{"id":1800,"date":"2017-03-24T12:50:50","date_gmt":"2017-03-24T11:50:50","guid":{"rendered":"http:\/\/recherche-action.fr\/hugues-bazin\/?p=1800"},"modified":"2017-04-07T08:29:06","modified_gmt":"2017-04-07T06:29:06","slug":"le-corps-politique-de-la-danse-hip-hop","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/recherche-action.fr\/hugues-bazin\/2017\/03\/24\/le-corps-politique-de-la-danse-hip-hop\/","title":{"rendered":"Le corps politique de la danse hip-hop"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"https:\/\/recherche-action.fr\/hugues-bazin\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/03\/Danse-des-guerriers-de-la-ville-\u00a9-Thomas-Bohl.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-1801\" src=\"https:\/\/recherche-action.fr\/hugues-bazin\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/03\/Danse-des-guerriers-de-la-ville-\u00a9-Thomas-Bohl.jpg\" alt=\"\" width=\"1000\" height=\"753\" srcset=\"https:\/\/recherche-action.fr\/hugues-bazin\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/03\/Danse-des-guerriers-de-la-ville-\u00a9-Thomas-Bohl.jpg 1000w, https:\/\/recherche-action.fr\/hugues-bazin\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/03\/Danse-des-guerriers-de-la-ville-\u00a9-Thomas-Bohl-300x226.jpg 300w, https:\/\/recherche-action.fr\/hugues-bazin\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/03\/Danse-des-guerriers-de-la-ville-\u00a9-Thomas-Bohl-768x578.jpg 768w, https:\/\/recherche-action.fr\/hugues-bazin\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/03\/Danse-des-guerriers-de-la-ville-\u00a9-Thomas-Bohl-720x542.jpg 720w\" sizes=\"(max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/a>\u00a9<a href=\"http:\/\/thomasbohl.fr\/\" target=\"_blank\">Thomas-Bohl<\/a>, Danse des guerriers de la ville<\/p>\n<p><strong>Le corps est l\u2019endroit o\u00f9 s\u2019enchev\u00eatrent l\u2019intime et le politique entre l\u2019expression des sentiments et l\u2019incorporation des oppressions. Le \u00ab dedans \u00bb est une op\u00e9ration du \u00ab dehors \u00bb. Dans ces plis se logent les conditions sociales de production de la personne. S\u2019il y a bien un espace o\u00f9 cette confrontation peut avoir lieu entre art et pouvoir, c\u2019est l\u2019espace public.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Entre ceux qui pratiquent l\u2019espace et ceux qui veulent contr\u00f4ler son caract\u00e8re sauvage, inorganis\u00e9, improbable, ingouvern\u00e9, non fonctionnalis\u00e9. Il n\u2019y a pas de d\u00e9finition pr\u00e9\u00e9tablie de l\u2019espace public, sinon dans la mani\u00e8re de jouer sur le curseur entre libert\u00e9 et contr\u00f4le.<\/p>\n<p>Soumis au formatage de la convocation et de l\u2019\u00e9v\u00e9nementiel, plus les cultures urbaines, le street art\u00a0 et autre art de la rue sont encens\u00e9s dans le discours officiel, plus ils sont inf\u00e9od\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie consensuelle de l&rsquo;\u00ab\u00a0attractivit\u00e9\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0reconqu\u00eate\u00a0\u00bb des territoires interstitiels ou d\u00e9laiss\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la fermeture des derniers espaces de respirations de la ville, \u00ab\u00a0\u00e0 la grande entreprise d\u2019uniformisation urbaine, de cadrage des usages dans l\u2019espace public et de gentrification de quartiers populaires\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Comprendre les enjeux actuels, c\u2019est comprendre comment le corps r\u00e9agit dans l\u2019espace public. Est-il r\u00e9gi par lui ou au contraire ouvre-t-il un espace en se d\u00e9ployant \u00e0 travers lui\u00a0? Cette immersion dans l\u2019espace provoque une pouss\u00e9e politique d\u2019une force esth\u00e9tique dirig\u00e9e de bas en haut \u00e9gale au poids du volume d\u00e9plac\u00e9. Ce th\u00e9or\u00e8me