rarchie (patron\/chefs\/sous-chefs\/superviseurs\/chefs d\u2019\u00e9quipe\/employ\u00e9s), et le miroitement de la promotion au rang sup\u00e9rieur.<\/li>\n<li>des pressions continuelles sur l\u2019individu, exerc\u00e9es au sport par les sponsors, les entra\u00eeneurs, les coachs, et au travail par les financeurs, les clients, les actionnaires, et les sup\u00e9rieurs.<\/li>\n<li>l\u2019app\u00e2t du gain, victoire ou salaire, c\u2019est ce qui explique, en grande partie tout du moins, l\u2019adh\u00e9sion des uns des et des autres \u00e0 un syst\u00e8me dont ils per\u00e7oivent par ailleurs qu\u2019il les fait souffrir.<\/li>\n<li>la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 un syst\u00e8me r\u00e9gi par des r\u00e8gles con\u00e7ues <em>par<\/em> d\u2019autres, <em>pour<\/em> nous.<\/li>\n<li>la promotion du \u00ab\u00a0go\u00fbt de l\u2019effort\u00a0\u00bb, et l\u2019affirmation selon laquelle \u00ab\u00a0on ne gagne son salaire qu\u2019\u00e0 la sueur de son front\u00a0\u00bb (sa victoire aussi).<\/li>\n<li>la requ\u00eate (c\u2019est la cons\u00e9quence du point pr\u00e9c\u00e9dent) d\u2019un investissement <em>sans limites<\/em>, qui se fait d\u2019ailleurs toujours au d\u00e9triment de la sant\u00e9 morale et physique de celui qui y consent au m\u00e9pris des ressources bel et bien limit\u00e9es dont il dispose.<\/li>\n<li>l\u2019incessante promotion sociale dont l\u2019un et l\u2019autre disposent (\u00ab\u00a0Il faut faire du sport, c\u2019est bon (et m\u00eame <em>indispensable<\/em> pour la sant\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Le travail, c\u2019est la sant\u00e9\u00a0\u00bb).<\/li>\n<li>la mani\u00e8re dont le corps social (en cela bien \u00e9duqu\u00e9) poursuit ceux qui s\u2019y d\u00e9robent, et fait pression sur eux pour qu\u2019ils y aillent (ou y retournent) dans les plus brefs d\u00e9lais.<\/li>\n<li>le profit financier qu\u2019il y a \u00e0 tirer du travail comme du sport (pour les employ\u00e9s et les joueurs, mais bien plus encore pour les patrons et les sponsors), et son ind\u00e9niable qualit\u00e9 de moteur \u00e0 tous les \u00e9tages de la pyramide.<\/li>\n<li>l\u2019assignation du participant \u00e0 un terrain d\u00e9limit\u00e9\u00a0; l\u2019assignation du travailleur \u00e0 un bureau ou \u00e0 un poste.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Comme je l\u2019expliquais pr\u00e9c\u00e9demment, au sport finalement <em>on travaille. <\/em>Et au travail, on <em>s\u2019\u00e9puise<\/em>, on s\u2019inflige des <em>souffrances<\/em>, pour parvenir \u00e0 un <em>r\u00e9sultat<\/em> positif. Il n\u2019est donc pas tr\u00e8s \u00e9tonnant, au regard des enjeux, tant financiers (les plus \u00e9vidents) que de conditionnement mental et de soumission (les plus cach\u00e9s), que l\u2019appareil social \u00e9tablisse son fonctionnement autour de ces deux notions, et qu\u2019il en promeuve par cons\u00e9quent sans cesse les bienfaits pour l\u2019individu, notamment dans ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0se faire du mal fait du bien\u00a0\u00bb.Ce n\u2019est qu\u2019une fois convaincu de cela, et du bien-fond\u00e9 de cette d\u00e9marche, que ledit individu consentira \u00e0 y prendre part, et ainsi contribuer lui-m\u00eame \u00e0 faire marcher la machine, et \u00e0 en promouvoir les bienfaits, et ainsi de suite\u2026<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit toutefois ici pas de condamner ou de consacrer, mais de chercher \u00e0 comprendre les m\u00e9canismes qui sous-tendent l\u2019univers social particulier du sport. Or, dans ce cadre, on ne peut que constater la mutation s\u00e9mantique du signifiant qui, au fil du temps, s\u2019est charg\u00e9 de ce que le corps social l\u2019a fait signifier. C\u2019est ce dernier qui y a inscrit les notions de comp\u00e9tition, de r\u00e8gles, de victoire, d\u2019effort (d\u2019effort physique plus pr\u00e9cis\u00e9ment), de d\u00e9passement de soi, et de \u00ab\u00a0jeu <em>pas<\/em> pour jouer\u00a0\u00bb. L\u2019acception originelle de <em>sport, <\/em>celle de \u00ab\u00a0jeu\u00a0\u00bb, d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0amusement\u00a0\u00bb, et de \u00ab\u00a0plaisir physique ou spirituel\u00a0\u00bb rend toute activit\u00e9 ludique, activit\u00e9 sportive, et non point seulement les activit\u00e9s physiques (c\u2019est ce qui explique peut-\u00eatre l\u2019origine du \u00ab\u00a0et\u00a0\u00bb du sigle EPS (Education Physique <em>et<\/em> Sportive (<strong>5<\/strong>)) comme on aurait tendance \u00e0 le penser. Cela induit, en sus, que toute activit\u00e9 physique n\u2019est <em>pas n\u00e9cessairement<\/em> du sport\u00a0; en effet, si celle-ci ne r\u00e9pond pas aux crit\u00e8res de <em>jeu <\/em>(au sens de \u00ab\u00a0s\u2019amuser\u00a0\u00bb), d\u2019une part, et de <em>plaisir<\/em> d\u2019autre part, elle est alors une activit\u00e9 physique <em>non-sportive<\/em>. Il y a aujourd\u2019hui un gouffre entre cette conception du sport, \u00e9tablie sur l\u2019origine \u00e9tymologique du mot, et la pratique qui en est faite.<\/p>\n<p>Le sportif des temps pr\u00e9sents n\u2019est pas un joueur, mais un gagnant. Or, si les valeurs qu\u2019on lui inculque afin de susciter son adh\u00e9sion au dogme sportif en vigueur sont en tous cas consid\u00e9r\u00e9es comme des valeurs <em>positives<\/em> (sant\u00e9, m\u00e9rite, \u00e9quilibre, discipline, comp\u00e9titivit\u00e9, etc\u2026), on peut n\u00e9anmoins, au regard de l\u2019histoire du mot \u00ab\u00a0sport\u00a0\u00bb, red\u00e9finir le sportif moderne non pas par sa capacit\u00e9, mais par son <em>incapacit\u00e9<\/em>. Celui qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui \u00ab\u00a0sportif\u00a0\u00bb n\u2019est pas, comme on le laisse entendre, <em>capable<\/em> du d\u00e9passement de soi, mais <em>incapable<\/em> d\u2019\u00e9conomiser ses forces et de ne pas s\u2019\u00e9puiser\u00a0; il n\u2019est pas <em>capable<\/em> de jouer pour gagner, mais <em>incapable<\/em> de jouer pour jouer\u00a0; il n\u2019est pas <em>capable<\/em> de fournir des efforts, mais <em>incapable<\/em> de se reposer\/de paresser\u00a0; il n\u2019est pas <em>capable<\/em> de jouer selon les r\u00e8gles, mais <em>incapable<\/em> de jouer sans.<\/p>\n<p>Si la notion commune de <em>sportif<\/em> associe ce dernier \u00e0 des capacit\u00e9s positives, et non des incapacit\u00e9s, comme on vient de le voir, c\u2019est aussi et surtout parce que l\u2019adh\u00e9sion des masses est \u00e0 ce prix\u00a0; il faut expliquer qu\u2019on lui veut du bien, et lui expliquer pourquoi le mal qu\u2019on veut lui faire, et\/ou lui faire se faire, pourquoi cela lui fera du bien. Sans cela, toute personne dot\u00e9e d\u2019un peu de bon sens r\u00e9fl\u00e9chirait \u00e0 deux fois avant de <em>s\u2019ex\u00e9cuter<\/em> (dans toutes les acceptions du terme).<\/p>\n<p>Mon projet n\u2019\u00e9tant cependant pas de r\u00e9former la langue fran\u00e7aise, l\u2019on s\u2019en tiendra donc, apr\u00e8s cette parenth\u00e8se \u00e9tymologique, au sens actuel ou factuel du mot, et non \u00e0 son contenu th\u00e9orique ou historique.<\/p>\n<p>Ainsi, si le <em>sport<\/em> est sport, il est difficile d\u2019en dire autant du parkour. Pas de r\u00e8gles, pas de comp\u00e9titions (<strong>6<\/strong>), pas de troph\u00e9es ni m\u00e9dailles ni coupes, pas d\u2019homologation, pas de licences, pas de clubs, pas d\u2019entra\u00eeneurs, pas de terrain d\u00e9limit\u00e9, pas de structure hi\u00e9rarchique, pas\u00a0 de sponsors, pas d\u2019argent \u00e0 la cl\u00e9, pas d\u2019argent derri\u00e8re, pas de plan de carri\u00e8re, pas de tenue r\u00e8glementaire, etc. Il semble donc n\u2019avoir aucune des qualit\u00e9s requises \u00e0 l\u2019obtention du statut de sport. Et les notions de jeu et de plaisir en sont en revanche les bases m\u00eames. C\u2019est probablement pourquoi on n\u2019utilise pas l\u2019expression \u00ab\u00a0jouer au parkour\u00a0\u00bb, qui serait un pl\u00e9onasme tant le jeu y tient une place importante, tant c\u2019en est en fin de compte l\u2019<em>essence<\/em>. Et \u00e0 partir du moment o\u00f9 l\u2019on fait du parkour, on joue, et on ne fait plus rien d\u2019autre. Et cela bien qu\u2019il n\u2019y ait aucun espoir de gagner quelque m\u00e9daille en retour\u00a0; ici, on ne joue que pour jouer, par go\u00fbt du jeu, par pur plaisir.<\/p>\n<p>Il est, cela dit, ind\u00e9niable que le parkour conduit \u00e0 un usage qu\u2019on pourrait \u00eatre tent\u00e9 de qualifier de \u00ab\u00a0sportif\u00a0\u00bb du corps, ce dernier devenant l\u2019unique outil de d\u00e9placement du pratiquant.