{"id":630,"date":"1993-01-01T18:20:00","date_gmt":"1993-01-01T17:20:00","guid":{"rendered":"http:\/\/recherche-action.fr\/revue-peps\/?p=630"},"modified":"2020-06-27T18:26:07","modified_gmt":"2020-06-27T16:26:07","slug":"no-41-de-letranger-a-limmigre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/recherche-action.fr\/revue-peps\/1993\/01\/01\/no-41-de-letranger-a-limmigre\/","title":{"rendered":"No 41 &#8211; De l&rsquo;\u00e9tranger \u00e0 l&rsquo;immigr\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Comment les services sociaux construisent-ils les cat\u00e9gories qui d\u00e9finissent et d\u00e9signent les populations \u00e9trang\u00e8res aupr\u00e8s de qui ils interviennent ?<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avant de tenter d&rsquo;apporter des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse \u00e0 cette question, deux remarques pr\u00e9alables s&rsquo;imposent :<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\"><li>A l&rsquo;heure o\u00f9 les travailleurs sociaux interrogent leurs pratiques (quelles interventions pour favoriser l&rsquo;int\u00e9gration ?<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>), n\u2019est-il pas fondamental de s&rsquo;interroger sur les repr\u00e9sentations que les intervenants sociaux ont des publics diversement appel\u00e9s \u00ab\u00a0\u00e9trangers- immigr\u00e9s migrants-clandestins ou \u2026 beurs\u00a0\u00bb ?<\/li><li>Il apparait d&rsquo;ailleurs que derri\u00e8re l&rsquo;image per\u00e7ue de l&rsquo;\u00e9tranger du point de vue de l&#8217;emploi (le travailleur immigr\u00e9), du point de vue du statut juridique (le r\u00e9sident, le clandestin) de la nationalit\u00e9 ou de la perception de son appartenance culturelle, (le jeune \u00ab\u00a0entre deux cultures\u00a0\u00bb), c&rsquo;est plus profond\u00e9ment le rapport que la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise entretient avec l&rsquo;immigration en g\u00e9n\u00e9ral qui d\u00e9termine la nature des vocables utilis\u00e9s pour parler de ces populations.<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a><\/li><\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mani\u00e8re dont les travailleurs sociaux nomment et caract\u00e9risent ces publics sera ici abord\u00e9e \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9tude des modes de d\u00e9signation des populations que le S S A E<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> utilise dans quelques documents \u00e9crits. (Ce n&rsquo;est donc que dans cette perspective qu&rsquo;il faut prendre en compte ce type de construction de cat\u00e9gories).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, nous tenterons de rep\u00e9rer comment une classification s&rsquo;effectue parmi les populations qui font l&rsquo;objet des interventions du service, depuis l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, jusqu&rsquo;\u00e0 une p\u00e9riode plus r\u00e9cente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour aller au-del\u00e0 d&rsquo;une description, qui montrerait l&rsquo;\u00e9volution, ou les \u00ab\u00a0allers-retours\u00a0\u00bb dans les termes utilis\u00e9s pour nommer et caract\u00e9riser les \u00ab\u00a0clients\u00a0\u00bb, en dehors du contexte socio-\u00e9conomique, politique et culturel qui contribue \u00e0 la construction des cat\u00e9gories de \u00ab\u00a0client\u00e8le\u00a0\u00bb, nous articulerons \u00e0 ce mode de classement quelques donn\u00e9es pr\u00e9cisant les conjonctures migratoires qui ont marqu\u00e9 l&rsquo;histoire de l&rsquo;immigration en France.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Le SSAE : Origine et champ d&rsquo;activit\u00e9<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Afin de situer bri\u00e8vement l&rsquo;origine du SSAE, rappelons le caract\u00e8re confessionnel \u00e0 l&rsquo;origine de la cr\u00e9ation de ce service : rassembl\u00e9es en conf\u00e9rences, en 1914, les J.W.M.C.A. (Jeunesses chr\u00e9tiennes), \u00e9mettent le d\u00e9sir de r\u00e9pondre \u00ab\u00a0\u00e0 la situation dramatique v\u00e9cue en Europe par les femmes et les enfants des \u00e9migrants\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est donc dans un contexte de guerre et d&rsquo;apr\u00e8s-guerre (le service d&rsquo;aide aux \u00e9migrants na\u00eetra en 1926), de d\u00e9placements nombreux d&rsquo;hommes et de familles, qu&rsquo;est n\u00e9 ce service social. (L&rsquo;association a le statut cr\u00e9\u00e9 par la loi de 1901, et sera reconnue d&rsquo;utilit\u00e9 publique en 1932).