d\u2019Archim\u00e8de appliqu\u00e9 \u00e0 tous arts publics, appelons-le pouss\u00e9e de \u00ab\u00a0l\u2019art \u00e0 l\u2019\u00e9tat vif\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Une technologie du pouvoir s\u2019est instaur\u00e9e pour \u00e9vacuer les ind\u00e9sirables, les gueux, les marginaux, les migrants, les r\u00e9volt\u00e9s, pour les rendre invisibles, pour les mettre hors de port\u00e9e, hors soci\u00e9t\u00e9, pour exclure savamment et m\u00e9thodiquement le corps de l\u2019espace et infliger aux corps les contraintes de la servitude. L\u2019exploitation \u00e9conomique commence par une coercition des corps. C\u2019est une manipulation calcul\u00e9e de ses \u00e9l\u00e9ments, de ses gestes, de ses comportements. La discipline fabrique des corps soumis et exerc\u00e9s, des corps \u00ab\u00a0dociles\u00a0\u00bb\u00a0; elle majore les forces du corps en termes \u00e9conomiques d\u2019utilit\u00e9 et diminue ces m\u00eames forces en termes politiques d\u2019ob\u00e9issance<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>Un jeune noir ou arabe dans les rues fran\u00e7aises apprend tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 ne pas courir devant les forces de l\u2019ordre sous peine d\u2019injures et de poursuites, car si l\u2019on court c\u2019est que l\u2019on fuit et si l\u2019on fuit c\u2019est que l\u2019on est coupable. <em>Zyed et Bouna<\/em> \u00e0 Clichy-sous-Bois sont morts d\u2019avoir couru<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ne jamais courir, surtout la nuit, pas de mouvements brusques, pas de capuchon sur la t\u00eate, pas d\u2019objet \u00e0 la main, surtout brillant, ne jamais attendre des amis \u00e0 un coin de rue, au risque d\u2019\u00eatre pris pour un dealeur, garder ses distances avec ceux qui pourraient vous juger dangereux sous peine de se mettre soi-m\u00eame en danger<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>\u00a0\u00bb. Ce sont des r\u00e8gles universelles de r\u00e9sistance dans tous les territoires s\u00e9gr\u00e9gationnistes de la plan\u00e8te<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>La marche comme proto mouvement d\u2019un \u00e9tat du monde traduit directement ce rapport politique. Une pens\u00e9e du corps dans l\u2019espace ouvre cette voie r\u00e9flexive d\u2019interroger son exp\u00e9rience en constituant le contre espace d\u2019un labo in vivo des repliements et d\u00e9pliements d\u2019une forme corporelle et sociale.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pendant l\u2019entre-deux-guerres des artistes afro-am\u00e9ricains propose de nouvelles formes de danse cherchant \u00e0 s\u2019\u00e9loigner des claquettes des danses de revue, il commence \u00e0 penser la danse comme un lieu de revendications sociales et raciales, de m\u00e9tissage, de m\u00e9moire culturelle et de repr\u00e9sentation de la diaspora\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a> qui fit \u00e9cho quelques ann\u00e9es plus tard \u00e0 la lutte pour les droits civiques, le mouvement Black Power et les luttes des minorit\u00e9s.<\/p>\n<p>Tout processus d\u2019oppression g\u00e9n\u00e8re sa culture de r\u00e9sistance. Les luttes sociales se r\u00e9inventent \u00e0 l\u2019aune du changement radical des rapports de production. Un acte libre et gratuit ne peut qu\u2019interroger de par sa simple existence les conditions politiques d\u2019\u00e9mergence d\u2019un espace public. C\u2019est une mani\u00e8re de r\u00e9affirmer le caract\u00e8re non-propri\u00e9taire comme espace du commun partageable. Un syst\u00e8me \u00e0 pr\u00e9tention totalitaire poss\u00e8de ses propres failles. La rue avec ses espaces insoumis et ses murs r\u00e9volt\u00e9s est une de ces failles spatio-temporelles. Par le fait m\u00eame d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois le d\u00e9but et la fin d\u2019un processus de