Mots clefs

 

Architecture fluide

Mode de structuration spatial et social instituant mais non institué, mobile, modulaire, adaptable, transposable et évolutif entre différents champs de l’expérience, correspondant à la capacité de créer des situations autonomes sans passer par des lieux ou des formes d’organisation rigides (ex : fête populaire de quartier « block party » ou sauvage « free party », espaces de formation populaire, travail coopératif « open source », laboratoire social*, service d’entraide de proximité, etc.)

Atelier de R.-A.

Forme d’organisation collective à mi-chemin entre le cycle de formation et l’accompagnement à l’autoformation* essayant de répondre à la figure du chercheur collectif* en regroupant des acteurs sur un territoire autour de problématiques* communes selon un protocole de travail précis : autobiographie*, réflexivité*, praxis*, work-in-progress*, autonomie, coopération, pratique d’écriture, etc.)

Autobiographie

L’autobiographie (raisonnée) est une méthodologie basée sur un travail réflexif* d’écriture et de recherche à partir de son parcours d’expérience reconstruit de manière raisonnée. Cette mise en valeur d’un parcours s’appuie sur les points d’articulation de situations vécues souvent cachées ou oubliées informelles mais déterminantes dans la conscience d’une cohérence globale. Ce n’est pas une « psychanalyse », mais l’entretien autobiographique où l’acteur raconte aux autres ce qui fait sens pour lui, facilite comme maïeutique* ce travail de distanciation et d’objectivation et participe à une démarche d’autoformation*.

Autoformation

Apprentissage basé sur ses propres ressources et validé par ses pairs en dehors des circuits académiques dans des logiques d’échanges et de reconnaissance en réseau (ex : pratique d’entraînement mental de l’éducation populaire, université populaire, compagnonnage, réseaux d’échange réciproque de savoir, e-learning ou formation à distance, mouvements coopératifs). Cette production autodidacte de connaissance par la pratique se nomme aussi autodidaxie.

Chercheur collectif

Configuration de travail en situation d’interactions où il n’y a pas d’un côté un « chercheur » et de l’autre des « acteurs », mais une dynamique interdisciplinaire* d’où émergent des problématiques* communes. Cette mise en correspondance facilite le transfert de compétences, où le groupe dépasse la somme des démarches et intérêts individuels pour acquérir une identité propre. Dans une logique systémique*, c’est un aller-retour constant entre l’individu et le collectif dans la pratique et la réflexion.

Complexité

Approche qui rend intelligible les systèmes vivants sans les simplifier dont « La Méthode » d’Edgar Morin offre un cadre conceptuel : « La simplicité voit soit l’un, soit le multiple, mais ne peut voir que l’Un peut être en même temps Multiple ». Dans un système d’éléments interdépendants le « tout » dépasse la somme des éléments et chaque élément est un tout. Cette approche rejoint la psychologie de la forme* dans la relation inséparable entre la figure et le fond.

Construction de la réalité

Le monde social dans lequel nous vivons est le produit de l’activité humaine, c’est un « construit » social qui prend forme sensible et objective (voir psychologie de la forme*) par notre langage, nos institutions, notre apprentissage à recomposer des éléments et développer de nouveaux savoirs (constructivisme). Par exemple, les notions de « banlieue », « jeunesse », « cultures urbaines » sont des constructions sociales qui prennent forme dans notre manière de comprendre et objectiver des phénomènes.

Dynamique de groupe

Intervention pédagogique ou psychosociale dans des groupes restreints qui sont à la fois Sujets et Objets d’expérience. Selon une approche systémique* l’individu ne peut être isolé d’une dynamique collective : chacun se forme, apprend à diagnostiquer le fonctionnement collectif en observant in vivo le groupe dont il fait partie. Un des précurseurs de la recherche-action, Kurt Lewin utilisa cette approche dans ses « T.Group » (Training Group) afin de provoquer des transformations dans les relations et les regards des uns sur les autres.

Écosystème

En sociologie, ensemble des échanges autorégulés entre des individus interdépendants partageant la même situation et influence réciproque entre cette situation et son environnement (ex : squat dans une friche en centre-ville, effets de bordure dans les pratiques interstitielles, travail en atelier en milieu fermé ou ouvert, etc.). L’écosystème inclut donc deux niveaux en relation, situationnel et contextuel, pris en compte dans les logiques de développement comme l’écologie urbaine ou développement durable.

Empirisme

Connaissances et règles tirées directement de l’expérience selon une rigueur logique sans passer par une théorisation : il suffit par exemple de savoir que les objets tombent vers le bas – et non pourquoi ils tombent vers le bas – pour pouvoir profiter de ce savoir et l’exploiter dans un but précis.

Épistémologie

Réflexion critique sur la connaissance, notamment sur la science, ses conditions de possibilité et de développement, ses principes et ses règles de méthode, ses limites. Le mot grec epistémè qui signifie « connaissance » est parfois employé en français pour signifier : mode de connaissance, manière de mener une recherche scientifique.