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A cette \u00e9poque (1921-1945) le service d\u00e9veloppe une action en faveur des familles dispers\u00e9es par la guerre et les \u00e9v\u00e9nements politiques en Europe, une activit\u00e9 d&rsquo;aide \u00e0 la r\u00e9gularisation des \u00e9trangers selon la r\u00e9glementation en vigueur, et montre un int\u00e9r\u00eat d\u00e9cisif aux migrations politiques (exemple : les polonais).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">UN CRITERE DE CLASSEMENT<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La nationalit\u00e9 et l&rsquo;origine socio-politique des migrations<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A la fin des ann\u00e9es 1930, les \u00e9trangers lorsqu\u2019ils sont singularis\u00e9s le sont par leur nationalit\u00e9 et l&rsquo;origine socio-politique des conditions qui les ont conduits \u00e0 s&rsquo;expatrier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si les \u00e9trangers en France en 1936 sont \u00e0 87% europ\u00e9ens ce sont les Arm\u00e9niens, Ies Am\u00e9ricains du Nord, les Russes qui seront davantage mentionn\u00e9s en 1933 dans les rapports d&rsquo;activit\u00e9 du S S A E.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1937 et 1939, ce sont les Polonais, les migrants juifs, les r\u00e9fugi\u00e9s Espagnols qui seront le plus souvent cit\u00e9s. Ces derniers constitueront 8,08% des cas trait\u00e9s par le SSAE alors qu&rsquo;ils forment 11,6 % des \u00e9trangers en France.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les r\u00e9fugi\u00e9s de l&rsquo;Est ; Tch\u00e9quoslovaques, Russes, Allemands, sont plus souvent \u00e9voqu\u00e9s par le SSAE, que les Italiens par exemple, qui pourtant repr\u00e9sentent 32% des \u00e9trangers en 1936.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En fait les objectifs originels du S S A E conduisent celui-ci \u00e0 conna\u00eetre et \u00e0 prendre en compte le contexte politique des pays des migrants et \u00e0 y \u00eatre sensibilis\u00e9. Ce sont donc les migrations \u00e0 caract\u00e8re politique qui seront per\u00e7ues comme les \u00ab\u00a0plus douloureuses\u00a0\u00bb celle qui n\u00e9cessitent un accueil particulier, voire privil\u00e9gi\u00e9 et des actions sp\u00e9cifiques qui ne cesseront de se d\u00e9velopper.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;APPORT ECONOMIQUE DU TRAVAILLEUR ETRANGER<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, le S S A E \u00ab\u00a0comme par le pass\u00e9\u00a0\u00bb privil\u00e9gie l&rsquo;action sociale en faveur des r\u00e9fugi\u00e9s, et une nette distinction est r\u00e9alis\u00e9e : la client\u00e8le du SSAE est partag\u00e9e entre deux cat\u00e9gories : le travailleur \u00e9tranger et le r\u00e9fugi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le premier est caract\u00e9ris\u00e9 par l&rsquo;appoint \u00e0 la vie \u00e9conomique fran\u00e7aise. L&rsquo;\u00e9tranger, nomm\u00e9 aussi quelquefois : \u00ab\u00a0immigr\u00e9- immigrant\u00a0\u00bb est donc consid\u00e9r\u00e9 comme une main-d\u2019\u0153uvre ponctuelle en France : Il est un immigr\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e9conomique\u00a0\u00bb venu en France pour des raisons \u00e9conomiques, trouver un emploi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le r\u00e9fugi\u00e9, a un statut diff\u00e9rent : qui lui est conf\u00e9r\u00e9 par la loi (statut de r\u00e9fugi\u00e9 politique)<a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a> mais aussi par des caract\u00e9ristiques soulign\u00e9es par le SSAE.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le r\u00e9fugi\u00e9 a besoin d&rsquo;\u00eatre rattach\u00e9 \u00e0 une collectivit\u00e9. Il a des difficult\u00e9s mat\u00e9rielles importantes, que le S S A E explicite largement (logement-bas salaires, etc.) ; et surtout , il se retrouve dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;envisager un retour au pays d&rsquo;origine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les nationalit\u00e9s les plus repr\u00e9sent\u00e9es dans la client\u00e8le correspondent \u00e0 celles qui existent alors en France : Italiens, Polonais, Allemands, Espagnols : parmi eux beaucoup de r\u00e9fugi\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A noter que les Espagnols constituant 16,4%de la population \u00e9trang\u00e8re en France, repr\u00e9sentent 36,68% de la client\u00e8le du SSAE (groupe essentiellement compos\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque de r\u00e9fugi\u00e9s politiques).