marchandisation, elle provoque des tensions o\u00f9 se logent des pratiques spontan\u00e9es et brutes d\u2019hacking urbain selon les m\u00e9thodes cr\u00e9atives de d\u00e9tournement et de la r\u00e9cup\u00e9ration \u00e0 l\u2019instar du graffiti<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a> et du parkour<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>La danse devient elle-m\u00eame politique en d\u00e9passant l\u2019emprise de la peur, en retournant ce par quoi la ville se refuse \u00e0 la rencontre et \u00e0 l\u2019expression. Et tout d\u2019un coup, ce corps invisible, refoul\u00e9, repli\u00e9, rel\u00e9gu\u00e9 aux p\u00e9riph\u00e9ries rythme le c\u0153ur des places. Cet acte fondamental d\u2019appropriation de son espace vital recompose l\u2019unicit\u00e9 de son parcours de vie.<\/p>\n<p>La danse hip-hop est politique parce qu\u2019elle restaure cette fonction critique dans la tension entre le proto mouvement du corps contraint et le m\u00e9ta mouvement des luttes d\u2019\u00e9mancipation. Elle se distingue en cela de la danse contemporaine dans sa forme institu\u00e9e labellis\u00e9e par le monde de l\u2019art qui a perdu sa promesse \u00e9mancipatrice, \u00ab\u00a0un projet dont la faillite accompagne la fin des avant-gardes historiques et l\u2019\u00e9chec du projet r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. Seul peut se dire contemporain celui qui ne se laisse pas aveugler par les lumi\u00e8res du spectacle. \u00ab\u00a0Contemporain est celui qui re\u00e7oit en plein visage le faisceau de t\u00e9n\u00e8bres qui provient de son temps\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.<\/p>\n<p>Au rez-de-chauss\u00e9e des villes, au plus bas des dalles et des halls, en t\u00e2tant la duret\u00e9 des textures le mouvement tire sa force des mat\u00e9riaux disponibles, le b\u00e9ton prenant ici le r\u00f4le de la terre m\u00e8re africaine. \u00ab\u00a0En Afrique, la danse n\u2019est pas s\u00e9par\u00e9e, elle fait partie int\u00e9grante du complexe vivant\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>.<\/p>\n<p>Cette capacit\u00e9 \u00e0 relier la terre battue et le bitume participe d\u2019une m\u00e9diation de la forme (l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique) avant une m\u00e9diation de l\u2019\u0153uvre (l\u2019exp\u00e9rience artistique). C\u2019est ce qui a facilit\u00e9 la travers\u00e9e des oc\u00e9ans entre Afrique et Am\u00e9rique, Am\u00e9rique et Europe, Europe et Afrique. C\u2019est ce qui a permis de transcender les cultures en d\u00e9passant la s\u00e9paration entre un art de vivre et vivre l\u2019art entre culture populaire et culture savante.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas un objet d\u2019art statufi\u00e9 qui prend sens dans le regard du public averti de \u00ab\u00a0La\u00a0\u00bb culture, mais des situations en mouvement d\u2019un imaginaire instituant entre les hommes et le monde. Autrement dit, il ne peut avoir transformation sans relation entre forme et sens, mat\u00e9riaux et symboles. Sans l\u2019irruption cr\u00e9atrice de cet imaginaire, la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019existe plus dans ce qui fonde notre mani\u00e8re de vivre ensemble.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0En mati\u00e8re de cr\u00e9ation artistique, il importe essentiellement que l\u2019imagination \u00e9chappe \u00e0 toute contrainte, ne se laisse sous aucun pr\u00e9texte imposer de fili\u00e8re. Loin de notre pens\u00e9e de vouloir ressusciter un soi-disant art \u00ab\u00a0pur\u00a0\u00bb qui d\u2019ordinaire sert les buts plus qu\u2019impurs de la r\u00e9action. Nous estimons que la\u00b7 t\u00e2che supr\u00eame de l\u2019art \u00e0 notre \u00e9poque est de participer consciemment et activement \u00e0 la pr\u00e9paration de la r\u00e9volution. L\u2019artiste ne peut servir la lutte \u00e9mancipatrice que s\u2019il s\u2019est p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 subjectivement de son contenu social et individuel, que s\u2019il en a fait passer le sens et le drame dans ses nerfs et que s\u2019il cherche librement \u00e0 donner une incarnation artistique \u00e0 son monde int\u00e9rieur\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>.