Ethnométhode

Il n’y a pas « d’idiot culturel », les individus savent ce qu’ils font et développent leurs propres méthodes sociologiques pour comprendre et répondre aux situations qu’ils vivent. L’individu sans être « savant » développe une rigueur méthodologique (connaissance profane informelle) dans un contexte spécifique. Cela constitue un savoir empirique, des compétences uniques à chaque situation, constamment réajustées, redécouvertes, optimisées et recontextualisées.

Évaluation

« donner de la valeur » est une appréciation qui s’élabore par approximations, dans la répétition de l’expérience, l’efficacité de l‘évaluation étant liée à la précision de son objet, non à un simple diagnostic technique. Dans le quotidien, c’est une procédure empirique traitant des informations quantitatives et qualitatives pour aider à la décision.

Expérimentation

Projet qui répond à un protocole rigoureux où l’efficacité directe de l’action est moins importante (projet classique) que sa capacité à produire de nouvelles connaissances (but scientifique). Pour cela on cherchera comme dans un laboratoire social à modifier les paramètres d’une situation et comparer les situations dans le temps et l’espace pour comprendre les conditions d’émergence (morphogénèse), les problématiques et les enjeux portés par les acteurs.

Holisme

Théorie selon laquelle l’homme est un tout indivisible qui ne peut pas être expliqué par ses différentes composantes (physique, physiologique, psychique) considérées séparément.

Idéal-type

Outil méthodologique en recherche définissant un « maître étalon » (support de comparaison, étalonnage) dans l’étude de phénomène ou l’accompagnement de processus. Par exemple, la figure du « chercheur collectif »est une construction intellectuelle qui n’existe pas totalement dans la réalité mais sert à travailler sur la réalité empirique en proposant un référentiel (traits caractéristiques communs) pour comparer les différentes configurations en atelier de recherche-action.

Innovation sociale

Correspond à la nécessité autogérée de satisfaire aux besoins humains fondamentaux (travail, logement, éducation, santé, etc.) en renforçant le pouvoir de la société civile tout en pensant autrement les modalités de développement et de gouvernance (ex : microcrédit, enseignement à distance, économie open-source, entreprenariat social, etc.). C’est une conjugaison de stratégies, de concepts, d’idées entre la recombinaison d’éléments existants et la recherche de modèles alternatifs.

Interdisciplinarité et transdisciplinarité

Ce qui est à la fois entre les disciplines, à travers les différentes disciplines et au-delà de toute discipline. « Elle a comme finalité la compréhension du monde présent, dont un des impératifs est l’unité de la connaissance » (Basarab Nicolescu).

Laboratoire social

Expérience conjuguant une dimension humaine et scientifique : laboratoire comme démarche d’expérimentation, social comme implication en situation à partir des contextes de vie dont les protagonistes ne sont pas objet mais sujet de la recherche.

Maïeutique

Méthode d’accompagnement par le dialogue d’un processus réflexif selon le principe que les réponses proviennent de l’intérieur, la personne porte en elle les problèmes et leurs solutions. L’exercice de la parole permet cette prise de conscience en trouvant les mots justes.

Morphogénèse

Notion issue de la biologie pour décrire l’ensemble des processus de formation et de transformation d’une société : conditions d’émergence d’une forme sociale et culturelle, processus d’autotransformation par lequel se créent de nouvelles formes d’organisation (ex : émergence des cultures urbaines et logiques d’autoprodcution), mouvement des formes contradictoires entres fluidité et rigidité (par ex : entre culture vivante et folklore).

Open-Source

Licence libre régissant la production intellectuelle selon laquelle tout le monde peut récupérer la connaissance et les outils de développement de l’intelligence pour les réinvestir dans des initiatives partageant une démarche éthique similaire, mais personne ne peut en revendiquer la propriété exclusive. Expérimenté dans le milieu des logiciels libres, ce principe est transposable (ex :« art libre ») comme alternatives aux logiques industrielles propriétaires, d’autant plus que les formes collaboratives en intelligence collective apportent une bien meilleure pertinence et efficacité dans la résolution des problèmes.

Paradigme

Figure exemplaire permettant de comprendre les phénomènes de société contemporains et facilitant les correspondances entre les champs disciplinaires. Par ex : « écosystème » vient de la biologie, mais peut servir de cadre exemplaire pour comprendre l’écodéveloppement ou l’écologie urbaine, de même « open-source » vient du monde informatique mais peut s’appliquer au champ culturel (« art libre «, « culture libre ») ou économique C’est donc à la fois un contenu (connaissance du monde) et un contenant (outil méthodologique).

Pluridisciplinarité

Permet l’étude d’un objet d’une seule et même discipline par plusieurs disciplines à la fois (ne pas confondre avec interdisciplinarité).

