{"id":55,"date":"2013-02-04T22:59:15","date_gmt":"2013-02-04T21:59:15","guid":{"rendered":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/?p=55"},"modified":"2013-02-04T22:59:15","modified_gmt":"2013-02-04T21:59:15","slug":"parkour-parks-ou-parkour-il-faut-choisir","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/2013\/02\/04\/parkour-parks-ou-parkour-il-faut-choisir\/","title":{"rendered":"Parkour-parks ou parkour : il faut choisir"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right\">\u00a0<strong>\u00ab\u00a0<\/strong><em>Entre la nature et nous, que dis-je ? entre nous et notre propre conscience, un voile s\u2019interpose, voile \u00e9pais pour le commun des hommes, voile l\u00e9ger, presque transparent, pour l\u2019artiste et le po\u00e8te\u00a0<\/em>\u00bb, Henri Bergson, <em>Le Rire<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong><\/strong>Face \u00e0 l&rsquo;hostilit\u00e9 exprim\u00e9e par une partie des pratiquants du parkour devant l&rsquo;inauguration, il y a peu, du premier parkour-park de France, les promoteurs et d\u00e9fenseurs de ce lieu invoquent la <em>libert\u00e9 individuelle<\/em>: il faudrait laisser chacun libre de pratiquer l\u00e0 o\u00f9 bon lui semble, personne n&rsquo;obligeant les pratiquants \u00e0 venir s&rsquo;entra\u00eener sur cette nouvelle \u00ab\u00a0aire de parkour\u00a0\u00bb (<strong>1<\/strong>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le probl\u00e8me est qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas l\u00e0 d&rsquo;un simple d\u00e9bat d&rsquo;opinions relevant de positionnements personnels sans autre incidence sur la pratique; ce qui est en question, c&rsquo;est le sens m\u00eame de la pratique, sa d\u00e9finition, son essence, et ce qui est en jeu, son devenir et la qualit\u00e9 de sa transmission. C&rsquo;est tout du moins ce que je vais tenter de montrer ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, pour justifier toute nouveaut\u00e9 dans le parkour, comme les pakour-parks, on cherche syst\u00e9matiquement \u00e0 modifier, corriger, ou compl\u00e9ter la d\u00e9finition originelle que David Belle en a donn\u00e9e, laquelle est pourtant tr\u00e8s claire. J&rsquo;analyserai d&rsquo;abord les enjeux de ces red\u00e9finitions dont le parkour fait constamment l&rsquo;objet. Derri\u00e8re ces tentatives de red\u00e9finition se cache en fait une certaine conception du parkour, qui voudrait en faire un sport alors que la d\u00e9finition de David Belle invite selon moi \u00e0 le concevoir plut\u00f4t comme un art. Je tenterai donc de montrer dans un second temps en quoi le parkour est un art, et en quoi cela interdit toute construction de parkour-park. Enfin, je t\u00e2cherai d&rsquo;analyser les cons\u00e9quences qu&rsquo;auraient le consentement des pratiquants du parkour \u00e0 utiliser des parkour-parks. J&rsquo;invite ainsi chacun \u00e0 prendre la mesure de ses propres positionnements et pratiques. La question des parkour-parks n&rsquo;est pas une question secondaire ou inutile, elle r\u00e9v\u00e8le au contraire les tensions qui animent aujourd&rsquo;hui la communaut\u00e9 du parkour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1) Essence et obsolescence: le parkour est-il d\u00e9pass\u00e9?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le parkour est n\u00e9 il y a une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es \u00e0 Lisses, en banlieue parisienne, fond\u00e9 par David Belle, inspir\u00e9 par son p\u00e8re, Raymond Belle. Le mot \u00ab\u00a0parkour\u00a0\u00bb, d\u00e9riv\u00e9 de \u00ab\u00a0parcours\u00a0\u00bb, d\u00e9signe en r\u00e9alit\u00e9 deux choses bien distinctes: premi\u00e8rement, un moyen de locomotion bas\u00e9 sur le principe d&rsquo;efficience et ne faisant usage que du corps humain ainsi que des structures et objets se trouvant sur sa route (finalit\u00e9 de la pratique); deuxi\u00e8mement, une m\u00e9thode d&rsquo;entra\u00eenement, incluant des exercices techniques, physiques, et mentaux destin\u00e9s \u00e0 rendre possible l&rsquo;usage de ce moyen de locomotion (moyen pour atteindre cette finalit\u00e9). Ces deux dimensions sont \u00e9videmment intrins\u00e8quement li\u00e9es puisque l&rsquo;une est la condition rendant possible l&rsquo;autre. Aussi sont-elles d\u00e9sign\u00e9es par le m\u00eame vocable: <em>parkour<\/em>. L&rsquo;efficience, ma\u00eetre mot du parkour, se d\u00e9finit comme l&rsquo;optimisation des moyens mis en oeuvre pour parvenir \u00e0 un r\u00e9sultat; autrement dit, c&rsquo;est la capacit\u00e9 de produire le maximum de r\u00e9sultats avec le minimum d&rsquo;effort, de d\u00e9pense. Ce concept combine plusieurs dimensions\u00a0: vitesse, s\u00e9curit\u00e9, \u00e9conomie d&rsquo;\u00e9nergie, capacit\u00e9 d&rsquo;adaptation, fluidit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a 8 ans d\u00e9j\u00e0, lorsque je d\u00e9couvris le parkour et commen\u00e7ai \u00e0 le pratiquer, d&rsquo;interminables d\u00e9bats occupaient les pages du forum du site Parkour.NET pour savoir si, oui ou non, les acrobaties faisaient -ou pouvaient faire- partie du parkour(<strong>2<\/strong>). Il y en avait certes qui, nouveaux venus, posaient la question simplement pour savoir \u00e0 quoi s&rsquo;en tenir. Mais il y avait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cela une grande majorit\u00e9 de gens qui n&rsquo;en d\u00e9battaient que pour justifier a posteriori la pr\u00e9sence d&rsquo;acrobaties dans la vid\u00e9o qu&rsquo;ils venaient de poster sur le forum, et qu&rsquo;eux-m\u00eames avaient d\u00e9crite comme \u00e9tant une vid\u00e9o de parkour. On avait donc d\u00e9j\u00e0 \u00e0 faire \u00e0 une tentative de red\u00e9finition du parkour\u00a0: il semblait qu&rsquo;il faille \u00e0 tout prix l&rsquo;enrichir de nouvelles choses, comme si la d\u00e9finition donn\u00e9e par David Belle n&rsquo;\u00e9tait pas suffisamment riche par elle-m\u00eame, comme s&rsquo;il lui manquait quelque chose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est \u00e0 ce m\u00eame type de d\u00e9rives d\u00e9finitionnelles que nous avons affaire avec l&rsquo;inauguration par des membres de la F\u00e9d\u00e9ration de Parkour de la premi\u00e8re \u00ab\u00a0aire de parkour\u00a0\u00bb de France. En effet, David Belle th\u00e9orisait le parkour comme \u00ab <em>l\u2019art de se d\u00e9placer, aussi bien dans le milieu urbain que dans le milieu naturel, <\/em><em>[en se servant]<\/em><em> en fait de toutes les constructions ou les obstacles <\/em><em>qui ne sont pas pr\u00e9vus pour \u00e0 la base<\/em>\u00a0\u00bb(<strong>3<\/strong>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aussi le parkour, selon cette d\u00e9finition, est-il incompatible avec toute structure d\u00e9di\u00e9e. Le parkour est l&rsquo;<em>effort<\/em> que fait le pratiquant pour <em>s&rsquo;adapter \u00e0 ce qui l&rsquo;entoure<\/em>, et non pas l&rsquo;effort qu&rsquo;il fait pour adapter ce qui l&rsquo;entoure \u00e0 sa volont\u00e9. Le parkour est un effort d&rsquo;imagination, un effort cr\u00e9ateur. Le traceur(<strong>4<\/strong>) modifie au fil de son apprentissage le regard qu&rsquo;il porte sur son environnement, et aff\u00fbte une vision inventive de l&rsquo;espace, qui fait de la ville un \u00ab\u00a0terrain de jeux\u00a0\u00bb, selon les mots du m\u00eame David Belle. Dire que \u00ab\u00a0le monde est un terrain de jeux\u00a0\u00bb(<strong>5<\/strong>), cela signifie que nous disposons du plus vaste terrain jamais con\u00e7u, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;il est le fruit de notre imagination et non de notre agencement de l&rsquo;espace. Nous, traceurs, n&rsquo;avons pas de prise sur la fa\u00e7on dont l&rsquo;espace est con\u00e7u ni agenc\u00e9 par les architectes et urbanistes, mais nous avons en revanche le choix de l&rsquo;usage que nous en faisons. Et les usages que nous en inventons n&rsquo;ont de limites que notre imagination. Aussi le terrain se suffit-il \u00e0 lui-m\u00eame, sans qu&rsquo;il n&rsquo;y ait besoin d&rsquo;y ajouter quoi que ce soit, parce que tout est l\u00e0. Tout est l\u00e0 <em>pour qui sait regarder autour de lui<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, apprendre \u00e0 regarder l&rsquo;espace de cette mani\u00e8re nouvelle fait partie int\u00e9grante du processus du parkour comme m\u00e9thode d&rsquo;entra\u00eenement. La cr\u00e9ativit\u00e9 fonctionne comme n&rsquo;importe quelle autre facult\u00e9: elle s&rsquo;exerce et se cultive. Plus on fait l&rsquo;effort d&rsquo;\u00eatre cr\u00e9atif, plus la cr\u00e9ativit\u00e9 nous devient spontan\u00e9e. En ce sens, le processus d&rsquo;apprentissage du parkour requiert un entra\u00eenement \u00e0 l&rsquo;invention, une capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre de mani\u00e8re cr\u00e9ative et appropri\u00e9e \u00e0 de nouvelles situations, \u00e0 d\u00e9tourner le mobilier urbain existant pour en faire un outil; c&rsquo;est de tous ces besoins que na\u00eet la n\u00e9cessit\u00e9 pour le traceur d&rsquo;\u00e9voluer dans un espace qu&rsquo;il n&rsquo;a pas con\u00e7u, o\u00f9 les choses n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 dispos\u00e9es <em>par<\/em> lui -ou tout autre traceur- ni <em>pour<\/em> lui, mais o\u00f9 l&rsquo;agencement des objets ob\u00e9it \u00e0 des lois sur lesquelles il n&rsquo;a pas prise. Si la cr\u00e9ativit\u00e9 me semble primordiale dans le parkour, c&rsquo;est parce que c&rsquo;est d&rsquo;elle que d\u00e9pend directement la capacit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre efficient dans le d\u00e9placement. En effet, imaginer une r\u00e9ponse nouvelle face \u00e0 une situation nouvelle, r\u00e9agir de mani\u00e8re appropri\u00e9e, adopter le geste ad\u00e9quat, ajuster et modifier la technique apprise pour la faire correspondre \u00e0 une configuration particuli\u00e8re, en un mot <em>s&rsquo;adapter<\/em>, encore et toujours, c&rsquo;est sur cela que repose l&rsquo;efficience. David Belle \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Il y avait plein d&rsquo;autres endroits o\u00f9 j&rsquo;aimais aller. Le but \u00e9tait de s&rsquo;adapter \u00e0 tout, toujours dans ce souci de \u00ab\u00a0s&rsquo;il se passe quelque chose, comment on fait?