<\/p>\n<p>Mais une fois d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e objet d\u2019art, l\u2019\u0153uvre perd cette force m\u00e9diatrice. Retrouver l\u2019\u00e9nergie salvatrice s\u2019op\u00e8re dans la confrontation aux mat\u00e9riaux. Se cogner au ciment cimente. C\u2019est dans cette force structurante que naissent une conscience et des collectifs, un mouvement indisciplin\u00e9, sauvage qui s\u2019invente lui-m\u00eame\u00a0; c\u2019est dans ce mouvement que s\u2019exprime un d\u00e9sir irr\u00e9pressible et spontan\u00e9 surgi de l\u2019exp\u00e9rience innommable, intol\u00e9rable des rapports de domination. Si les cultures urbaines sont n\u00e9es du croisement entre l\u2019art et le peuple alors elles ne peuvent exister que comme formes autonomes et subversives.<\/p>\n<p>Elles perdent leur autonomie l\u00e0 o\u00f9 commence la d\u00e9finition de l\u2019art et du peuple comme objet \u00e9conomique et sociologique. Existent-ils\u00a0vraiment\u00a0? Certains disent les avoir rencontr\u00e9s. Ne les croyez pas ou plut\u00f4t croyez en l\u2019illusion de la r\u00e9alit\u00e9 du peuple que procure l\u2019art. \u00ab\u00a0L\u2019art est un mensonge qui dit la v\u00e9rit\u00e9 en nous d\u00e9livrant de l\u2019illusion du r\u00e9el\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>.<\/p>\n<p>La folie de Charlie Chaplin dispara\u00eet lorsque le cin\u00e9ma parlant devenu une industrie s\u2019est mis \u00e0 pr\u00e9tendre d\u00e9crire le r\u00e9el alors que le cin\u00e9ma muet finissait en objet de curiosit\u00e9 et d\u2019analyse. Sa force \u00e9tait ces zones d\u2019ombre, le caract\u00e8re irr\u00e9el de ses personnages. Comme le d\u00e9plorait Chaplin, \u00ab\u00a0de nos jours on n\u2019en sait trop sur les gens, il n\u2019y a plus de place pour l\u2019imagination, pour la po\u00e9sie inh\u00e9rente aux figures mythiques\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. Ces personnages n\u2019existaient pas dans la vraie vie et pour cela pouvait d\u00e9noncer f\u00e9rocement les conditions de vie, jouer le facteur de chaos \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019ordre \u00e9tabli, r\u00e9ussissant \u00e0 cr\u00e9er leurs propres dynamiques auxquelles pouvaient s\u2019associer les gens.<\/p>\n<p>Alors, doutons lorsqu\u2019on pr\u00e9tend d\u00e9crire un peuple et un art hip-hop. Attachons-nous \u00e0 une recherche qui se d\u00e9joue des repr\u00e9sentations chosifiant le vivant pour mieux toucher la v\u00e9rit\u00e9 d\u2019un mouvement d\u2019\u00e9mancipation et de cr\u00e9ation, l\u00e0 o\u00f9 la danse de rue retourne l\u2019enveloppe de la ville permettant \u00e0 chaque passant pauvre ou non de projeter dans le clochard c\u00e9leste l\u2019\u00e2me r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Que nous dit le danseur hip-hop\u00a0? \u00ab\u00a0Puisque tu n&rsquo;as rien, tu vas faire quelque chose de magnifique. L&rsquo;art est au coin de la rue, il suffit d&rsquo;avoir des yeux de po\u00e8te\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. Ne croyez pas les commentaires paternalistes qui disent d\u2019un ton condescendant qu\u2019un chor\u00e9graphe est \u00ab\u00a0issu du\u00a0\u00bb hip-hop ou \u00ab\u00a0issu de\u00a0\u00bb la rue lorsqu\u2019il acc\u00e8de au Saint Graal des sc\u00e8nes contemporaines. Le hip-hop serait digne d\u2019int\u00e9r\u00eat non dans sa force \u00e9ruptive, mais comme volcan \u00e9teint, esth\u00e9tiquement domestiqu\u00e9, polic\u00e9 une fois \u00e9limin\u00e9 tout danger subversif.