A propos du Collectif

Ce Collectif s’est mis en place à partir du séminaire de recherche-action « Démocratie Alimentaire : quel périmètre d’un droit à l’alimentation durable ». L’objectif était de croiser les connaissances des initiatives citoyennes, de la formation et de la recherche concernant l’accès à l’alimentation des familles à petits budgets et des personnes en situation de précarité en vue d’une participation concrète à la transition alimentaire.

La démocratie alimentaire, concept générique, développé dans les pays occidentaux nous a amenés au constat d’une rupture fondamentale de l’accès à une alimentation que nous qualifions de durable pour une partie des habitants[1] de la France (entre 8 à 10%)[2].

Une première conférence en mars 2013[3] nous avait permis de poser la question du droit à l’alimentation suite à nos observations de la pratique autour d’un droit à être nourri et celui-ci était bien loin de recouvrir le contenu du droit à l’alimentation. Ancrée à la fois dans l’expérimentation sociale et la recherche-action, nous avons développé au fur et à mesure, une entrée à partir de la précarité alimentaire, renouvelant ainsi les approches classiques de l’accès à l’alimentation des populations à petits revenus. Cependant, l’ensemble de ces travaux montre la tension entre le droit de l’alimentation correspondant aux accords commerciaux internationaux et au droit de l’Union européenne, protégeant la libre circulation des marchandises et leur concurrence et le droit à l’alimentation, positionné dans les droits économiques, sociaux et culturels, autrement dit les droits humains. Le statut des produits alimentaires, découplé des conditions de leur production, transformation et distribution est celui de marchandises comme les autres. En outre, ce statut des produits alimentaires s’encastre dans l’illusion du consommateur souverain dans ses actes d’achats.

Compte tenu du contexte français, nous soutenons l’élaboration du droit à l’alimentation dit durable, inscrit dans la Constitution comme garantie à un accès universel, égalitaire et libre, reconnectant l’alimentation à ses conditions de production, de transformation et de distribution. Ce droit à l’alimentation dit durable est une des composantes de la démocratie alimentaire.

La piste d’une sécurité sociale de l’alimentation nous est apparu comme un cadre intéressant pour avancer quand nous avons compris que le droit à la santé était considéré comme supérieur aux autres droits dans les constitutions des pays du nord. En replaçant la création de ce droit, au sortir de la seconde guerre mondiale, nous pouvons en comprendre les conditions, notamment de subordonner les autres besoins de la vie humaines à celui-ci. Mais aujourd’hui, nous savons que nous vivons dans un monde aux ressources limitées et l’accès à celles-ci devient un enjeu démocratique notamment en les pensant comme des communs à l’ensemble des êtres vivants : l’alimentation y prend une place importante.

Pour toutes ces raisons, Le collectif Démocratie Alimentaire a répondu « présent » à la sollicitation ISF-Agrista en 2019, pour fonder à plusieurs, le collectif national « Pour une Sécurité sociale de l’Alimentation ». Ce Collectif SSA[4] rassemblant onze organisations a un socle commun appuyé sur trois piliers : démocratie alimentaire garantissant un accès égalitaire et universel, financement par la cotisation et conventionnement des acteurs et actrices professionnel.l.es du système alimentaire.


[1] Nous faisons le choix d’utiliser « habitant » plutôt que citoyen compte tenu du présupposé qui attache à la citoyenneté essentiellement le droit de vote et la faculté de consommer ; le fait de manger étant commun à l’ensemble des êtres vivants, nous préférons travailler à partir de la définition basique « être humain qui peuple un lieu » (Larousse)

[2] A la suite de la crise sanitaire, il va s’agir de 10 à 12 % de la population.

[3] http://www1.montpellier.inra.fr/aide-alimentaire/index.php/fr/

[4] https://securite-sociale-alimentation.org/