\u00a0\u00bb. For\u00eat d&rsquo;arbres ou for\u00eat d&rsquo;immeubles, il n&rsquo;y a pas de lieu pr\u00e9cis, d&rsquo;endroit impos\u00e9 pour faire du Parkour. Par exemple, dans une cit\u00e9, on peut contourner l&rsquo;objet architectural pour en faire un outil d&rsquo;entra\u00eenement, pour \u00e9voluer dans un sens positif. On arrive \u00e0 s&rsquo;adapter \u00e0 notre mani\u00e8re \u00e0 cette cit\u00e9.\u00a0\u00bb(<strong>6<\/strong>) En d&rsquo;autres termes, celui qui dans le parkour ferait du \u00ab\u00a0par coeur\u00a0\u00bb et n&rsquo;aurait que des r\u00e9ponses pr\u00e9con\u00e7ues et fig\u00e9es, celui-l\u00e0, quand bien m\u00eame sa technique serait irr\u00e9prochable, s&rsquo;expose in\u00e9vitablement \u00e0 quelques d\u00e9convenues dans un environnement dont les situations ainsi que les obstacles changent constamment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Certains traceurs, d\u00e9fenseurs des parkour-parks, objecteront toutefois qu&rsquo;il reste possible d&rsquo;\u00eatre cr\u00e9atif dans un parkour-park, en recherchant l&rsquo;originalit\u00e9, et en y faisant autre chose que ce \u00e0 quoi a pu penser celui qui a con\u00e7u l&rsquo;espace lorsqu&rsquo;il en a dispos\u00e9 les diff\u00e9rents objets. Il est certes ind\u00e9niable que la cr\u00e9ativit\u00e9 peut s&rsquo;exercer en tous lieux. Mais arr\u00eatons-nous un instant \u00e0 cette proposition: imaginer des opportunit\u00e9s nouvelles sur un lieu <em>d\u00e9di\u00e9<\/em>, <em>con\u00e7u par des traceurs<\/em>, <em>pour les traceurs<\/em>, pr\u00e9cis\u00e9ment pour qu&rsquo;ils viennent y imaginer des opportunit\u00e9s nouvelles, et tout cela dans le cadre d&rsquo;une pratique qui doit faire usage de tout ce qui n&rsquo;est pas con\u00e7u pour elle: le paradoxe est tout de m\u00eame de taille. On pourra toujours t\u00e2cher d&rsquo;\u00eatre cr\u00e9atif, et de trouver des sauts quelque peu originaux, cela n&rsquo;aura pas grand rapport pour autant avec le fait de le faire dans un environnement sauvage (<em>sauvage<\/em> au sens o\u00f9 nous ne l&rsquo;avons pas nous-m\u00eames am\u00e9nag\u00e9, et qu&rsquo;il ne l&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 notre intention). Or, le fait que l&rsquo;espace n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 con\u00e7u <em>par<\/em> ni <em>pour<\/em> nous, nous contraint \u00e0 y d\u00e9tourner l&rsquo;usage des structures qui nous entourent et \u00e0 en modifier la fonction. Je reviendrai sur l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;un tel d\u00e9tournement plus tard.(<strong>7<\/strong>)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">Au regard de la d\u00e9finition th\u00e9orique qu&rsquo;en a donn\u00e9 David Belle, concepteur de cette pratique, on ne <em>peut<\/em> donc <em>pas<\/em> (par d\u00e9finition) pratiquer le parkour dans un parkour-park. On peut \u00e9ventuellement y sauter, mais c&rsquo;est loin d&rsquo;\u00eatre tout ce que la pratique du parkour exige. L&rsquo;exercice \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 appara\u00eet comme une dimension de l&rsquo;entra\u00eenement dont le traceur, en qu\u00eate d&rsquo;efficience, ne peut faire l&rsquo;\u00e9conomie. Force est de reconna\u00eetre cependant que l&rsquo;importance que je lui accorde d\u00e9coule d&rsquo;un pr\u00e9suppos\u00e9 implicite qu&rsquo;il nous faut donc examiner\u00a0: <em>le parkour est-il<\/em> vraiment <em>un art<\/em>, et le traceur un cr\u00e9ateur\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00a0<strong>2) Sport ou art: la question cruciale<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, selon moi le d\u00e9bat que souleva l&rsquo;inauguration de l'\u00a0\u00bbaire de parkour\u00a0\u00bb de Bondy r\u00e9v\u00e8le en creux deux conceptions oppos\u00e9es du parkour. Comme j&rsquo;ai tent\u00e9 de le montrer pr\u00e9c\u00e9demment, le concept d&rsquo;\u00a0\u00ab\u00a0aire de parkour\u00a0\u00bb \u00e9vacue de la pratique la dimension du d\u00e9tournement de l&rsquo;existant. Ainsi, pour envisager l&rsquo;id\u00e9e que le parkour puisse se pratiquer dans un parkour-park, il faut d&rsquo;abord le penser comme une activit\u00e9 exclusivement physique(<strong>8<\/strong>), qui n&rsquo;implique pas n\u00e9cessairement ni l&rsquo;intellect ni l&rsquo;imaginaire. Si le parkour est d\u00e9pourvu de la philosophie qui le sous-tend(<strong>9<\/strong>), ainsi que de sa dimension cr\u00e9ative (utiliser l&rsquo;existant d&rsquo;une fa\u00e7on nouvelle et novatrice), alors il est tout-\u00e0-fait envisageable qu&rsquo;il puisse se pratiquer sur des structures d\u00e9di\u00e9es; mais c&rsquo;est au prix de ces deux renoncements, et seulement \u00e0 ce prix que cela devient possible. Or le parkour, tel qu&rsquo;il nous a \u00e9t\u00e9 transmis par la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration de pratiquants et notamment par David Belle, est un tout coh\u00e9rent o\u00f9 cohabitent trois dimensions: philosophie; imagination; prouesses physiques. Le parkour, c&rsquo;est tout cela \u00e0 la fois, et c&rsquo;est dans la coh\u00e9rence de cet ensemble que chaque dimension prend son sens, et non ind\u00e9pendamment. Aussi, n&rsquo;y a-t-il pas de sens \u00e0 en compartimenter les diff\u00e9rents aspects. Mais n&rsquo;est-ce pas pourtant ce que font nombre de pratiquants en classant le parkour dans la cat\u00e9gorie des <em>sports\u00a0<\/em>?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">Le Grand Larousse d\u00e9finit le sport comme \u00ab\u00a0<em>ensemble des exercices physiques se pr\u00e9sentant sous formes de jeux individuels ou collectifs donnant g\u00e9n\u00e9ralement lieu \u00e0 comp\u00e9tition, pratiqu\u00e9s en observant certaines r\u00e8gles pr\u00e9cises<\/em>\u00ab\u00a0(<strong>10<\/strong>). Nous pouvons \u00e9galement nous r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la d\u00e9finition d&rsquo;une institution sportive, le CNOSF (Comit\u00e9 National Olympique du Sport Fran\u00e7ais), qui d\u00e9clarait en 1994: <em>\u00ab\u00a0Pour qu\u2019il y ait sport, il faut qu\u2019il y ait un engagement corporel inscrit dans un affrontement ou une comp\u00e9tition institu\u00e9e [\u2026] <\/em>Est d\u00e9fini comme \u00ab\u00a0sport\u00a0\u00bb, la seule pratique comp\u00e9titive, licenci\u00e9e, c\u2019est \u00e0 dire engag\u00e9e dans l\u2019institution<strong> <\/strong>qui fixe les r\u00e8gles du jeu et d\u00e9finit l\u2019\u00e9thique sur laquelle celui-ci doit imp\u00e9rativement reposer\u00a0\u00bb(<strong>11<\/strong>). Enfin, nous pouvons convoquer la d\u00e9finition de sociologues, comme Pierre Parlebas, sociologue et th\u00e9oricien de l&rsquo;\u00e9ducation physique contemporaine, pour qui le sport est un \u00ab\u00a0ensemble de situations motrices codifi\u00e9es sous forme de comp\u00e9tition et institutionnalis\u00e9es\u00bb(<strong>12<\/strong>), ou encore Jean-Marie Brohm, sociologue, anthropologue et philosophe, d\u00e9finissant le sport comme \u00ab\u00a0\u00a0un syst\u00e8me institutionnalis\u00e9 de pratiques comp\u00e9titives \u00e0 dominante physique, d\u00e9limit\u00e9es, codifi\u00e9es, r\u00e9gl\u00e9es conventionnellement dont l\u2019objectif avou\u00e9 est, sur la base d\u2019une comparaison de performances, d\u2019exploits, de d\u00e9monstrations, de prestations physiques, de d\u00e9signer le meilleur concurrent (le champion) ou d\u2019enregistrer la meilleure performance (record)\u00a0\u00bb(<strong>13<\/strong>). Toutes ces d\u00e9finitions r\u00e9unissent les trois m\u00eames param\u00e8tres comme \u00e9tant <em>constitutifs<\/em> de la notion de sport :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">1-La pertinence sportive\u00a0: le sens de l\u2019activit\u00e9 est dans l\u2019engagement moteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">2-La codification comp\u00e9titive\u00a0: la pr\u00e9sence de r\u00e8gles permettant d\u2019attribuer la victoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">3-L\u2019institutionnalisation\u00a0: pr\u00e9sence d&rsquo;une instance nationale, internationale qui organise les comp\u00e9titions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quelle que soit la d\u00e9finition \u00e0 laquelle on se r\u00e9f\u00e8re, le sport a donc cette particularit\u00e9 d\u2019\u00eatre un jeu <em>institutionnalis\u00e9<\/em> auquel il ne s\u2019agit pas uniquement de <em>jouer<\/em>, mais aussi -et surtout- de <em>gagner<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Or, si le parkour remplit certainement la premi\u00e8re condition, celle d'\u00a0\u00bbengagement moteur\u00a0\u00bb ou encore d&rsquo;\u00a0\u00ab\u00a0exercice physique\u00a0\u00bb, il exclut en revanche par essence toute forme comp\u00e9titive(<strong>14<\/strong>), et ne remplit donc pas le second crit\u00e8re n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;obtention du statut de \u00ab\u00a0sport\u00a0\u00bb. Quant au troisi\u00e8me et dernier crit\u00e8re, celui d&rsquo;une pratique institutionnalis\u00e9e dont l&rsquo;institution d\u00e9finit les r\u00e8gles du jeu et organise les comp\u00e9titions, le parkour pose l\u00e0 encore probl\u00e8me. D&rsquo;abord, ce dernier crit\u00e8re suppose qu&rsquo;il y ait des r\u00e8gles, or nous verrons que nous avons, dans le cas du parkour, davantage affaire \u00e0 des principes philosophiques. Ensuite, cela suppose que ces r\u00e8gles soient con\u00e7ues en vue de l&rsquo;organisation de comp\u00e9titions, or nous venons de voir que le parkour exclut par nature toute comp\u00e9tition. Enfin, au jour d&rsquo;aujourd&rsquo;hui aucune institution n&rsquo;est reconnue par l&rsquo;ensemble des pratiquants