« Ma carte de pensée, une autre géographie sociale » – par Hugues Bazin

Pour cette première « feuille de chou », Hugues Bazin nous propose ses réflexions sur les mots et notions que nous avons évoqués lors du premier Atelier Biffin. Grâce à un logiciel de « mindmapping », il a établi de premières connexions entre les différentes notions qui nous permettront de visualiser le processus de pensée du travail de groupe.

Une carte de pensée est un peu une carte de l’imaginaire, c’est dire ce qui relie des mots dans notre tête, c’est aussi ce qui nous projette dans l’espace et transforme la réalité. Au lieu de partir de schémas préconçus, ce que nous imposent les formes instituées sur la manière de concevoir par exemple l’usage de l’espace urbain, de ce qui fait la ville, la rue marchande, la ville, l’économie, etc. Cet imaginaire là est bien pauvre ! À l’opposé de la logique technicienne prétendons qu’il existe d’autres formes efficaces pour agir. Attachons-nous à ce qui relie les mots dans nos têtes et dans l’espace concret et ainsi comment se définit une nouvelle géographie à la fois mentale et sociale qui nous permettrait d’envisager, concrétiser, transformer une autre réalité. La relation à l’objet chez les récupérateurs vendeurs est symptomatique de cette construction de l’espace : comment on le récupère, comment on le manipule, comment il sert d’objet de transactions entre le vendeur et l’acheteur comment il est disposé sur l’étal, comment l’étal décrit l’univers mental et social du biffin et participe à la construction de l’espace marchand. Cet objet prend vie, il relie d’autres éléments, c’est en cela qu’il fait écosystème : éléments économiques de la transaction, éléments sociaux de la sociabilité du marché, éléments culturels dans la nostalgie du pays et des marchés populaires de ce micro-monde qui constituent un Tout-Monde et se réunit ainsi dans les rues de Paris.

On expérimente à travers la carte de pensée l’idée que plus on est mobile dans l’espace, plus on est mobile dans notre tête et réciproquement plus on est mobile dans notre tête plus on est mobile dans l’espace, que l’on ne peut pas être acteur émancipé, libéré sans être acteur chercheur qui ne dissocie pas l’agencement des mots et l’agencement de notre expérience quotidienne. C’est par les mots que se formule notre expérience, et c’est par notre expérience que s’incarnent les mots.

C’est sans doute parce que les biffins ont un imaginaire fort qu’ils peuvent résister à des conditions de vie considérée par ailleurs comme inacceptable notamment à travers l’appareil répressif qui les pourchasse continuellement dans l’espace. Pourchasser dans l’espace c’est justement empêcher de penser autrement l’espace, c’est réduire l’imaginaire en considérant le marché aux biffins comme un marché aux voleurs. Inversement, développer l’imaginaire c’est trouver les outils à travers les mots pour répondre aux besoins de construire un espace autonome généré est géré par les principaux intéressés. Organiser les mots, c’est donc concrètement organiser l’espace de notre autonomie. Au-delà de décrire un imaginaire, la carte de pensée constitue alors les éléments de reconnaissance de validation des compétences collectives.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *