{"id":476,"date":"2016-02-27T23:37:44","date_gmt":"2016-02-27T22:37:44","guid":{"rendered":"http:\/\/recherche-action.fr\/ruesmarchandes\/?p=476"},"modified":"2017-11-11T19:47:44","modified_gmt":"2017-11-11T18:47:44","slug":"compte-rendu-de-latelier-public-ecologie-urbaine-economie-informelle-et-espaces-publics","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/recherche-action.fr\/ruesmarchandes\/2016\/02\/27\/compte-rendu-de-latelier-public-ecologie-urbaine-economie-informelle-et-espaces-publics\/","title":{"rendered":"Compte-rendu de l\u2019atelier public \u00ab \u00c9cologie urbaine, \u00e9conomie informelle et espaces publics \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Cette rencontre <a href=\"http:\/\/recherche-action.fr\/ruesmarchandes\/2015\/09\/29\/atelier-public-ecologie-urbaine-economie-informelle-et-espaces-publics\/\" target=\"_blank\">\u00ab \u00c9cologie urbaine, \u00e9conomie informelle et espaces publics \u00bb<\/a> s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e le 16 octobre 2015 \u00e0 la Maison des Acteurs du Paris Durable (Paris 4e), anim\u00e9 par le laboratoire d\u2019innovation sociale par la recherche-action avec des biffins. Elle a \u00e9t\u00e9 introduite par la projection du film \u00ab <a href=\"http:\/\/recherche-action.fr\/ruesmarchandes\/2015\/06\/28\/haiku-video-raconte-moi-ta-rue-marchande\/\" target=\"_blank\">Raconte-moi ta rue marchand<\/a>e \u00bb<\/p>\n<p>Le principe d&rsquo;un atelier de recherche-action est de proposer \u00e0 chacun d&rsquo;amener ses mat\u00e9riaux d\u2019exp\u00e9rience et de r\u00e9flexion, de les mettre en \u00e9changers, en discussion en commen\u00e7ant par les biffins eux-m\u00eames qui sont les mieux plac\u00e9s pour produire une connaissance \u00e0 partir de leur v\u00e9cu.<\/p>\n<p>Notre invitation a r\u00e9uni des personnes tr\u00e8s diff\u00e9rentes plus ou moins directement concern\u00e9es par les probl\u00e9matiques soulev\u00e9es par l\u2019\u00e9conomie informelle et l\u2019espace public, le r\u00f4le des minorit\u00e9s et leurs formes d\u2019organisation. L&rsquo;histoire de la lutte des biffins en r\u00e9gion parisienne remonte \u00e0 plus d&rsquo;une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es. L&rsquo;histoire de la r\u00e9cup\u00e9ration-vente remonte elle-m\u00eame au fond de l&rsquo;humanit\u00e9 puisque cette dimension de l&rsquo;\u00e9conomie informelle a toujours exist\u00e9 dans nos soci\u00e9t\u00e9s. Elle repr\u00e9sente aujourd&rsquo;hui dans certains pays 60 \u00e0 80 % de l&rsquo;\u00e9conomie. Les pays riches red\u00e9couvrent cette dimension \u00e0 l\u2019occasion de la crise des ann\u00e9es 2000 et l&rsquo;installation de la pr\u00e9carit\u00e9 pose cette question dans l\u2019espace public \u00e0 travers la pr\u00e9sence de march\u00e9s biffins.<\/p>\n<h2>Participants<\/h2>\n<p>Chantal biffine depuis 25 ans vendeuse \u00e0 la sauvette<\/p>\n<p>Martine, biffine depuis l&rsquo;\u00e2ge de 17 ans : \u00ab cela fait une quarantaine d\u2019ann\u00e9es. J&rsquo;arpente Paris de jour comme de nuit, de poubelle en poubelle et je vends \u00e0 la sauvette ou parfois dans des lieux autoris\u00e9s et je fais des bijoux avec les mat\u00e9riaux que je r\u00e9cup\u00e8re \u00bb.<\/p>\n<p>Pascal, \u00e9conomiste, investit le collectif rues marchandes pour y d\u00e9velopper des exp\u00e9rimentations et participer un groupe de recherche<\/p>\n<p>Jean Claude, animateur d\u2019une cigale qui est un club d&rsquo;investisseurs dans le cadre de l&rsquo;\u00e9conomie sociale et solidaire et s\u2019int\u00e9resse comment cette \u00e9conomie informelle de la r\u00e9cup\u00e9ration vente peut entrer dans le secteur marchand traditionnel en restant dans une dimension solidaire : \u00ab j&rsquo;habite dans le 12e il y a des projets d&rsquo;am\u00e9nagement de places publiques gagn\u00e9es sur l&rsquo;espace pris par les voitures. Pourquoi pas cr\u00e9er des activit\u00e9s nouvelles au regard de l&rsquo;espace disponible ? \u00bb<\/p>\n<p>M\u00e9lanie qui a termin\u00e9 une th\u00e8se d\u2019anthropologie sur les biffins en \u00cele-de-France. \u00ab Je m&rsquo;attache particuli\u00e8rement aux modes de r\u00e9sistance des personnes, les strat\u00e9gies qu&rsquo;elles mettent en place pour faire face au quotidien \u00bb.