comme les repr\u00e9sentant. Il y a bien des associations de pratiquants qui souvent transmettent \u00e9galement la pratique aux d\u00e9butants, des \u00ab\u00a0f\u00e9d\u00e9rations\u00a0\u00bb diverses et vari\u00e9es, chacune reconnue par certains pratiquants et pas par d&rsquo;autres: certaines, ressemblant davantage \u00e0 des organisations commerciales, vendent des paires de chaussures pr\u00e9tendument \u00ab\u00a0faites pour le parkour\u00a0\u00bb comme la World Freerunning Parkour Federation (WFPF)(<strong>15<\/strong>), d&rsquo;autres sont des regroupements d&rsquo;associations comme la F\u00e9d\u00e9ration de Parkour (FPK)(<strong>16<\/strong>). Le fait est qu&rsquo;aucune institution, nationale ou internationale, ne fait pour l&rsquo;instant l&rsquo;unanimit\u00e9 aupr\u00e8s des pratiquants au sens o\u00f9 elle ferait autorit\u00e9 sur les questions ayant trait \u00e0 la pratique du parkour. Il n&rsquo;y a pas dans le parkour d&rsquo;autorit\u00e9 institutionnelle supr\u00eame \u00e9dictant des r\u00e8gles, et stipulant ce qui est permis ou interdit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est \u00e0 chacun de faire son propre cheminement intellectuel dans la pratique, de trouver sa propre voie. Cela ne se fait pas pour autant \u00e0 partir de rien\u00a0: il y a de nombreux mat\u00e9riaux \u00e9ducatifs. D&rsquo;abord, les traces \u00e9crites et orales de David Belle(<strong>17<\/strong>). Ensuite, les 5 tomes de <em>L&rsquo;\u00e9ducation physique virile et morale par la m\u00e9thode naturelle<\/em> de Georges H\u00e9bert qui, s&rsquo;ils ne rel\u00e8vent pas directement du parkour, lui apportent de pr\u00e9cieux \u00e9clairages: Enfin, il y a des ressources en ligne comme par exemple le blog <em>Power is nothing without control<\/em>(<strong>18<\/strong>) de Chris Rowat, mettant en partage id\u00e9es d&rsquo;exercices et <em>training routines<\/em> ainsi que r\u00e9flexions critiques au sujet du parkour. Il y a \u00e9galement les archives du site Parkour.net, disponibles sur le site de la F\u00e9d\u00e9ration de Parkour, qui renferment autant des articles retra\u00e7ant l&rsquo;histoire de la discipline, que des articles p\u00e9dagogiques sur certaines des techniques utilis\u00e9es, ou bien encore des articles de r\u00e9flexion sur le parkour. Tout cela constitue un bagage th\u00e9orique cons\u00e9quent qui, certes, nous accompagne le long du chemin, mais ne remplace pas pour autant la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une recherche personnelle en tant que pratiquant, son orientation, les choix qu&rsquo;elle d\u00e9termine, les enjeux qu&rsquo;elle pose, les questions qu&rsquo;elle soul\u00e8ve, et les \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse qu&rsquo;on y apporte au fil de l&rsquo;entra\u00eenement. D\u00e9pourvu de <em>r\u00e8gles<\/em> au sens de crit\u00e8res permettant de d\u00e9signer un \u00ab\u00a0vainqueur\u00a0\u00bb, le parkour n&rsquo;en est pas moins pourvu de principes philosophiques, de \u00ab\u00a0mots d&rsquo;ordre\u00a0\u00bb transmis par voie orale ou \u00e9crite, en premier lieu par son fondateur David Belle: \u00ab\u00a0se servir de tout ce qui n&rsquo;est pas pr\u00e9vu pour \u00e0 la base\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0toujours aller de l&rsquo;avant\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00eatre fort pour \u00eatre utile\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00eatre et durer\u00a0\u00bb, etc. C&rsquo;est ensuite au traceur de trouver comment mettre ces principes en pratique dans la situation qui est la sienne propre. Ce mode de transmission et d&rsquo;entra\u00eenement rompt l\u00e0 encore avec une possible logique comp\u00e9titive en cela qu&rsquo;il prive de fait le parkour de crit\u00e8res stables et universels pouvant servir \u00e0 l&rsquo;attribution de la victoire lors d&rsquo;une confrontation entre pratiquants. Sur les trois crit\u00e8res permettant de d\u00e9finir une activit\u00e9 comme <em>sport<\/em>, le parkour ne respecte en d\u00e9finitive que le premier, celui d&rsquo;engagement moteur. Et cela sans compter qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien qui nous permette d&rsquo;affirmer que <em>le sens de l&rsquo;activit\u00e9 est dans l&rsquo;engagement moteur<\/em> ni que cette dimension motrice pr\u00e9vaut sur les dimensions philosophique et cr\u00e9ative de la pratique, quand bien m\u00eame c&rsquo;en serait la dimension la plus manifeste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pas de r\u00e8gles, pas de comp\u00e9titions, pas de troph\u00e9es ni m\u00e9dailles, pas d\u2019homologation ni d&rsquo;institution faisant autorit\u00e9, pas de licences, pas de clubs, pas de terrain d\u00e9limit\u00e9, pas de tenue r\u00e9glementaire: quel genre de <em>sport<\/em> le parkour pourrait-il donc bien \u00eatre\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Certes, le parkour conduit \u00e0 un usage du corps qu\u2019on pourrait \u00eatre tent\u00e9 de qualifier, par abus de langage, de \u00ab\u00a0sportif\u00a0\u00bb, le corps devenant l\u2019unique outil de d\u00e9placement du pratiquant. Mais, s\u2019il y a usage, il n\u2019y a pas n\u00e9cessairement usure. Au contraire du \u00ab\u00a0sport de la performance\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0sport-spectacle\u00a0\u00bb, le parkour met l\u2019accent sur la conservation et la pr\u00e9servation du corps, ce notamment par une connaissance et une \u00e9coute accrues de son propre corps, qui permettent de d\u00e9finir des techniques de r\u00e9ception \u00e9pargnant les articulations, en sollicitant les muscles appropri\u00e9s, en calculant les angles de pliage au dessus desquels il y aurait traumatisme articulaire, et en absorbant la force de l\u2019impact \u00e0 travers un circuit musculaire bien pr\u00e9cis, ainsi qu\u2019avec diff\u00e9rentes techniques d\u2019absorption du choc, comme la roulade. Le parkour inclut d\u2019ailleurs dans sa m\u00e9thode d&rsquo;entra\u00eenement des pratiques \u00e0 usage th\u00e9rapeutique reconnu comme la quadrup\u00e9die et a, pour qui en a compris le sens, davantage la caract\u00e9ristique de faire prendre soin du corps et de le maintenir en forme et en bonne sant\u00e9 \u2013 n\u00e9cessit\u00e9 absolue de celui qui en fait l\u2019usage quotidien d\u2019outil de d\u00e9placement- , que de le n\u00e9gliger, de le malmener, ou de le d\u00e9truire. Les apparences sont donc trompeuses, puisqu\u2019une pratique telle que le parkour sera souvent qualifi\u00e9e, par ceux qui y sont \u00e9trangers, de \u00ab\u00a0pratique sauvage\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0dangereuse\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0sport extr\u00eame\u00a0\u00bb, alors que le sport homologu\u00e9 sert, croit-on, \u00e0 se \u00ab\u00a0maintenir en forme\u00a0\u00bb et \u00e0 \u00ab\u00a0garder la sant\u00e9\u00a0\u00bb (mythe du sportif). Il n\u2019en demeure pas moins que derri\u00e8re la fa\u00e7ade rassurante de l\u2019homologation, la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle est confront\u00e9e l\u2019athl\u00e8te comp\u00e9titeur est tout autre\u00a0: pressions, humiliations, menaces, n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019accomplir toujours davantage, de faire toujours mieux, d\u2019\u00eatre toujours (le) meilleur, et leurs cons\u00e9quences\u00a0: blessures, dopage, d\u00e9pression, \u00e9tat de sant\u00e9 critique conduisant parfois au pire.(<strong>19<\/strong>)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais si l&rsquo;on renonce \u00e0 cette conception <em>sportive<\/em> du parkour, comment qualifier cette activit\u00e9 si particuli\u00e8re?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">En d\u00e9pit de l&rsquo;apparence sportive que peut rev\u00eatir tout corps en mouvement, que fait le traceur lorsque, pr\u00e9cis\u00e9ment par le mouvement de son corps, il dessine \u00e0 travers la ville des chemins \u00e0 travers les structures architecturales qui l&rsquo;environnent? Il <em>cr\u00e9e<\/em>. Que fait-il lorsqu&rsquo;il s&rsquo;adapte \u00e0 de nouvelles situations, avec de nouveaux obstacles, configur\u00e9s d&rsquo;une mani\u00e8re inhabituelle \u00e0 laquelle aucune des techniques qu&rsquo;il conna\u00eet ne correspond parfaitement? Il <em>invente<\/em>. Le traceur ne fait pas que reproduire, mais a pour charge de produire constamment du \u00ab\u00a0nouveau\u00a0\u00bb, de se renouveler sans cesse pour faire face \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9vu: de son aptitude \u00e0 imaginer et \u00e0 cr\u00e9er d\u00e9pend l&rsquo;efficience de son d\u00e9placement. Le pratiquant du parkour se doit d&rsquo;\u00eatre un cr\u00e9ateur imaginatif, un inventeur hors-pair pour \u00eatre \u00e0 m\u00eame de faire face \u00e0 la multitude des possibles qu&rsquo;il rencontre. Or, il convient alors de se demander, pour qualifier ce qu&rsquo;il fait, quel est l&rsquo;objet de ses cr\u00e9ations: il invente <em>des chemins<\/em>, dessine avec \u00e9l\u00e9gance <em>des itin\u00e9raires<\/em> \u00e0 travers la ville, cr\u00e9e <em>des mouvements<\/em> nouveaux ajust\u00e9s aux situations qu&rsquo;il rencontre, <em>les dispose et les combine d&rsquo;une certaine fa\u00e7on<\/em>. En somme, le traceur est un cr\u00e9ateur dont le corps est le pinceau, la ville la toile sur laquelle il peint avec ses propres mouvements, ouvrant des possibles, et questionnant le r\u00e9el. Mais alors, pourrions-nous dire que le traceur est un <em>artiste<\/em>\u00a0?Encore faudrait-il montrer sp\u00e9cifiquement en quoi il y a <em>\u0153uvre d&rsquo;art<\/em> lorsqu&rsquo;un pratiquant du parkour s&rsquo;entra\u00eene.