Pragmatisme

C’est une approche scientifique qui cherche moins à penser « bien » (avoir raison théoriquement) que penser « juste » (avoir un impact en correspondance avec la réalité) selon le principe que « Les idées ne sont pas vraies ou fausses. Elles sont ou non utiles » (William James). Habituellement opposés, le « profane » et le « savant » peuvent ici se concentrer sur l’obtention d’effets pratiques.

Praxis

Désigne une action associée à une stratégie, en réponse à un problème posé concrètement, en situation et dont l’auteur est impliqué. C’est une pensée de la pratique, une culture de l’action qui relie la nécessité d’optimiser l’action et la nécessité de prendre du recul par rapport à l’action. Cet aller-retour qui transforme l’individu et son contexte amène à une prise de conscience de la portée historique et politique de cette transformation (ex : quand des activistes se construisent progressivement en acteurs sociaux).

Proaction

Capacité d’anticiper ce qui va se produire en influençant sur les paramètres d’un système (voir expérimentation) plutôt que de réagir une fois que ces paramètres ont produit leur effet (rétroaction). Par exemple dans un contexte institutionnel bloqué, il est préférable de provoquer une crise ou un conflit pour analyser les logiques de pouvoir et ainsi permettre une réappropriation collective du sens d’une situation.

Problématique

Ensemble des questions qu’un chercheur-acteur se pose sur les objets ou phénomènes auxquels il est confronté et qu’il a choisi d’étudier et des réponses hypothétiques qu’il va mettre à l’épreuve d’une vérification méthodique.

Processus

Séquence de phénomènes dynamiques (mouvements, énergies, activités, opérations techniques, actions ou comportements, interactions humaines) menant à une transformation évaluable objectivement dans le temps (d’une personne, d’une situation, d’un environnement). Parfois appelé à tort « boite noire » (car il n’y a rien d’obscur !), le processus traite des variables d’entrée (condition de mise en place d’une situation) et les mène à des variables de sortie (ce qu’a modifié la situation), par ex : processus de l’atelier dans ce qu’il change dans le rapport au travail.

Psychologie de la forme

(ou Gestalt Theorie) : compréhension de l’organisation de la vie par le caractère inséparable et dynamique entre apparence et structure, fluidité et matière, figure et fond, esthétique et sens, signifiant et signifié. La réalité est une construction sociale née de notre capacité à relier ces composantes et les reconnaître comme forme sociale, culturelle, architecturale, artistique, etc. (ex : mouvement d’Antillais de la créolité appelé « Tout-monde » par l’écrivain Chamoiseau). Rejoignant une approche de la complexité, les différentes couches sensibles et intellectuelles de l’expérience humaine sont considérées comme un tout indissociable (figure du « millefeuille »).

Réflexivité

Démarche méthodologique où l’on se prend soi-même comme matériaux de recherche et plus généralement où l’on applique les outils de l’analyse sociologique en situation (ethnométhodes). La réflexivité nécessite un aller-retour continuel entre pratique et réflexion comme dans l’évaluation, l’autoformation ou l’autobiographie. C’est une prise de conscience de soi dans un travail sur les cadres d’expérience et les représentations sociales. Créatrice de sens, c’est une démarche incontournable pour aborder une complexité au-delà des explications simplistes de causalité.

Situation

Unité de mesure élémentaire d’une écologie humaine à l’interface de l’individu et de son environnement, chacun perçoit le monde et modifie son rapport au monde à partir d’une situation. Une situation est composée d’un jeu d’interactions, d’événements, de manières de vivre et de pratiques, délimités dans un espace-temps. Ce cadre est discuté entre les individus vivant la même situation pour s’accorder sur un sens commun et faire de ce vécu une expérience partageable (ex : l’expérience esthétique dans la situation d’un spectacle).

Systémique

Méthode abordant les phénomènes complexes compris comme un système d’éléments en interactions. La définition d’un élément est tributaire de la définition des autres avec lesquels il entretient une influence réciproque. À la différence d’une approche linéaire hiérarchisée dans le temps (un élément suit l’autre), c’est une approche circulaire qui explore les contextes et les mécanismes d’autorégulation (ex : réseaux neuronaux, écosystème, dynamique de groupe). Cette méthode connaît de nombreux champs d’application lorsqu’il s’agit de travailler sur les ressources des systèmes humains : thérapie familiale, changement dans les organisations, formation…

Validation des acquis

À la fois une procédure technique incluse dans le Code du travail (validation des acquis de l’expérience ou VAE) consistant à reconnaître l’expérience afin d’obtenir un diplôme, un titre ou un certificat de qualification professionnelle, mais en recherche-action c’est plutôt la conséquence d’une démarche d’autoformation et de connaissance comme l’autobiographie raisonnée et la volonté de faciliter la mise en correspondance de compétences transversales dans une dynamique collective.

Work-in-progress

Modalité de travail où le produit final est moins important que le processus de production. C’est un projet évolutif en spirale qui considère chaque étape de transformation d’une situation comme renouvellement du champ des perspectives d’action : « le chemin se dessine en marchant ».

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