<\/p>\n<p>Claire, artiste plasticienne et sc\u00e9nographe, animent \u00ab Wos agence des hypoth\u00e8ses \u00bb qui a r\u00e9alis\u00e9 le film documentaire de cette soir\u00e9e et aussi d\u00e9velopp\u00e9 des projets d&rsquo;\u00e9tals mobiles \u00e0 Dakar avec les marchands ambulants,<\/p>\n<p>Malika , anthropologue, a particip\u00e9 \u00e0 une consultation de citoyens autour des biffins initi\u00e9s par la Ville de Paris et qui a formul\u00e9 des propositions : \u00ab on demandait qu\u2019il y ait des espaces organis\u00e9s pour la biffe. Les pr\u00e9conisations allaient donc vers une reconnaissance de la biffe et d&rsquo;un am\u00e9nagement dans l&rsquo;espace, reconna\u00eetre les porte-parole des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s de biffins.<\/p>\n<p>Evelyne chercheur en sociologie des sciences, a travaill\u00e9 sur les tiers lieux et s&rsquo;int\u00e9resse tout particuli\u00e8rement \u00e0 tout ce qui touche aux nouvelles pratiques collaboratives. \u00ab Je connais la r\u00e9alit\u00e9 des biffins surtout avant tout en tant que cliente des brocantes. Les tiers lieux se placent entre la sph\u00e8re publique la sph\u00e8re professionnelle \u00bb<\/p>\n<p>Zo\u00e9, architecte \u00ab je m&rsquo;int\u00e9resse aux diff\u00e9rentes pratiques dans l&rsquo;espace public<\/p>\n<p>Hugues,chercheur en sciences sociales au LISRA, cofondateur de \u00ab\u00a0rues marchandes\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Damien, \u00e9ducateur, ENS anthropologue je m&rsquo;int\u00e9resse au bricolage du quotidien, aux savoirs ordinaires que produisent les gens pour vivre.<\/p>\n<p>Autre participante qui s&rsquo;int\u00e9resse beaucoup au tri anti gaspillage dans une soci\u00e9t\u00e9 de surconsommation, des activit\u00e9s comme les r\u00e9pair&rsquo;caf\u00e9. Je m&rsquo;int\u00e9resse aux ressourceries.<\/p>\n<p>Autre participant \u00ab je ne suis pas dans un parti, dans une organisation ici je suis venu gr\u00e2ce \u00e0 lien avec le support Internet est \u00e0 la fois on fabrique quelque chose , on construit en faisant.<\/p>\n<p>(NB: D\u2019autres participants se sont pr\u00e9sent\u00e9s, mais, l\u2019enregistrement n\u2019est pas audible, la mauvaise qualit\u00e9 acoustique de la salle n\u2019a pas permis de retranscrire l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des \u00e9changes)<\/p>\n<h2>D\u00e9bat<\/h2>\n<blockquote><p>\u00ab Un des enjeux de cette rencontre est de cr\u00e9er un nouvel imaginaire autour de la r\u00e9cup\u00e9ration-vente renvoy\u00e9e aux d\u00e9chets, aux rebuts, aux salissures. Les autorit\u00e9s s\u2019appuient sur ces repr\u00e9sentations pour justifier une chosification des biffins. \u00c0 partir du moment o\u00f9 les personnes sont consid\u00e9r\u00e9es comme des choses, il est plus facile de les exclure de l&rsquo;espace public, car ils perdent leurs conditions de citoyens ou sont consid\u00e9r\u00e9s comme des sous-citoyens. Le principe de ce collectif Rues Marchandes est de favoriser une intelligence collective par le croisement de personnes d\u2019horizons diff\u00e9rents, mais qui pense que la cr\u00e9ativit\u00e9 ou l\u2019innovation sociale peut apporter des r\u00e9ponses \u00e0 des conditions pr\u00e9caires. Ce basculement nous disant que les march\u00e9s biffins ne sont pas le probl\u00e8me, mais la solution, am\u00e8ne \u00e0 nous interroger sur le rapport \u00e0 la ville, \u00e0 l\u2019\u00e9conomie, sur les circuits courts, sur l&rsquo;habitat, etc. L&rsquo;imaginaire instituant n\u2019est pas une r\u00eaverie, il peut correspondre \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de nouveaux dispositifs, mais il y a un blocage au niveau politique et institutionnel d\u00e8s qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;ouvrir des espaces marchands dans l&rsquo;espace public. Il n&rsquo;y a que trois march\u00e9s temporaires qui sont autoris\u00e9s ou tol\u00e9r\u00e9s en r\u00e9gion parisienne, leur poursuite reste pr\u00e9caire (porte Montmartre dans le 18e, Croix de Chavaux \u00e0 Montreuil, Porte de Vanves, dans le 14e).