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, la premi\u00e8re question \u00e0 se poser pourrait \u00eatre celle de la visibilit\u00e9 de l&rsquo;oeuvre. Comment l&rsquo;observateur(<strong>20<\/strong>) peut-il la voir\u00a0? L&rsquo;art peut prendre des formes diverses. Il en est une, l&rsquo;<em>art \u00e9ph\u00e9m\u00e8re<\/em>, qui se d\u00e9finit comme toute \u00ab\u00a0forme artistique, pr\u00e9sente surtout dans l&rsquo;art contemporain (mais pas exclusivement) et qui joue non pas sur la p\u00e9rennit\u00e9 de l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art, ce qui est la r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, mais sur la bri\u00e8vet\u00e9, son caract\u00e8re provisoire et souvent la mise en sc\u00e8ne de l&rsquo;artiste lui-m\u00eame dans l&rsquo;\u0153uvre\u00a0\u00bb(<strong>21<\/strong>). Aussi, d&rsquo;une part l&rsquo;oeuvre d&rsquo;art peut-elle ne pas \u00eatre visible en permanence mais au contraire le temps d&rsquo;un instant, et dispara\u00eetre le suivant\u00a0; cela ne lui enl\u00e8ve en rien sa dimension artistique. D&rsquo;autre part, l&rsquo;oeuvre peut consister dans la mise en sc\u00e8ne de l&rsquo;artiste lui-m\u00eame, sans impliquer qu&rsquo;un objet tiers soit n\u00e9cessairement produit par l&rsquo;artiste. Selon ces modalit\u00e9s, le d\u00e9placement du traceur dans l&rsquo;espace peut donc bien \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une \u0153uvre d&rsquo;art, ayant entre autres caract\u00e9ristiques de ne durer qu&rsquo;un temps et de mettre en sc\u00e8ne l&rsquo;artiste lui-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une seconde question pourrait \u00eatre celle du <em>beau<\/em>. En effet, la conception traditionnelle de l&rsquo;art, largement remise en cause par l&rsquo;art contemporain, attribue comme crit\u00e8re principal \u00e0 l&rsquo;art la beaut\u00e9. Il conviendrait alors de montrer en quoi les \u0153uvres produites par le traceur sont <em>belles<\/em>. La premi\u00e8re objection qui nous vient \u00e0 l&rsquo;esprit est que le parkour s&rsquo;occupe d&rsquo;efficience, et non de beaut\u00e9 esth\u00e9tique. Cet argument se fonde sur le pr\u00e9suppos\u00e9 th\u00e9orique suivant: il n&rsquo;y a de dimension esth\u00e9tique <em>qu&rsquo;intentionnelle<\/em>. En d&rsquo;autres termes, le beau ne peut \u00eatre atteint <em>que<\/em> par celui qui le recherche. Or le traceur ne recherche pas la beaut\u00e9 mais l&rsquo;efficacit\u00e9 du mouvement. Faisons un d\u00e9tour par les animaux non-humains afin d&rsquo;examiner la pertinence de cet argument. Pourquoi un chat saute-t-il ou grimpe-t-il aux arbres? Nous pourrions bien trouver la r\u00e9ponse \u00e0 cette question dans ces quelques mots: \u00ab\u00a0Il ne faut pas chercher \u00e0 faire le mouvement pour qu&rsquo;il soit beau. C&rsquo;est \u00e0 force que tu aies de l&rsquo;aisance, le mouvement devient beau. Comme un singe, ou un puma qui va passer une rivi\u00e8re, on se dit: \u00ab\u00a0C&rsquo;est joli\u00a0\u00bb. Mais lui, quand il saute la rivi\u00e8re, il ne se dit pas: \u00ab\u00a0J&rsquo;essaie d&rsquo;\u00eatre joli\u00a0\u00bb. Il essaie d&rsquo;\u00eatre le plus juste [&#8230;] possible\u00a0\u00bb(<strong>22<\/strong>). Notons qu&rsquo;\u00e0 deux reprises d&rsquo;ailleurs dans cette m\u00eame interview David Belle qualifie le parkour d'\u00a0\u00bbart\u00a0\u00bb. Nous avons en effet de bonnes raisons de croire par exemple que le chat qui saute ne cherche pas \u00e0 ce que son mouvement soit \u00ab\u00a0beau\u00a0\u00bb, simplement parce qu&rsquo;il est peu probable que le chat ma\u00eetrise et utilise le concept de <em>beau<\/em>, \u00e0 priori en inad\u00e9quation avec ses pr\u00e9occupations vitales. L\u00e0 o\u00f9 nous voyons nous de la gr\u00e2ce et de la beaut\u00e9, il est pour lui plut\u00f4t question de justesse: justesse du mouvement, de la puissance musculaire mobilis\u00e9e, d\u00e9termination pr\u00e9cise du point d&rsquo;atterrissage, r\u00e9activit\u00e9. C&rsquo;est la parfaite mise en ad\u00e9quation entre d&rsquo;une part ses capacit\u00e9s corporelles, d&rsquo;autre part son projet (attraper un rongeur ou un oiseau), et enfin avec la configuration pr\u00e9cise dans laquelle il se trouve \u00e0 ce moment-l\u00e0, qui suscite chez son observateur humain le sentiment de beaut\u00e9. C&rsquo;est dans cette m\u00eame situation que le pratiquant du parkour se trouve: il cherche lui la justesse, et c&rsquo;est de sa capacit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;atteindre que d\u00e9pend le sentiment de beaut\u00e9 chez ses observateurs potentiels. Il semble donc qu&rsquo;on puisse bien atteindre le beau -et avec cela s&rsquo;adresser aux sens des observateurs- sans n\u00e9cessairement le chercher. Or, les pratiquants en font l&rsquo;exp\u00e9rience\u00a0: de nombreux t\u00e9moignages d&rsquo;observateurs occasionnels semblent le confirmer. <em>Beaut\u00e9<\/em>, <em>r\u00e9enchantement des zones sinistr\u00e9es de l&rsquo;urbanisme des ann\u00e9es soixante<\/em>, <em>dimension chor\u00e9graphique<\/em>, <em>ballet avec les obstacles<\/em>, <em>danse avec les murs<\/em>\u00a0: tels sont les mots et expressions utilis\u00e9s par des passants pour \u00e9voquer ce qu&rsquo;ils voient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais les traceurs ne rencontrent pas non plus que des r\u00e9actions positives. En effet, parce qu&rsquo;il investit l&rsquo;espace public dont il fait un usage tout-\u00e0-fait inhabituel, il arrive fr\u00e9quemment que le parkour <em>d\u00e9range<\/em>. Il d\u00e9range parce qu&rsquo;il surprend, parce qu&rsquo;il s&rsquo;invite sans qu&rsquo;on l&rsquo;ait convi\u00e9, parce qu&rsquo;il bouscule les habitudes, parce qu&rsquo;il d\u00e9tourne le mobilier urbain et joue avec, parce qu&rsquo;il prend d&rsquo;autres chemins que les chemins usuels, parce qu&rsquo;il introduit de la nouveaut\u00e9 dans les usages et du mouvement dans l&rsquo;espace, parce qu&rsquo;il \u00e9voque l&rsquo;animalit\u00e9 par ces corps qui se meuvent dans la ville. En faisant tout cela, le parkour donne \u00e0 voir l&rsquo;urbanit\u00e9 sous un jour nouveau, il renvoie une image de l&rsquo;espace commun qui ne correspond pas aux repr\u00e9sentations que ses usagers en ont. En d&rsquo;autres termes, le regard d\u00e9cal\u00e9 que le traceur porte sur la ville am\u00e8ne \u00e0 son tour un d\u00e9calage sur la mani\u00e8re dont elle appara\u00eet \u00e0 ses autres usagers. Or, c&rsquo;est l\u00e0 une autre fonction -ou tout du moins une qualit\u00e9- que l&rsquo;on pourrait attribuer \u00e0 l&rsquo;art en g\u00e9n\u00e9ral\u00a0: donner \u00e0 voir ou \u00e0 percevoir le r\u00e9el d&rsquo;une fa\u00e7on nouvelle mais aussi plus profonde, cr\u00e9er un d\u00e9calage dans le point de vue de l&rsquo;observateur susceptible d&rsquo;\u00e9clairer ce qu&rsquo;il observe. Le philosophe Henri Bergson \u00e9crit \u00e0 ce sujet\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a, en effet, depuis des si\u00e8cles, des hommes dont la fonction est justement de voir et de nous faire voir ce que nous n\u2019apercevons pas naturellement. Ce sont les artistes\u00a0\u00bb(<strong>23<\/strong>). Le traceur, par le biais de ses \u0153uvres, fait certes voir l&rsquo;urbanisme et l&rsquo;architecture des villes, mais il fait \u00e9galement voir une r\u00e9alit\u00e9 bien moins manifeste\u00a0: l&rsquo;<em>espace public<\/em>. C&rsquo;est par l&rsquo;usage d\u00e9tourn\u00e9 qu&rsquo;il en fait que le pratiquant du parkour met en exergue l&rsquo;espace public dans lequel il cr\u00e9e, parce qu&rsquo;en remettant en cause les codes et conventions qui y ont cours, il les rend visibles. Bergson nous dit encore\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019art n\u2019a d\u2019autre objet que d\u2019\u00e9carter les symboles pratiquement utiles, les g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s conventionnellement et socialement accept\u00e9es, enfin tout ce qui nous masque la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb(<strong>24<\/strong>). N&rsquo;est-ce pas pr\u00e9cis\u00e9ment cela que fait le parkour dans l&rsquo;espace urbain\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">Pour r\u00e9sumer, nous pouvons dire que le parkour inclut certes un usage physique et intense du corps humain, mais pas uniquement. Envisager que le parkour puisse se pratiquer sur une structure d\u00e9di\u00e9e implique qu&rsquo;on le r\u00e9duise \u00e0 sa dimension physique, en laissant de c\u00f4t\u00e9 ses dimensions intellectuelle et imaginative, autrement dit, qu&rsquo;on en fasse un sport. Or, nous avons vu qu&rsquo;il ne remplissait pas deux des trois conditions \u00e0 l&rsquo;obtention du statut de <em>sport<\/em>. Si le parkour ne consistait que dans le fait de sauter, le plus loin possible par exemple, alors seulement il pourrait se pratiquer sur un parkour-park -ou encore sur un stade d&rsquo;athl\u00e9tisme, et nous pourrions baptiser cette activit\u00e9 le \u00ab\u00a0saut en longueur\u00a0\u00bb par exemple-. Mais aussit\u00f4t que l&rsquo;on consid\u00e8re que les dimensions intellectuelle et philosophique, ainsi que sensible et imaginative, en sont constitutives -et cela pas moins que ne l&rsquo;est la ma\u00eetrise des diff\u00e9rentes techniques de saut utilis\u00e9es-, la pratique passe in\u00e9vitablement du statut de <em>sport<\/em> \u00e0 celui d&rsquo;<em>art<\/em>, excluant du m\u00eame coup la comp\u00e9tition et les parkour-parks de son champ d&rsquo;activit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>3) Les cons\u00e9quences du consentement<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On pourrait penser que le probl\u00e8me n&rsquo;en est pas un, que chacun \u00e9tant libre de ses agissements, ceux qui con\u00e7oivent le parkour comme un sport pourront aller s&rsquo;entra\u00eener sur l&rsquo;aire de parkour de Bondy \u00e0 leur guise, et que rien n&#8217;emp\u00eache ceux qui le con\u00e7oivent comme un art de le pratiquer \u00e0 leur mani\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il faut toutefois prendre conscience du rapport de force qui oppose ces deux conceptions antagonistes du parkour pour