{"id":132,"date":"2015-01-05T10:32:29","date_gmt":"2015-01-05T09:32:29","guid":{"rendered":"http:\/\/recherche-action.fr\/ruemarchande\/?p=132"},"modified":"2017-11-11T19:48:25","modified_gmt":"2017-11-11T18:48:25","slug":"qui-trace-quoi-reponse-a-m-quilichini","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/recherche-action.fr\/ruesmarchandes\/2015\/01\/05\/qui-trace-quoi-reponse-a-m-quilichini\/","title":{"rendered":"Qui trace quoi ? R\u00e9ponse \u00e0 M. Quilichini"},"content":{"rendered":"<p>Dans une interview donn\u00e9e au webzine 75020.fr, M. le Commissaire du 20<sup>e<\/sup> arrondissement se prononce contre l\u2019organisation des march\u00e9s des biffins. Invit\u00e9 par le journaliste \u00e0 commenter l\u2019action de l\u2019association Amelior \u00e0 Montreuil, il consid\u00e8re que l\u2019adoption d\u2019un mod\u00e8le similaire dans le 20e \u00ab\u00a0fixerait\u00a0\u00bb les \u00ab\u00a0probl\u00e9matiques\u00a0\u00bb pos\u00e9s par \u00ab\u00a0les puces sauvages de la Porte Montreuil\u00a0\u00bb. Il d\u00e9signe par l\u00e0 l\u2019installation non autoris\u00e9e de biffins, vendeurs de produits de r\u00e9cup\u00e9ration, \u00e0 proximit\u00e9 de ce qu\u2019il nomme les \u00ab\u00a0puces normales\u00a0\u00bb, c\u2019est \u00e0 dire les stands de vendeurs qui d\u00e9tiennent une patente et peuvent s\u2019acquitter du prix d\u2019un stand. Il consid\u00e8re cette installation comme un \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb, parce que ce march\u00e9 cr\u00e9\u00e9 de nombreuses nuisances\u00a0: entraves r\u00e9currentes \u00e0 la propret\u00e9 (d\u00e9tritus, mixion sur la voie publique), \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 (des \u00ab\u00a0comportements inciviles\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0rixes\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0endroit restreint, exigu, dangereux\u00a0\u00bb pour la passerelle Lambeau), et des riverains qui se sentent \u00ab\u00a0d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leur propre habitat\u00a0\u00bb du fait du \u00ab\u00a0nombre\u00a0\u00bb, c\u2019est \u00e0 dire, une occupation massive et chaotique de l\u2019espace public, qui le rend inaccessible ou d\u00e9sagr\u00e9able.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Toutes ces \u00ab\u00a0probl\u00e9matiques\u00a0\u00bb sont bien connues. Si les biffins choisissent de \u00ab\u00a0s\u2019agr\u00e9ger\u00a0\u00bb aux Puces, c\u2019est avant tout parce que c\u2019est l\u00e0 que se trouvent les acheteurs. Des nuisances qu\u2019on y trouve, ils peuvent attester aussi bien que les autorit\u00e9s, les riverains, les acheteurs \u2013 voire mieux. Ils sont les premiers \u00e0 souffrir de travailler dans un \u00ab\u00a0endroit restreint, exigu, dangereux\u00a0\u00bb, sans place garantie, en ext\u00e9rieur, sans toilettes, et d\u2019o\u00f9 ils sont en permanence chass\u00e9s\u00a0; de vendre leurs marchandises au milieu de la cohue et des d\u00e9tritus (malgr\u00e9 leurs demandes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es d\u2019avoir des poubelles)\u00a0; de se les faire confisquer, de m\u00eame que leurs affaires personnelles, sans inventaire ni possibilit\u00e9 de recours\u00a0; d\u2019\u00eatre sujets aux violences civiles ou polici\u00e8res; d\u2019une mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, d\u2019\u00eatre expos\u00e9s aux abus de ceux qui voient dans l\u2019urgence \u00e9conomique dont ils souffrent un moyen de profiter d\u2019eux ou de les exploiter.<\/p>\n<p>Or c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cela que les biffins r\u00e9clament, depuis pr\u00e8s de 6 ans, que les pouvoirs publics les aident \u00e0 construire des solutions \u00e0 ces \u00ab\u00a0probl\u00e9matiques\u00a0\u00bb. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment afin de pouvoir exercer leur activit\u00e9 dans des conditions de propret\u00e9, de s\u00e9curit\u00e9 et de convivialit\u00e9 dans l\u2019espace public partag\u00e9 que ceux-ci revendiquent de disposer de places\u00a0sur les march\u00e9s existants, ou de march\u00e9s bien \u00e0 eux, proches de leurs acheteurs et \u00e0 un prix proportionnel \u00e0 leur niveau de vie<strong>. <\/strong>Ce qu\u2019ont r\u00e9clam\u00e9 Sauve-qui-peut ou le Collectif des biffins sans place, c\u2019est tout simplement l\u2019autorisation et l\u2019organisation de leur activit\u00e9, en accord avec les pouvoirs publics\u00a0; le droit de disposer, comme les exposants des autres march\u00e9s, foires, vide-greniers, d\u2019espaces adapt\u00e9s, r\u00e9gul\u00e9s, accueillants pour leur activit\u00e9, capable de la mettre en valeur et d\u2019en faire une \u00ab\u00a0animation\u00a0\u00bb de cet espace public qui est aussi le leur. Et c\u2019est cela qu\u2019ont mis en place les associations Amelior ou Aurore en \u00cele de France, ou encore SOS Broc Sans Stress \u00e0 Bordeaux.<\/p>\n<p>D\u00e9sireux d\u2019apporter \u00e0 ces \u00ab\u00a0probl\u00e9matiques\u00a0\u00bb cette solution simple, ces associations ont cr\u00e9\u00e9 des lieux de vente autoris\u00e9e, avec des r\u00e8gles de bonne conduite et de propret\u00e9, mais aussi de v\u00e9rification des produits et d\u2019encadrement social, comprenant bien que le \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb majeur pour les biffins est que leur activit\u00e9 r\u00e9sulte d\u2019une grande pr\u00e9carit\u00e9. Ces march\u00e9s fonctionnent\u00a0: les biffins s\u2019y inscrivent, les acheteurs y viennent, et l\u2019on n\u2019y d\u00e9plore aucun incident, contrairement \u00e0 ce qui se passe tous les week-ends \u00e0 Porte Montreuil ou sur les autres march\u00e9s sauvages. La seule critique qu\u2019on pourrait adresser \u00e0 ces march\u00e9s serait celle du manque de place\u00a0: la lutte continue pour r\u00e9clamer l\u2019ouverture de nouveaux march\u00e9s des biffins, afin de pouvoir satisfaire \u00e0 leurs demandes durablement (la MIPES dans son \u00e9tude sur les biffins estime qu\u2019ils sont environ 3000 en \u00cele de France). Mais c\u2019est une lutte qui interpelle les pouvoirs publics, et il s\u2019agit de demander plus d\u2019organisation. Car, du point de vue de la propret\u00e9, de la s\u00e9curit\u00e9 et de la viabilit\u00e9 de l\u2019espace public, l\u2019organisation du march\u00e9 est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui parvient \u00e0 emp\u00eacher les nuisances que M. le Commissaire constate dans la zone dont il est en charge. Ces organisations sont bien plus efficaces que cette strat\u00e9gie qui consiste \u00e0 \u00ab\u00a0contenir\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0tenir\u00a0\u00bb des biffins qui \u00ab\u00a0se d\u00e9portent\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0sont \u00e9vacu\u00e9s\u00a0\u00bb par les CRS, bien plus efficace que ce jeu du chat et de la souris que M. le Commissaire qualifie de \u00ab\u00a0situation claire\u00a0\u00bb\u00a0. C\u2019est la r\u00e9pression chaotique, sans proposition sociale durable, de ces ph\u00e9nom\u00e8nes, qui en fait une nuisance p\u00e9renne, sous la forme de ce march\u00e9 sauvage, instable et dangereux que <em>vous<\/em> g\u00e9rez, M. le Commissaire.