Qu’est-ce qu’un tiers espace instauratif ?

Regard depuis la Galerie Monrabeau, Bordeaux-Caudéran

Par Grégory Foissac Seguin, artiste-chercheur, fondateur du C.E.T.R.A.

Sur les pages qui présentent la Galerie Monrabeau, on lit une formule : « tiers espace de recherche et de création : un lieu, une galerie, un living lab ». Trois mots y sont rarement définis : tiers, espace, instauratif. Cet article propose de les déplier un à un, à partir de ce qui se vit concrètement dans ce lieu.

Ni galerie, ni atelier, ni laboratoire

On connaît l’idée de « tiers-lieu », popularisée par le sociologue Ray Oldenburg avec le third place : ce lieu qui n’est ni la maison ni le travail, où l’on se retrouve, on converse, on fait ensemble. Le tiers espace prolonge cette intuition. Il ne désigne pas seulement des murs, mais un espace de relations et de pratiques qui ne se laisse enfermer dans aucune case : on y expose sans être seulement une galerie, on y crée sans être seulement un atelier, on y cherche sans être un laboratoire fermé.

À la Galerie Monrabeau, ces trois fonctions cohabitent et se fécondent. Une œuvre accrochée peut devenir un objet d’étude partagé. Une question de recherche peut devenir une rencontre, puis une pièce.

Instauratif : faire advenir plutôt que produire

Le mot vient du philosophe Étienne Souriau, qui parlait d’instauration pour décrire la manière dont une œuvre vient à l’existence. Instaurer, ce n’est pas imposer une idée toute faite sur une matière docile. C’est entrer dans un aller-retour : l’artiste propose, l’œuvre en cours « répond », demande, résiste, et c’est dans cet échange que quelque chose advient.

Appliquer cette idée à un lieu, c’est dire qu’il ne se décrète pas. Un tiers espace instauratif s’instaure avec ceux qui le traversent : artistes, habitants, chercheurs, curieux. Son programme n’est pas entièrement écrit à l’avance. Il se précise à mesure que des pratiques s’y déposent.

La recherche-action comme manière d’habiter le lieu

Le C.E.T.R.A. (Centre d’Étude Transdisciplinaire par la Recherche-Action), structure initiatrice du lieu, s’inscrit dans une tradition où la connaissance se construit avec les personnes concernées plutôt que sur elles. C’est l’héritage de la recherche-action telle que l’ont portée le Collège Coopératif et Henri Desroche : celui qui vit une situation en est aussi un coproducteur de savoir.

Dans un « living lab » de ce type, le public n’est donc pas seulement spectateur. Il peut devenir participant, voire co-chercheur. La galerie cesse d’être un lieu où l’on regarde pour devenir un lieu où l’on expérimente.

Ce que cela donne en pratique

Quelques exemples permettent de sentir la différence avec une galerie classique :

  • La peinture comme recherche. La série Réverbérations, issue du layérisme, travaille par couches et par résonances. Le geste pictural y est aussi un protocole d’exploration. [à compléter : un exemple précis d’atelier ou de séance]
  • Un lieu relié à son quartier. Le diagnostic territorial mené à Caudéran, autour des friches et de la Cabane à Gratter, relève de la même logique : partir du terrain pour faire émerger ce dont il a besoin. Faire émerger une dynamique.
  • Des rencontres entre disciplines. Art, sciences, pédagogie, développement local : le lieu accueille des croisements que les institutions séparent d’ordinaire. [à compléter : une rencontre récente]

Pourquoi cela compte

Les tiers espaces de ce genre répondent à un besoin simple : disposer de lieux où la création et la réflexion ne soient pas réservées à des cercles spécialisés, et où l’on puisse prendre le temps de chercher ensemble. Dans une métropole qui s’interroge sur ses friches culturelles et sur ses manières de faire commun, ils sont des laboratoires d’usages autant que des lieux d’art.

Ils demandent aussi de la patience, parce qu’une instauration ne se mesure pas en fréquentation immédiate. C’est une des questions que nous continuons d’explorer.

Venir, participer, proposer

La Galerie Monrabeau est ouverte à celles et ceux qui souhaitent exposer, expérimenter, rencontrer ou simplement découvrir. Contactez cetralab33@gmail.com 0609828663 Grégory Foissac Seguin.

Pour prolonger : le site du C.E.T.R.A. sur recherche-action.fr.

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