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La danse est la danse. Un chor\u00e9graphe noir qui chor\u00e9graphie des ballets classiques sur des th\u00e8mes emprunt\u00e9s \u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9 grecque n\u2019est pas moins artiste qu\u2019un chor\u00e9graphe noir dont le travail s\u2019inspire du ghetto\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>. \u00ab\u00a0Issu de\u00a0\u00bb rappelle constamment l\u2019injonction faite aux arts consid\u00e9r\u00e9s comme mineurs et a-historiques &#8211; puisqu\u2019enferm\u00e9s dans un pass\u00e9 d\u00e9nu\u00e9 d\u2019avenir &#8211; de s\u2019ouvrir \u00e0 l\u2019art, le vrai, celui qui s\u2019inscrit dans l\u2019histoire et le r\u00e9cit national. Comme il est toujours rappel\u00e9 aux jeunes \u00ab\u00a0issus de\u00a0\u00bb l\u2019immigration trois g\u00e9n\u00e9rations apr\u00e8s qu\u2019ils ne seront jamais totalement fran\u00e7ais, qu\u2019ils n\u2019appartiendront jamais au r\u00e9cit collectif et doivent toujours faire la preuve de leur int\u00e9gration comme manifestation de leur docilit\u00e9.<\/p>\n<p>Michel De Certeau appelait cela la \u00ab\u00a0beaut\u00e9 du mort\u00a0\u00bb o\u00f9 les arts et les cultures populaires deviennent attractifs qu\u2019une fois \u00e9teints<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>. Chris Marker le confirme notamment \u00e0 propos du pillage de l\u2019art africain\u00a0: \u00ab\u00a0quand les hommes sont morts, ils entrent dans l\u2019histoire. Quand les statues sont mortes, elles entrent dans l\u2019art. Cette botanique de la mort, c\u2019est ce que nous appelons la culture\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>.<\/p>\n<p>Mais l\u2019\u00e9mergence de formes brutes et singuli\u00e8res nous indique qu\u2019\u00ab\u00a0il se peut que, sur les ruines de la culture, une cr\u00e9ation d\u2019art renaisse, orpheline, populaire, \u00e9trang\u00e8re \u00e0 tout circuit institu\u00e9 et \u00e0 toute d\u00e9finition sociale, fonci\u00e8rement anarchiste, intense, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, d\u00e9grev\u00e9e de toute id\u00e9e de g\u00e9nie personnel, de prestige, de sp\u00e9cialisation, d\u2019appartenance ou d\u2019exclusion, de clivage entre la production et la consommation. Ce serait l\u2019av\u00e8nement d\u2019un homme sans mod\u00e8les, radicalement irrespectueux et par cons\u00e9quent cr\u00e9ateur\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>.<\/p>\n<p>De l\u2019art et du peuple lequel finalement manque le plus \u00e0 l\u2019autre\u00a0? Il est de bon ton, et plus confortable moralement, de pr\u00e9tendre que l\u2019art manque au peuple. C\u2019est ainsi que s\u2019\u00e9rige l\u2019id\u00e9ologie n\u00e9o coloniale envoyant les artistes comme missionnaires civilisateurs au nom de la reconqu\u00eate des territoires populaires. \u00ab\u00a0On peut penser aussi que c\u2019est le peuple qui manque \u00e0 l\u2019art, et c\u2019est aux artistes alors de nous le rappeler, eux qui ont recours \u00e0 son \u00e9nergie, \u00e0 sa cr\u00e9ativit\u00e9 et \u00e0 ses ressources, pour renouveler leur inspiration\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>.<\/p>\n<p>La danse hip-hop re\u00e7oit l&rsquo;injonction de s\u2019ouvrir. \u00ab\u00a0En distinguant art majeur et art mineur, la politique culturelle de l\u2019\u00c9tat a contribu\u00e9 \u00e0 maintenir les s\u00e9gr\u00e9gations culturelles. Elle a \u00e9tabli des \u00e9chelles normatives de valeur fond\u00e9es sur la notion vague d\u2019\u00ab\u00a0excellence\u00a0\u00bb, dont on peut se demander si elle rel\u00e8ve du go\u00fbt, n\u00e9cessairement subjectif, ou d\u2019un crit\u00e8re construit par l\u2019esth\u00e9tique et\/ou l\u2019histoire de l\u2019art\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>.