A bout de souffle

ABOUT DE SOUFFLE

La classe politique aujourd’hui au pouvoir n’y serait jamais parvenu sans le mouvement existentiel de 1968 … Ils ont récupéré, édulcoré, usé jusqu’à la corde l’éclosion démocratique de ce printemps là et à présent, ils en sont à appliquer les vieilles méthodes réactionnaires et répressives pour dénaturer tous nos acquis … Capillarisés qu’ils sont par les malsaines diatribes des libéraux, qui au fil du temps, les ont convaincus que de ce passé libertaire il fallait faire table rase … Ainsi, pas un seul jour sans qu’une bulle irrespirable n’émerge de cette vase stérile où nous nous étouffons, de contrainte en contrainte, incapables qu’ils nous rendent de garder raison puisque ces contraintes sont souvent contradictoires : soit spontané, soit réservé, soit ouvert, soit fermé, soit disponible, soit occupé, soit souple, soit droit … Cette classe multipartiste nous impose comme norme un présent perpétuel, traitant la nostalgie comme une maladie honteuse et surtout par le mépris les retours d’expérience, le savoir faire acquis par l’observation, l’écoute, l’odorat … Le passé oblitéré comme une « no go zone », un espace dévalué par la tyrannie d’un présent imposé comme valeur absolue …Pour eux, le futur se réduit également au présent, faute de projet et de sens à ce présent, d’où ce sentiment d’immobilisme : il nous devient difficile voire impossible de nous projeter dans ce monde là, dont les tenants des pouvoirs ont fait un transect totalitaire.

Nos libertés s’effilochent chaque jour car ils n’ont comme réponses aux soubresauts individuels ou collectifs que plus de répression, plus de contraintes, plus de normes … Ils ne cherchent pas de causes aux « ruptures » qu’elles soient sociétales, culturelles, cultuelles, psychotiques, qu’ils ont eux mêmes induits et n’ont comme réponses que punir, éradiquer, supprimer, anéantir, annihiler comme si en faisant cela cette cause profonde disparaissait …

Ils sont dans le déni du réel et en cela, le réel leur revient dans la gueule comme un boomerang, de plus en plus violent … mais ils restent encore aveugles et sourds, poursuivant leurs chimères morbides …Ils nous traitent comme des déchus parce que nous n’adhérons pas à leurs structures rigides … Ils privatisent notre pensée en nous inondant d’images dégradantes, d’attitudes achetées ou vendues, de lieux communs « ça va de soi ! », «chacun sait », « il faut en convenir » etc , et de sondages manipulés, par les médias qu’ils contrôlent ; ils privatisent nos espaces de vie intime en nous faisant truffer de micro caméras nos logis, sécuritaires ou inclus dans nos portables, nos ordinateurs … Ils privatisent nos espaces publics en nous abrutissant de publicités mensongères, en banalisant la présence de leurs chiens de garde sur nos Agoras … en normant ce qui est autorisé d’échanger ou de vendre sur les marchés, dans la rue … Ce qui n’est pas autorisé est interdit … Les déchets sont tabous, conditionnés comme appartenant au passé et en cela, obstacles au présent, il ne faut plus les voir, ceux qui tenteraient de les valoriser sont classés comme déchus, n’appartenant pas aux représentations publicitaires de ces « nouveaux quartiers » et de leurs habitants aisés et souriants … apparences orweliennes de leur monde qu’ils projettent tels qu’ils veulent l’imposer … Comme le remarque Michèle Riot Sarcey,dans le procès de la Liberté, dans … « le projet initial de République démocratique et sociale, où liberté individuelle et liberté collective, indissociables, signifiaient le pouvoir d’agir ».

Aujourd’hui, seule une soi-disant liberté individuelle est imposée comme slogan par les libéraux, autrement dit la célèbre métaphore du « libre renard dans le libre poulailler » (pardon aux vrais renards) …

Nous devons redonner vie à l’idée d’émancipation, non pas par le travail qui ne conduit qu’à une émancipation par la consommation, mais à celle de l’émancipation par le savoir, tous les savoirs, celui du biffin qui réhabilite un objet déchu, celui de l’herboriste qui sait que chaque plante a un usage, celle de l’historien qui rappelle la mémoire de nos luttes, celle du géographe qui en lisant les paysages, permet à l’homme et à la nature de coexister … Quant à eux, ils sont à bout de souffle, le temps sera notre complice …

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