<\/p>\n<p>Mais, s\u2019il y a usage, il n\u2019y a pas n\u00e9cessairement usure. Au contraire du \u00ab\u00a0sport de la performance\u00a0\u00bb, le parkour, <em>sport<\/em> du jeu, met l\u2019accent sur la conservation et la pr\u00e9servation du corps, outil de \u00ab\u00a0jeu\u00a0\u00bb (par opposition \u00e0 l\u2019outil de travail) \u2013 et outil du \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb, par opposition \u00e0 la mise \u00e0 disposition de l\u2019athl\u00e8te au service des autres (sponsors, entra\u00eeneurs, investisseurs divers) dans le cas du sport &#8211; , ce notamment par une connaissance et une \u00e9coute accrues de son propre corps, qui permettent de d\u00e9finir des techniques de r\u00e9ception \u00e9pargnant les articulations en sollicitant les muscles appropri\u00e9s, en calculant les angles de pliage au dessus desquels il y aurait traumatisme articulaire, et en absorbant la force de l\u2019impact \u00e0 travers un circuit musculaire bien pr\u00e9cis, ainsi qu\u2019avec diff\u00e9rentes techniques d\u2019absorption du choc, comme la roulade.<\/p>\n<p>Le parkour inclut d\u2019ailleurs des pratiques \u00e0 usage th\u00e9rapeutique reconnu (comme la quadrup\u00e9die, dont les vertus th\u00e9rapeutiques relatives, notamment, aux lombalgies, sont bien connues du monde m\u00e9dical), et a, me semble-t-il, du moins pour qui en a compris le sens, davantage la caract\u00e9ristique de faire prendre soin du corps et de le maintenir en forme et en bonne sant\u00e9 \u2013 n\u00e9cessit\u00e9 absolue de celui qui en fait l\u2019usage quotidien d\u2019unique outil de d\u00e9placement- , que de le n\u00e9gliger, de le malmener, ou de le d\u00e9truire. Les apparences sont donc trompeuses, puisqu\u2019une pratique telle que le parkour sera souvent qualifi\u00e9e, par ceux qui y sont \u00e9trangers, de \u00ab\u00a0pratique sauvage\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0dangereuse\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0sport extr\u00eame\u00a0\u00bb, alors que le sport homologu\u00e9 sert, croit-on, \u00e0 se maintenir en forme et \u00e0 garder la sant\u00e9 (mythe du sportif).Il n\u2019en demeure pas moins que derri\u00e8re la fa\u00e7ade rassurante de l\u2019homologation, la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle est confront\u00e9e l\u2019athl\u00e8te est tout autre\u00a0: pressions, humiliations, menaces, n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019accomplir toujours davantage, de faire toujours mieux, d\u2019\u00eatre toujours (le) meilleur, et leurs cons\u00e9quences\u00a0: dopage, d\u00e9pression, \u00e9tat de sant\u00e9 critique conduisant parfois au pire.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\">I. Etre fort par fain\u00e9antise<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p>Le <em>parkour<\/em>, discipline cr\u00e9\u00e9e en France il y a un peu plus d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, est d\u00e9fini, de mani\u00e8re th\u00e9orique, comme \u00e9tant \u00ab\u00a0<em>une pratique sportive consistant \u00e0 transformer des \u00e9l\u00e9ments du d\u00e9cor du milieu urbain en obstacles \u00e0 franchir, principalement par des sauts, le but \u00e9tant de se d\u00e9placer d&rsquo;un point \u00e0 un autre de la mani\u00e8re la plus efficace possible.<\/em>[\u2026]<em>Le <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Traceur\">traceur <\/a>(pratiquant du parkour) essaie de trouver un chemin passant par des endroits que personne n&#8217;emprunterait normalement. Il recherche des obstacles \u00e0 franchir par des mouvements qui se veulent utiles, efficaces, rapides et simples. Les acrobaties ne r\u00e9pondent donc pas \u00e0 ces qualit\u00e9s d&rsquo;utilit\u00e9 et d&rsquo;efficacit\u00e9<\/em> \u00bb (<strong>7<\/strong>).<\/p>\n<p>Pour formuler cela plus simplement, le parkour sert en th\u00e9orie \u00e0 raccourcir le chemin de celui qui le pratique, en lui \u00e9vitant de devoir contourner les obstacles se trouvant sur sa route, et l\u2019amener \u00e0 emprunter le chemin le plus direct et le plus rapide. Ce faisant, le traceur \u00e9vite des d\u00e9penses d\u2019\u00e9nergie en contournements inutiles (contournements que le non-pratiquant devra effectuer, puisqu\u2019il contourne bien par incapacit\u00e9 \u00e0 surmonter l\u2019obstacle, et non par choix, et cela, m\u00eame si ce code est inscrit en lui de sorte qu\u2019il ne se pose m\u00eame pas la question, pensant de fait emprunter le chemin le plus rapide).Il y a trois \u00e9l\u00e9ments dont le passant lambda ne dispose pas, et dont la non-connaissance favorise l\u2019int\u00e9riorisation des <em>chemins classiques<\/em> comme norme \u2013 justement -incontournable\u00a0: tout d\u2019abord, il n\u2019a pas conscience que d\u2019autres chemins que celui qu\u2019il emprunte sont possibles (d\u00e9faut de perception visuelle et d\u2019imagination cr\u00e9atrice)\u00a0; ensuite, il n\u2019a, par cons\u00e9quent, pas non plus conscience que ces autres chemins sont plus courts et plus directs\u00a0que celui qu\u2019il emprunte (d\u00e9faut de rationalisation) \u00a0; enfin, il n\u2019a pas conscience qu\u2019il lui est possible, \u00e0 lui, de les emprunter (d\u00e9faut de connaissance de soi, de son corps, et de l\u2019\u00e9tendue de ses possibilit\u00e9s).Ainsi, si le non-pratiquant ferme les yeux, ce n\u2019est pas par choix mais par conditionnement\u00a0; il ne voit pas, mais, surtout, il ne voit pas qu\u2019il ne voit pas, et croit qu\u2019il voit \u2013 ce qui l\u2019emp\u00eache d\u2019ouvrir les yeux-.<\/p>\n<p>Le traceur, lui, a les yeux ouverts, et a, \u00e0 cause du parkour et de la modification du regard qu\u2019il entra\u00eene (\u00e9largissement du champ de vision doubl\u00e9 d\u2019une transformation du regard qu\u2019on porte sur la ville et le mobilier dont elle est faite), les informations n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019examination des diff\u00e9rents chemins potentiels. Aussi, il a conscience tant de la multitude des voies, que du temps et de l\u2019\u00e9nergie qui lui seront n\u00e9cessaires pour emprunter chacune d\u2019elles, ainsi que de sa capacit\u00e9 ou de son incapacit\u00e9 \u00e0 le faire. Simplement parce qu\u2019il regarde autour de lui, et qu\u2019il conna\u00eet son corps, le traceur a donc un acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9 au d\u00e9placement, notamment lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019efficience (\u00ab\u00a0capacit\u00e9 de produire le maximum de r\u00e9sultats avec le minimum d\u2019efforts, de d\u00e9pense\u00a0\u00bb (<strong>8<\/strong>)) et de rapidit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019art du d\u00e9placement ne pr\u00e9conise en effet pas seulement la rapidit\u00e9, mais aussi l\u2019\u00e9conomie d\u2019\u00e9nergie, qui permet notamment de maintenir un niveau de ressources suffisantes pour aller au bout du chemin choisi. C\u2019est cela qui fait que les acrobaties (saltos, etc.), figures strictement esth\u00e9tiques, inutiles \u00e0 la progression du traceur sur la voie emprunt\u00e9e, et repr\u00e9sentant une d\u00e9pense d\u2019\u00e9nergie colossale, en sont exclues. L\u2019\u00e9nergie dont le traceur dispose n\u2019est pas illimit\u00e9e, et il le sait. C\u2019est pourquoi, si le traceur doit faire preuve de cr\u00e9ativit\u00e9 et d\u2019inventivit\u00e9 face aux obstacles, il doit cependant veiller \u00e0 ne pas tomber dans le productivisme (\u00ab\u00a0syst\u00e8me qui pr\u00f4ne le sacrifice de toute autre consid\u00e9ration pour maximiser la <a title=\"productivit\u00e9\" href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/productivit%C3%A9\">productivit\u00e9<\/a> \u00bb (<strong>9<\/strong>)) ou le gaspillage (\u00ab\u00a0action de d\u00e9penser, consommer avec prodigalit\u00e9\u00a0; perte, dilapidation \u00bb (<strong>10<\/strong>)).Pas de mouvements, de sauts, ou de rotations <em>inutiles<\/em> (<strong>11<\/strong>) donc, pas d\u2019efforts <em>d\u00e9nu\u00e9s de sens<\/em>.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans la mesure o\u00f9 le productivisme privil\u00e9gie les quantit\u00e9s de biens produites sur la qualit\u00e9, il peut conduire \u00e0 un gaspillage et \u00e0 un \u00e9puisement des <a title=\"Ressources naturelles\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ressources_naturelles\">ressources naturelles<\/a> \u00bb (<strong>12<\/strong>). Le traceur se garde bien de d\u00e9penser son \u00e9nergie jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement\u00a0; au contraire, il la pr\u00e9serve et l\u2019\u00e9conomise. Il m\u00e9nage ses forces et sa monture, puisqu\u2019il veut aller loin.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit donc pas du tout de \u00ab\u00a0tout donner\u00a0\u00bb, comme le pr\u00e9conisent nombre d\u2019autres disciplines sportives, mais, au contraire, de fournir le strict minimum requis pour avancer \u2013 et d\u2019\u00eatre en mesure de le fournir jusqu\u2019\u00e0 destination -. Aussi le parkour est-il moins le produit d\u2019une accumulation d\u2019efforts monumentaux, que celui d\u2019une savante r\u00e9partition des d\u00e9penses \u00e9nerg\u00e9tiques requises au fil du chemin.