Comparaison recherche

 

Une démarche en recherche-action ne se décrit pas en fonction des méthodes qualitatives ou quantitatives. Elle peut au demeurant emprunter aux deux. Elle ne se situe pas non plus dans le débat entre la recherche fondamentale qui ne serait que théorique et la recherche appliquée qui ne serait qu’opérationnelle. Elle se définit comme « autre », c’est-à-dire comme « recherche impliquée ».

Cette même notion d’implication peut servir de contre-argument pour lui contester sa scientificité. On invoquera le risque d’instrumentalisation lié à la commande sociale ou politique, les contingences d’un partenariat de terrain trop tributaire des visées stratégiques des acteurs, l’impossibilité de maintenir la posture désintéressée, non-utilitariste et autonome qui sied à tout bon chercheur.

Ces risques, non seulement la recherche-action les connaît, mais elle en fait son miel. Sa pertinence est justement de travailler sur la question de l’engagement du chercheur en situation et sur la négociation de la posture de l’acteur-chercheur. Comme le souligne le tableau ci-dessous, ériger la compréhension de l’implication comme système complexe, est la meilleure façon d’atteindre un niveau de cohérence auquel ne peut prétendre la recherche classique.

 

RECHERCHE-ACTION IMPLIQUÉE RECHERCHE CLASSIQUE POSITIVISTE

Problématisation de la Commande

Compréhension d’un contexte à partir du système de valeurs et des représentations des acteurs qui exposent leurs problèmes. La commande participe au processus de recherche en aidant les acteurs à :

  • Formuler une commande publique en s’auto-missionnant
  • Trouver une interface avec les attentes institutionnelles.
Partir des préoccupations du commanditaire institutionnel sans obligation de relation avec une demande des acteurs (publicisée ou non) .

La commande est traitée comme extérieure à la recherche alors qu’elle peut en être un élément déterminant (enjeux non dits dans le partenariat, fonctionnement institutionnel des laboratoires, etc.).

Démarrage

Provoquer une mise en situation facilitant l’interaction entre les acteurs qui confirment les problématiques de travail et les modalités collectives de fonctionnement ; la négociation est permanente et fait partie de l’évaluation. Négocier un accès au « terrain » via des médiateurs ou des structures relais. : rencontre individuelle ou collective des acteurs à partir d’enquêtes ou groupe de travail méthodologique ; négociation et évaluation sont deux étapes séparées dans l’espace et le temps.

Position de valeur

L’acteur est sujet, c’est une personne-ressource de la recherche par la libération de son potentiel, cette transformation individuelle et sociale est la base de la connaissance produite. L’acteur est objet de la recherche ; Il est en de même pour les rapports sociaux dont il est un simple élément.

Position en situation

Position impliquée, relations horizontales et égalitaires : le chercheur initie une organisation démocratique en tant que membre parmi les autres de la situation de travail, mais c’est le travail collaboratif des praticiens qui définit la situation. Position neutre, relations verticales et hiérarchiques : le chercheur est extérieur, renvoyé à la représentation d’un pouvoir scientifique et institutionnel (il sait des choses que ne connaît pas le profane, il travaille avec les décideurs).

Type de production de connaissance

  • En provoquant ou en s’adaptant à des situations collectives en fonction des conjonctures où les intéressés participent à toutes les étapes en croisant des avis multiples.
  • Le processus fait l’objet d’un accompagnement pouvant prendre la forme d’une expérimentation sociale.
  • En formulant des problématiques selon un principe hypothético-déductif à partir d’un corpus de connaissance validé scientifiquement.
 

  • Le processus fait l’objet d’une prédiction sous la forme d’un produit finit (rapport) présentant la méthodologie

Outils de production

Outils principalement ethnographiques (observation participante, entretiens non directifs, récits de vie, enquête sociale) et interactifs (autoformation, dynamique de groupe, atelier coopératif, expérimentation sociale). Outils principalement quantitatifs (enquête par questionnaire, données statistiques) et qualitatifs (analyse de contenu d’entretiens, monographie, analyse documentaire).

Efficience du savoir, destinataires, diffusion, généralisation de la connaissance

La connaissance est directement réinvestie en situations dans les cadres socioprofessionnels sans médiation ou intermédiaire d’un expert. Les principaux destinataires sont les acteurs concernés.

La connaissance est diffusée dans une logique « open source » (sans droit d’accès) ; des ateliers et interventions les acquis de la recherche-action peuvent compléter un cursus autoformant.

Les acteurs accèdent difficilement au produit final. Il faut un corps intermédiaire (opérateur, technicien) pour décrypter la connaissance et c’est eux qui l’utilisent en tant que savoir opérationnel ; la connaissance peut ou non être diffusée sous forme de livres, de colloques ou de séminaires.

Temporalité

La temporalité de la situation possède son propre rythme indépendamment des objectifs. Un « work in progress » permet de restituer et discuter dans la durée étape par étape le processus. Le chercheur guide la temporalité selon une période relativement courte contractualisée par l’étude.

Analyse de la connaissance

La production de connaissance est auto- évaluée en situation par les pairs selon le principe du feed-back (analyse du retour des intéressés sur les documents produits). La recherche ne dégage pas un processus collectif, elle est évaluée par des spécialistes en dehors de la situation ; interprétation souvent solitaire du chercheur, pas de feed-back.

Transformations réelles

Les acteurs maîtrisent le sens d’une transformation de la réalité dans la compréhension de leur mode d’implication et l’utilisation de la connaissance. Les transformations éventuelles sont différées et restent sous l’autorité des commanditaires sans que les acteurs en maîtrisent les tenants et les aboutissants.

Approche épistémologique d’une situation sociale

  • Multiréférentielle : part d’une situation dans toutes ces dimensions humaines
  • Systémique et complexe : la situation est plus que l’addition des éléments qui la composent, c’est un système d’interactions et d’événements.
  • Microsociologique : la situation est un analyseur de l’ensemble de la société.
  • Disciplinaire : part du champ d’appartenance scientifique (sociologique, psychologique, etc.)
  • Analytique : la situation est une somme d’éléments étudiés séparément, relations linéaires de cause à effet.
  • Positiviste : la situation est un fait social, objet d’étude qu’il faut étalonner dans un échantillonnage représentatif.

Langage descriptif d’une situation

langage plus connotatif et métaphorique  langage dénotatif et descriptif

Principe d’objectivité

La réalité est intersubjective en croisant les points de vue des acteurs, le sens émerge de la situation. Objectivation par comparaison du processus de transformation individuelle et sociale entre différents espaces-temps de la situation. La réalité peut être objectivité en assimilant les situations sociales à des objets, Objectivation par la séparation chercheur / objet de recherche.

Scientificité

  • Pas d’hypothèses ou de méthodologies préalables, aller-retour entre implication et distanciation.
  • L’implication et son influence font partie de la recherche.
  • Les moments de crise ou les stratégies d’instrumentalisation de la recherche sont un support de l’analyse systémique.
  • Application d’une grille d’analyse pré-établie, d’une méthodologie qualitative ou quantitative vérifiant les hypothèses initiales.
  • L’implication est une erreur de positionnement. Le chercheur doit éviter d’influencer les situations.
  • Les formes de crise ou d’instrumentalisation sont considérées comme un échec parasitant la recherche.

 

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