{"id":10,"date":"2008-10-03T17:01:08","date_gmt":"2008-10-03T15:01:08","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.recherche-action.fr\/l1consolable\/?p=3"},"modified":"2008-10-03T17:01:08","modified_gmt":"2008-10-03T15:01:08","slug":"parkour-lart-de-subvertir-le-rapport-a-lespace-public","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/2008\/10\/03\/parkour-lart-de-subvertir-le-rapport-a-lespace-public\/","title":{"rendered":"Parkour : l&rsquo;art de subvertir le rapport \u00e0 l&rsquo;espace public"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right\">\u00ab\u00a0Pas plus que la d\u00e9mocratie, l\u2019espace public n\u2019est quelque chose de naturel et qui va de soi.\u00a0\u00bb<strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><strong>Hugues Bazin<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\">Prologue\u00a0: Au c\u0153ur de l\u2019exercice d\u00e9finitionnel<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Parkour <\/strong>(ou \u00ab\u00a0<strong>art du d\u00e9placement<\/strong> \u00bb) : <em>pratique sportive consistant \u00e0 se d\u00e9placer d&rsquo;un point A \u00e0 un point B, et ce en recherchant avant tout l&rsquo;efficacit\u00e9 dans le franchissement des obstacles. Cette efficacit\u00e9 combine la rapidit\u00e9, l&rsquo;\u00e9conomie d&rsquo;\u00e9nergie et la prudence. Le Parkour se pratique aussi bien en milieu naturel qu&rsquo;en milieu urbain, c&rsquo;est ensuite au traceur<\/em>(<strong>1<\/strong>)<em> d&rsquo;imaginer le chemin qu&rsquo;il va suivre, quels obstacles il va franchir et cela en fonction de ses capacit\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p><em> <\/em><\/p>\n<p>Telle est la d\u00e9finition que l\u2019encyclop\u00e9die en ligne Wikip\u00e9dia donne du Parkour. Le terme ne figure \u00e0 ce jour dans aucun dictionnaire, bien que la pratique qu\u2019il d\u00e9signe existe vraisemblablement depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es. Et si l\u2019exercice d\u00e9finitionnel n\u2019a jamais cess\u00e9 de faire d\u00e9bat au sein de la communaut\u00e9 des traceurs, les \u00ab\u00a0puristes\u00a0\u00bb n\u2019admettront aucune extension \u00e0 une telle d\u00e9finition, principalement, semble-t-il, par souci de fid\u00e9lit\u00e9 envers la philosophie \u00e0 l\u2019origine de cette pratique (aspect philosophique h\u00e9las exclu de la d\u00e9finition ci-dessus, qui ne fait \u00e9tat que d\u2019une \u00ab\u00a0pratique sportive\u00a0\u00bb, quand il s\u2019agit, \u00e0 mon sens, davantage d\u2019une pratique philosophique, o\u00f9 il est fait un usage qu\u2019on pourrait consid\u00e9rer comme \u00ab\u00a0sportif\u00a0\u00bb du corps humain). Toutefois, je ne me consid\u00e8re, bien que pratiquant, pas comme \u00ab\u00a0puriste\u00a0\u00bb (je n\u2019en ai pas la l\u00e9gitimit\u00e9), et ai par cons\u00e9quent moins \u00e0 l\u2019esprit le souci d\u2019\u00eatre fid\u00e8le, que celui d\u2019\u00eatre attentif, moins celui de dire que de questionner, d\u2019observer, et tenter d\u2019analyser les effets que produit la pratique du Parkour, dans l\u2019environnement urbain notamment. Je veux bien, pour ma part, m\u2019en tenir \u00e0 la d\u00e9finition \u00e9voqu\u00e9e ci-dessus, d\u2019autant que c\u2019est la seule d\u00e9finition \u00e9crite facilement accessible \u00e0 ce jour. De toutes fa\u00e7ons, comme je viens de le pr\u00e9ciser, mon projet consiste moins \u00e0 (re-)d\u00e9finir le Parkour, qu\u2019\u00e0 en questionner les effets.<\/p>\n<p>Il semble qu\u2019il y ait deux cat\u00e9gories d\u2019effets. D\u2019abord, il y a les effets pr\u00e9dictibles, qu\u2019ils soient souhait\u00e9s ou non (surprise des passants, regard des gens s\u2019attardant, sentiment de peur \u00e9prouv\u00e9 par ceux auxquels cette pratique est \u00e9trang\u00e8re, ou, au contraire, stimulation, envie d\u2019en faire autant, tentative de r\u00e9cup\u00e9ration marchande du ph\u00e9nom\u00e8ne par des entreprises\u2026). Ceux-ci, bien qu\u2019ils ne puissent \u00eatre assimil\u00e9s \u00e0 la pratique elle-m\u00eame, semblent y \u00eatre inh\u00e9rents, et en d\u00e9couler naturellement. Ensuite, il y a les effets non pr\u00e9dictibles mais constat\u00e9s (col\u00e8re des passants ou des r\u00e9sidents des abords, prise en main et gestion de la situation par les autorit\u00e9s locales (Mairie, etc\u2026), chasse aux pratiquants\u2026), ces derniers \u00e9tant loin d\u2019\u00eatre sans int\u00e9r\u00eat du point de vue d\u2019une \u00e9tude sociologique du Parkour.