C.E.T.R.A.
Centre d’Étude Transdisciplinaire par la Recherche-Action
NOTE DE SYNTHÈSE
La recherche-création instaurative
1. Fondement théorique — l’instauration selon Souriau
Le concept d’instauration, emprunté à Étienne Souriau (Les différents modes d’existence), constitue l’ossature du cadre proposé. L’œuvre n’est pas simplement « faite » : elle s’instaure progressivement, à travers un dialogue entre l’artiste-chercheur et une entité en devenir qui n’existe pas encore pleinement au moment où le geste commence. L’existence de l’œuvre est ainsi pensée comme un processus à accomplir plutôt que comme un résultat à produire.
Cette instauration est mise en résonance avec deux autres opérateurs conceptuels :
— La transduction et la métastabilité (Simondon) : le processus créatif est une opération transductive, qui fait passer d’un état à un autre sans rupture, chaque phase portant en germe la suivante.
— La pensée complexe (Morin) : l’œuvre et le sujet qui l’instaure ne peuvent être séparés du système de relations qui les traverse — récursivité, dialogique, auto-éco-organisation.
2. Le tiers espace instauratif
Le tiers espace instauratif désigne un espace intermédiaire, ni purement subjectif ni objectif, où se joue simultanément l’instauration de l’œuvre et celle du sujet-chercheur. Ce concept a été mis en résonance avec l’espace imaginal théorisé par Sami Ali : l’imaginal y est compris comme un troisième espace instaurateur, situé entre perception et représentation pure, ni fantasme ni donnée sensorielle brute.
Ce tiers espace est le lieu où la recherche et la création cessent d’être deux activités distinctes pour devenir une seule opération instauratrice : chercher, c’est créer les conditions d’existence de ce qui est cherché.
3. Dispositifs méthodologiques
L’autobiographie instaurative
Le récit de soi n’est pas restitution d’un passé déjà constitué : il est lui-même acte d’instauration du sujet-chercheur. Se raconter, c’est faire advenir une version de soi qui n’existait pas telle quelle avant le récit. Ce dispositif s’articule à la recherche-action telle que la formulent Barbier et Galvani.
Le journal d’itinérance
Trace processuelle du cheminement du chercheur, le journal d’itinérance documente l’instauration en train de se faire plutôt que son résultat final. Il fonctionne comme un instrument de recherche-action à part entière, saisissant les hésitations, reprises et bifurcations du processus.
La spirale épistémique
Figure récursive reliant expérience, théorisation et retour à l’expérience, la spirale épistémique formalise le mouvement en boucle propre à la recherche-création instaurative : chaque tour n’est pas répétition mais approfondissement, l’expérience de départ étant transformée par le passage théorique qui, à son tour, retravaille l’expérience suivante.
4. Ancrage pratique — le layérisme
La technique picturale stratifiée développée dans la pratique picturale personnelle — pigments et matériaux archétypaux superposés, produits en états modifiés de conscience (transe, chi kung, hypnagogie) — constitue l’application concrète du principe d’instauration. Chaque couche déposée n’est pas la représentation d’un état antérieur : elle est elle-même un acte instaurateur, faisant advenir quelque chose qui n’existait pas avant le geste. La stratification matérielle devient ainsi l’analogue plastique de la spirale épistémique.
5. Positionnement académique
Ce triptyque conceptuel — instauration (Souriau), transduction et métastabilité (Simondon), auquel s’ajoutent en arrière-plan l’intra-action (Barad) et le tiers inclus (Lupasco) — forme le socle théorique mobilisé dans les documents de positionnement académique (D.H.E.P.S., Paris 8, Collège Coopératif) et nourrit directement la production d’articles destinés à la revue Présences.
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