<\/p>\n<p>\u00ab On est dans la rue depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Au d\u00e9but on \u00e9tait une cinquantaine, moi j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 Montreuil, on n&rsquo;\u00e9tait pas beaucoup \u00e0 biffer. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque personne ne parle de biffins on ne s&rsquo;occupait pas de nous. On se cachait, on avait honte de fouiller dans les poubelles et de les revendre. Puis le ph\u00e9nom\u00e8ne s&rsquo;est \u00e9largi. On a \u00e9t\u00e9 de mairie en mairie, de r\u00e9union en r\u00e9union. Jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant peu de choses ont \u00e9t\u00e9 faites pour les biffins, le probl\u00e8me demeure. Le Carr\u00e9 des biffins \u00e0 la porte Montmartre g\u00e9r\u00e9e par Aurore n&rsquo;est pas suffisant et ne r\u00e9pondait pas aux besoins. Il n&rsquo;y a que 100 places, mais que faire des \u00ab sans places \u00bb ? J&rsquo;ai v\u00e9cu un moment dans la rue et il faut toujours se justifier de tout. Mon espoir est que la biffe soit mieux reconnue avec plus de march\u00e9s, qui ne soient plus r\u00e9prim\u00e9s par la police et que l&rsquo;on ne confisque plus leurs biens. Tout cela co\u00fbte \u00e0 la collectivit\u00e9 alors que nous sommes utiles en r\u00e9cup\u00e9rant dans les poubelles. Moi je r\u00e9cup\u00e8re plein de belles choses, j&rsquo;en fais des cr\u00e9ations que je revends. Oui il y a effectivement de l&rsquo;or dans nos poubelles. Au niveau politique il faudrait que les biffins s&rsquo;investissent plus pour que la cause des biffins soit reconnue d\u00e9j\u00e0 par les biffins. Cela commence par organiser des lieux o\u00f9 les biffins peuvent se retrouver en s\u00e9curit\u00e9 et impliquer les politiques, les convaincre sur ce qui peut \u00eatre fait. Il y a trois marcher sur Paris et ce n&rsquo;est pas suffisant. C&rsquo;est difficile de cr\u00e9er un mouvement f\u00e9d\u00e9rateur, beaucoup de biffins ont baiss\u00e9 les bras. Chacun continu dans son coin \u00e0 la sauvette. On a toujours des solutions nous biffins, ils ont beau enlever nos sacs et nos caddies, prendre nos objets, de toute fa\u00e7on on repasse dans les poubelles et on recommence. C\u2019est le cycle, on nous chasse, on sera toujours l\u00e0 quoi qu&rsquo;ils pensent, on fouille les poubelles, on trouve les objets, on les ram\u00e8ne on les vend, m\u00eame s\u2019ils viennent nous chasser, ce n\u2019est pas grave, on recommence parce que c&rsquo;est une question de survie. Rien ne peut nous emp\u00eacher de faire les march\u00e9s biffins, on sera toujours l\u00e0. Mais c&rsquo;est difficile de f\u00e9d\u00e9rer les biffins, il faut arriver \u00e0 le sensibiliser \u00e0 la question des rues marchandes.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le mot biffins avant de revenir dans l&rsquo;espace public en \u00e9tait sorti, on parlait alors de vendeurs \u00e0 la sauvette. L\u2019appropriation du mot \u00ab\u00a0Biffin\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 une mani\u00e8re de dire qu&rsquo;on participe \u00e0 l&rsquo;histoire, qu&rsquo;on est acteur historique. Il y a d\u00e9j\u00e0 eu une mouvance associative et des comit\u00e9s de soutien o\u00f9 il y a un discours alternatif qui a \u00e9t\u00e9 en partie repris par les autorit\u00e9s municipales pour ce qui concerne le Carr\u00e9 des biffins la Porte Montmartre.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le paradoxe, c\u2019est que nous sommes en pleine discussion sur l\u2019\u00e9cologique, les biffins ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9curseurs. Comment arriver \u00e0 amener les institutions, les \u00e9lus sur le terrain. L&rsquo;enjeu est donc de dire si cette \u00e9conomie informelle est une v\u00e9ritable \u00e9conomie au m\u00eame titre que les brocanteurs m\u00eames s&rsquo;ils n&rsquo;ont pas de statut. Il s&rsquo;agit donc de faire basculer dans le champ de la r\u00e9flexion de l&rsquo;action cette dimension d&rsquo;\u00e9cod\u00e9veloppement sinon les mobilisations comme celles qui ont exist\u00e9 dans les ann\u00e9es 2000 risquent de rester vaines.