<\/p>\n<p>Quelle que soit la finalit\u00e9 originelle du Parkour \u2013 f\u00fbt-ce se d\u00e9placer d\u2019un point A \u00e0 un point B de la mani\u00e8re la plus rapide et la plus efficiente possible, en franchissant les obstacles qui se trouvent sur notre passage -, force est de constater que les effets qu\u2019il provoque sont loin de se limiter \u00e0 cette finalit\u00e9 suppos\u00e9e, et qu\u2019il affecte l\u2019espace public dont il fait son terrain de jeu et\/ou d\u2019entra\u00eenement.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\">I. Un acte politique<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Pratiquer le Parkour appara\u00eet d\u00e8s lors comme un acte politique, bien que certains pratiquants s\u2019en d\u00e9fendent (principalement par le fait d\u2019une acception erron\u00e9e du terme \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb), comme si la politique \u00e9tait le mal absolu, et peut-\u00eatre moins encore le <em>mal<\/em> qu\u2019il faut combattre, que le <em>mal<\/em> qu\u2019il ne faut pas faire. Ainsi, si personne ne faisait de politique le monde irait beaucoup mieux, semble-t-il. H\u00e9las, r\u00e9duire la politique aux \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales et \u00e0 l\u2019appareil d\u2019\u00e9tat ainsi qu\u2019aux relations mutuelles des divers \u00e9tats n\u2019est pas seulement r\u00e9ducteur, mais fondamentalement faux. La politique, du grec <em>polis<\/em> (\u00ab\u00a0cit\u00e9\u00a0\u00bb), se trouve en l\u2019occurrence moins dans le prestige de l\u2019Elys\u00e9e, du Palais du Luxembourg, et du Palais Bourbon, que dans l\u2019espace public qu\u2019est la rue. La politique n\u2019est ni un bulletin de vote dans une urne, ni un si\u00e8ge \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, c\u2019est \u00ab\u00a0la structure et le fonctionnement, m\u00e9thodique, th\u00e9orique, et pratique, d\u2019une communaut\u00e9, d\u2019une soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb(<strong>2<\/strong>)\u00a0ou, selon les mots d\u2019Henri Laborit, biologiste, \u00ab\u00a0une science de l\u2019organisation des structures sociales\u00a0\u00bb(<strong>3<\/strong>).<\/p>\n<p>Selon cette acception, l\u2019espace public est certainement le lieu le plus politique qui soit (nous entendons par espace public, \u00ab\u00a0l&rsquo;ensemble des espaces de passage et de rassemblement qui sont \u00e0 l&rsquo;usage de tous\u00a0\u00bb(<strong>4<\/strong>).<\/p>\n<p>La rue est le principal lieu de passage et de croisement des uns et des autres, et a l\u2019avantage sur les transports en commun d\u2019\u00eatre gratuit et sans restriction d\u2019acc\u00e8s. C\u2019est donc, pourrait-on dire, l\u2019espace public par excellence. Or, pour quelle raison majeure les individus traversent-ils cet espace\u00a0? On peut affirmer sans crainte de se tromper qu\u2019ils l\u2019empruntent principalement pour aller d\u2019un endroit \u00e0 un autre. Le d\u00e9placement se trouve par cons\u00e9quent \u00eatre l\u2019activit\u00e9 la plus commune\u00a0 et la plus commun\u00e9ment observ\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cet espace. Il s\u2019y pratique par diff\u00e9rents modes op\u00e9ratoires, parmi lesquels l\u2019individu s\u00e9lectionne selon des crit\u00e8res tels que la praticit\u00e9, la rapidit\u00e9, le co\u00fbt, la longueur du trajet \u00e0 effectuer, etc\u2026Il choisira, selon les cas, la marche, \u00e0 pied, la voiture, les transports en commun (train, m\u00e9tro, bus, tramway), ou le v\u00e9lo, chaque mode ayant ses codes \u00e9tablis, ses r\u00e8gles fix\u00e9es, ses normes \u00e0 respecter. Il y a la chauss\u00e9e, les trottoirs, les feux, les passages clout\u00e9s, les \u00ab\u00a0stop\u00a0\u00bb, les passages obligatoires, ceux interdits\u2026Tout cela laisse pour ainsi dire bien peu de place \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9. Certes, il y a bien quelques enfants qui, ici et l\u00e0, imaginent que les briques rouges sont des coul\u00e9es de lave, les grises des \u00eelots o\u00f9 s\u2019en mettre \u00e0 l\u2019abri, et sautent inlassablement de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, grimpent, courent, s\u2019inventent des d\u00e9fis qu\u2019ils rel\u00e8vent au fur et \u00e0 mesure qu\u2019ils avancent, et les parents qui derri\u00e8re crient, grondent, leur promettent la fess\u00e9e, ou la leur mettent, qui les reprennent constamment et souvent pensent bien faire\u2026<\/p>\n<p>Pour le reste, tout est semblable, uniformis\u00e9, les gens avancent aux m\u00eames rythmes, selon les m\u00eames codes, en observant les m\u00eames r\u00e8gles, et tous s\u2019arr\u00eatent ensemble, repartent ensemble, et se ressemblent.