<\/p>\n<p>Pourtant, loin d\u2019enfermer l\u2019art, le hip-hop et autre art populaire le lib\u00e8rent du carcan qui le s\u00e9pare de la vie. Ainsi la danse ne devient pas \u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb une fois qu&rsquo;elle monte sur la sc\u00e8ne des th\u00e9\u00e2tres contemporains, l\u2019art existait d\u00e8s les premi\u00e8res secondes de sueur jet\u00e9e sur l\u2019asphalte. Elle sera vivante tant qu\u2019elle continuera d\u2019introduire le corps pensant dans l\u2019espace public.<\/p>\n<p>Ce corps acrobate tel un Buster Keaton prend des risques. Parfois maltrait\u00e9, parfois bris\u00e9, \u00ab\u00a0il est projet\u00e9 avec fulgurance au travers des structures sociales, des m\u00e9caniques et des machinations de la soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est un corps jet\u00e9 au monde, et dans le mouvement de sa projection il va pr\u00e9cipiter, emballer le monde \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle des grands espaces, de la ville enti\u00e8re\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans le cercle hip-hop, dans ce jeu continuel d\u2019appel r\u00e9ponse propre \u00e0 toute forme populaire, le corps du spectateur est mobilis\u00e9, il est transport\u00e9, il devient lui aussi acteur de ces liaisons et d\u00e9liaison sensorimotrice, il est projet\u00e9 dans cette danse avec le monde.<\/p>\n<p>En cr\u00e9ant un nouveau cadre de r\u00e9ception, la danse hip-hop cr\u00e9e un environnement qui ouvre un champ de possibilit\u00e9s sans pouvoir pr\u00e9sager de la forme d\u2019apparition et de production des \u00e9v\u00e9nements, rarement r\u00e9pertori\u00e9s dans les lieux d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la culture qui qualifient l\u2019\u0153uvre en fonction des crit\u00e8res d\u2019excellence artistique.<\/p>\n<p>Mais comme le rappelle Jean Dubuffet \u00ab\u00a0L\u2019art ne vient pas coucher dans les lits qu\u2019on a faits pour lui\u00a0; il se sauve aussit\u00f4t qu\u2019on prononce son nom : ce qu\u2019il aime c\u2019est l\u2019incognito. Ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s\u2019appelle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c9chapper \u00e0 la cat\u00e9gorisation de la forme esth\u00e9tique c\u2019est d\u2019une autre mani\u00e8re revendiquer l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique comme faisant partie du processus artistique et l\u2019art lui-m\u00eame comme bricolage assum\u00e9. C\u2019est comprendre avant tout l\u2019\u0153uvre comme un principe d\u2019accomplissement de ce mouvement. Ce n\u2019est pas refuser une professionnalisation, mais indiquer que les modes de cr\u00e9ation, de transmission et de diffusion peuvent emprunter des chemins braconniers et, par cons\u00e9quent, sa propre fa\u00e7on d\u2019organiser, de classer, de hi\u00e9rarchiser ses modes de validation et de jugement, distincts de ceux du monde de l\u2019art.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s tout on veut bien accepter de l\u2019art contemporain qu\u2019il d\u00e9veloppe des \u0153uvres comme processus d\u2019emprunts collages, r\u00e9appropriation, transformation, rupture, renversement\u2026 Alors, la prise en compte de l\u2019al\u00e9atoire dans l\u2019\u0153uvre, le dialogue ou la confrontation avec les mat\u00e9riaux bruts, la pr\u00e9f\u00e9rence du processus intuitif \u00e0 l\u2019ing\u00e9nierie de projets, l\u2019absence d\u2019appartenance \u00e0 une \u00e9cole, la revalorisation par le d\u00e9tournement des situations d\u00e9class\u00e9es ou rel\u00e9gu\u00e9es devraient \u00eatre des crit\u00e8res tout aussi acceptables d\u2019une mise en \u0153uvre artistique que celle du milieu acad\u00e9mique ou institutionnel.