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On cherche \u00e0 st\u00e9riliser les pratiques non institu\u00e9es qui sont d\u00e9j\u00e0 en elle-m\u00eame des r\u00e9ponses. On n\u2019entre pas dans la biffe par hasard, il y a des parcours de carri\u00e8re de biffins, ce sont des ressources qui sont mobilis\u00e9es. Alors, comment faire comprendre aux pouvoirs publics d&rsquo;avoir un autre regard sur des processus qu\u2019ils ne contr\u00f4lent pas.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous, on a commenc\u00e9 la lutte, il n&rsquo;y avait pas le Carr\u00e9 des biffins, ce n&rsquo;\u00e9tait pas notre probl\u00e8me. On voulait un march\u00e9 autog\u00e9r\u00e9. Mais tout de suite c&rsquo;est devenu un march\u00e9 encadr\u00e9 avec une convention politique et sociale. Alors qu&rsquo;on n\u2019avait pas besoin pour la majorit\u00e9 d&rsquo;entre nous d&rsquo;insertion sociale.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Est-ce que cela ne passe pas par la reconnaissance d&rsquo;une libert\u00e9 individuelle. On peut faire le parall\u00e8le avec la mani\u00e8re dont la RATP g\u00e8re les espaces marchands dans le m\u00e9tro parisien.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il est n\u00e9cessaire d&rsquo;avoir un permis sp\u00e9cial, de payer une redevance, il y a une s\u00e9lection avec des obligations.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La recherche-action doit aider \u00e0 ce qu&rsquo;il y ait un minimum d&rsquo;organisation. Cela passe par une charte.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les biffins ont besoin d&rsquo;ind\u00e9pendance, de libert\u00e9 et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 les pouvoirs politiques ont besoin d&rsquo;une structure, d&rsquo;un cadre. Les uns ont besoin de mettre dans des cases et les autres n&rsquo;ont pas envie d&rsquo;entrer dans des cases.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On peut imaginer comme pour la brocante des placiers. Avec un brassard pour \u00eatre reconnu. Avoir l&rsquo;installation de conteneurs pour mettre les d\u00e9chets, s&rsquo;organiser pour que la place reste propre. On avait d\u00e9j\u00e0 pens\u00e9 \u00e0 tout \u00e7a au d\u00e9but pour qu\u2019il y ait vraiment une valorisation de la vie des biffins.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il s\u2019agit de faire comprendre aux politiques faces \u00e0 la rationalit\u00e9 technicienne que peut s\u2019opposer une autre rationalit\u00e9 qu&rsquo;on pourrait appeler situationnel, qui part de l&rsquo;exp\u00e9rience collective en situation. Le technicien r\u00e9fl\u00e9chit par segmentation sous forme de cat\u00e9gories, de commissions techniques, car il pense que c&rsquo;est plus efficient alors que les biffins ne rentrent pas dans cette culture technique. Et c&rsquo;est pareil d&rsquo;ailleurs pour toutes les formes de gouvernance, comment faire venir le politique sur cette autre rationalit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On a des strat\u00e9gies en tant que biffin, on joue sur l&rsquo;apparence d\u2019une brocante, on met des banderoles sur une place comme pour les vide-greniers comme \u00e7a les gens pensent qu&rsquo;il y a un cadre formel comme pour une vraie brocante.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce sont des strat\u00e9gies de d\u00e9tournement, de retournement, on pourrait imaginer des formes d&rsquo;intervention de ce type dans l&rsquo;espace public qui reprendrait ce principe pour mettre les d\u00e9cideurs devant leurs responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le vide-greniers sauvage, c\u2019est comme des \u00ab\u00a0flashs mobilit\u00e9\u00a0\u00bb, mais est-ce que \u00e7a peut berner longtemps les commer\u00e7ants, ce sont les premi\u00e8res protester, c&rsquo;est avec toute la population qu&rsquo;il faut travailler par rapport \u00e0 l&rsquo;image qu&rsquo;ont les biffins. Les biffins ne sont pas connus et reconnus il faudrait un festival pour qu&rsquo;ils entrent un peu en visibilit\u00e9, invitant les formes \u00e9conomiques alternatives, valoriser la dimension cr\u00e9ative pour que les biffins aient des interlocuteurs.