comprendre ce qui se joue l\u00e0. Ce n&rsquo;est pas dans ces termes &#8211;<em>art<\/em> contre <em>sport<\/em>&#8211; que le conflit s&rsquo;exprime <em>explicitement<\/em>, mais c&rsquo;est bien de cela qu&rsquo;il s&rsquo;agit, notamment dans le d\u00e9bat qui oppose pro et anti-parkour-parks. L&rsquo;enjeu est toujours celui d&rsquo;une conception du parkour, d&rsquo;une fa\u00e7on de le <em>penser<\/em>, laquelle aboutit en cons\u00e9quence \u00e0 une fa\u00e7on de le <em>pratiquer<\/em>: si l&rsquo;on con\u00e7oit le parkour comme art alors on ne <em>peut<\/em> pas admettre ni comp\u00e9titions ni parkour-parks, si en revanche on le con\u00e7oit comme sport alors on n&rsquo;a aucune raison d&rsquo;y voir quelque inconv\u00e9nient que ce soit. Or, il faut bien avoir \u00e0 l&rsquo;esprit que dans un rapport de forces il ne peut y avoir d&rsquo;\u00e9ternelle \u00e9galit\u00e9: il y a toujours une force qui l&#8217;emporte sur l&rsquo;autre. Dans le cas pr\u00e9sent, la conception sportive du parkour semble de fait majoritaire et dominante de nos jours. A l&rsquo;inverse, la conception \u00e0 partir de laquelle le parkour fut fond\u00e9 est aujourd&rsquo;hui minoritaire -pour ne pas dire qu&rsquo;elle est le fait d&rsquo;exceptions-. La conception artistique du parkour recule ainsi de jour en jour et menace de dispara\u00eetre dans l&rsquo;oubli si personne ne se soucie plus de la d\u00e9fendre et de la transmettre. A travers cela, c&rsquo;est l&rsquo;h\u00e9ritage d&rsquo;une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es, de recherche et d&rsquo;entra\u00eenement, de pens\u00e9e et de cr\u00e9ation, qui risque d&rsquo;\u00eatre perdu. Car le parkour pens\u00e9 comme sport ne conserve de son anc\u00eatre que l&rsquo;apparence (les sauts et performances physiques) tout en \u00e9vacuant ses dimensions philosophique, intellectuelle, et cr\u00e9ative. D\u00e8s lors, que restera-t-il du parkour? Probablement des comp\u00e9titions et des shows, des performances et des records, des publicit\u00e9s et des sponsors\u00a0; il ne restera probablement <em>rien d&rsquo;autre que du<\/em> <em>spectacle<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les d\u00e9bats qui eurent lieu, sur les r\u00e9seaux sociaux notamment, \u00e0 propos de l&rsquo;inauguration de l&rsquo;aire de parkour de Bondy, mirent d&rsquo;ailleurs en lumi\u00e8re cette inversion conceptuelle dans le cours des choses: les rares traceurs qui avaient le malheur de critiquer cette aire de parkour et d&rsquo;en remettre en cause le bien-fond\u00e9 se voyaient imm\u00e9diatement qualifi\u00e9s d'\u00a0\u00bbextr\u00e9mistes\u00a0\u00bb par leurs adversaires. Aujourd&rsquo;hui, d\u00e9fendre une approche non-sportive du parkour, et de ce fait critiquer les comp\u00e9titions et les parkour-parks, c&rsquo;est donc \u00eatre <em>extr\u00e9miste<\/em>. Il y a pourtant encore quelques ann\u00e9es, adopter une telle attitude eut simplement relev\u00e9 du statut de \u00ab\u00a0puriste\u00a0\u00bb. Et encore quelques ann\u00e9es auparavant, lorsque j&rsquo;ai d\u00e9but\u00e9, cela relevait du statut de \u00ab\u00a0traceur\u00a0\u00bb, ni plus ni moins -de <em>pratiquant<\/em>, qui pense et d\u00e9fend la pratique qui est la sienne contre son travestissement-. Le glissement s\u00e9mantique s&rsquo;op\u00e8re lentement, insidieusement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au regard de tout cela, d\u00e9clarer qu&rsquo;on est favorables<em> <\/em>\u00e0 l&rsquo;installation de parkour-parks, ou encore qu&rsquo;on s&rsquo;en moque et qu&rsquo;on est bien partout pour pratiquer le parkour, cela revient finalement au m\u00eame: c&rsquo;est accepter et favoriser le triomphe d&rsquo;une conception sportive du parkour sur toute autre. Ne pas prendre parti, c&rsquo;est <em>d\u00e9j\u00e0<\/em> prendre parti en disant qu&rsquo;on ne prend pas parti\u00a0; en ce sens, l&rsquo;apparente neutralit\u00e9 revient en fait \u00e0 favoriser le camp dominant et la conception du parkour qu&rsquo;il d\u00e9fend. D\u00e9sapprouver, en revanche, c&rsquo;est penser que l&rsquo;enjeu est suffisamment important pour manifester les raisons de son m\u00e9contentement et alerter de ce fait l&rsquo;opinion publique parmi les pratiquants. Si j&rsquo;utilise le terme d&rsquo;\u00a0\u00ab\u00a0opinion publique\u00a0\u00bb, c&rsquo;est qu&rsquo;il me semble que la question rel\u00e8ve ici moins d&rsquo;une addition de choix individuels que d&rsquo;un positionnement politique. En effet, en donnant notre b\u00e9n\u00e9diction -ou \u00e0 d\u00e9faut notre soutien tacite- \u00e0 la construction de ce type de lieux, nous prenons de fait une part de responsabilit\u00e9 dans de possibles d\u00e9rives \u00e0 venir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous incitons, par exemple, les institutions, municipales notamment, \u00e0 renouveler l&rsquo;exp\u00e9rience en sollicitant des traceurs peu scrupuleux pour qu&rsquo;ils leur dessinent des lieux circonscrits et \u00ab\u00a0s\u00e9curis\u00e9s\u00a0\u00bb o\u00f9 confiner la jeunesse d\u00e9soeuvr\u00e9e plut\u00f4t que de la laisser sillonner dangereusement les rues de la ville. L&rsquo;institution peut ainsi redorer son blason \u00e0 peu de frais, en donnant l&rsquo;impression qu&rsquo;elle se soucie de la population qui vit sur son territoire, et qu&rsquo;avec le parkour elle est m\u00eame au fait des derni\u00e8res tendances en vogue chez la jeunesse. Les \u00e9lus de la ville de Bondy peuvent d\u00e9sormais se pavaner, se vantant de ce nouvel \u00e9quipement qu&rsquo;ils ont construit \u00ab\u00a0pour\u00a0\u00bb les jeunes, en balayant du m\u00eame coup d&rsquo;un revers de la main les vraies questions sociales sur leur territoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le traceur qui a con\u00e7u cette aire de parkour(<strong>25<\/strong>) s&rsquo;est en effet d\u00e9fendu des critiques qui furent \u00e9mises \u00e0 ce sujet en pr\u00e9cisant qu&rsquo;il s&rsquo;agissait l\u00e0 d&rsquo;une commande de la ville de Bondy via un appel d&rsquo;offres, commande qui elle-m\u00eame entendait \u00ab\u00a0r\u00e9pondre aux besoins des populations locales\u00a0\u00bb. Afin de le v\u00e9rifier, je me suis rendu sur place avec un ami, lui aussi traceur, au coeur de la cit\u00e9 de La Noue Caillet o\u00f9 l&rsquo;aire de parkour a \u00e9t\u00e9 construite, et nous avons questionn\u00e9 les quelques habitants du quartier que nous avons rencontr\u00e9s. Pas un, jeune ou moins jeune, n&rsquo;avait la moindre id\u00e9e de ce \u00e0 quoi pouvait servir ce \u00ab\u00a0truc qu&rsquo;ils ont construit\u00a0\u00bb. Ils ne connaissaient d&rsquo;ailleurs ni le terme \u00ab\u00a0parkour\u00a0\u00bb, ni \u00ab\u00a0parkour-park\u00a0\u00bb, ni \u00ab\u00a0aire de parkour\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0R\u00e9pondre aux besoins des populations locales\u00a0\u00bb, disait la ville de Bondy? Force est de constater que les \u00ab\u00a0populations locales\u00a0\u00bb semblent en tous cas ne pas bien voir auxquels de leurs <em>besoins<\/em> la construction de cette aire de parkour entend <em>r\u00e9pondre<\/em>. Est-ce bien utile de pr\u00e9ciser que malgr\u00e9 ce que la mairie de Bondy peut raconter(<strong>26<\/strong>), je n&rsquo;ai pas vu une seule personne, de quelque \u00e2ge que ce soit, faire quelque usage que ce soit de l&rsquo;aire Parkour Roule durant toutes les journ\u00e9es que j&rsquo;ai pass\u00e9es \u00e0 proximit\u00e9\u00a0? Les populations locales manquent manifestement de discernement, et ne le comprennent pas toujours lorsqu&rsquo;on \u00ab\u00a0r\u00e9pond\u00a0\u00bb \u00e0 leurs \u00ab\u00a0besoins\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En participant \u00e0 de telles op\u00e9rations, qui n&rsquo;ont d&rsquo;autre but que d&rsquo;assurer le maintien au pouvoir des \u00e9lus qui les supervisent, non seulement nous nous rendons complices du m\u00e9pris institutionnel envers celles et ceux qui peuplent ces territoires, mais en plus nous aidons l&rsquo;institution \u00e0 vider la pratique du parkour de son contenu potentiellement subversif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si la pratique est subversive, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;elle prend place dans l&rsquo;espace public et non sur des structures d\u00e9di\u00e9es, qu&rsquo;elle le fait d&rsquo;une fa\u00e7on nouvelle, qui ne prend ni la forme de comp\u00e9titions ni de spectacle, et qu&rsquo;elle y fait des choses nouvelles, en utilisant par exemple un banc pour sauter plut\u00f4t que pour s&rsquo;asseoir. De ce point de vue, le parkour proc\u00e8de d&rsquo;une r\u00e9appropriation cr\u00e9ative et novatrice de l&rsquo;espace public, qui, par son renouvellement des usages et sa remise en cause des habitudes, lui redonne une consistance en interrogeant ses usagers sur cette notion, et notamment sur sa nature et sa fonction. En cela, le parkour est politique, non pas dans le sens o\u00f9 il conduirait \u00e0 voter pour untel ou untel, mais plut\u00f4t dans celui o\u00f9 il r\u00e9investit l&rsquo;espace de la cit\u00e9 (<em>polis<\/em>) d&rsquo;une mani\u00e8re nouvelle, et en fait un usage qui conduit autant le pratiquant que les usagers qu&rsquo;il rencontre \u00e0 se poser des questions. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat du parkour, c&rsquo;est qu&rsquo;il <em>pose probl\u00e8me<\/em>. Et s&rsquo;il pose probl\u00e8me, c&rsquo;est justement parce qu&rsquo;il s&rsquo;invite dans l&rsquo;espace du commun, dans la rue, dans la ville, et qu&rsquo;il y d\u00e9tourne le mobilier urbain \u00e0 des fins cr\u00e9atives. C&rsquo;est aussi tout cela qui fait du parkour un art: le fait qu&rsquo;il revisite la ville et la donne \u00e0 penser, qu&rsquo;il interroge la notion d&rsquo;<em>espace <\/em>public dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s et les processus de marchandisation en envahissent les moindres recoins, qu&rsquo;il interpelle ses usagers anesth\u00e9si\u00e9s en innovant, en d\u00e9tournant l&rsquo;objet architectural. Il d\u00e9route et d\u00e9range. Ce sont l\u00e0 aussi, \u00e0 mon sens tout du moins, les fonctions de l&rsquo;art.