<\/p>\n<p>Quelle que soit la fa\u00e7on dont chacun pratique, et le niveau atteint dans sa capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9conomiser, il est amusant de penser que c\u2019est la paresse qui pr\u00e9side \u00e0 la naissance d\u2019une telle discipline. En effet, les passants pensent\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0il se d\u00e9pense, il pousse son corps dans ses retranchements, c\u2019est un sportif\u00a0\u00bb.Alors qu\u2019en fait il s\u2019\u00e9conomise, il va au plus simple et au plus direct, c\u2019est un fain\u00e9ant\u00a0!<\/p>\n<p>Il ne faut pas s\u2019y tromper\u00a0: l\u2019acharnement que le traceur met \u00e0 parfaire ses mouvements et la fluidit\u00e9 de leur combinaison n\u2019est pas le signe d\u2019un go\u00fbt prononc\u00e9 pour l\u2019effort physique, mais bien le t\u00e9moignage d\u2019un d\u00e9sir intense d\u2019en fournir le moins possible. La volont\u00e9 du traceur s\u2019entra\u00eenant est \u00e0 la mesure de la paresse l\u2019animant. Il ne fait que mettre en \u0153uvre les moyens pour pouvoir paresser, sachant que mettre en correspondance la paresse \u00e0 laquelle on aspire, avec son application dans la r\u00e9alit\u00e9, est toujours une t\u00e2che fort compliqu\u00e9e, demandant un entra\u00eenement intensif et r\u00e9gulier, lui-m\u00eame permettant le d\u00e9veloppement de techniques sp\u00e9cifiques ad\u00e9quates. Pour cela (pour augmenter son <em>efficience<\/em>), il faudra que le traceur fasse preuve d\u2019une volont\u00e9 et d\u2019une d\u00e9termination sans pareils \u2013 ce qui est toujours le cas d\u2019un fain\u00e9ant, lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019en faire le moins possible -.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\">II. Le n\u00e9cessaire du traceur<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p>L\u2019entra\u00eenement intensif et r\u00e9gulier que requiert l\u2019id\u00e9al du paresseux passe par un imp\u00e9ratif\u00a0: il lui faut du temps. Plus le temps pass\u00e9 \u00e0 s\u2019entra\u00eener afin de parfaire sa technique est important, moins celui pass\u00e9 \u00e0 l\u2019effort lors d\u2019un d\u00e9placement quelconque le sera. En somme, l\u2019aptitude du traceur \u00e0 minimiser l\u2019effort d\u00e9pendra du temps consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019entra\u00eenement en amont. Il ne s\u2019agit pas de \u00ab\u00a0se tuer au travail\u00a0\u00bb, mais de \u00ab\u00a0pr\u00e9parer sa (seule vraie) retraite\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9vidence, l\u2019assimilation des techniques de base, leur m\u00e9morisation par le corps, leur automatisation \u2013 comme lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019apprendre \u00e0 faire du v\u00e9lo \u2013 ne se font pas par magie, mais par apprentissage. Cet apprentissage n\u00e9cessite une application particuli\u00e8re dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la t\u00e9l\u00e9 est reine \u2013et le canap\u00e9, roi-, et o\u00f9 pullulent automobiles, ascenseurs, et fast-foods. Le corps, dont les ressources sont de fait tr\u00e8s peu sollicit\u00e9es, s\u2019endort et se ramollit. Le parkour op\u00e8re alors une v\u00e9ritable r\u00e9\u00e9ducation du corps humain, non pas par l\u2019effort, mais par la simple <em>activit\u00e9<\/em>, par le fait de le tirer de son \u00e9tat l\u00e9thargique.<\/p>\n<p>Ce vaste programme n\u00e9cessite un temps consid\u00e9rable, temps que le cadre de vie moderne n\u2019offre pas, essentiellement du fait de son accaparation par le travail.<\/p>\n<p>Il faut savoir que nous passons au grand minimum 8 heures par jour au travail, quel que soit le domaine d\u2019activit\u00e9. En prenant cette quantit\u00e9, plus th\u00e9orique que pratique lorsqu\u2019on sait que la majorit\u00e9 y passe de 10 \u00e0 12h, voire davantage, et en partant, en mati\u00e8re d\u2019horaires, de la base 8h-12h\/14h-18h, on se rend facilement compte que la journ\u00e9e commence et finit avec le travail. On se l\u00e8ve pour aller travailler (apr\u00e8s un \u00e9ventuel petit caf\u00e9), et on rentre pour aller se coucher (apr\u00e8s un \u00e9ventuel petit cachet).Les temps de repas, de pr\u00e9paration, et de sommeil prenant tout le reste du temps, on peut dire que le <em>temps libre<\/em> est une utopie, un concept ne renvoyant \u00e0 rien de concret dans la r\u00e9alit\u00e9 du quotidien. Et si l\u2019entreprise ach\u00e8te notre force de travail contre un salaire qu\u2019elle estime \u00e0 la mesure de ce qu\u2019elle (notre force de travail) vaut, c\u2019est de notre c\u00f4t\u00e9 notre temps que nous monnayons en premier lieu. En d\u2019autres termes, l\u2019entreprise ach\u00e8te du temps avec de l\u2019argent\u00a0; l\u2019employ\u00e9 ach\u00e8te de l\u2019argent avec du temps. Rien ne dit toutefois que les deux monnaies soient \u00e9quivalentes, ni que le taux de change soit juste.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, le temps dont dispose le <em>travailleur<\/em> est largement insuffisant (pour ne pas dire inexistant) pour ce qui est de la pratique d\u2019une discipline telle que le parkour, laquelle requiert bien plus de temps que n\u2019importe quelle <em>activit\u00e9 sportive.<\/em><\/p>\n<p>Non seulement l\u2019aptitude \u00e0 paresser est directement d\u00e9pendante de l\u2019investissement en temps \u00e0 l\u2019entra\u00eenement, mais, surtout, le parkour se caract\u00e9rise par un certain nombre de\u00a0\u00ab\u00a0rituels\u00a0\u00bb, indispensables \u00e0 la pratique, et augmentant consid\u00e9rablement le temps pass\u00e9 \u00e0 l\u2019entra\u00eenement.<\/p>\n<p>Le corps \u00e9tant totalement \u00e9tranger \u00e0 cette fa\u00e7on de le solliciter, le traceur doit tout d\u2019abord le pr\u00e9parer, \u00e0 travers diff\u00e9rents exercices, regroup\u00e9s sous l\u2019appellation \u00ab\u00a0conditionnement\u00a0\u00bb. Cela comprend aussi bien les exercices musculaires basiques (tels que tractions, pompes, abdos, flexions), pratiqu\u00e9s indiff\u00e9remment \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ou \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, et ce quotidiennement, que les exercices plus sp\u00e9cifiques au parkour, comme les \u00ab\u00a0sessions de conditionnement\u00a0\u00bb, qui ont lieu, elles, imp\u00e9rativement en ext\u00e9rieur, et o\u00f9 l\u2019on d\u00e9veloppe des exercices musculaires complexes en relation avec les structures pr\u00e9sentes dans l\u2019espace (<strong>13<\/strong>). Ces s\u00e9ances sont g\u00e9n\u00e9ralement longues de 2 \u00e0 4 heures pendant lesquelles le traceur appr\u00e9hende l\u2019espace puis d\u00e9veloppe des exercices, dont la forme finale est li\u00e9e en partie \u00e0 la fa\u00e7on dont il veut faire travailler son corps, et aux muscles qu\u2019il souhaite solliciter plus particuli\u00e8rement, et en partie aux structures qui l\u2019entourent, \u00e0 leur hauteur, \u00e0 leurs formes, aux mat\u00e9riaux les composant, etc. De cette fa\u00e7on, non seulement le traceur effectue un travail musculaire complexe et inhabituel, mais, en plus, il met son corps \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019espace dans lequel il \u00e9volue, ce qui constitue sans nul doute une \u00e9tape d\u00e9cisive dans la pr\u00e9paration \u00e0 la pratique du parkour en tant que tel. Ces sessions ont lieu une \u00e0 trois fois par semaine, dans leur version longue, et \u00e0 chaque d\u00e9but et\/ou fin d\u2019entra\u00eenement, de mani\u00e8re \u00e9pisodique et cibl\u00e9e.