<\/p>\n<p>On voit mal, dans ces conditions particuli\u00e8res, comment l\u2019on pourrait pr\u00e9tendre, autrement que par mauvaise foi, que le Parkour ne s\u2019inscrit pas dans cet espace comme un acte profond\u00e9ment politique. Au diable les codes, les r\u00e8gles, les normes, les habitudes, des animaux humains envahissent l\u2019espace public, qui l\u2019utilisent \u00e0 leur mani\u00e8re, en dehors des voies trac\u00e9es, des routes communes, suivant leurs propres r\u00e8gles, leurs propres codes, et tracent des chemins qui semblaient ne pas exister l\u2019instant d\u2019avant. Parfois pieds et torse nus, ils avancent \u00e0 quatre pattes en \u00e9quilibre sur une barre, sautent d\u2019un muret \u00e0 une barri\u00e8re, escaladent un mur qui fait plus de deux fois leur taille en moins de temps qu\u2019il n\u2019en faut pour le dire, courent, s\u2019accrochent, roulent\u2026Ils vont et viennent l\u00e0 o\u00f9 personne jamais ne va, sans quoi ils y vont comme personne jamais n\u2019y va. Comme les enfants, ils courent, sautent, et grimpent\u00a0; comme les chats, ils s\u2019agrippent, se hissent, filent et se faufilent\u2026Mais ils ne sont ni des enfants ni des chats.<\/p>\n<p>Ils respectent \u00ab\u00a0la loi\u00a0\u00bb certes, mais ils violent les codes qui r\u00e9gissaient jusque l\u00e0 le d\u00e9placement dans l\u2019espace public, en d\u00e9fient les r\u00e8gles, bousculent les habitudes, et, sortant des sentiers battus, et des passages obligatoires, ils inventent leurs propres passages et dessinent leurs propres routes au fil de leurs enjamb\u00e9es. Imaginant en permanence aussi bien de nouveaux obstacles, que de nouvelles fa\u00e7ons de les franchir, de nouveaux endroits o\u00f9 aller, que de nouvelles fa\u00e7ons d\u2019y acc\u00e9der, ils ne font pas que d\u00e9tourner l\u2019usage des choses publiques, mais cr\u00e9ent en sus de nouveaux espaces, \u00e9volutifs et infinis, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019espace public.<\/p>\n<p>Evolutifs, parce que le pratiquant aff\u00fbte son regard au fur et \u00e0 mesure qu\u2019il progresse dans l\u2019espace urbain, o\u00f9 il rel\u00e8ve de nouveaux d\u00e9fis qu\u2019il se lance lui-m\u00eame par pur esprit de cr\u00e9ativit\u00e9 et go\u00fbt de la performance technique, et o\u00f9 il d\u00e9c\u00e8le sans cesse de nouveaux obstacles potentiels, aux possibilit\u00e9s de franchissement multiples \u2013 possibilit\u00e9s de franchissement qui d\u2019ailleurs n\u2019ont de limites que son imagination -, mettant ainsi au point de nouveaux itin\u00e9raires, renouvelables \u00e0 l\u2019infini, et dont les rep\u00e8res se trouvent sans cesse d\u00e9plac\u00e9s et red\u00e9finis par le traceur.<\/p>\n<p>Infinis, parce que n\u2019ayant pas de contours fig\u00e9s, circonscrits\u00a0; ils sont illimit\u00e9s, du fait de leurs perspectives d\u2019\u00e9volution au gr\u00e9 de l\u2019imagination du traceur. L\u2019espace ainsi cr\u00e9\u00e9 n\u2019est pas un espace fini, il est modifiable \u00e0 souhait, et constamment remodel\u00e9 par ceux qui daignent s\u2019y atteler.<\/p>\n<p>Le Parkour n\u2019a donc, pour r\u00e9sumer, pas uniquement vocation \u00e0 faire un nouvel usage, cr\u00e9atif et imaginatif, de l\u2019espace public, mais permet la cr\u00e9ation, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cet espace, de nouveaux espaces d\u2019expression, et de cr\u00e9ation artistique, de nouveaux espaces publics, dont les caract\u00e9ristiques communes sont les mani\u00e8res peu communes de s\u2019y d\u00e9placer qui s\u2019y pratiquent. Contrairement \u00e0 l\u2019espace originel o\u00f9 naissent ces extensions spatiales, qui lui est normatif au possible, et o\u00f9 la conformit\u00e9 \u00e0 la norme en vigueur est de rigueur.<\/p>\n<p>Ces espaces \u00e9tant \u00e9ph\u00e9m\u00e8res et modifiables, &#8211; mobiles m\u00eame pourrait-on dire -, leurs contours sont flous et ind\u00e9finis, et ils s\u2019imbriquent dans l\u2019espace dans lequel ils prennent naissance de telle sorte qu\u2019on ne distingue pas les premiers du second, et les traceurs \u00e9voluent dans l\u2019espace urbain en y chevauchant en permanence deux espaces qui se confondent.