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si le parkour se pratiquait dans des salles de sport ou des gymnases, ou encore sur des lieux d\u00e9di\u00e9s construits \u00e0 son intention tels les parkour-parks et autres \u00ab\u00a0aires de parkour\u00a0\u00bb, s&rsquo;il d\u00e9sertait l&rsquo;espace public et laissait ses usagers \u00ab\u00a0tranquilles\u00a0\u00bb, alors il r\u00e9pondrait positivement \u00e0 l&rsquo;injonction qui lui est faite par la soci\u00e9t\u00e9 de se conformer \u00e0 ses normes, de rentrer dans ses cases, et perdrait pour ainsi dire tout pouvoir de subversion, c&rsquo;est-\u00e0-dire de renversement des habitudes et de transformation sociale. Or, de nos jours, les villes sont con\u00e7ues comme des temples de la consommation, dont les espaces de circulation servent presque exclusivement \u00e0 se rendre du domicile au travail, du travail \u00e0 l&rsquo;hypermarch\u00e9, et de l&rsquo;hypermarch\u00e9 au domicile. Aussi, les pratiquants du parkour, en s&rsquo;y arr\u00eatant, en allant \u00e0 contresens, en changeant de niveaux par rapport au sol, en utilisant tout ce qui s&rsquo;y trouve pour se d\u00e9placer et s&rsquo;entra\u00eener, am\u00e8nent une part de jeu et de cr\u00e9ativit\u00e9 dans des espaces \u00e0 l&rsquo;origine utilitaires et enti\u00e8rement norm\u00e9s. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs ce qui explique que les pratiquants se heurtent parfois \u00e0 des r\u00e9actions si vives(<strong>27<\/strong>) de la part des autres usagers de l&rsquo;espace. D\u00e8s lors, pratiquer le parkour sur un lieu d\u00e9di\u00e9, c&rsquo;est renoncer non seulement \u00e0 sa dimension artistique, mais aussi \u00e0 sa dimension politique; c&rsquo;est faire du parkour -qui est \u00e0 l&rsquo;origine un outil d&rsquo;\u00e9mancipation individuelle- un simple sport, un <em>loisir<\/em>, tel que les prodigue la soci\u00e9t\u00e9 de consommation pour <em>occuper<\/em> -et contr\u00f4ler- les masses(<strong>28<\/strong>). C&rsquo;est, autrement dit, faire du parkour le contraire de ce qu&rsquo;il \u00e9tait, du moins pour celui qui l&rsquo;a con\u00e7u.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">H\u00e9las, si les pratiquants du parkour laissent la ville de Bondy installer un parkour-park sans opposition aucune, les institutions pourraient l&rsquo;interpr\u00e9ter comme un accord de principe pour renouveler l&rsquo;exp\u00e9rience, sachant que cela leur permet d&rsquo;une part d&rsquo;encadrer la pratique en lui \u00f4tant sa dimension subversive, et d&rsquo;autre part d&rsquo;encadrer la jeunesse des villes en l&rsquo;enfermant dans des <em>parcs de loisirs<\/em>. Si les pratiquants se taisent, ils leur donnent tacitement leur b\u00e9n\u00e9diction. Et l&rsquo;on risque de voir fleurir un peu partout des parkour-parks et autres aires de loisirs. Or ce n&rsquo;est une solution ni pour les traceurs, ni pour les jeunes de la ville, et \u00e7a n&rsquo;est b\u00e9n\u00e9fique ni aux uns ni aux autres. Les premiers voient leur pratique vid\u00e9e de son sens, et les seconds se voient somm\u00e9s d&rsquo;aller <em>se divertir<\/em> dans des aires de loisirs, or nous sommes en droit de douter que ce soit l\u00e0 leur besoin premier au vu du contenu des quelques discussions que nous avons eues avec certains d&rsquo;entre eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">J&rsquo;\u00e9mettrai pour ma part l&rsquo;hypoth\u00e8se, et j&rsquo;en assume l&rsquo;enti\u00e8re subjectivit\u00e9, qu&rsquo;une transformation sociale leur -et nous- serait plus profitable que du divertissement. Or, il semble qu&rsquo;il faille <em>d\u00e9ranger<\/em> l&rsquo;ordre \u00e9tabli pour le conduire \u00e0 se modifier. A cet \u00e9gard, des jeunes pratiquant sagement leur \u00ab\u00a0sport\u00a0\u00bb dans une aire de loisirs ne d\u00e9rangent personne. Ils sont comme des enfants en bas-\u00e2ge dans un bac \u00e0 sable ou des adolescents dans un skate-park: ils peuvent bien faire ce qu&rsquo;ils veulent dans le p\u00e9rim\u00e8tre qui leur est imparti, pourvu qu&rsquo;ils n&rsquo;en d\u00e9bordent pas. Et c&rsquo;est bien l\u00e0 l&rsquo;enjeu: il <em>faut<\/em> d\u00e9border, g\u00eaner, si l&rsquo;on escompte quelque transformation que ce soit. Et c&rsquo;est aussi cette g\u00eane, ce d\u00e9rangement qu&rsquo;occasionnent le parkour qui en font l&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Ses dimensions philosophique et artistique en font une pratique visc\u00e9ralement politique. De ce point de vue, le parkour n&rsquo;est plus seulement une m\u00e9thode de \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement personnel\u00a0\u00bb comme se plaisent \u00e0 le qualifier certains de ses pratiquants, mais un v\u00e9ritable outil de transformation sociale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En attendant, il y a fort \u00e0 parier que si des parkour-parks sont construits un peu partout en France, l&rsquo;attitude des usagers de l&rsquo;espace public qui consiste aujourd&rsquo;hui d\u00e9j\u00e0 majoritairement \u00e0 en chasser les pratiquants risque \u00e0 la fois de se g\u00e9n\u00e9raliser et de se radicaliser. Lorsque de nos jours certains nous disent que \u00ab\u00a0ce n&rsquo;est pas fait pour \u00e7a, qu&rsquo;on n&rsquo;a qu&rsquo;\u00e0 aller faire \u00e7a dans un gymnase ou sur un terrain d\u00e9di\u00e9\u00a0\u00bb, nous pouvons leur r\u00e9pondre qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de terrains ni de structures d\u00e9di\u00e9s, que le parkour se pratique dehors et partout. Nous pouvons ajouter que le parkour ne peut <em>par d\u00e9finition<\/em> pas se pratiquer dans un lieu d\u00e9di\u00e9 puisqu&rsquo;il doit faire usage de toutes les structures qui ne sont \u00e0 la base pas pr\u00e9vues pour lui. Mais si demain chaque municipalit\u00e9 fait construire son parkour-park, alors les usagers hostiles \u00e0 la pratique du parkour dans l&rsquo;espace public auront un argument de poids: ils diront vrai d\u00e9sormais lorsqu&rsquo;ils pr\u00e9tendront qu'\u00a0\u00bbil y a des lieux pour \u00e7a\u00a0\u00bb, et cons\u00e9quemment auront d&rsquo;une certaine fa\u00e7on raison de r\u00e9clamer des pratiquants qu&rsquo;ils y aillent. Nous pourrons toujours refuser de partir -comme nous le faisons d\u00e9j\u00e0- mais ils seront probablement d&rsquo;autant plus virulents qu&rsquo;ils sauront d\u00e9sormais qu&rsquo;il existe un lieu construit \u00e0 notre intention, et que par ailleurs ce dernier l&rsquo;aura \u00e9t\u00e9 avec l&rsquo;argent du contribuable, donc avec le leur. Ignorants de la philosophie qui sous-tend la pratique du parkour, ils auront donc \u00e0 priori de bonnes raisons d&rsquo;\u00eatre en col\u00e8re. Comme pour les skateurs, impitoyablement chass\u00e9s de l&rsquo;espace public depuis l&rsquo;apparition des skate-parks -et malgr\u00e9 la r\u00e9sistance de certains-, la situation menace de mettre en p\u00e9ril la pratique m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour finir, en consentant \u00e0 l&rsquo;utilisation de parkour-parks nous inciterions in\u00e9vitablement les plus jeunes et les moins exp\u00e9riment\u00e9s \u00e0 se tourner d&rsquo;abord -et parfois exclusivement- vers ce genre de structures pour pratiquer. En effet, si des lieux de ce type venaient \u00e0 se multiplier, ils disposeraient d&rsquo;un niveau de visibilit\u00e9 accru, apparaissant notamment dans les vid\u00e9os des pratiquants, ainsi les d\u00e9butants pourraient \u00eatre conduits \u00e0 penser que le parkour-park est <em>le<\/em> lieu du parkour, et que c&rsquo;est dans ces lieux -et uniquement dans ces lieux, ou en tous cas pr\u00e9f\u00e9rentiellement dans ces lieux- qu&rsquo;il leur faut s&rsquo;entra\u00eener. Peut-\u00eatre penseront-ils que c&rsquo;est plus adapt\u00e9, plus s\u00e9curis\u00e9, puisque c&rsquo;est <em>fait pour<\/em>. Or, non seulement, ce n&rsquo;est pas plus adapt\u00e9 puisque c&rsquo;est <em>inadapt\u00e9 <\/em>(nous avons montr\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment pourquoi), mais en plus \u00e7a n&rsquo;est en rien plus s\u00e9curis\u00e9, et le fait de le croire pourrait induire les jeunes pratiquants en erreur et provoquer des accidents. Effectivement, la s\u00e9curit\u00e9 est envisag\u00e9e dans le parkour sous la forme d&rsquo;un accompagnement des d\u00e9butants et des plus jeunes par des traceurs plus exp\u00e9riment\u00e9s, et la transmission par ces derniers de principes \u00e0 respecter et de pr\u00e9cautions \u00e0 prendre. Ainsi, l&rsquo;une des premi\u00e8res distinctions conceptuelles \u00e0 enseigner au nouveau pratiquant est la distinction entre risque et danger\u00a0: le <em>risque<\/em> est la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9chouer lorsqu&rsquo;on tente quelque chose, et le <em>danger<\/em> la nature d&rsquo;une situation dans laquelle on encourt de graves blessures, voire la mort. Le pratiquant apprend donc \u00e0 prendre des risques dans des situations sans danger, afin d&rsquo;apprendre les diff\u00e9rentes techniques de base notamment, et \u00e0 l&rsquo;inverse \u00e0 sauter dans des situations v\u00e9ritablement dangereuses uniquement si le risque d&rsquo;\u00e9chec est nul. Le pratiquant apprend \u00e9galement \u00e0 d\u00e9composer les sauts en un certain nombre d&rsquo;\u00e9tapes, ce qui lui permet d&rsquo;y aller progressivement, et de franchir les \u00e9tapes vers la r\u00e9ussite du saut une \u00e0 une plut\u00f4t que d&rsquo;un coup. Il acquiert \u00e9galement diff\u00e9rents outils de mesure des distances qu&rsquo;il peut sauter pour chaque technique, il a ainsi de la possibilit\u00e9 de proc\u00e9der aux v\u00e9rifications n\u00e9cessaires avant de se lancer. Il apprend aussi \u00e0 tester