<\/p>\n<p>Il faut ajouter \u00e0 tout cela le temps n\u00e9cessaire \u00e0 la recherche des lieux pour s\u2019entra\u00eener. Le parkour se nourrissant du relief dans l\u2019espace, et du mobilier urbain, le traceur est en recherche perp\u00e9tuelle de foisonnements de murs, de murets, et de barri\u00e8res en tous genres. En cela, les diff\u00e9rents endroits par lesquels il passe sont in\u00e9galement dot\u00e9s, et les plus riches en relief(s) sont les plus \u00e0 m\u00eame de satisfaire son besoin de mouvement. Cela implique donc de consacrer parfois jusqu\u2019\u00e0 des journ\u00e9es enti\u00e8res \u00e0 la visite de lieux nouveaux, de quartiers et de villes. Aller dans une direction, fouiller le quartier : ne rien trouver\u00a0; repartir et aller ailleurs\u00a0: trouver des choses\u00a0; s\u2019amuser avec\u00a0; reprendre la marche pour chercher ailleurs, et ainsi de suite\u2026Le traceur op\u00e8re dans la ville une v\u00e9ritable marche labyrinthique en qu\u00eate de murs ou d\u2019obstacles avec lesquels \u00ab\u00a0danser\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019entra\u00eenement lui-m\u00eame, il dure en moyenne de 4 \u00e0 6h), \u00e0 la diff\u00e9rence de la plupart des \u00ab\u00a0sports\u00a0\u00bb o\u00f9 l\u2019on a davantage \u00e0 faire \u00e0 des plages d\u20191h30\/2h. Il est, par ailleurs, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un long \u00e9chauffement (30 \u00e0 45 minutes), indispensable pour \u00e9viter les blessures, musculaires et articulaires notamment, et toujours suivi d\u2019une s\u00e9ance d\u2019\u00e9tirements (30 minutes environ). La fr\u00e9quence d\u2019entra\u00eenement est tr\u00e8s irr\u00e9guli\u00e8re, et sujette aux al\u00e9as des existences de chacun. Toutefois, si l\u2019on devait \u00e9tablir une moyenne, parler de 4 \u00e0 5 s\u00e9ances d\u2019entra\u00eenement hebdomadaires me para\u00eet fort raisonnable. Cela n\u2019emp\u00eache qu\u2019en d\u00e9finitive, le traceur pratique aussi souvent qu\u2019il en a l\u2019occasion (sa capacit\u00e9 future \u00e0 mettre en \u0153uvre sa paresse en d\u00e9pend, ne l\u2019oublions pas), tous les jours s\u2019il le peut. Disposant de l\u2019avantage non n\u00e9gligeable que, dans le cas du parkour, le fait de s\u2019entra\u00eener consiste \u00e0 <em>jouer <\/em>(et ce sans que qui que ce soit exerce quelque pression sur nous), la r\u00e9p\u00e9tition, m\u00eame pouss\u00e9e \u00e0 ce stade, n\u2019a rien de r\u00e9dhibitoire, et la quotidiennet\u00e9 de l\u2019entra\u00eenement ne pose aucun probl\u00e8me au traceur. Bien au contraire\u2026C\u2019est bien au jeu que le traceur va, non au travail, et c\u2019est bien au plaisir que jouer le conduit, non \u00e0 l\u2019ennui.<\/p>\n<p>Une fois dispos\u00e9 \u00e0 s\u2019entra\u00eener, le traceur ne se fie pas \u00e0 un mode d\u2019emploi, mais \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 interroger l\u2019espace. Il lui faut avant tout regarder autour, dessous, dessus, puis inventer\u00a0; inventer des techniques de franchissement adapt\u00e9es \u00e0 chaque lieu, \u00e0 chaque structure, imaginer comment les combiner entre elles, comment faire des mouvements <em>un<\/em> mouvement, <em>du<\/em> mouvement\u00a0; trouver des chemins, ouvrir des voies, en dessiner les itin\u00e9raires par son mouvement dans l\u2019espace.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas de venir et de faire. Il faut savoir o\u00f9 aller \u2013 avant de venir -, et r\u00e9fl\u00e9chir &#8211; avant de faire -.Il n\u2019est pas question de reproduction, mais de cr\u00e9ation, donc de temps. Il faut\u00a0\u00ab\u00a0avoir le temps de prendre le temps\u00a0\u00bb (<strong>14<\/strong>), pour cr\u00e9er.<\/p>\n<p>Une petite parenth\u00e8se m\u2019est n\u00e9cessaire pour expliciter la notion de <em>cr\u00e9ation <\/em>telle que je l\u2019entends.<\/p>\n<p>Par cr\u00e9ation, je n\u2019entends pas l\u2019oeuvre comme \u00e9tant n\u00e9e d\u2019une aptitude <em>extra<\/em>-ordinaire d\u00e9notant une incontestable sup\u00e9riorit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique de celui qui la con\u00e7oit, ni comme le fruit divin des muses soufflant l\u2019inspiration \u00e0 l\u2019artiste.<\/p>\n<p>Non, par cr\u00e9ation, je n\u2019entends que <em>l\u2019action de cr\u00e9er<\/em>, de tirer du n\u00e9ant (<strong>15<\/strong>), de donner l\u2019\u00eatre, l\u2019existence (<strong>16<\/strong>). Cr\u00e9er, c\u2019est faire exister quelque chose \u2013 quelque chose qui n\u2019existait pas avant -.<\/p>\n<p>Cela n\u2019advient pas par magie, mais par imagination. A partir des informations m\u00e9moris\u00e9es par le syst\u00e8me nerveux, et de la possibilit\u00e9 d\u2019apprentissage qui en d\u00e9coule, les motivations pulsionnelles, dont la forme originelle a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e par l\u2019int\u00e9riorisation des automatismes socio-culturels, permettent \u00ab\u00a0la mise en jeu de l\u2019<em>imaginaire<\/em> \u00bb, selon l\u2019expression du professeur Henri Laborit, neurobiologiste. <em>Imaginaire<\/em> qu\u2019il d\u00e9finit en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0fonction sp\u00e9cifiquement humaine qui permet \u00e0 l\u2019Homme, contrairement aux autres esp\u00e8ces animales, d\u2019ajouter de l\u2019information, de transformer le monde qui l\u2019entoure\u00a0\u00bb (<strong>17<\/strong>).<\/p>\n<p>Cette parenth\u00e8se referm\u00e9e, revenons \u00e0 l\u2019entra\u00eenement et au temps.<\/p>\n<p>En consid\u00e9rant la moyenne de temps d\u2019entra\u00eenement d\u00e9finie plus haut (\u00e0 savoir 4 \u00e0 6h, auxquelles s\u2019ajoutent syst\u00e9matiquement 45 minutes d\u2019\u00e9chauffement avant, et une demi-heure d\u2019\u00e9tirements apr\u00e8s, ainsi que de longues heures de marche \u00e0 la recherche d\u2019obstacles, et de longues minutes de r\u00e9flexion servant \u00e0 l\u2019invention et \u00e0 la fabrication des chemins ensuite emprunt\u00e9s), et en la multipliant par la fr\u00e9quence moyenne d\u00e9finie plus haut (\u00e0 savoir 4 \u00e0 5 fois par semaine), on obtient une moyenne d\u2019environ 40 heures. Tiens donc\u00a0! Exactement le m\u00eame nombre d\u2019heures que la semaine de travail\u00a0! Ce n\u2019est pas de chance.<\/p>\n<p>Ajoutons \u00e0 cela les <em>sessions de conditionnement <\/em>(exercices musculaires complexes en ad\u00e9quation avec le mobilier urbain environnant) d\u2019une dur\u00e9e moyenne chacune de 2 \u00e0 4h, et d\u2019une fr\u00e9quence de 1 \u00e0 3 fois par semaine, et l\u2019on obtient un total de 46 heures par semaine d\u00e9di\u00e9es au parkour (en moyenne).Ce chiffre exclue les exercices musculaires simples, de type pompes ou tractions, qui repr\u00e9sentent environ 15 \u00e0 30 minutes par jour.<\/p>\n<p>Au final, on arrive \u00e0 un peu plus de 50 heures. Quel travailleur dispose de ce temps\u00a0?<\/p>\n<p>En somme, le parkour (ou toute autre activit\u00e9 cr\u00e9atrice) n\u00e9cessite bien trop de temps, pour rendre possible la cohabitation avec un <em>emploi<\/em>, quel qu\u2019il soit. Et c\u2019est en cela que le parkour pousse \u00e0 une autre paresse (qui n\u2019est pas sans d\u00e9noter un certain courage), la paresse du ch\u00f4meur. Celle de celui qui pour \u00ab\u00a0se la couler douce\u00a0\u00bb a renonc\u00e9 \u00e0 travailler,\u00a0 \u00e0 faire (aban)don de sa personne \u00e0 la collectivit\u00e9. Celle de celui qui, \u00e9go\u00efstement \u2013 mais heureusement (<strong>18<\/strong>) -, a repris possession de son temps. Celle de celui qui avec cette id\u00e9e est en paix. Le paresseux, le vrai\u00a0!<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\">III. L&rsquo;indiscipline de la discipline<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la <em>discipline<\/em> (au sens d\u2019<em>ob\u00e9issance, soumission \u00e0 un ensemble de r\u00e8gles, \u00e9crites ou coutumi\u00e8res <\/em>(<strong>19<\/strong>)) que pourrait para\u00eetre requ\u00e9rir une <em>discipline<\/em> (au sens de <em>champ d\u2019activit\u00e9 <\/em>(<strong>20<\/strong>)) comme le parkour, le fond des choses est fort diff\u00e9rent de ce que les apparences sugg\u00e8rent, et, de fait, c\u2019est bien davantage dans l\u2019<em>indiscipline<\/em>, que dans la discipline, qu\u2019il se pratique.<\/p>\n<p>L\u2019apparente rigueur pr\u00eat\u00e9e au traceur n\u2019est qu\u2019un leurre r\u00e9sultant de la projection de notre conception du sport (ensemble de r\u00e8gles pr\u00e9-\u00e9nonc\u00e9es, comp\u00e9tition et hi\u00e9rarchisation, religion de l\u2019effort) sur l\u2019objet particulier qu\u2019est le parkour. Or, si ce dernier emprunte au sport l\u2019usage athl\u00e9tique qu\u2019il fait du corps, il n\u2019h\u00e9rite en revanche ni de sa rigidit\u00e9 r\u00e9glementaire (r\u00e8gles pr\u00e9d\u00e9finies, tr\u00e8s strictes, et identiques pour tous), ni de son conservatisme organisationnel (entra\u00eenements d\u2019une dur\u00e9e et d\u2019une r\u00e9gularit\u00e9 pr\u00e9d\u00e9finies \u00e9galement, et dont le contenu m\u00eame fait l\u2019objet d\u2019une syst\u00e9matisation rendant l\u2019ensemble de l\u2019entra\u00eenement enti\u00e8rement pr\u00e9visible).<\/p>\n<p>Le traceur n\u2019adh\u00e8re \u00e0 aucune structure (club, association, ligue, f\u00e9d\u00e9ration) lui dictant les r\u00e8gles \u00e0 observer et la voie \u00e0 suivre lors de l\u2019entra\u00eenement. Il fait <em>comme bon lui semble<\/em>. Autrement dit, il ne se fie qu\u2019\u00e0 lui -et \u00e0 lui seul- pour d\u00e9terminer de la marche \u00e0 suivre dans sa pratique.<\/p>\n<p>Il n\u2019a besoin ni de license, ni de certificat m\u00e9dical, ni de cotisation d\u2019adh\u00e9sion \u00e0 quelque structure que ce soit, ni d\u2019\u00e9quipement sp\u00e9cifique, ni de terrain ou de structure d\u00e9di\u00e9s. Il fait avec ce qu\u2019il a \u2013envies y compris-, sort quand il veut, s\u2019entra\u00eene comme il veut, le temps qu\u2019il veut, avec qui il veut \u2013souvent seul-.