<\/p>\n<p>De cette mani\u00e8re, le commun des utilisateurs de l\u2019espace public primaire, ignorant la pluralit\u00e9 des espaces, ne voient les traceurs \u00e9voluer que dans <em>leur<\/em> espace. Or, cela pose des probl\u00e8mes multiples.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\">II. Face \u00e0 la marchandisation des espaces<\/span><\/strong><\/p>\n<p>D\u2019une part, l\u2019espace public tend de plus en plus \u00e0 \u00eatre privatis\u00e9, de sorte qu\u2019il se transforme peu \u00e0 peu en une multitude d\u2019espaces priv\u00e9s, juxtapos\u00e9s, qui n\u2019ont de commun \u2013 au sens de partag\u00e9 \u2013 que les fronti\u00e8res qui les s\u00e9parent les uns des autres.<\/p>\n<p>L\u2019espace qui, par exemple, se trouve devant la porte ou la vitrine d\u2019un commerce quelconque se voit r\u00e9quisitionn\u00e9 par celui-ci, au nom du domaine priv\u00e9\u00a0; n\u2019y \u00e9volue pas et ne s\u2019y arr\u00eate pas qui veut, et les ind\u00e9sirables en seront chass\u00e9s dans l\u2019instant par le commer\u00e7ant, qui s\u2019en consid\u00e8rera \u2013 et proclamera &#8211; propri\u00e9taire, soit parce que, par leur position dans l\u2019espace, ils \u00ab\u00a0emp\u00eachent les clients de regarder la vitrine\u00a0\u00bb, soit parce qu\u2019ils les \u00ab\u00a0emp\u00eachent d\u2019acc\u00e9der facilement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du magasin\u00a0\u00bb, soit tout simplement parce qu\u2019ils les indisposent, ou, pire, qu\u2019ils risquent de les indisposer (l\u2019exclusion de l\u2019espace en question est bien plus souvent pr\u00e9ventive que cons\u00e9cutive \u00e0 la plainte d\u2019un client).<\/p>\n<p>Outre les commer\u00e7ants, l\u2019immense majorit\u00e9 des individus, conditionn\u00e9s en cela par le lib\u00e9ralisme ambiant, se comportent dans la rue comme si la trajectoire qu\u2019ils empruntaient dans l\u2019espace leur \u00e9tait potentiellement r\u00e9serv\u00e9e. Ils ne peuvent donc admettre le fait qu\u2019un autre la croise sans consid\u00e9rer que l\u2019autre n\u2019a pas fait attention, et, qu\u2019en l\u2019occurrence, il \u00ab\u00a0aurait pu faire attention\u00bb.Il leur vient rarement \u00e0 l\u2019esprit que, l\u2019espace \u00e9tant public, d\u2019autres qu\u2019eux empruntent des parties communes \u00e0 leur trajectoire, et qu\u2019il est bien plus probable que ce soit cela \u2013 au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9ventuel manque d\u2019attention \u2013 qui explique que leurs parcours se croisent de la sorte.<\/p>\n<p>Mais cette tendance au sentiment de propri\u00e9t\u00e9 se cristallise dans les lieux publics contigus \u00e0 des lieux priv\u00e9s, comme si les seconds d\u00e9bordaient sur les premiers de telle sorte qu\u2019ils les annexent implicitement. Ainsi en va-t-il des commerces s\u2019appropriant une partie plus ou moins grande de l\u2019espace public en contact avec leur devanture, mais \u00e9galement des r\u00e9sidents qui eux s\u2019approprient la partie de l\u2019espace public \u2013 l\u00e0 aussi de mani\u00e8re plus ou moins \u00e9tendue selon les cas, cela va parfois loin -, contigu\u00eb \u00e0 leur pas de porte, \u00e0 leur hall d\u2019immeuble, aux escaliers qui y conduisent, aux murets qui d\u00e9limitent leur jardin, etc\u2026- et ils en chassent impitoyablement les \u00ab\u00a0intrus\u00a0\u00bb, et autres ind\u00e9sirables -.Autrement dit, les propri\u00e9taires priv\u00e9s \u2013 ou parfois m\u00eame les locataires \u2013 se sont octroy\u00e9s, bien au-del\u00e0 de leur lieu de r\u00e9sidence, au beau milieu de l\u2019espace public, le pouvoir de g\u00e9rer une partie dudit espace, d\u00e9cidant, selon des crit\u00e8res qu\u2019eux seuls connaissent \u2013 et qu\u2019eux seuls valident par cons\u00e9quent -, ceux qui y sont tol\u00e9r\u00e9s de ceux qui en seront chass\u00e9s. Sous peine d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0appeler la police\u00a0\u00bb. A cela on peut ajouter que nombre de lieux publics (\u00e9coles, mairie, centres sociaux, \u2026) adoptent d\u00e9sormais ce type de comportement, et exercent sur l\u2019espace public environnant le m\u00eame contr\u00f4le que les commer\u00e7ants ou les propri\u00e9taires priv\u00e9s.