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il n&rsquo;y a pas la visibilit\u00e9 quand il n&rsquo;y a pas la grille pour voir. Les biffins ne sont pas rep\u00e9r\u00e9s parce qu&rsquo;on ne les voit pas en tant que r\u00e9cup\u00e9rateurs vendeurs, mais en tant que pauvres occupant la rue. \u00c0 travers la place marchande c&rsquo;est donc tout le circuit de l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me qu\u2019il s&rsquo;agit de faire reconna\u00eetre et dont font partie les acheteurs.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La diff\u00e9rence entre le vide-grenier et les biffins, tout cela semble se ressembler ?<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Avant, il n\u2019avait pas de diff\u00e9rences, il y a cependant une diff\u00e9rence entre brocante et vide-greniers, maintenant le vide-greniers ressemble \u00e0 des brocantes avec de belles tables de pr\u00e9sentation si bien que les biffins se font remarquer d\u00e8s qu\u2019ils veulent s\u2019installer. On n&rsquo;arrive pas \u00e0 n\u00e9gocier des places sur les vide-greniers.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y aussi un lien avec la nature des objets, le brocanteur cherche plut\u00f4t des antiquit\u00e9s, ils sont d\u00e9clar\u00e9s, ils payent une place, ils ont des d\u00e9p\u00f4ts de marchandise. Les emplacements des brocantes professionnelles en province co\u00fbtent tr\u00e8s cher, ces 300 \u20ac la place.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les brocanteurs sont l\u00e0 \u00e0 la premi\u00e8re heure pour r\u00e9cup\u00e9rer des objets sur les march\u00e9s biffins.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L&rsquo;espace public est un espace du commun qu&rsquo;il faut n\u00e9gocier, la question se pose alors qui a le pouvoir et la l\u00e9gitimit\u00e9 pour n\u00e9gocier. Pourquoi par exemple exiger une appartenance territoriale rapport \u00e0 l&#8217;emplacement des march\u00e9s alors que la biffe s&rsquo;inscrit dans une mobilit\u00e9. Les r\u00e9ponses en termes de circuits de r\u00e9cup\u00e9ration sont toujours parcellaires en ce qui concerne les biffins, m\u00eame si de temps en temps on peut n\u00e9gocier une place dans un vide-greniers, temps en temps c\u2019est le cas d&rsquo;une ressourcerie, de m\u00eame Emma\u00fcs qui a des entreprises d\u2019insertion sociale avec des lieux de d\u00e9p\u00f4t-vente.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les \u0153uvres caritatives d\u00e9veloppent leur propre \u00e9conomie dans la transformation des objets.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On a trop tendance \u00e0 confondre certaines formes de mobilit\u00e9, de parcours chaotique ou qui se renouvelle comme un signe de pr\u00e9carit\u00e9. On peut ne pas avoir n\u00e9cessairement un statut tout en revendiquant une protection.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous sommes bien entre \u00ab\u00a0pr\u00e9carit\u00e9 l&rsquo;innovation et l&rsquo;innovation de la pr\u00e9carit\u00e9\u00a0\u00bb. Ceux qui sont amen\u00e9s \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 leurs besoins par l\u2019innovation, ce sont les pr\u00e9caires qui innovent, mais ce n&rsquo;est pas parce qu\u2019on innove qu&rsquo;on doit \u00eatre maintenu dans la pr\u00e9carit\u00e9. On peut donc imaginer des \u00ab\u00a0tiers lieux\u00a0\u00bb mobiles qui jouent le r\u00f4le d&rsquo;interface entre des processus instituant et institu\u00e9. On peut cr\u00e9er des espaces de croisement m\u00eame dans les lieux institu\u00e9s ou dans les espaces r\u00e9glement\u00e9s. Le propre de ce tiers espace, c&rsquo;est que les gens peuvent red\u00e9finir leur position et ainsi mettre leur imagination au service d&rsquo;une cr\u00e9ativit\u00e9. Les pauvres ne sont pas uniquement consid\u00e9r\u00e9s comme des pauvres et les institutionnels pas uniquement comme des institutionnels. Le principe de Rues Marchandes est de pouvoir cr\u00e9er ce type d&rsquo;interface.