syst\u00e9matiquement les obstacles dont il s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 faire usage\u00a0: le mat\u00e9riau dont ils sont faits, son accroche, sa solidit\u00e9, sa capacit\u00e9 \u00e0 supporter l&rsquo;atterrissage d&rsquo;un corps humain, l&rsquo;\u00e9ventuelle pr\u00e9sence de bouts de verre ou d&rsquo;objets saillants, etc. Pour tous types de sauts, les nouveaux pratiquants doivent \u00e9galement apprendre qu&rsquo;ils disposent d&rsquo;\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9ducatifs\u00a0\u00bb(<strong>29<\/strong>), c&rsquo;est-\u00e0-dire de sauts du m\u00eame type mais dans des conditions moins dangereuses, ou de taille plus petite, voire les deux. Enfin, le pratiquant apprend au fil du temps \u00e0 conna\u00eetre son propre corps, ses possibilit\u00e9s ainsi que ses limites, et dispose donc d&rsquo;une capacit\u00e9 d&rsquo;auto-\u00e9valuation consid\u00e9rablement accrue, ce qui minimise corr\u00e9lativement les risques d&rsquo;erreurs d&rsquo;appr\u00e9ciation. Tout cela est pour le traceur le fruit d&rsquo;un apprentissage, et n&rsquo;est li\u00e9 en aucune fa\u00e7on \u00e0 la nature du lieu o\u00f9 l&rsquo;on pratique. Un parkour-park, quel que soit le mat\u00e9riau dans lequel il est construit et les normes de s\u00e9curit\u00e9 auxquelles il r\u00e9pond, n&rsquo;\u00e9vitera pas l&rsquo;accident \u00e0 celui qui, ignorant ces principes, sautera de mani\u00e8re imprudente et inconsid\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais au-del\u00e0 m\u00eame de la s\u00e9curit\u00e9, le d\u00e9butant ne s&rsquo;entra\u00eenant que sur un parkour-park pensera, du fait de la similitude des techniques utilis\u00e9es, qu&rsquo;il pratique le parkour, alors que -nous l&rsquo;avons vu- ce ne sera pas v\u00e9ritablement le cas. Cela pourrait bien mener \u00e0 la naissance d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration nouvelle de pratiquants, tous persuad\u00e9s de faire du parkour alors qu&rsquo;aucun d&rsquo;entre eux n&rsquo;aura la moindre id\u00e9e de ce que cela signifie ni de ce en quoi l&rsquo;entra\u00eenement au parkour consiste v\u00e9ritablement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Comme nous avons tent\u00e9 de le montrer pr\u00e9c\u00e9demment, le parkour n&rsquo;est pas un sport. C&rsquo;est un art, un moyen de locomotion, une m\u00e9thode d&rsquo;entra\u00eenement, et une discipline philosophique. De par son essence comme de par sa fonction, le parkour n&rsquo;a pas -et <em>ne peut pas avoir<\/em>&#8211; de lieu d\u00e9di\u00e9. <em>Le monde est un terrain de jeux<\/em>, dont l&rsquo;imagination seule fixe les limites.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si David Belle utilise cette expression, c&rsquo;est probablement qu&rsquo;il a \u00e9prouv\u00e9 combien le d\u00e9frichage urbain, combien l&rsquo;inventivit\u00e9 situationnelle, combien la capacit\u00e9 de s&rsquo;adapter \u00e0 un environnement donn\u00e9 et de s&rsquo;y frayer un chemin, combien tout cela compte dans le cadre d&rsquo;une \u00ab\u00a0m\u00e9thode d&rsquo;entra\u00eenement\u00a0\u00bb qui se veut pr\u00e9paratoire \u00e0 tout type d&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9. Or, il semble que ce soit l\u00e0 la base m\u00eame du parkour: \u00ab\u00a0C&rsquo;est une arme qu&rsquo;on aiguise: on s&rsquo;entra\u00eene, et si un jour il y a un probl\u00e8me, on sait qu&rsquo;on peut s&rsquo;en servir\u00a0\u00bb(<strong>30<\/strong>). Pour s&rsquo;en servir, encore faut-il l&rsquo;avoir \u00ab\u00a0aiguis\u00e9e\u00a0\u00bb, autrement dit l&rsquo;avoir mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de diff\u00e9rents lieux et situations, avec diff\u00e9rents rev\u00eatements et structures, agenc\u00e9s de diff\u00e9rentes mani\u00e8res, dans diff\u00e9rentes conditions m\u00e9t\u00e9orologiques, ainsi que de luminosit\u00e9, et d&rsquo;adh\u00e9rence, diff\u00e9rents niveaux de fatigue corporelle, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les parkour-parks, outils sur mesure g\u00e9n\u00e9ralement con\u00e7us par et pour les pratiquants du parkour, rel\u00e8guent au second plan une partie de ces alt\u00e9rations n\u00e9cessaires du cadre id\u00e9al d&rsquo;entra\u00eenement, et \u00e9vacuent tout bonnement la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;apprendre \u00e0 s&rsquo;adapter \u00e0 ce qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 con\u00e7u <em>pour<\/em> nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si le parkour-park peut, dans certains cas, r\u00e9pondre \u00e0 des probl\u00e9matiques locales (comme par exemple une p\u00e9riode hivernale particuli\u00e8rement rude en Russie), son usage ne saurait \u00eatre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 \u00e0 tous pays et tous types de lieux sans occasionner de graves d\u00e9g\u00e2ts dans la transmission et la pratique du parkour. La richesse de l&rsquo;architecture et la cl\u00e9mence du climat en France par exemple, rendent ce type de lieux tout \u00e0 fait dispensables pour la pratique. D&rsquo;autant plus dispensables qu&rsquo;ils lui seraient nuisibles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le parkour-park n&rsquo;est un potentiel terrain de jeux que pour celui qui manque d&rsquo;imagination; \u00e0 celui qui, imaginatif, a comme terrain de jeux le monde, le parkour-park est une prison. Tout est question de point de vue, et s&rsquo;explique donc en partie par la position qu&rsquo;occupe celui qui commente les choses qu&rsquo;il observe. Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce changement de point de vue que le parkour entend op\u00e9rer chez celui qui le pratique: non point seulement regarder le monde depuis d&rsquo;autres positions, mais aussi et surtout le regarder <em>diff\u00e9remment<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Na\u00efm B.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1<\/strong><strong>.<\/strong> C&rsquo;est ainsi que la F\u00e9d\u00e9ration de Parkour (FPK) l&rsquo;appelle dans l&rsquo;article promotionnel qu&rsquo;elle lui a consacr\u00e9 sur son site web: <a href=\"http:\/\/www.fedeparkour.fr\/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=126:bondy&amp;catid=36:newssite&amp;Itemid=61\" target=\"_blank\">http:\/\/www.fedeparkour.fr\/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=126:bondy&amp;catid=36:newssite&amp;Itemid=61<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>2.<\/strong> Voir article qui pr\u00e9cise la distinction entre parkour et freerunning ici\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.fedeparkour.fr\/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=110:parkournet-difference-parkour-et-free-running&amp;catid=42:article&amp;Itemid=98\" target=\"_blank\">http:\/\/www.fedeparkour.fr\/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=110:parkournet-difference-parkour-et-free-running&amp;catid=42:article&amp;Itemid=98<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>3.<\/strong> Voir la pr\u00e9sentation compl\u00e8te ici: <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=pST2mC3oTTY\" target=\"_blank\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=pST2mC3oTTY<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>4.<\/strong> Traceur\u00a0: pratiquant du parkour<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>5.<\/strong>\u00a0 Voir interview compl\u00e8te ici: <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=XWneBIz6ATg\" target=\"_blank\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=XWneBIz6ATg<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>6.<\/strong><em> p<\/em>.63, <em>Parkour <\/em>de David Belle, Editions Intervista, 2009.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>7.<\/strong> Voir pages 8, 9, 11 et 12 de cet article.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>8.<\/strong> Voir le 1er article de la Charte de la F\u00e9d\u00e9ration de Parkour (FPK) ici\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.fedeparkour.fr\/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=46&amp;Itemid=54\" target=\"_blank\">http:\/\/www.fedeparkour.fr\/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=46&amp;Itemid=54<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>9.<\/strong> Pour mieux appr\u00e9hender cette philosophie, se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 <em>Parkour,<\/em> David Belle, Intervista, 2009.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>10. <\/strong><a href=\"http:\/\/www.larousse.fr\/dictionnaires\/francais\/sport\/74327\" target=\"_blank\">http:\/\/www.larousse.fr\/dictionnaires\/francais\/sport\/74327<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>11. <\/strong><a href=\"http:\/\/www.staps.univ-avignon.fr\/S1\/UE3\/Sociologie\/SociologieS1.pdf\" target=\"_blank\">http:\/\/www.staps.univ-avignon.fr\/S1\/UE3\/Sociologie\/SociologieS1.pdf<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>12.<\/strong> Pierre Parlebas\u00a0, <em>Contribution \u00e0 un lexique comment\u00e9 en science de l\u2019action motrice<\/em>, INSEP, 1981.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>13.<\/strong> Jean-Maire Brohm, <em>Sociologie politique du sport<\/em>, P.U.N., 1992.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>14.<\/strong> <a href=\"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/2013\/02\/04\/manifeste\/\" target=\"_blank\">http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/2013\/02\/04\/manifeste\/<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il me para\u00eet utile de pr\u00e9ciser que ce manifeste a \u00e9t\u00e9 lu et approuv\u00e9 par David Belle, fondateur du parkour, qui a d\u00e9clar\u00e9 publiquement s&rsquo;y associer sans r\u00e9serve.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>15.<\/strong> <a href=\"http:\/\/wfpf.com\/\" target=\"_blank\">http:\/\/wfpf.com\/<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>16.