<\/p>\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne va croissant, et le priv\u00e9 \u2013 ou \u00e0 d\u00e9faut le privatis\u00e9 -, gagne, dans l\u2019espace, du terrain sur le public. Comme celle du d\u00e9sert, son avanc\u00e9e va bon train, d\u2019autant qu\u2019aucun outil n\u2019est pour l\u2019instant mis \u00e0 la disposition du public pour d\u00e9fendre son territoire. Car il s\u2019agit bien de \u00ab\u00a0luttes d\u2019espaces\u00a0\u00bb, ou luttes <em>pour<\/em> l\u2019espace, dont l\u2019enjeu est d\u2019en d\u00e9poss\u00e9der l\u2019autre afin de le poss\u00e9der soi. En somme, rien de nouveau dans la famille des mammif\u00e8res \u2013 dont l\u2019humain fait partie-.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, l\u2019espace public, qui comme toute chose traverse l\u2019\u00e8re du capitalisme, et de sa course au profit, devient majoritairement un espace \u00ab\u00a0marchand\u00a0\u00bb (l\u2019espace ne sert qu\u2019\u00e0 acheter et\/ou \u00e0 vendre) et est lui-m\u00eame en proie \u00e0 une constante marchandisation (l\u2019espace lui-m\u00eame est transform\u00e9 en marchandise).Il faut bien distinguer le premier ph\u00e9nom\u00e8ne du second, car ce sont deux choses diff\u00e9rentes, bien qu\u2019elles aillent de pair.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Mars 2005, dans le m\u00e9tro parisien le regard est arr\u00eat\u00e9 par un graffiti au feutre sur une affiche publicitaire murale\u00a0: \u00ab\u00a0Publicit\u00e9, espace public, profit priv\u00e9, lib\u00e9rez nos murs\u00a0!\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0et nos esprits\u00a0\u00bb rajoute un autre intervenant dans un feutre d\u2019une autre couleur. Des personnes s\u2019arr\u00eatent et ne regardent pas la pub, mais le graffiti avec un sourire approbateur.<\/em> \u00bb(<strong>5<\/strong>)<\/p>\n<p>De fait, l\u2019espace public, qui, au d\u00e9part, a pour vocation \u00ab\u00a0d\u2019\u00eatre le forum o\u00f9 s\u2019expose un probl\u00e8me qui interroge la collectivit\u00e9\u00a0\u00bb, d\u2019\u00eatre un lieu d\u2019expression et d\u2019\u00e9changes entre les individus, se voit transform\u00e9 en une gigantesque vitrine marchande, o\u00f9 la publicit\u00e9 commerciale a pris la place de la public-it\u00e9(<strong>6<\/strong>) originelle, celle dont le r\u00f4le \u00e9tait de \u00ab\u00a0cr\u00e9er l\u2019espace de l\u2019agir politique\u00a0\u00bb, o\u00f9 \u00ab\u00a0l\u2019information-communication dans l\u2019espace public comme support de connaissance et de d\u00e9bat est r\u00e9duite \u00e0 une communication d\u2019entreprise \u00e0 des fins marchandes\u00a0\u00bb, o\u00f9 il ne \u00ab\u00a0peut s\u2019[\u2026]exercer aucune pratique du jugement\u00a0\u00bb(<strong>7<\/strong>).<\/p>\n<p><sup> <\/sup><\/p>\n<p>Puisque l\u2019espace est un lieu strat\u00e9gique (notamment le lieu de strat\u00e9gies qui consistent \u00e0 en prendre le contr\u00f4le), il n\u2019est pas surprenant que l\u2019entreprise capitaliste cherche constamment \u00e0 se l\u2019approprier de la sorte. Ce qui pourrait, en revanche, davantage surprendre, c\u2019est le manque de ferveur avec lequel le public d\u00e9fend l\u2019espace qui \u00e9tait sien, la nonchalance, \u00e0 l\u2019allure presque fataliste, avec laquelle il s\u2019en laisse d\u00e9poss\u00e9der, et peut-\u00eatre aussi le cruel manque d\u2019inventivit\u00e9 du peu de moyens mis en \u0153uvre pour lutter. De tout cela, il r\u00e9sulte que l\u2019espace fait de plus en plus de place au marchand, et de moins en moins \u00e0 ce qui ne l\u2019est pas. Lorsqu\u2019il n\u2019est pas occup\u00e9 par des commerces ou, comme on l\u2019a vu pr\u00e9c\u00e9demment, annex\u00e9 par ceux-ci &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire lorsqu\u2019il ne sert pas \u00e0 acheter ou \u00e0 vendre -, il sert essentiellement de lieu transitoire aux individus se rendant dans un espace commercial ou bien, \u00e0 d\u00e9faut, se rendant au travail afin de gagner de l\u2019argent qui pourra ensuite \u00eatre d\u00e9pens\u00e9 dans l\u2019un de ces lieux.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l\u2019espace, lorsqu\u2019on l\u2019aborde comme une chose physique, ne peut \u00e9chapper lui-m\u00eame \u00e0 la volont\u00e9 des uns de vendre tout ce qu\u2019ils voient, et devient de ce fait l\u2019objet de processus de marchandisation constants, de mises \u00e0 prix, de recherches du profit, d\u2019\u00e9l\u00e9vation des droits d\u2019entr\u00e9e\u2026L\u2019espace, auparavant public, aujourd\u2019hui se monnaye, se vend, s\u2019ach\u00e8te. Il co\u00fbte cher, et \u00ab\u00a0prendre de l\u2019<em>espace<\/em> \u00bb, qu\u2019on ne nous aurait pas octroy\u00e9 via une transaction commerciale \u2013 r\u00e9elle, ou symbolique-, peut aussi co\u00fbter tr\u00e8s cher en termes de repr\u00e9sailles.