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>La seconde critique port\u00e9e dans cette interview contre les march\u00e9s organis\u00e9s des biffins est qu\u2019ils contribuent \u00e0 \u00ab\u00a0fixer et autoriser la vente de produits dont on a aucune connaissance sur l\u2019origine <em>(sic)<\/em>\u00a0\u00bb. M. le Commissaire, qui remarque quelques lignes plus haut que les biffins vendent d\u2019abord des produits issus de la \u00ab\u00a0r\u00e9cup\u00e9ration\u00a0\u00bb, pointe ici une autre question : l\u2019absence de tra\u00e7abilit\u00e9 de ces produits, qu\u2019il s\u2019agisse de biens trouv\u00e9s (dans la rue, dans les poubelles), donn\u00e9s (par des particuliers ou des proches) ou poss\u00e9d\u00e9s anciennement (par les biffins eux-m\u00eames), puis revendus par besoin \u00e9conomique. Celle-ci peut en effet poser probl\u00e8me\u00a0: lorsqu\u2019il n\u2019existe pas de trace de cette histoire du produit (facture ou ticket de caisse du bien achet\u00e9, re\u00e7u, contrat de cessation de particulier \u00e0 particulier\u2026), qu\u2019est-ce qui peut le distinguer d\u2019un bien issu du vol\u00a0? L\u2019allusion au recel faite quelques lignes plus haut dans l\u2019interview semble ainsi d\u00e9signer le march\u00e9 des biffins comme des d\u00e9bouch\u00e9s pour \u00e9couler, comme on dit, toutes sortes de produits vol\u00e9s ou contrefaits.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ces accusations implicites graves, rappeler les faits (les biffins pratiquent la r\u00e9cup) ou les r\u00e8gles qui existent sur les march\u00e9s\u00a0semble insuffisant, puisque c\u2019est l\u2019applicabilit\u00e9 m\u00eame de ces r\u00e8gles qui est en cause (comment est-il possible de v\u00e9rifier\u00a0?). Il faut en appeler au droit fran\u00e7ais lui-m\u00eame &#8211; \u00e0 la formulation duquel l\u2019activit\u00e9 des biffins est conforme &#8211; et \u00e0 son application &#8211; vis-\u00e0-vis de laquelle ils p\u00e2tissent, une fois encore, d\u2019injustice.<\/p>\n<p>En effet, cette activit\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9ration et de revente \u00e0 laquelle se consacrent les biffins est conforme au droit. Un d\u00e9chet est, aujourd\u2019hui en France, <em>res nullius<\/em>, il n\u2019appartient \u00e0 personne \u2013 c\u2019est m\u00eame cela qui le d\u00e9finit comme \u00ab\u00a0d\u00e9chet\u00a0\u00bb. Il peut donc devenir la propri\u00e9t\u00e9 de celui qui s\u2019en saisit, comme chacun en fait l\u2019exp\u00e9rience quand il trouve ou ramasse quelque chose d\u2019abandonn\u00e9. Il est par ailleurs l\u00e9gal d\u2019en refaire un produit (c\u2019est ce qu\u2019on appelle le \u00ab\u00a0recyclage\u00a0\u00bb) de m\u00eame qu\u2019il est l\u00e9gal de revendre des biens que l\u2019on a soi-m\u00eame poss\u00e9d\u00e9s, qu\u2019ils soient issus de l\u2019achat, du don, de l\u2019h\u00e9ritage\u2026 Ainsi, on ne voit pas de CRS \u00ab\u00a0\u00e9vacuer\u00a0\u00bb les exposants de vide-greniers et des brocantes, ni \u00ab\u00a0contenir\u00a0\u00bb l\u2019activit\u00e9 des magasins de seconde main qui existent partout en France. Ces \u00e9tablissements ne sont pas plus menac\u00e9s de fermeture que les petites annonces ou les sites Internet de revente de biens d\u2019occasion entre particuliers qui prosp\u00e8rent aujourd\u2019hui. Au contraire, ces activit\u00e9s sont valoris\u00e9es pour l\u2019action environnementale et\/ou sociale qui est la leur\u00a0; certaines jouissent du soutien moral et financier de la part des pouvoirs publics. Dans tous les cas, elles sont l\u00e9gales et nul ne le conteste\u00a0&#8211; il n\u2019y a que les march\u00e9s organis\u00e9s et l\u00e9gaux des biffins que l\u2019on envisage d\u2019interdire au nom de cette \u00ab\u00a0tra\u00e7abilit\u00e9\u00a0\u00bb que l\u2019on ne r\u00e9clame nulle part ailleurs sur le march\u00e9 de l\u2019occasion.