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils sont d&rsquo;apr\u00e8s le service social d&rsquo;aide aux \u00e9migrants une population particuli\u00e8rement en difficult\u00e9 : \u00ab\u00a0diminu\u00e9s physiquement\u00a0\u00bb. Alors que les Italiens sont consid\u00e9r\u00e9s comme plus \u00ab\u00a0lucides, r\u00e9alistes\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La client\u00e8le du service correspond alors, en termes de nationalit\u00e9, \u00e0 la population \u00e9trang\u00e8re en France : Europ\u00e9enne \u00e0 72, 2% en 1954.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1956: PRESENCE DE \u00ab\u00a0NOUVEAUX REFUGIES\u00a0\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s 1956, les appellations qui diff\u00e9rencient le \u00ab\u00a0migrant \u00e9conomique\u00a0\u00bb du r\u00e9fugi\u00e9 perdurent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des faits politiques tel que la nationalisation du Canal de SUEZ, les \u00e9v\u00e9nements en Hongrie (1956) ont entra\u00een\u00e9 un flux de populations vers la France (12 000 r\u00e9fugi\u00e9s Hongrois-3000 expuls\u00e9s d&rsquo;\u00c9gypte).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A ces r\u00e9fugi\u00e9s, qu&rsquo;\u00e9voque le S S A E s&rsquo;ajoutent ceux qui arrivent du Maroc et de Tunisie, alors que le discours caract\u00e9risant les difficult\u00e9s ou encore les capacit\u00e9s d&rsquo;adaptation des uns ou des autres est fond\u00e9 sur la nationalit\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Les \u00ab\u00a0Hongrois se sont mis courageusement au travail\u00a0\u00bb.<\/li><li>Les expuls\u00e9s d&rsquo;\u00c9gypte rencontreraient des probl\u00e8mes plus aigus que les autres : d\u00e9classement professionnel, d\u00e9racinement, entrainant une atteinte psychologique importante.<\/li><li>Les Italiens \u00ab\u00a0d\u00e9brouillards\u00a0\u00bb, s&rsquo;adaptent facilement en France.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le service pr\u00e9cise par ailleurs \u00ab\u00a0les migrants \u00e9conomiques\u00a0\u00bb sont aussi plus nombreux \u00e0 venir en France. (La par des \u00e9trangers dans la population totale de la France entre 1946 et 1954, passera de 39 848 \u00e0 42 781 personnes).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;association fait le constat que les r\u00e9fugi\u00e9s sont relativement mieux install\u00e9s en France, que les migrants \u00e9conomiques. Ceci est expliqu\u00e9 par \u00ab\u00a0leur d\u00e9sir de se fixer en France\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>. Tout se passe comme si les r\u00e9fugi\u00e9s politiques du fait de leur \u00ab\u00a0expatriation forc\u00e9e\u00a0\u00bb b\u00e9n\u00e9ficiait d&rsquo;une meilleure \u00ab\u00a0image\u00a0\u00bb. On retrouve ici les principes fondateurs, et l&rsquo;origine du SSAE : accueillir les populations contraintes \u00e0 quitter leur pays du fait des guerres, etc.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">ANNEES 60 : la nationalit\u00e9 comme principe de distinction<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s 1962, la distinction r\u00e9fugi\u00e9-migrant, existe toujours. Mais ces derniers sont l&rsquo;objet de la plupart des commentaires portant sur les clients re\u00e7us par le service.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils deviennent une client\u00e8le plus nombreuse. C&rsquo;est par la nationalit\u00e9 ou le groupe d&rsquo;\u00e2ge, que sont distingu\u00e9s les migrants appel\u00e9s, \u00ab\u00a0travailleurs migrants, \u00e9migrants.<a href=\"#_ftn7\">[7]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le continent d&rsquo;origine sert \u00e0 distinguer les populations et la nature de l&rsquo;expatriation apparaissent : \u00ab\u00a0les Africains\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0les repli\u00e9s d&rsquo;Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb \u2026, ces derniers formant une cat\u00e9gorie \u00e0 part.