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\">III. Rapport changeant \u00e0 l\u2019espace public<\/span><\/strong><\/p>\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat du Parkour, au vu d\u2019une telle situation, est que ceux qui le pratiquent se saisissent d\u2019une partie, toujours changeante, de l\u2019espace public, pour laquelle ils ne demandent aucune permission et n\u2019avertissent personne\u00a0; ils s\u2019en saisissent spontan\u00e9ment, et en disposent et l\u2019utilisent comme si tout cela \u00e9tait naturel ou allant de soi (il est certes vrai que cela <em>devrait<\/em> aller de soi\u2026).Mais au-del\u00e0 du fait qu\u2019ils s\u2019en saisissent sans en demander l\u2019autorisation, ils ne paieront ensuite jamais pour cet espace qu\u2019ils utilisent comme\u00a0 &#8211; et quand &#8211; bon leur semble. Ils ne tiendront pas compte des processus de marchandisation incessants dont cet espace fait l\u2019objet, et feront tout simplement comme s\u2019ils n\u2019existaient pas, comme si les r\u00e8gles, aussi bien celles d\u00e9finissant l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019espace ainsi que le prix dont on doit s\u2019acquitter pour en disposer que celles en r\u00e9glementant l\u2019utilisation, comme si toutes ces r\u00e8gles restaient \u00e0 inventer. Sur la place publique. En situation.<\/p>\n<p>De plus, ils utilisent cet espace, acquis par des voies peu communes, d\u2019une mani\u00e8re pas plus commune, et n\u2019en font, dans tous les cas de figure, aucun usage commercial, remettant, de fait, en cause les dispositions inh\u00e9rentes \u00e0 la r\u00e9glementation marchande des espaces. Ils ne payent pas pour l\u2019utiliser\u00a0; ils ne l\u2019utilisent pas pour le vendre \u2013 ni pour y vendre autre chose &#8211;\u00a0; ils n\u2019y produisent rien \u2013 en tous cas rien dont on peut esp\u00e9rer tirer un profit commercial &#8211;\u00a0; ils n\u2019y travaillent pas et n\u2019y recherchent pas de travail\u00a0; ils n\u2019y font pas transiter de l\u2019argent. L\u2019espace occup\u00e9 est occup\u00e9 <em>gratuitement<\/em>, et cela dans les trois acceptions du terme\u00a0: il est occup\u00e9 par des individus qui n\u2019ont pas pay\u00e9 pour en disposer\u00a0; les individus qui l\u2019occupent y font ce qu\u2019ils y font de mani\u00e8re gratuite, pour rien, sans r\u00e9tribution\u00a0; et pour finir, ils le font sans raison, sans fondement, sans motif apparent, excluant ainsi de cette pratique toute finalit\u00e9 \u00e0 vocation utilitariste. Et si la vue des pratiquants indispose un certain nombre d\u2019individus qui, dans l\u2019espace public, y sont \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre, confront\u00e9s, c\u2019est en grande partie parce que le Parkour instaure ce rapport non-marchand et gratuit \u00e0 l\u2019espace.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\">IV. Finalit\u00e9 th\u00e9orique du Parkour<\/span><\/strong><\/p>\n<p>En effet, il me semble utile de discerner la finalit\u00e9 th\u00e9orique du Parkour, avanc\u00e9e par ceux qui en sont \u00e0 l\u2019origine, David Belle notamment, de la fa\u00e7on dont il est pratiqu\u00e9. En d\u2019autres termes, discerner ce \u00e0 quoi pourrait un jour servir l\u2019entra\u00eenement, de ce en quoi il consiste.<\/p>\n<p>Il se trouve que, si le but recherch\u00e9 par la pratique qui selon les mots de David Belle est \u00ab\u00a0une m\u00e9thode d\u2019entra\u00eenement, de pr\u00e9paration physique aux obstacles\u00a0\u00bb, semble \u00eatre de pr\u00e9venir, par un entra\u00eenement complet et rigoureux aux franchissements d\u2019obstacles, et par le d\u00e9veloppement d\u2019une capacit\u00e9 \u00e0 l\u2019adaptation \u00e0 des environnements divers et vari\u00e9s (milieux urbain comme naturel, de jour comme de nuit, par temps sec comme par temps pluvieux, mais aussi sous la neige, dans le d\u00e9sert, par des conditions de chaud ou de froid extr\u00eames, parfois pieds et torse nus, etc\u2026) la plus exhaustive possible, &#8211; de pr\u00e9venir donc \u2013 tout cas de figure dans lequel une telle pr\u00e9paration physique et mentale pourrait se montrer utile ( n\u00e9cessit\u00e9 de fuir, personne en danger \u00e0 secourir, urgence du d\u00e9placement effectu\u00e9\u2026), et permettre \u00e0 celui qui la pratique de