<\/p>\n<p>On est tent\u00e9, l\u00e0 encore, d\u2019y voir un effet de la discrimination dont ils sont d\u00e9j\u00e0 victimes, une stigmatisation bien pr\u00e9sente dans le sous-entendu selon lequel les produits des biffins ont de bonne chance de provenir du vol. Ce sous-entendu t\u00e9moigne en effet d\u2019un grand m\u00e9pris, et surtout d\u2019une grande ignorance de la r\u00e9alit\u00e9 de la vie des biffins eux-m\u00eames. Du point de vue des trajectoires individuelles, la biffe est en effet souvent choisie par les biffins parce qu\u2019elle permet de s\u2019en sortir par soi-m\u00eame en menant une activit\u00e9 juste, qui ne l\u00e8se personne, et m\u00eame noble, qui lutte contre le gaspillage dramatique des m\u00e9nages et des entreprises d\u2019incin\u00e9ration des d\u00e9chets. Cette r\u00e9alit\u00e9, que les pouvoirs publics ignorent parce qu\u2019ils refusent de s\u2019int\u00e9resser, par un travail social, \u00e0 la vie des biffins, qu\u2019ils aillent donc la v\u00e9rifier en s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 la vie des objets eux-m\u00eames, \u00e0 leur trajectoire dans cette soci\u00e9t\u00e9 de surconsommation. Ils d\u00e9couvriront que les biffins sont pr\u00e9cis\u00e9ment ceux qui sauvent nos biens du chaos de gaspillage et de pollution qui la caract\u00e9rise, que la biffe est source de propret\u00e9 et d\u2019ordre plut\u00f4t que de pollution et de traffic.<\/p>\n<p>Mais, s\u2019ils le font, qu\u2019ils le fassent avec justice, en appliquant la m\u00eame loi, les m\u00eames exigences, pour tous\u00a0: march\u00e9 de l\u2019occasion (sous toutes ses formes), du neuf (dont l\u2019on n\u2019ignore pas le nombre de marchandises produites dans des conditions non conformes au droit fran\u00e7ais), mais aussi du d\u00e9chet. En effet, un march\u00e9 du d\u00e9chet existe et n\u2019est pas \u00e0 l\u2019abri des traffics les plus mafieux. De ce march\u00e9 du d\u00e9chet, vous faites d\u2019ailleurs partie, M. Le Commissaire, par votre action aux puces o\u00f9 les biens des biffins sont saisis par les policiers sans qu\u2019ils aient aucune possibilit\u00e9 de recours, et sans qu\u2019aucune \u00ab\u00a0trace\u00a0\u00bb (PV, re\u00e7u\u2026) soit produite. Que vos propres fonctionnaires fassent donc l\u2019inventaire des biens qu\u2019ils confisquent aux biffins dans le but de les livrer aux entreprises d\u2019incin\u00e9ration, comme les associations le r\u00e9clament depuis des ann\u00e9es\u00a0! Que les entreprises de collecte de leurs d\u00e9chets en fassent de m\u00eame, et se consacrent au recyclage\u00a0! Que les m\u00e9nages donnent aux biffins, et cessent de jeter\u00a0! On pourra alors parler de tra\u00e7abilit\u00e9, et par la m\u00eame occasion de justice, et d\u2019\u00e9conomie saine. En effet, on se donnerait par l\u00e0 <strong>les moyens concrets de mener \u00e0 bien cette \u00e9conomie circulaire et \u00e9cologique dont l\u2019organisation est si urgente aujourd\u2019hui.<\/strong> Et remarquons que c\u2019est en encourageant ce m\u00e9tier noble et courageux, la biffe, que l\u2019on parvient \u00e0 ces objectifs, que pr\u00e9tendent pourtant d\u00e9fendre de nombreux repr\u00e9sentant des pouvoirs publics. Qu\u2019ils en prennent acte.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Affida Le Bo Tri<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans une interview donn\u00e9e au webzine 75020.fr, M. le Commissaire du 20e arrondissement se prononce contre l\u2019organisation des march\u00e9s des biffins. 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