<\/p>\n<p>La <em>license<\/em>, c\u2019est lui-m\u00eame qui se la donne toute. De la m\u00eame fa\u00e7on, c\u2019est lui qui sonde son organisme, qui estime ce que son corps peut. C\u2019est l\u00e0 son seul <em>\u00ab\u00a0certificat\u00a0\u00bb m\u00e9dical<\/em>. Quant au <em>terrain de jeu<\/em>, c\u2019est le monde dans son ensemble qui en fait office. Il ne revient donc qu\u2019\u00e0 lui de choisir o\u00f9 il pratiquera, au fil de ses humeurs et de ses aspirations. En d\u2019autres termes, tout passe par lui, et chaque d\u00e9cision ne revient qu\u2019\u00e0 lui seul. C\u2019est l\u00e0 une autre particularit\u00e9 du parkour.<\/p>\n<p>Celui qui le pratique n\u2019ob\u00e9it \u00e0 aucune r\u00e8gle pr\u00e9d\u00e9finie. Si r\u00e8gles il y a, c\u2019est lui seul qui les invente, et les change \u00e0 sa guise, en situation, lesquelles r\u00e8gles ont de ce fait l\u2019avantage d\u2019\u00eatre en ad\u00e9quation avec ladite situation, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que c\u2019est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cette m\u00eame situation qu\u2019elles prennent naissance. Elles ne sont jamais th\u00e9oris\u00e9es ni en amont ni en dehors.<\/p>\n<p>Par ailleurs, le contenu ainsi que la r\u00e9gularit\u00e9 des s\u00e9ances d\u2019entra\u00eenement sont davantage le produit de d\u00e9sirs (ceux du traceur), que de r\u00e8gles. Aussi le traceur va-t-il s\u2019entra\u00eener quand il en \u00e9prouve <em>l\u2019envie<\/em>, ni plus, ni moins. Il s\u2019entra\u00eenera alors comme il en a <em>envie<\/em>, s\u2019abandonnant \u00e0 satisfaire tout \u00ab\u00a0b\u00eatement\u00a0\u00bb ses d\u00e9sirs, sans plus de complications. Il est, sur ce point encore, en rupture, d\u2019une part avec le milieu sportif, o\u00f9 il n\u2019est nullement question de d\u00e9sirs, mais plut\u00f4t d\u2019<em>objectifs<\/em>, ainsi que de moyens \u00e0 mettre en \u0153uvre pour les atteindre \u2013les objectifs \u00e9tant qui plus est d\u00e9finis davantage par l\u2019entra\u00eeneur et le sponsor que par le joueur lui-m\u00eame-\u00a0; d\u2019autre part, avec la tradition religieuse, jud\u00e9o-chr\u00e9tienne notamment, o\u00f9 le d\u00e9sir, moteur de la recherche du plaisir, est, \u00e0 cause de sa nature m\u00eame, consid\u00e9r\u00e9 comme suspect, et o\u00f9 l\u2019assouvissement de ses d\u00e9sirs m\u00e8ne au pire (vol, adult\u00e8re, meurtre).<\/p>\n<p>Et pourtant, ce qui peut appara\u00eetre comme un caprice d&rsquo;adolescent n&rsquo;en est pas moins l&rsquo;essence de la pratique. La conception de la chose en termes de possibles \u00e0 explorer et de d\u00e9sirs \u00e0 satisfaire n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que la manifestation du <em>jeu<\/em>, l\u00e0 o\u00f9 le <em>sport<\/em> induirait une conception de la chose en termes d&rsquo;objectifs \u00e0 atteindre et de moyens \u00e0 mettre en oeuvre pour y parvenir.<\/p>\n<p>Le jeu semble en effet emporter une id\u00e9e spinoziste du <em>d\u00e9sir<\/em> comme potentiel moyen d\u2019augmenter sa puissance d\u2019\u00eatre, et non comme manifestation du Diable en l\u2019homme.<\/p>\n<p>Aussi cette nonchalance assum\u00e9e du traceur, de <em>ne<\/em> <em>faire que comme il en a envie<\/em>, n\u2019est-elle pas n\u00e9gociable, puisqu\u2019elle est inh\u00e9rente \u00e0 la pratique, et qu\u2019elle en conditionne la possibilit\u00e9. Contraindre le traceur \u00e0 tracer sous contraintes \u2013autres que celles que lui-m\u00eame juge <em>amusant<\/em> d\u2019inventer lorsqu\u2019il investit l\u2019espace- reviendrait \u00e0 brider son inventivit\u00e9 et son imagination, et donc restreindre sa capacit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er, voire \u00e0 rendre toute cr\u00e9ation impossible, et limiter la pratique \u00e0 la reproduction d\u2019un set de mouvements pr\u00e9d\u00e9finis.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas la pr\u00e9tention mais la recherche de l\u2019exactitude qui conduit \u00e0 penser le pratiquant du parkour non pas comme un sportif, mais comme un artiste. Le traceur est l\u2019<em>artiste<\/em> du mouvement, du franchissement d\u2019obstacles. Par la justesse et la fluidit\u00e9 de son d\u00e9placement \u00e0 travers son environnement, il donne d\u2019ailleurs davantage l\u2019impression d\u2019un ballet avec les murs que d\u2019une course d\u2019obstacles, lorsque, sous ses mains, ces derniers semblent passer du statut d\u2019obstacle \u00e0 celui d\u2019outil, n\u2019\u00e9tant plus d\u00e9sormais des obstructions \u00e0 son avanc\u00e9e mais des partenaires de la danse qu\u2019il op\u00e8re dans l\u2019espace.<\/p>\n<p>Or, l\u2019artiste ne cr\u00e9e pas sur commande\u00a0; il ne fait pas \u0153uvre de 14h \u00e0 16h les mardi et jeudi.<\/p>\n<p>Il est \u00e0 l\u2019\u00e9coute de ce que sa conscience lui renvoie de ses perceptions sensorielles. Il fait interagir le senti et le ressenti, les fait s\u2019entrem\u00ealer dans un ballet sans fin, conditionnant la fabrication de son ballet urbain.<\/p>\n<p>Il est indisciplin\u00e9 non par l\u2019effet d\u2019une intention, mais \u00e0 cause de la nature de la discipline qu\u2019il pratique. Non par r\u00e9volte, mais par besoin.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\">IV. L&rsquo;entra\u00eenement ou la volont\u00e9 de ne rien faire<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p>Afin de se rendre disponible \u00e0 ce qu\u2019il fait, le traceur doit se rendre indisponible \u00e0 tout ce qu\u2019il ne fait pas, donc \u00e0 toutes les banalit\u00e9s du quotidien. Il n\u2019est pas, lorsqu\u2019il pratique, dans un rapport aux choses qui rel\u00e8ve du quotidien, mais bien de l\u2019instant, de l\u2019<em>ici et maintenant<\/em>.<\/p>\n<p>Pour l\u2019esprit cherchant \u00e0 faire le vide, les pr\u00e9occupations habituelles sont autant de pens\u00e9es parasites dont il lui faut se d\u00e9faire afin de se faire apte \u00e0 penser et sentir les choses dans un mode diff\u00e9rent du <em>mode de penser<\/em> et <em>sentir<\/em> habituellement emprunt\u00e9.<\/p>\n<p>Il faut donc bien que le pratiquant d\u00e9veloppe une strat\u00e9gie visant \u00e0 lutter contre les incessantes sollicitations ext\u00e9rieures\u00a0; il lui faut veiller \u00e0 ne rien faire d\u2019autre que ce qu\u2019il fait \u2013 ce qui n\u2019est nullement trivial, loin de l\u00e0-.<\/p>\n<p>Prenons un exemple. Lorsque quelqu\u2019un marche dans la rue, il marche certes \u2013 et fait donc ce qu\u2019il fait-. Mais il ne fait cependant pas que marcher. Il pense \u00e0 un tas de choses\u00a0: \u00e0 ce qu\u2019il a oubli\u00e9 de faire avant de sortir, \u00e0 ce qu\u2019il va faire en rentrant, \u00e0 ce qui l\u2019attend l\u00e0 o\u00f9 il va. Au fond, il a beau \u00eatre l\u00e0, devant nous, il est moins <em>l\u00e0<\/em> que partout ailleurs. Et puis, s\u2019il ne faisait que penser\u00a0; mais il observe les gens qu\u2019il croise, regarde les vitrines des magasins, se retourne au passage de jolies cr\u00e9atures, \u00e9coute de la musique de l\u2019oreille gauche, et t\u00e9l\u00e9phone avec un kit pi\u00e9ton de la droite. Parfois, il lit m\u00eame en marchant.<\/p>\n<p>Manifestement, l\u2019action de marcher dans la rue ne suffit pas \u00e0 solliciter toutes les ressources dont il dispose, il a de fait besoin de faire un certain nombre d\u2019autres choses dans le m\u00eame temps. C\u2019est donc ainsi que chacun fait dans un pareil cas, sans m\u00eame y penser, le plus spontan\u00e9ment du monde.<\/p>\n<p>En revanche, dans le cas d\u2019un traceur qui s\u2019entra\u00eene, la situation est tr\u00e8s diff\u00e9rente\u00a0: l\u2019aptitude \u00e0 se mouvoir dans l\u2019espace de mani\u00e8re fluide d\u2019une part, et s\u00e9curis\u00e9e d\u2019autre part, et donc \u00e0 juger \u00e0 chaque instant de la nature d\u2019un saut (distance, inclinaison, mat\u00e9riau de la plateforme d\u2019o\u00f9 l\u2019on part, mat\u00e9riau de la plateforme o\u00f9 l\u2019on compte se r\u00e9ceptionner (solidit\u00e9, texture, fait qu\u2019il soit glissant ou non, espace disponible \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e), \u00e9ventuelles traces d\u2019humidit\u00e9, bouts de verre, etc) ainsi que de sa capacit\u00e9 \u00e0 le faire ou non (d\u00e9tente, savoir-faire technique, exp\u00e9rience, solidit\u00e9 mentale dans le cas d\u2019une situation \u00e0 risque, \u00e9tat dans lequel se trouve le corps, niveau de fatigue, etc) repose essentiellement sur le niveau de concentration du pratiquant, autrement dit sur sa <em>disponibilit\u00e9<\/em>. Il en r\u00e9sulte qu\u2019il lui faut bien-s\u00fbr \u00eatre tout \u00e0 ce qu\u2019il fait non seulement au moment o\u00f9 il saute (\u00e7a va de soi), mais aussi \u00e0 tous les moments o\u00f9 il ne saute pas, moments o\u00f9 il dispose d\u2019intervalles extr\u00eamement courts pour juger efficacement de sa capacit\u00e9 \u00e0 ex\u00e9cuter le saut suivant.