faire face \u00e0 n\u2019importe quelle situation o\u00f9 il serait requis de se d\u00e9placer de mani\u00e8re rapide, efficace et s\u00e9curis\u00e9e, il n\u2019en demeure pas moins que l\u2019entra\u00eenement ne consiste pr\u00e9cis\u00e9ment pas \u00e0 faire face \u00e0 de telles \u00e9ventualit\u00e9s, mais \u00e0 en pr\u00e9parer la venue. Or, puisque l\u2019urgence reste, d\u00e8s lors, du domaine de l\u2019imaginaire \u2013 comme pour les enfants qui imaginent que les briques sont des coul\u00e9es de lave -, on a, par cons\u00e9quent, droit \u00e0 l\u2019erreur, dans la mesure o\u00f9 rien ne nous met effectivement en fuite, o\u00f9 nul n\u2019encourt un grave danger, attendant qu\u2019on le secoure de toute urgence &#8211; et o\u00f9 les briques ne sont pas des coul\u00e9es de lave -.Ainsi, le traceur s\u2019entra\u00eenant fait \u00ab\u00a0comme si\u00a0\u00bb.Il invente des sch\u00e9mas complexes r\u00e9pondant \u00e0 la vitale n\u00e9cessit\u00e9 de fictions que lui-m\u00eame imagine. En des termes plus concrets, il invente des chemins, dont il invente la n\u00e9cessit\u00e9 de les emprunter, par rapport \u00e0 une situation qui <em>pourrait advenir<\/em>, autrement dit elle aussi invent\u00e9e. On peut alors affirmer, si la <em>conjecture<\/em> est conforme \u00e0 la d\u00e9finition que Kant en donne, \u00e0 savoir qu\u2019elle est \u00ab\u00a0un exercice conc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019imagination, accompagn\u00e9e de la raison, pour le d\u00e9lassement et la sant\u00e9 de l\u2019esprit\u00a0\u00bb, que le traceur, continuellement, forme des conjectures. Juste pour voir comment on ferait <em>si<\/em>\u2026Il soumet le monde \u00e0 des d\u00e9formations dans le but de changer le regard qu\u2019il porte dessus. Par ce biais, refusant l\u2019\u00e9vidence, il questionne l\u2019espace et les structures qui le forment, et il remet en question l\u2019usage \u00e0 en faire, la vocation de telles structures (un muret, une barri\u00e8re, une bordure, un mur, un banc, une poubelle\u2026), et, outre cela, l\u2019unicit\u00e9 de leur utilit\u00e9, sugg\u00e9rant, par les variations d\u2019utilisation qu\u2019il leur fait subir, une possible pluralit\u00e9 des usages. Et, le moins que l\u2019on puisse dire \u2013 il n\u2019y a pour cela qu\u2019\u00e0 observer les r\u00e9actions des individus alors rencontr\u00e9s -, c\u2019est que cela \u2013 l\u2019id\u00e9e que les usages d\u2019une m\u00eame chose puissent \u00eatre multiples d\u2019une part, et qu\u2019ils puissent \u00eatre diff\u00e9rents de l\u2019usage que l\u2019on en fait habituellement d\u2019autre part &#8211; ne va pas de soi. Les \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas fait pour \u00e7a\u00a0!\u00a0\u00bb fusent de toutes parts.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\">V. L\u2019art du voyage<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Dans cette situation \u2013 celle o\u00f9 le traceur s\u2019entra\u00eene -, les d\u00e9placements, qui ne r\u00e9pondent \u00e0 aucun besoin concret et imm\u00e9diat de se d\u00e9placer, se suffisent \u00e0 eux-m\u00eames. Le pratiquant se d\u00e9place pour se d\u00e9placer, pour \u00eatre en mouvement\u00a0; il ne se d\u00e9place en r\u00e9alit\u00e9 pas pour aller d\u2019un endroit \u00e0 un autre. Et s\u2019il s\u2019av\u00e8re qu\u2019il va d\u2019un endroit \u00e0 un autre \u2013 puisqu\u2019il se d\u00e9place tout de m\u00eame -, il ne le fait pour rien d\u2019autre que pour le faire. Aucune raison que le commun des passants consid\u00e8rerait comme valable ne le lui commande. A l\u2019endroit o\u00f9 il va, il n\u2019a rien de particulier \u00e0 faire, que d\u2019en repartir, pour se rendre \u00e0 un nouvel endroit. Le d\u00e9placement passe alors du statut de <em>moyen <\/em>\u00e0 celui de <em>fin<\/em> <em>en soi<\/em>. Il n\u2019est plus le moyen d\u2019atteindre un but, mais le but lui-m\u00eame. Une telle fa\u00e7on de proc\u00e9der est v\u00e9cue comme une insulte \u00e0 l\u2019utilitarisme ambiant. Il ne faudra donc pas s\u2019\u00e9tonner que l\u2019utilitarisme ambiant le lui rende en l\u2019insultant en retour (je fais ici r\u00e9f\u00e9rence aux propos r\u00e9guli\u00e8rement tenus aux traceurs s\u2019entra\u00eenant dans l\u2019espace public).Que certains se d\u00e9placent ainsi par jeu n\u2019amuse pas tout le monde. Parce qu\u2019en jouant ainsi \u2013 cela n\u2019emp\u00eacha pas, au contraire\u00a0! -, on ne remet pas