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, certaines nationalit\u00e9s d&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;association connaissent\u00a0\u00bb plus de difficult\u00e9s\u00a0\u00bb que d&rsquo;autres du fait d&rsquo;un ensemble de caract\u00e9ristiques qui leur sont propres : \u00ab\u00a0les Africains sont inadapt\u00e9s au travail en France\u00a0\u00bb\u2026 En fait, la singularisation parla nationalit\u00e9 et par le continent d&rsquo;origine est fondamentale pour le service. Celui-ci se d\u00e9fend d&rsquo;\u00e9tablir une hi\u00e9rarchie parmi la population \u00e9trang\u00e8re : pourtant, il semble qu&rsquo;il ait \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;une fraction de cette population une perception assez n\u00e9gative.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi en est-il des Yougoslaves \u00ab\u00a0souvent clandestins\u00a0\u00bb: \u00ab\u00a0les yougoslaves sont instables, peu int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 am\u00e9liorer leur techniques de travail.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn8\">[8]<\/a><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">IMMIGRATION NOUVELLE, IMMIGRATION ANCIENNE<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au del\u00e0 des caract\u00e9ristiques diverses attribu\u00e9es \u00e0 chaque nationalit\u00e9, les immigrations \u00ab\u00a0plus r\u00e9centes\u00a0\u00bb qui marquent les conjonctures migratoires dans les ann\u00e9es 1960, consid\u00e9r\u00e9es comme \u00ab\u00a0nouvelles\u00a0\u00bb, font l&rsquo;objet des remarques suivantes : \u00ab\u00a0ce sont celles qui posent les plus grands probl\u00e8mes d&rsquo;adaptation\u00a0\u00bb ; mais pour certaines nationalit\u00e9s, les \u00ab\u00a0difficult\u00e9s persisteront, alors que d&rsquo;autres seront \u00ab\u00a0rapidement assimil\u00e9s\u00a0\u00bb, indique le S S A E.<a href=\"#_ftn9\">[9]<\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1974 : L&rsquo;\u00c9TRANGER DEVIENT L&rsquo;\u00c9MIGR\u00c9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au d\u00e9but des ann\u00e9es 70 , deux faits sont marquants :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est de moins en moins question de r\u00e9fugi\u00e9, lorsqu&rsquo;est \u00e9voqu\u00e9e la population cliente du S SA E; d&rsquo;ailleurs la part des \u00e9trangers originaires d&rsquo;Europe (d&rsquo;o\u00f9 provenaient beaucoup de r\u00e9fugi\u00e9s ) dans la totalit\u00e9 de la population \u00e9trang\u00e8re , passe de 88,% en 1946 \u00e0 60, 7% en 1975 pour ne repr\u00e9senter que 47, 6% en 1982)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00ab\u00a0migrants \u00e9conomiques\u00a0\u00bb, de 14 viennent les \u00ab\u00a0\u00e9migr\u00e9s. Les travailleurs \u00e9migr\u00e9s, les familles \u00e9migr\u00e9es\u00a0\u00bb. Ce sont des vocables issus des mots migration-\u00e9migration qui sont le plus souvent utilis\u00e9s pour d\u00e9signer la population alors que le terme \u00ab\u00a0\u00e9tranger\u00a0\u00bb apparait moins fr\u00e9quemment dans les \u00e9crits du service.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce dernier permettait par le pass\u00e9 au SSAE de diff\u00e9rencier parmi sa client\u00e8le les r\u00e9fugi\u00e9s des \u00ab\u00a0autres\u00a0\u00bb . Or depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, et ce de mani\u00e8re continue, la part des r\u00e9fugi\u00e9s politiques s&rsquo;est transform\u00e9e pour ne devenir qu&rsquo;une faible proportion de l&rsquo;ensemble des personnes touch\u00e9s par le service.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors que durant les ann\u00e9es 1960 \u00ab\u00a0les entr\u00e9es de migrants font un bond quantitatif qui s&rsquo;accompagne d&rsquo;un renouveau des nationalit\u00e9s d&rsquo;origine\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>, la part des \u00e9trangers en France, est d\u00e9finie par le service, \u00e0 travers un mode de d\u00e9signation qui indique qu&rsquo;au-del\u00e0 du fait que celle-ci soit de nationalit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re, cette population provient d&rsquo;une \u00ab\u00a0immigration\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La perception de ces populations est signifi\u00e9e \u00e0 travers la