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ces moments-l\u00e0, o\u00f9 il est plus facile (comparativement aux moments o\u00f9 l\u2019on saute) de rel\u00e2cher son attention, de se laisser distraire par quelque chose ou quelqu\u2019un, que la moindre erreur peut s\u2019av\u00e9rer fatale. C\u2019est donc l\u00e0 qu\u2019il faut redoubler de concentration. Cela pourrait appara\u00eetre comme un paradoxe, lorsqu\u2019il s\u2019agit de <em>paresse<\/em>.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre buttons-nous sur ce point par l\u2019effet d\u2019un pr\u00e9jug\u00e9 nous conduisant \u00e0 penser la <em>paresse<\/em> comme le d\u00e9faut d\u2019activit\u00e9, ou comme l\u2019exclusion de toute activit\u00e9. Or, le contraire de l\u2019<em>activit\u00e9<\/em>, c\u2019est bien l\u2019<em>inactivit\u00e9<\/em>, et non la paresse. La paresse n\u2019est d\u2019ailleurs pas, \u00e9tymologiquement parlant, d\u00e9finie comme le d\u00e9faut de quoi que ce soit. Elle jouit de toute la positivit\u00e9 du concept qu\u2019elle renferme.<\/p>\n<p>Les formes verbales peuvent \u00eatre un indice du contenu de certains mots. Par exemple, l\u2019activit\u00e9 se d\u00e9cline sous la forme verbale \u00ab\u00a0<em>s\u2019activer <\/em>\u00bb. En revanche, son contraire, l\u2019inactivit\u00e9, ne se d\u00e9cline pas sous la forme d\u2019un verbe\u00a0; on ne \u00ab\u00a0s\u2019inactive\u00a0\u00bb pas. On <em>est<\/em> inactif. Ceci parce que le terme d\u2019inactivit\u00e9 ne renvoie pas \u00e0 un concept positif, qui aurait une consistance propre, mais ne se d\u00e9finit que par rapport \u00e0 un autre concept, celui d\u2019activit\u00e9, dont il manifeste l\u2019absence. Or, le terme <em>paresse<\/em> donne bien le verbe \u00ab\u00a0<em>paresser<\/em> \u00bb.Je <em>paresse<\/em>, tu <em>paresses<\/em>, il <em>paresse<\/em>, nous <em>paressons<\/em>, vous <em>paressez<\/em>, ils <em>paressent<\/em>.<\/p>\n<p>Il faut donc bien comprendre la paresse comme un concept plein et entier, qui ne souffre aucun manque\u00a0de quelque nature que ce soit. La <em>paresse<\/em>, c\u2019est avant tout le \u00ab\u00a0refus de l\u2019effort\u00a0\u00bb (<strong>21<\/strong>). Et par extension, le refus de tout ce qui demande de <em>faire un effort<\/em>. L\u2019<em>effort<\/em>, qui d\u00e9crit l\u2019action de s\u2019efforcer (<strong>1<\/strong>), n\u2019est en aucun cas synonyme d\u2019<em>activit\u00e9<\/em>, qui d\u00e9finit une \u00ab\u00a0facult\u00e9 active\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0puissance d\u2019agir\u00a0\u00bb (<strong>22<\/strong>). Et il n\u2019en conditionne pas davantage la r\u00e9alisation, dans la mesure o\u00f9 l\u2019on peut \u00eatre en activit\u00e9, sans faire le moindre effort pour autant.<\/p>\n<p>Il ne faut pas non plus confondre <em>effort<\/em> et <em>\u00e9nergie<\/em>, la seconde d\u00e9finissant une \u00ab\u00a0force en action\u00a0\u00bb, alors que le premier en d\u00e9finit l\u2019\u00e9puisement.<\/p>\n<p>Cette mise au point s\u00e9mantique \u00e9tant faite, il para\u00eet difficile de refuser \u00e0 la paresse la possibilit\u00e9 de s\u2019inscrire dans l\u2019<em>activit\u00e9<\/em> (capacit\u00e9 active). La paresse rel\u00e8ve bien d\u2019une <em>capacit\u00e9<\/em>, puisqu\u2019on en est <em>capable<\/em> \u2013ou incapable-. Cela n\u2019exclut pas par ailleurs qu\u2019il faille souvent un apprentissage et un entra\u00eenement pr\u00e9alables pour pouvoir <em>paresser<\/em> v\u00e9ritablement (\u00ab\u00a0paresser, c\u2019est plus dur qu\u2019il n\u2019y para\u00eet\u00a0\u00bb (<strong>23<\/strong>)).<\/p>\n<p>Dans le cadre d\u2019un refus de l\u2019effort, la paresse est aussi une \u00ab\u00a0<a title=\"disposition\" href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/disposition\">disposition<\/a> <a title=\"habituel\" href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/habituel\">habituelle<\/a> \u00e0 ne pas <a title=\"travailler\" href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/travailler\">travailler<\/a>, <a title=\"nonchalance\" href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/nonchalance\">nonchalance<\/a>, <a title=\"n\u00e9gligence\" href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/n%C3%A9gligence\">n\u00e9gligence<\/a> des choses qui sont de <a title=\"devoir\" href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/devoir\">devoir<\/a>, d\u2019<a title=\"obligation\" href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/obligation\">obligation<\/a> \u00bb. En bref, absolument rien qui n\u2019exclut l\u2019activit\u00e9 \u2013\u00e0 moins qu\u2019on ne la con\u00e7oive que comme <em>travail<\/em>, ce qui est r\u00e9ducteur, donc faux-.<\/p>\n<p>Mais la paresse est aussi d\u00e9finie comme l\u2019\u00ab\u00a0<a title=\"amour\" href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/amour\">amour<\/a> du <a title=\"repos\" href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/repos\">repos<\/a>, du <a title=\"loisir\" href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/loisir\">loisir<\/a>, <a title=\"tranquillit\u00e9\" href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/tranquillit%C3%A9\">tranquillit\u00e9<\/a> du <a title=\"corps\" href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/corps\">corps<\/a> et de l\u2019<a title=\"esprit\" href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/esprit\">esprit<\/a> \u00bb. Cette autre acception confirme ce qu\u2019on a vu pr\u00e9c\u00e9demment, \u00e0 savoir que la paresse peut se penser dans l\u2019<em>agir<\/em>, non comme \u00e9tat, mais comme activit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais pour en revenir au parkour, agir paradoxal qui voit cohabiter chez ceux qui le pratiquent, patience et vitesse, nonchalance et explosivit\u00e9, paresse et prouesses physiques, il faut bien dire que l\u2019entra\u00eenement <em>en lui-m\u00eame<\/em> consiste, contre les apparences, en la volont\u00e9 de <em>ne rien faire<\/em>. En effet, il s\u2019agit originellement d\u2019en faire <em>le moins possible<\/em>, et pour en faire le moins possible il faut toujours trouver qu\u2019on en fait <em>trop<\/em> (afin d\u2019aspirer continuellement \u00e0 r\u00e9duire les efforts consentis), et bien avoir en t\u00eate qu\u2019il serait possible d\u2019<em>en faire <\/em>encore <em>moins<\/em>. Or, en descendant graduellement sur l\u2019\u00e9chelle des efforts fournis, apr\u00e8s <em>peu,<\/em> gageons qu\u2019il y a <em>tr\u00e8s peu<\/em>, ou <em>presque rien <\/em>; mais qu\u2019y-a-t-il donc apr\u00e8s <em>tr\u00e8s peu<\/em> ? Qu\u2019y-a-t-il de moins que <em>le moins possible <\/em>? Il n\u2019y a assur\u00e9ment rien de <em>moins<\/em>, que <em>le moins possible<\/em>. Moins que <em>presque rien<\/em>, c\u2019est <em>rien<\/em>. Aussi, <em>rien<\/em> est-il, sinon un objectif, en tous cas ce qu\u2019on prend pour point de rep\u00e8re, l\u2019horizon vers lequel on tend.<\/p>\n<p>Et puis, faire du parkour, c\u2019est aussi et enfin avoir la volont\u00e9 de faire quelque chose qui, pour beaucoup, ne rime <em>\u00e0 rien<\/em>. Que fait le traceur aux yeux du monde qui le regarde\u00a0(car <em>le monde<\/em> le regarde, \u00e9tant entendu qu\u2019il op\u00e8re dans l\u2019espace public)? Pas grand-chose, de toute \u00e9vidence. Il ne travaille pas. Il ne gagne pas d\u2019argent. Il ne rapporte pas d\u2019argent. Autant dire qu\u2019il ne sert \u00e0 rien.<\/p>\n<p>Il n\u2019est m\u00eame pas en train de faire un show ou une d\u00e9monstration, il se donne \u00e0 voir tout en refusant de se donner en spectacle. Il se moque bien d\u2019\u00eatre applaudi, et ne rentre pas en conflit avec ses d\u00e9tracteurs dont il se moque \u00e9perdument. Il ne demande rien.<\/p>\n<p>Il saute d\u2019un muret \u00e0 l\u2019autre, escalade un mur, marche en \u00e9quilibre sur une barre. Il ne fait que faire ce qu\u2019il fait. Et il ne le fait que pour le faire. Et peut-\u00eatre est-ce pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il est <em>tout \u00e0 ce qu\u2019il fait<\/em>, que les passants pensent <em>qu\u2019il ne fait rien<\/em>.<\/p>\n<p>Ils n\u2019y voient qu\u2019un grand vide, le signe du d\u00e9soeuvrement croissant d\u2019une jeunesse inutile \u2013ou inutilisable-.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\">V. Etre fort pour \u00eatre inutile<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est pourtant peut-\u00eatre bien l\u00e0, dans son <em>inutilit\u00e9<\/em> manifeste, que la pratique du parkour se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre du plus grand <em>int\u00e9r\u00eat<\/em>.