seulement en cause la normalisation des modes de d\u00e9placement qui sont commun\u00e9ment rencontr\u00e9s\u00a0\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019espace public, ainsi que les voies leur \u00e9tant affect\u00e9es ; mais on remet en cause les rapports que l\u2019on entretient \u00e0 l\u2019espace public, et non point seulement l\u2019usage qu\u2019on en fait, mais \u00e9galement la fonction qu\u2019on lui attribue\u00a0; on remet en cause la privatisation et la marchandisation dont il fait l\u2019objet\u00a0; on en remet en cause le prix, ainsi que le fait qu\u2019il en ait un\u00a0; on remet en cause les r\u00e8gles qui y sont en vigueur, ainsi que les codes qui le r\u00e9gissent\u00a0; on remet en cause l\u2019unicit\u00e9 de l\u2019espace, ainsi que l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019\u00e9voluer simultan\u00e9ment dans deux espaces diff\u00e9rents (ou dans deux dimensions diff\u00e9rentes de l\u2019espace)\u00a0; on remet en cause l\u2019usage \u00e0 faire des structures constitutives de l\u2019espace public, mais \u00e9galement la vocation \u00e0 caract\u00e8re unique de l\u2019usage qu\u2019on pourrait en faire\u00a0; on remet en cause la mani\u00e8re d\u2019utiliser le corps comme outil de d\u00e9placement\u00a0; on remet en cause le rapport \u00e0 son corps, \u00e0 sa structure biologique\u2026Et cette liste, pour s\u00fbr, n\u2019est pas exhaustive. Jouer n\u2019est donc certes pas si anodin, et le Parkour appara\u00eet d\u00e8s lors, au-del\u00e0 d\u2019un moyen de se d\u00e9placer, comme un outil de r\u00e9appropriation et de questionnement de l\u2019espace public, d\u2019une richesse et d\u2019une puissance rares.<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Na\u00efm BORNAZ.<\/strong><\/p>\n<p><strong>NOTES:<\/strong><\/p>\n<p><strong>1<\/strong>. Traceur\u00a0: pratiquant du Parkour<strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>2<\/strong>. Entr\u00e9e \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb du dictionnaire en ligne Wiktionnaire.<strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>3<\/strong>. Henri Laborit, \u00ab\u00a0Eloge de la  Fuite\u00a0\u00bb, p.67, collection Folio Essais.<\/p>\n<p><strong>4<\/strong>. Entr\u00e9e \u00ab\u00a0espace public\u00a0\u00bb de l\u2019encyclop\u00e9die en ligne Wikip\u00e9dia.<\/p>\n<p><strong>5<\/strong>. Hugues Bazin [2005], L\u2019art d\u2019intervenir dans l\u2019espace public, www.recherche-action.fr <a href=\"http:\/\/www.recherche-action.fr\/\"><\/a><\/p>\n<p><strong>6<\/strong>. Publicit\u00e9\u00a0: [Du latin m\u00e9di\u00e9val <em><a href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/w\/index.php?title=publicitatem&amp;action=edit\">publicitatem<\/a><\/em> compos\u00e9 de \u00ab\u00a0<em><a href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/public\">public<\/a><\/em> \u00bb et du suffixe <em>\u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/-it%C3%A9\">-it\u00e9<\/a><\/em> \u00bb qui\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 indique un \u00e9tat; \u00e9tymologiquement ce mot signifie \u00ab\u00a0\u00e9tat de ce qui est public\u00a0\u00bb] qualit\u00e9 de ce qui est rendu public. (<em>source<\/em> : encyclop\u00e9die en ligne Wikip\u00e9dia)<\/p>\n<p><strong>7<\/strong>. Hugues Bazin [2005], op. cit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Pas plus que la d\u00e9mocratie, l\u2019espace public n\u2019est quelque chose de naturel et qui va de soi.\u00a0\u00bb Hugues Bazin Prologue\u00a0: Au c\u0153ur de l\u2019exercice d\u00e9finitionnel Parkour (ou \u00ab\u00a0art du d\u00e9placement \u00bb) : pratique sportive consistant \u00e0 se d\u00e9placer d&rsquo;un point A \u00e0 un point B, et ce en recherchant avant tout l&rsquo;efficacit\u00e9 dans le franchissement &hellip; <a href=\"https:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/2008\/10\/03\/parkour-lart-de-subvertir-le-rapport-a-lespace-public\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Parkour : l&rsquo;art de subvertir le rapport \u00e0 l&rsquo;espace public&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[12,13,30,48,50,59,65],"class_list":["post-10","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","tag-art","tag-art-du-deplacement","tag-espace-public","tag-naim","tag-parkour","tag-rapport","tag-subvertir"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/recherche-action.fr\/l1consolable\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}