place que celle-ci occupe dans un espace \u00e9conomique -\u00ab\u00a0le travailleur \u00e9migr\u00e9\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn11\">[11]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En fait, moins que la nationalit\u00e9, c&rsquo;est l&rsquo;augmentation de leur nombre parmi la client\u00e8le du S S A E entre 1969 et 1974, qui parait \u00eatre l&rsquo;indicateur d\u00e9terminant dans la mani\u00e8re dont l&rsquo;association caract\u00e9rise les \u00ab\u00a0\u00e9migr\u00e9s\u00a0\u00bb aupr\u00e8s de qui elle intervient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(Les statistiques indiquent une augmentation de la pr\u00e9sence de la population \u00e9trang\u00e8re en France en 1975 : 6,54% contre 5,28% en 1968).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D&rsquo;\u00c9MIGR\u00c9 A IMMIGR\u00c9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Durant la fin des ann\u00e9es 1970 (de 1975 \u00e0 1978), c&rsquo;est en parti \u00e0 travers le terme \u00ab\u00a0immigr\u00e9\u00a0\u00bb, que seront nomm\u00e9es les populations \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Correspondant \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution de la structure familiale des \u00e9trangers en France (\u00ab\u00a0la part des \u00e9trangers de moins de 25 ans dans la population fran\u00e7aise est pass\u00e9e de 6,6% en 1975 \u00e0 7,5% en 1992 et l&rsquo;accroissement du nombre des familles dans un contexte de crise a raviv\u00e9 les pol\u00e9miques sur la cohabitation inter-ethnique et sur le fameux\u00a0\u00bb seuil de tol\u00e9rance<a href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>\u00ab\u00a0), le S S A E \u00e9voquera de mani\u00e8re significative la \u00ab\u00a0pr\u00e9sence parmi sa client\u00e8le d&rsquo;une \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces quelques rep\u00e8res permettent de comprendre que les appellations qui d\u00e9finissent \u00ab\u00a0la client\u00e8le form\u00e9e par les \u00e9trangers\u00a0\u00bb sont au moins en partie d\u00e9termin\u00e9es par la nature m\u00eame des conjonctures migratoires. Nul doute que la nature de la l\u00e9gislation qui r\u00e9glemente le droit au s\u00e9jour et au travail des \u00e9trangers, participe \u00e0 la construction de ces cat\u00e9gories (qui parle encore de travailleur immigr\u00e9 quelques ann\u00e9es apr\u00e8s la suspension de l&rsquo;immigration en 1974 et \u00e0 notre \u00e9poque o\u00f9 chacun clame haut et fort que la France ne peut plus accueillir de nouveaux \u00ab\u00a0immigr\u00e9s\u00a0\u00bb?), mais ceci est une autre histoire \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Faiza MAHJOUB GUELAMINE, Formatrice \u00e0 l&rsquo;IRTS de Montrouge<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Voir \u00ab\u00a0Femme immigr\u00e9e, d&rsquo;une rive \u00e0 l&rsquo;autre\u00a0\u00bb, in PEPS n\u00b0 40 juill\/ sept 1992.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Voir l&rsquo;article de F. GASPARD : \u00ab\u00a0Assimiler.,.;&rsquo; in HOMMES ET MIGRATION, mai 1992,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Le Service Social d&rsquo;Aide aux Emigrants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> HACKETTE A. M., \u00ab\u00a0le SSAE\u00a0\u00bb, in droit social n\u00b01 janvier 1977.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Statut d\u00e9fini par l&rsquo;article 1 de la convention de Gen\u00e8ve 28\/7\/51.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Il faut signaler l&rsquo;existence de la Charte des r\u00e9fugi\u00e9s sign\u00e9e en 1954, d\u00e9veloppant l&rsquo;attribution d&rsquo;aides l\u00e9gales, de pension pour les \u00ab\u00a0vieillards r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Le terme \u00ab\u00a0migrant\u00a0\u00bb invoque la dur\u00e9e du s\u00e9jour des \u00e9trangers, qui sont consid\u00e9r\u00e9s en France pour \u00ab\u00a0un temps\u00a0\u00bb. Le participe pr\u00e9sent utilis\u00e9 illustre ce que A. SAVED appelle \u00a0\u00bb l&rsquo;illusion d&rsquo;une pr\u00e9sence n\u00e9cessairement provisoire &#8230;\u00a0\u00bb, in \u00ab\u00a0l&rsquo;immigration ou les paradoxes de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e9ditions universitaires DEBOECK universit\u00e9, 1991.