<\/p>\n<p>Si le parkour, tel que le th\u00e9orise son concepteur David Belle, est une m\u00e9thode d\u2019entra\u00eenement servant \u00e0 pr\u00e9parer celui qui la pratique \u00e0 faire face \u00e0 toute situation n\u00e9cessitant qu\u2019il se d\u00e9place de cette mani\u00e8re \u2013par exemple pour fuir, ou pour secourir quelqu\u2019un-, le fait est que ces situations adviennent exceptionnellement, voire jamais, et que beaucoup de traceurs se pr\u00e9parent en quelque sorte constamment \u00e0 la venue de choses qui n\u2019adviendront jamais. Si bien que l\u2019entra\u00eenement, qui en th\u00e9orie peut \u00eatre susceptible de servir un jour, est en pratique bien souvent parfaitement inutile. On ne fuit aucun danger plus grand que celui qu\u2019on encoure lorsqu\u2019on saute \u2013on ne fuit en r\u00e9alit\u00e9 aucun danger-, et on ne secoure personne. On joue. On fait <em>comme si<\/em>. On ne fait que \u00e7a.<\/p>\n<p>De ce point de vue, le parkour renvoie, sch\u00e9matiquement, au \u00ab\u00a0pouce\u00a0\u00bb qu\u2019on l\u00e8ve, lors des parties de \u00ab\u00a0chat\u00a0\u00bb que les enfants jouent dans la cour de r\u00e9cr\u00e9ation de l\u2019\u00e9cole primaire, et qui sert \u00e0 inaugurer un moment o\u00f9 \u00ab\u00a0\u00e7a ne compte plus\u00a0\u00bb. Tout ce qu\u2019on fait lorsqu\u2019on s\u2019entra\u00eene <em>ne compte plus<\/em> ou <em>compte pour du beurre<\/em>, on le fait <em>pour rire<\/em> ou <em>pour du faux<\/em>. On fait comme s\u2019il \u00e9tait imp\u00e9ratif de sauter par-dessus telle ou telle barri\u00e8re en se r\u00e9ceptionnant sur tel ou tel muret, comme si notre vie s\u2019y jouait. Alors qu\u2019en fait rien ne s\u2019y <em>joue<\/em>, si ce n\u2019est nous, qui y jouons et nous laissons prendre au jeu. Apr\u00e8s notre passage, qui, de fait, ne sert \u00e0 rien, la rue ressemblera \u00e0 ce \u00e0 quoi elle ressemblait avant qu\u2019on y passe. Elle cessera d\u2019\u00eatre un terrain de jeux pour rev\u00eatir son air habituel de rue, faite de places, de murets et de barri\u00e8res, qu\u2019on voit \u00e0 peine, ou pas, ou mal.<\/p>\n<p>Mais il suffira qu\u2019on revienne y jouer, y sauter, y grimper, pour qu\u2019elle redevienne \u00e0 nouveau un <em>terrain de jeux<\/em> et d\u2019invention, et cesse de n\u2019\u00eatre qu\u2019une simple <em>voie de passage<\/em> \u2013m\u00eame si, d\u2019une certaine fa\u00e7on, nous aussi ne faisons qu\u2019y passer-. De sorte que la rue, comme le mobilier urbain qui la constitue, semblent \u00eatre tributaires de l\u2019usage qu\u2019on en fait, et cessent d\u2019\u00eatre ce qu\u2019ils sont primitivement, aussit\u00f4t qu\u2019on en fait autre chose. Il ne tient qu\u2019\u00e0 nous de faire d\u2019une barri\u00e8re un jouet. Il suffit de faire appel \u00e0 notre <em>imagination<\/em>, par la seule force de laquelle nous avons le pouvoir de transformer un espace et de suspendre le temps. Tout cela est parfaitement inutile, mais c\u2019est par contre tr\u00e8s <em>important<\/em>.<\/p>\n<p>L\u2019utile est une notion aussi arbitraire que le beau. Ce qui est utile pour moi n\u2019est pas n\u00e9cessairement utile pour d\u2019autres, et inversement. Aussi, chacun d\u00e9finit-t-il l\u2019utile selon sa nature propre, mais tous avons tendance \u00e0 consid\u00e9rer ce qui nous est utile comme utile \u00e0 tous. Or, il semble qu\u2019il n\u2019y ait pas d\u2019<em>utile<\/em> <em>en soi<\/em>, mais seulement de l\u2019<em>utile \u00e0<\/em> quelque chose ou \u00e0 quelqu\u2019un.<\/p>\n<p>Dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, l\u2019utile est par exemple associ\u00e9, dans l\u2019imaginaire collectif, \u00e0 la notion de <em>rentabilit\u00e9<\/em>. La question que l\u2019on se pose lorsqu\u2019on aborde une chose, quelle qu\u2019elle soit, ressemble \u00e0\u00a0\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que j\u2019y gagne?\u00a0\u00bb plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 \u00ab\u00a0En ai-je envie\u00a0?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019<em>utile<\/em> et l\u2019<em>inutile<\/em> sont devenus des verdicts servant \u00e0 valider ou \u00e0 disqualifier des comportements sociaux.<\/p>\n<p>Le <em>travail<\/em>, par exemple, est utile. Le <em>temps libre<\/em>, lui, est inutile, il faut l\u2019employer \u00e0 quelque chose (\u00e0 quelque chose d\u2019utile).<\/p>\n<p>Le <em>sport<\/em> est utile. Le <em>jeu<\/em> est inutile (ce sont les enfants qui jouent\u00a0; ils feraient cela dit mieux de travailler).<\/p>\n<p><em>Avoir de l\u2019argent<\/em> est utile. <em>Avoir du temps<\/em> est inutile (on ne peut rien en faire sans argent).<\/p>\n<p>Il existe ainsi une classification, qui s\u2019op\u00e8re dans l\u2019institution comme dans l\u2019imaginaire collectif, des choses et des activit\u00e9s selon qu\u2019elles sont consid\u00e9r\u00e9es comme utiles ou inutiles.<\/p>\n<p>Les r\u00e9actions des passants, pris dans cette logique, \u00e0 la vue de traceurs, sont parfois violentes. Il est en effet difficile de comprendre comment l\u2019on peut mettre tant d\u2019acharnement \u00e0 faire <em>rien<\/em>. Mais peut-\u00eatre est-ce pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il ne fait rien (en tous cas rien que l\u2019on puisse identifier \u00e0 quelque chose que l\u2019on conna\u00eet) que le traceur enclenche quelque chose (puisqu\u2019il produit par sa pratique des effets notoires dans l\u2019espace o\u00f9 il \u00e9volue). Peut-\u00eatre est-ce parce que le parkour appara\u00eet comme lib\u00e9r\u00e9 du concept de finalit\u00e9 qu\u2019il affecte de la sorte la r\u00e9alit\u00e9 de la ville o\u00f9 il met au jour, \u00e0 travers l\u2019\u00e9tonnement ou la col\u00e8re des passants, des questions essentielles\u00a0: \u00ab\u00a0A qui est la ville, la place publique\u00a0?\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0De quelle fa\u00e7on peut-on en disposer, \u00e0 quoi sert-elle\u00a0?\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce-qu\u2019un espace <em>public<\/em>?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Avec le parkour, la <em>paresse<\/em> est rendue <em>publique<\/em>. On ne fait rien, on ne sert \u00e0 rien, on ne veut rien faire\u00a0; mais on fait tout cela sur la place publique. On s\u2019y expose. Ou plut\u00f4t en dispose-t-on, cela sans l\u2019avis de quiconque et avec la m\u00eame nonchalance qui caract\u00e9rise l\u2019<em>\u00eatre<\/em> dans son ensemble. On refuse de faire l\u2019effort de <em>servir \u00e0 quelque chose<\/em>, se contentant d\u2019<em>\u00eatre<\/em>, tout <em>simplement<\/em>.<\/p>\n<p>La nonchalance du traceur renvoie le passant \u00e0 l\u2019id\u00e9e, lui \u00e9tant difficilement supportable, de l\u2019absence de finalit\u00e9 de la vie. On <em>est<\/em>, que pour <em>\u00eatre<\/em>, pour pers\u00e9v\u00e9rer dans notre <em>\u00eatre <\/em>(Spinoza). Tout le reste est illusions, raisons qu\u2019on se donne d\u2019<em>\u00eatre<\/em> ayant pour but de nous rendre l\u2019existence supportable. Ce qui <em>est<\/em> ne <em>sert<\/em> par d\u00e9finition \u00e0 rien. C\u2019est nous qui attribuons aux choses un usage, une finalit\u00e9\u00a0; aux \u00eatres une mission, une raison d\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re sa fa\u00e7ade protectrice (\u00ab\u00a0Etre fort pour \u00eatre utile\u00a0\u00bb, selon les mots de David Belle), le parkour jouit en pratique de l\u2019inutilit\u00e9 la plus totale. L\u2019<em>inutile<\/em> qualifiant toute chose dont l\u2019institution est incapable de l\u2019assigner \u00e0 une t\u00e2che et\/ou de l\u2019enfermer dans une case, il y a de quoi se r\u00e9jouir &#8211; et jouir paresseusement du plaisir que le jeu procure \u00e0 ceux qui, en la publicisant de la sorte, font de la <em>paresse<\/em> un enjeu politique majeur-.<\/p>\n<p><strong>Na\u00efm BORNAZ.<\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\">NOTES<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong>(1) <\/strong>s&rsquo;efforcer: employer toute sa <a href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/force\">force<\/a> \u00e0 faire quelque chose\u00a0; ne pas <a href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/assez\">assez<\/a> <a href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/m%C3%A9nager\">m\u00e9nager<\/a> ses <a href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/forces\">forces<\/a> en faisant quelque chose (<em>source<\/em> : entr\u00e9e \u00ab\u00a0s&rsquo;efforcer\u00a0\u00bb de l&rsquo;encyclop\u00e9die en ligne Wikip\u00e9dia<a href=\"\/fr.wiktionary.org\/wiki\/s%27efforcer%29%29\">.(http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/s&rsquo;efforcer))<\/a><\/p>\n<p><strong>(2) <\/strong>Entr\u00e9e \u00ab\u00a0travail\u00a0\u00bb de l\u2019encyclop\u00e9die en ligne Wikip\u00e9dia.