<\/strong> <a href=\"http:\/\/www.fedeparkour.fr\/\" target=\"_blank\">http:\/\/www.fedeparkour.fr\/<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>17.<\/strong> Traces \u00e9crites\u00a0: <em>Parkour <\/em>de David Belle, Editions Intervista, 2009.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00a0Traces orales\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=r1UPZf1zd0c\" target=\"_blank\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=r1UPZf1zd0c<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=rlWNR2pU624\" target=\"_blank\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=rlWNR2pU624<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=DN6_b6dLbVY\" target=\"_blank\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=DN6_b6dLbVY<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=-jpkM97k9xg\" target=\"_blank\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=-jpkM97k9xg<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=cXTldQKLRh4\" target=\"_blank\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=cXTldQKLRh4<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Qylo_5_Jpm0\" target=\"_blank\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Qylo_5_Jpm0<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=_v7rLfV8lUA\" target=\"_blank\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=_v7rLfV8lUA<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=mEbJBJDS9vk\" target=\"_blank\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=mEbJBJDS9vk<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=ijDdrtI2aJI\" target=\"_blank\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=ijDdrtI2aJI<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Gdyp5l9cNGs\" target=\"_blank\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Gdyp5l9cNGs<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>18<\/strong><strong>.<\/strong> <a href=\"http:\/\/blane-parkour.blogspot.fr\/\" target=\"_blank\">http:\/\/blane-parkour.blogspot.fr\/<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>19.<\/strong> Lire \u00e0 ce sujet l&rsquo;interview \u00ab\u00a0Comp\u00e9tition\u00a0: la vraie toxicomanie\u00a0\u00bb de Jean-Marie Brohm\u00a0: <a href=\"http:\/\/1libertaire.free.fr\/Brohm08.html\" target=\"_blank\">http:\/\/1libertaire.free.fr\/Brohm08.html<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>20.<\/strong> Il me semble dans le cas du parkour plus pertinent de parler d&rsquo;<em>observateur<\/em> que de <em>spectateur<\/em>, au sens o\u00f9 le pratiquant ne cherche pas \u00e0 se donner en spectacle, mais simplement \u00e0 s&rsquo;entra\u00eener.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>21<\/strong><strong>.<\/strong> <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Art_\u00e9ph\u00e9m\u00e8re\" target=\"_blank\">http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Art_\u00e9ph\u00e9m\u00e8re<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>22.<\/strong> Interview de David Belle par Mathieu Kassovitz disponible en ligne: <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=rlWNR2pU624\" target=\"_blank\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=rlWNR2pU624<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>23.<\/strong> <em>La Pens\u00e9e et le Mouvant<\/em>, Henri Bergson, p.148, PUF Quadrige, 2009 (r\u00e9\u00e9dition).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>24.<\/strong> <em>Le Rire<\/em>, Henri Bergson, p.117, PUF Quadrige, 2012 (r\u00e9\u00e9dition).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>25<\/strong><strong>.<\/strong> Thomas Bencteux, via RECREATION URBAINE, entreprise de \u00ab\u00a0cr\u00e9ation de mobiliers et d&rsquo;espaces sports et loisirs\u00a0\u00bb. A noter que Thomas Bencteux est par ailleurs vice-pr\u00e9sident de la F\u00e9d\u00e9ration de Parkour, laquelle a assur\u00e9 la promotion de l&rsquo;aire de parkour de Bondy par diff\u00e9rents moyens\u00a0: elle en a assur\u00e9 l&rsquo;inauguration, elle h\u00e9berge sur son compte Youtube la vid\u00e9o qui a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9e \u00e0 cette occasion (vid\u00e9o incluant d&rsquo;ailleurs le logo de la FPK), elle a fait un article promotionnel \u00e0 ce sujet sur son site web, qu&rsquo;elle a \u00e9galement publi\u00e9 sur les r\u00e9seaux sociaux.<br \/>\nPour voir la vid\u00e9o: <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=xoLQqDae068\" target=\"_blank\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=xoLQqDae068<\/a><br \/>\nPour lire l&rsquo;article promotionnel:<a href=\"http:\/\/www.fedeparkour.fr\/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=126:bondy&amp;catid=36:newssite&amp;Itemid=61\" target=\"_blank\">http:\/\/www.fedeparkour.fr\/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=126:bondy&amp;catid=36:newssite&amp;Itemid=61<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>26.<\/strong> \u00ab\u00a0Le parkour Roule, [&#8230;] skate-park d&rsquo;un nouveau genre, [&#8230;] fait d\u00e9j\u00e0 le bonheur des plus jeunes dans des conditions vraiment optimales\u00a0\u00bb, <a href=\"http:\/\/renovation-urbaine.ville-bondy.fr\/fileadmin\/user_upload\/Renovation_urbaine\/Bondy_demain\/BondyDemain21.pdf\" target=\"_blank\">http:\/\/renovation-urbaine.ville-bondy.fr\/fileadmin\/user_upload\/Renovation_urbaine\/Bondy_demain\/BondyDemain21.pdf<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>27.<\/strong> Cela va de l&rsquo;agression verbale, voire m\u00eame parfois physique, aux applaudissements et autres t\u00e9moignages d&rsquo;enthousiasme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>28.<\/strong> \u00ab\u00a0La th\u00e9orie critique du sport est fond\u00e9e sur trois axes principaux :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">1) Le sport n&rsquo;est pas simplement du sport, c&rsquo;est un moyen de gouvernement, un moyen de pression vis-\u00e0-vis de l&rsquo;opinion publique et une mani\u00e8re d&rsquo;encadrement id\u00e9ologique des populations et d&rsquo;une partie de la jeunesse, et ceci dans tous les pays du monde, dans les pays totalitaires comme dans les pays dits d\u00e9mocratiques. On a pu s&rsquo;en apercevoir au cours de ces grands \u00e9v\u00e8nements politiques qu&rsquo;ont constitu\u00e9 les jeux olympiques de Moscou, les championnats du monde de football en Argentine et, plus r\u00e9cemment, en France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">2) Le sport est devenu un secteur d&rsquo;accumulation de richesse, d&rsquo;argent, et donc de capital. Le sport draine des sommes consid\u00e9rables, je dirais m\u00eame, qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est la vitrine la plus spectaculaire de la soci\u00e9t\u00e9 marchande mondialis\u00e9e. Le sport est devenu une marchandise-cl\u00e9 de cette soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">3) Dernier point, l&rsquo;aspect proprement id\u00e9ologique. Le sport constitue un corps politique, un lieu d&rsquo;investissement id\u00e9ologique sur les gestes, les mouvements. On le voit par exemple pour les sports de combat. C&rsquo;est aussi une valorisation id\u00e9ologique de l&rsquo;effort \u00e0 travers l&rsquo;asc\u00e8se, l&rsquo;entra\u00eenement, le renoncement, le sportif \u00e9tant pr\u00e9sent\u00e9 comme un mod\u00e8le id\u00e9ologique. Par ailleurs, le sport institue un ordre corporel fond\u00e9 sur la gestion des pulsions sexuelles, des pulsions agressives, dans la mesure o\u00f9, para\u00eet-il, le sport serait un apaiseur social, un int\u00e9grateur social, r\u00e9duirait la violence, permettrait la fraternit\u00e9, tout ce discours qui me semble un fatras invraisemblable d&rsquo;illusions et de mystifications. Nous avons donc radiographi\u00e9 le sport \u00e0 partir de ses trois angles : politique, \u00e9conomique, id\u00e9ologique.\u00a0\u00bb, Jean-Marie Brohm, interview\u00e9 par Michel Gandilhon dans \u00ab\u00a0<em>Comp\u00e9tition\u00a0: la vraie toxicomanie<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0: <a href=\"http:\/\/1libertaire.free.fr\/Brohm08.html\" target=\"_blank\">http:\/\/1libertaire.free.fr\/Brohm08.html<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>29.<\/strong> <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=ijDdrtI2aJI\" target=\"_blank\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=ijDdrtI2aJI<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>30.<\/strong> <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=r1UPZf1zd0c\" target=\"_blank\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=r1UPZf1zd0c<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00ab\u00a0Entre la nature et nous, que dis-je ? entre nous et notre propre conscience, un voile s\u2019interpose, voile \u00e9pais pour le commun des hommes, voile l\u00e9ger, presque transparent, pour l\u2019artiste et le po\u00e8te\u00a0\u00bb, Henri Bergson, Le Rire. Introduction Face \u00e0 l&rsquo;hostilit\u00e9 exprim\u00e9e par une partie des pratiquants du parkour devant l&rsquo;inauguration, il y a peu, &hellip; <a href=\"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/2013\/02\/04\/parkour-parks-ou-parkour-il-faut-choisir\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Parkour-parks ou parkour : il faut choisir&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[7,8,9,20,30,38,41,42,48,50,51,52],"class_list":["post-55","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","tag-aire","tag-aire-de-parkour","tag-aires-de-parkour","tag-choisir","tag-espace-public","tag-il-faut-choisir","tag-l1consolable","tag-linconsolable","tag-naim","tag-parkour","tag-parkour-park","tag-parkour-parks"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=55"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=55"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=55"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=55"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}