<\/p>\n<p>Et si l\u2019on refuse \u00e0 cet art indisciplin\u00e9 une autonomie, ce n\u2019est pas pour des crit\u00e8res artistiques, mais politiques couvrant d\u2019autres raisons \u00e9conomiques. Le refus de consid\u00e9rer l\u2019art cat\u00e9goris\u00e9 comme mineur, minoritaire, voire communautaire, c\u2019est lui refuser de se constituer comme forme sociale et culturelle totale, un \u00ab\u00a0Tout-Monde\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a> dans sa diversit\u00e9 et son universalit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 la brutalit\u00e9 du monde et des hommes \u00adr\u00e9pond l&rsquo;art port\u00e9 \u00e0 mains nues comme une arme. Le collectif de femmes du New Dance Group affirmait dans les ann\u00e9es 30 \u00ab\u00a0dance is a weapon\u00a0\u00bb, la danse est une arme contre les puissants, une arme pour les domin\u00e9s, une \u00adarme pour l&rsquo;\u00e9mancipation des masses. \u00ab\u00a0Alors on va dans les usines, dans les bureaux, dans les rues, on enseigne l&rsquo;art du mouvement \u00adlibre, de l&rsquo;improvisation aux danseurs professionnels comme aux amateurs, \u00adenfants, ouvriers ou secr\u00e9taires\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>.<\/p>\n<p>Le corps politique de la danse et autre art dans l\u2019espace public sont une gu\u00e9rilla en faveur d\u2019un libre acc\u00e8s \u00e0 l\u2019espace et la culture. \u00ab\u00a0Il est grand temps pour nous, dans la grande tradition de la d\u00e9sob\u00e9issance civile, de manifester haut et fort notre opposition \u00e0 la confiscation de la culture publique par les organismes priv\u00e9s\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>. Il nous faut nous emparer du savoir et tous autres mat\u00e9riaux utiles l\u00e0 o\u00f9 ils sont, les diffuser et les partager avec le reste du monde.<\/p>\n<hr \/>\n<p>Hugues Bazin, Intervention \u00e0 la conf\u00e9rence dans\u00e9e, \u00ab Danse contemporaine, questions d&rsquo;Afrique \u00bb, 18 mars 2017, Morsang-sur-Orge (91) sous les auspices des Rencontres Essonne Danse et du centre de d\u00e9veloppement chor\u00e9graphique La Briqueterie (Val-de-Marne)<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Anne Gonon, \u00ab\u00a0La ville a-t-elle d\u00e9finitivement dompt\u00e9 ses artistes urbains ?\u00a0\u00bb, in revue <em>Nectart <\/em>No 1, 2015.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Richard Shusterman, <em>L\u2019art \u00e0 l\u2019\u00e9tat vif, La pens\u00e9e pragmatiste et l\u2019esth\u00e9tique populaire<\/em>, Ed de Minuit, 1992, Col Le sens commun.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Michel Foucault, <em>Surveiller et punir<\/em>, Gallimard, 1975<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> \u00c0 l&rsquo;origine des \u00e9meutes de 2005<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Garnette Cadogan, \u00ab\u00a0\u00catre Noir dans la ville\u00a0\u00bb, <em>Le Monde<\/em> du 19\/01\/2017<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Sur l\u2019humiliation et l\u2019incorporation du pouvoir par le corps\u00a0: Hugues Bazin, \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/recherche-action.fr\/hugues-bazin\/download\/question%20sociale\/Police-des-banlieues-contremaitre-du-neocapitalisme.pdf\">Police des banlieues, contrema\u00eetre du n\u00e9o capitalisme<\/a>\u00a0\u00bb, recherche-action.fr, 2017<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Claire Rousier, \u00ab\u00a0Avant-propos\u00a0\u00bb in <em>Danses noires, blanche Am\u00e9rique<\/em>, Centre National de la Danse, 2008, p.5.