\u00a0\u00a0\u00a0 (<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Travail\">http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Travail<\/a>)<\/p>\n<p><strong>(3) <\/strong>nomm\u00e9 J\u00e9sus-Christ par les Chr\u00e9tiens. (<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/J%C3%A9sus-Christ\">http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/J\u00e9sus-Christ<\/a>)<\/p>\n<p><strong>(4) <\/strong>torture dispens\u00e9e principalement par le <em>tripalium<\/em> (au travail): \u00ab\u00a0gagner sa vie\u00a0\u00bb, cette expression ne dit-elle pas que la vie est quelque chose qui ne nous est pas acquis, mais qu&rsquo;il nous faut gagner, et si elle reste \u00e0 gagner, on peut gager qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas (encore) gagn\u00e9e, et que pour la gagner ce n&rsquo;est pas gagn\u00e9, puisque c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;on ne la gagne jamais tout-\u00e0-fait qu&rsquo;on passe sa vie \u00e0 la gagner?L&rsquo;expression \u00ab\u00a0perdre sa vie \u00e0 la gagner\u00a0\u00bb dit-elle autre chose?<\/p>\n<p><strong>(5) <\/strong>La r\u00e9alit\u00e9 de cet enseignement t\u00e9moigne toutefois lui aussi de la confusion qui est faite entre \u00ab\u00a0sport\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0activit\u00e9 physique\u00a0\u00bb, puisqu\u2019on n\u2019y enseigne rien d\u2019autre que des activit\u00e9s physiques, ainsi que les r\u00e8gles r\u00e9gissant les diff\u00e9rents <em>sports <\/em>homologu\u00e9s, mais certainement pas le go\u00fbt du jeu ou de l\u2019amusement, et encore moins le \u00ab\u00a0plaisir spirituel\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>(6) <\/strong>Evidemment, cette pratique, comme toute \u00e9mergence culturelle, est en proie \u00e0 la m\u00eame volont\u00e9 de certains groupes de l\u2019institutionnaliser, de la soumettre \u00e0 des r\u00e8gles, et d\u2019en faire une pratique conforme aux normes en vigueur, ce notamment afin qu\u2019elle soit valid\u00e9e et reconnue par l\u2019institution en tant que \u00ab\u00a0sport\u00a0\u00bb. Dans le cas du parkour, un groupe anglais, du nom d\u2019Urban Freeflow, a notamment mis en place les premiers Championnats du Monde de Parkour (sponsoris\u00e9s par Barclaycard, organisme de cr\u00e9dit) \u2013 les m\u00e9dias ont alors jubil\u00e9 \u00e0 l\u2019unisson qu\u2019enfin \u00ab\u00a0le Freerun semble \u00eatre devenu un sport \u00e0 part enti\u00e8re\u00a0\u00bb (Nouvel Obs, Rubrique \u00ab\u00a0Sports Extr\u00eames\u00a0\u00bb, 04.09.2008) &#8211;\u00a0; a \u00e9galement fait d\u00e9velopper un jeu vid\u00e9o, \u00ab\u00a0Free Running\u00a0\u00bb, sur Playstation 2, avec des personnages \u00e0 l\u2019effigie des \u00ab\u00a0traceurs\u00a0\u00bb qui en sont \u00e0 l\u2019origine\u00a0; collabore \u00e9troitement avec la police anglaise ainsi que les forces arm\u00e9es anglaises pour leur faire profiter des b\u00e9n\u00e9fices que la pratique du parkour peut leur apporter. A titre non exhaustif. Pour plus d\u2019informations sur leurs exploits, rendez vous sur http:\/\/www.urbanfreeflow.com\/<\/p>\n<p><strong>(7) <\/strong>Entr\u00e9e \u00ab\u00a0parkour\u00a0\u00bb de l\u2019encyclop\u00e9die en ligne Wikip\u00e9dia. (<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Parkour\">http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Parkour<\/a>)<\/p>\n<p><strong>(8) <\/strong>Entr\u00e9e \u00ab\u00a0efficience\u00a0\u00bb du dictionnaire en ligne Wiktionnaire<a href=\"\/fr.wiktionary.org\/wiki\/efficience%29\">. (http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/efficience)<\/a><\/p>\n<p><strong>(9) <\/strong>Entr\u00e9e \u00ab\u00a0productivisme\u00a0\u00bb du dictionnaire en ligne Wiktionnaire. (<a href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/productivisme\">http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/productivisme<\/a>)<\/p>\n<p><strong>(10) <\/strong>Entr\u00e9es \u00ab\u00a0gaspillage\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0gaspiller\u00a0\u00bb du dictionnaire en ligne Wiktionnaire. (<a href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/gaspillage\">http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/gaspillage<\/a>) (<a href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/gaspiller\">http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/gaspiller<\/a>)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Entr\u00e9e \u00ab\u00a0gaspillage\u00a0\u00bb du dictionnaire en ligne Larousse.fr. (<a href=\"http:\/\/www.larousse.fr\/dictionnaires\/francais\/gaspillage\">http:\/\/www.larousse.fr\/dictionnaires\/francais\/gaspillage<\/a>)<\/p>\n<p><strong>(11) <\/strong>L\u2019inutile \u00e9tant ici d\u00e9fini comme le d\u00e9faut d\u2019utilit\u00e9 \u00e0 l\u2019avanc\u00e9e du traceur, et non comme l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0inutile\u00a0\u00bb en soi. On pourrait, par opposition, d\u00e9finir l\u2019utile comme \u00e9tant ce qui fait sens en regard de la voie que le traceur a choisi et des obstacles qu\u2019il lui faut franchir pour continuer \u00e0 avancer. Il s\u2019agirait ici davantage de ce \u00ab\u00a0qui n&rsquo;a aucun effet, qui ne remplit pas son but\u00a0\u00bb, que de ce \u00ab\u00a0qui ne sert \u00e0 rien, qui n&rsquo;apporte rien, qui est superflu\u00a0\u00bb. (<em>source<\/em> : entr\u00e9e \u00ab\u00a0inutile\u00a0\u00bb du dictionnaire en ligne Larousse.fr.(<a href=\"http:\/\/www.larousse.fr\/dictionnaires\/francais\/inutile%29\">http:\/\/www.larousse.fr\/dictionnaires\/francais\/inutile)<\/a>)<\/p>\n<p><strong>(12) <\/strong>Entr\u00e9e \u00ab\u00a0productivisme\u00a0\u00bb de l\u2019encyclop\u00e9die en ligne Wikip\u00e9dia. (<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Productivisme\">http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Productivisme<\/a>)<\/p>\n<p><strong>(13) <\/strong>Cela peut, par exemple, prendre la forme d\u2019une longue s\u00e9rie d\u2019exercices multiples sur les structures d\u2019un p\u00e9rim\u00e8tre r\u00e9duit, ou, au contraire, consister en une travers\u00e9e du quartier tout entier sans jamais toucher le sol.<\/p>\n<p><strong>(14) <\/strong>\u00ab\u00a0J\u2019aime avoir le temps de prendre le temps\u00a0\u00bb, L\u20191consolable, <em>in <\/em>\u00ab\u00a0Consommer Moins\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>(15) <\/strong>Entr\u00e9e \u00ab\u00a0cr\u00e9ation\u00a0\u00bb du dictionnaire en ligne Larousse.fr. (<a href=\"http:\/\/www.larousse.fr\/dictionnaires\/francais\/cr%C3%A9ation\">http:\/\/www.larousse.fr\/dictionnaires\/francais\/cr\u00e9ation<\/a>)<\/p>\n<p><strong>(16) <\/strong>Entr\u00e9e \u00ab\u00a0cr\u00e9ation\u00a0\u00bb du dictionnaire en ligne Wiktionnaire. (<a href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/cr%C3%A9ation\">http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/cr\u00e9ation<\/a>)<\/p>\n<p><strong>(17) <\/strong>Henri Laborit, in \u00ab\u00a0Eloge de la Fuite\u00a0\u00bb, \u00e9dition Folio Essais, p.13.<\/p>\n<p><strong>(18) <\/strong>Lire, \u00e0 ce sujet, le Manifeste des Ch\u00f4meurs Heureux, \u00e9ditions Le Chien Rouge.<\/p>\n<p><strong>(19) <\/strong>Entr\u00e9e \u00ab\u00a0discipline\u00a0\u00bb de l\u2019encyclop\u00e9die en ligne Wikip\u00e9dia. (<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Discipline\">http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Discipline<\/a>)<\/p>\n<p><strong>(20) <\/strong>Idem.<\/p>\n<p><strong>(21) <\/strong>Entr\u00e9e du dictionnaire en ligne Reverso.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 (<a href=\"http:\/\/dictionnaire.reverso.net\/francais-definition\/paresse\">http:\/\/dictionnaire.reverso.net\/francais-definition\/paresse<\/a>)<\/p>\n<p><strong>(22) <\/strong>Entr\u00e9e \u00ab\u00a0activit\u00e9\u00a0\u00bb du dictionnaire en ligne Wiktionnaire. (<a href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/activit%C3%A9\">http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/activit\u00e9<\/a>)<\/p>\n<p><strong>(23) <\/strong>Denis de Casabianca, in \u00ab\u00a0Pourquoi paresser\u00a0\u00bb, \u00e9dition Al\u00e9as.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr\u00e9ambule &#8211; sport et effort C\u2019est entendu, le sport, c\u2019est dur. Ce lieu commun est \u00e0 la fois le refrain des paresseux qui s&rsquo;en pr\u00e9servent, et des sportifs qui s&rsquo;y emploient. Les uns et les autres, tous sont d&rsquo;accord sur une chose: faire du sport, c&rsquo;est \u00ab\u00a0se d\u00e9penser\u00a0\u00bb (d\u00e9penser soi), c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9penser tout ce dont &hellip; <a href=\"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/2010\/01\/11\/parkour-la-paresse-malgre-lapparence\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Parkour: la paresse, malgr\u00e9 l&rsquo;apparence&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[11,13,30,31,41,43,47,48,49,50,55,60,63,64],"class_list":["post-17","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","tag-apparence","tag-art-du-deplacement","tag-espace-public","tag-etre-fort-pour-etre-utile","tag-l1consolable","tag-l1cconsolable","tag-malgre","tag-naim","tag-paresse","tag-parkour","tag-philosophie","tag-recherche-action","tag-sociologie","tag-sport"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}