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Il peut \u00eatre significatif de relever la nature du discours qui caract\u00e9rise les \u00e9trangers qui n&rsquo;obtiennent pas, ou moins facilement que d&rsquo;autres, un titre de s\u00e9jour. L&rsquo;image des \u00ab\u00a0clandestins\u00a0\u00bb, dans les propos que tiennent le pouvoir politiques, les m\u00e9dias, induit forcement des connotations n\u00e9gatives.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> On retrouve ici les r\u00e9f\u00e9rences au classement \u00e9tabli par la th\u00e8se de MAUCO, reprise par les pouvoirs publics en 1938, classant les \u00e9trangers \u00e0 travers une perception qui vise \u00e0 d\u00e9finir \u00ab\u00a0apriori\u00a0\u00bb des cat\u00e9gories assimilables et d&rsquo;autres inassimilables : voir l&rsquo;ouvrage de P. WEIL La France et ses \u00e9trangers, coll, CALMAN-LEVY, \u00e9dition FONDATION ST SIMON 1991.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> Voir l&rsquo;ouvrage de TRIPIER, M., L&rsquo;immigration dans la classe ouvri\u00e8re en France, Coll. CIEMI L&rsquo;HARMATTAN, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> Voir ici l&rsquo;introduction de l&rsquo;ouvrage d&rsquo;A. SAVED, L&rsquo;immigration ou les paradoxes de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9, p.18. (&#8230;.) Cette pr\u00e9sence est totalement justiciable de la raison ou de l&rsquo;alibi qui est \u00e0 son principe et qui est ici le travail, auquel elle est ou devrait \u00eatre, en bonne logique, totalement subordonn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> Voir Maryse TRIPIER, Les immigr\u00e9s dans la classe &#8230;, op. cit<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment les services sociaux construisent-ils les cat\u00e9gories qui d\u00e9finissent et d\u00e9signent les populations \u00e9trang\u00e8res aupr\u00e8s de qui ils interviennent ? Avant de tenter d&rsquo;apporter des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse \u00e0 cette question, deux remarques pr\u00e9alables s&rsquo;imposent : A l&rsquo;heure o\u00f9 les travailleurs sociaux interrogent leurs pratiques (quelles interventions pour favoriser l&rsquo;int\u00e9gration ?[1]), n\u2019est-il pas fondamental de &#8230; <a title=\"No 41 &#8211; De l&rsquo;\u00e9tranger \u00e0 l&rsquo;immigr\u00e9\" class=\"read-more\" href=\"http:\/\/recherche-action.fr\/revue-peps\/1993\/01\/01\/no-41-de-letranger-a-limmigre\/\" aria-label=\"En savoir plus sur No 41 &#8211; De l&rsquo;\u00e9tranger \u00e0 l&rsquo;immigr\u00e9\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[82],"tags":[18],"ppma_author":[84],"class_list":["post-630","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-no-41-les-figures-de-linsertion","tag-immigration"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"authors":[{"term_id":84,"user_id":0,"is_guest":1,"slug":"faiza-mahjoub-guelamine","display_name":"Faiza Mahjoub Guelamine","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"","last_name":"","first_name":"","job_title":"","description":""}],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/revue-peps\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/630","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/revue-peps\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/revue-peps\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/revue-peps\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/revue-peps\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=630"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/revue-peps\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/630\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":631,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/revue-peps\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/630\/revisions\/631"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/revue-peps\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=630"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/revue-peps\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=630"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/revue-peps\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=630"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"http:\/\/recherche-action.fr\/revue-peps\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=630"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}