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il faut trouver des formes d&rsquo;autogestion vivante tout en respectant le mode de vie de populations qui ont choisi un certain degr\u00e9 de libert\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Une strat\u00e9gie serait de faire reconna\u00eetre des comp\u00e9tences collectives qui ne se confondent pas avec un statut rigide. On retrouve ces comp\u00e9tences dans la capacit\u00e9 \u00e0 organiser un march\u00e9, \u00e0 d\u00e9velopper des r\u00e9seaux, \u00e0 n\u00e9gocier des places. Les porteurs de ces comp\u00e9tences deviennent naturellement des leaders de communaut\u00e9s et on peut imaginer une reconnaissance d&rsquo;animateur de communaut\u00e9s qui permettraient \u00e9galement de r\u00e9soudre les difficult\u00e9s qu&rsquo;ont les interlocuteurs, les institutions, des collectivit\u00e9s territoriales \u00e0 traiter avec des collectifs. La plupart du temps on ne sait pas travailler avec des communaut\u00e9s constitu\u00e9es, cela fait peur. Alors, les r\u00e9ponses ne sont pas rationnelles. Si on r\u00e9fl\u00e9chit un instant en termes d\u00e9j\u00e0 \u00e9conomiques, \u00e7a revient beaucoup plus cher d&rsquo;envoyer des forces de r\u00e9pression que s&rsquo;appuyer sur les forces \u00e9cosyst\u00e9miques propres au march\u00e9 et de favoriser une \u00e9conomie informelle des espaces marchands. Mais on donne toujours le pouvoir toujours aux corps interm\u00e9diaires parce qu\u2019ils sont reconnus \u00e0 travers des corps de m\u00e9tiers, qui sont une autre mani\u00e8re de valider des comp\u00e9tences. La biffe n&rsquo;est pas en tant que tel un corps de m\u00e9tier, c\u2019est une culture du geste, de l\u2019incertitude, de la r\u00e9sistance. On peut r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des formes de validation \u00e0 travers productions concr\u00e8tes comme l&rsquo;\u00e9dition d&rsquo;un guide des droits et de la culture biffine, des supports qui permettraient \u00e0 la fois de se d\u00e9fendre et n\u00e9gocier dans des espaces publics.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette rencontre \u00ab \u00c9cologie urbaine, \u00e9conomie informelle et espaces publics \u00bb s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e le 16 octobre 2015 \u00e0 la Maison des Acteurs du Paris Durable (Paris 4e), anim\u00e9 par le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":629,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-476","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-seminaire"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/recherche-action.fr\/ruesmarchandes\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/Dessin_biffins-768x577.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p7xknf-7G","post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/recherche-action.fr\/ruesmarchandes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/476","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/recherche-action.fr\/ruesmarchandes\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/recherche-action.fr\/ruesmarchandes\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/recherche-action.fr\/ruesmarchandes\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/recherche-action.fr\/ruesmarchandes\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=476"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/recherche-action.fr\/ruesmarchandes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/476\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":615,"href":"https:\/\/recherche-action.fr\/ruesmarchandes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/476\/revisions\/615"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/recherche-action.fr\/ruesmarchandes\/wp-json\/wp\/v2\/media\/629"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/recherche-action.fr\/ruesmarchandes\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=476"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/recherche-action.fr\/ruesmarchandes\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=476"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/recherche-action.fr\/ruesmarchandes\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=476"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}