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Hugues Bazin, \u00a0\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/recherche-action.fr\/hugues-bazin\/download\/art%20graffiti\/2005_L%25E2%2580%2599art-d%25E2%2580%2599intervenir-dans-l%25E2%2580%2599espace-public.pdf\">L\u2019art d\u2019intervenir dans l\u2019espace public<\/a> \u00bb in Territoires No 457, Adels, 2005, p.10-12<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Hugues Bazin, \u00ab <a href=\"https:\/\/recherche-action.fr\/hugues-bazin\/download\/cultures%20urbaines\/2014_Les-arpenteurs-ouvreurs-d%25E2%2580%2599espaces.pdf\">Les arpenteurs ouvreurs d\u2019espaces<\/a> \u00bb, revue Arpentages, 2013<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Thierry de Duve, \u00ab Fonction critique de l\u2019art ? Examen d\u2019une question \u00bb, in C. Bouchindhomme et R. Rochlitz (dir.), <em>L\u2019Art sans compas. Red\u00e9finitions de l\u2019esth\u00e9tique<\/em>, Paris, Le Cerf, 1992<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Giorgio Agamben, <em>Qu\u2019est-ce que le contemporain ?,<\/em> Paris, Rivages, 2008<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Ric Estrada, \u00ab\u00a0Three leading negro artists and how they feel about dance in the community\u00a0\u00bb in <em>Dance Magazine<\/em>, vol 42, no11, 1968, p.60.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Andr\u00e9 Breton, Diego Rivera, <em>Manifeste pour un art r\u00e9volutionnaire ind\u00e9pendant<\/em>, Mexico 25 juillet 1938<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Pablo Picasso, Cit\u00e9 par Florent Fels dans \u00ab\u00a0Propos d&rsquo;artistes\u00a0\u00bb, <em>Bulletin de la vie artistique<\/em>, juin 1923.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Simon Back\u00e8s, <em>Chaplin\/Keaton, le clochard milliardaire et le funambule d\u00e9chu<\/em>, 52\u2019, MK2 TV, 2015<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> \u00a0Bodan Litnianski, cit\u00e9 in Olivier Olivier Thiebaut, <em>Bonjour aux promeneurs ! Sur les chemins de l\u2019art brut<\/em>, Editions Alternatives, Paris, 1996.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> Julinda Lewis William, \u00ab\u00a0Black dance\u00a0: adiverse unit\u00e9\u00a0\u00bb, <em>Dance Scope<\/em>, vol14, no2, 1980, p.58<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Michel de Certeau, \u00ab La beaut\u00e9 du mort \u00bb in <em>La culture au pluriel<\/em>, Paris, Christian Bourgeois, 1974, (Points Essais), 1993.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> Chris Makher , <em>Commentaires<\/em>, Paris, Seuil, 1961<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> Michel Th\u00e9voz, <em>L\u2019Art Brut<\/em> [1975], Gen\u00e8ve, Albert Skira, 1995.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> Jean Olivier Majastre, <em>L&rsquo;art, le corps, le d\u00e9sir. Cheminement anthropologique<\/em>, Paris l&rsquo;Harmattan 2008<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> Jean Caune, \u00ab\u00a0Culture administr\u00e9e ? Art instrumentalis\u00e9 !\u00a0\u00bb, <em>Revue Nectart<\/em> No 4, 2017<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a>\u00a0 Simon Back\u00e8s, <em>Chaplin\/Keaton, le clochard milliardaire et le funambule d\u00e9chu<\/em>, 52\u2019, MK2 TV, 2015<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> Hugues Bazin \u00ab <a href=\"https:\/\/recherche-action.fr\/hugues-bazin\/download\/art%20social\/2013_Art-du-bricolage.pdf\">Art du bricolage, bricoleurs d\u2019art<\/a> \u00bb in <em>Les cahiers d\u2019Artes<\/em> \u00ab L&rsquo;art \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve du social\u00a0\u00bb, Presses Universitaires de Bordeaux, 2013, pp 95-113.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> Victoria Phillips Geduld, <em>Dance is a weapon : le New Dance Group, 1932-1955<\/em>, Centre National de la Danse, 2008.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> Aaron Swartz, <em>Manifeste pour une gu\u00e9rilla en faveur du libre acc\u00e8s<\/em>, Juillet 2008, Eremo, Italie<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a9Thomas-Bohl, Danse des guerriers de la ville Le corps est l\u2019endroit o\u00f9 s\u2019enchev\u00eatrent l\u2019intime et le politique entre l\u2019expression des sentiments et l\u2019incorporation des oppressions. 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