Je préfère l’espace au territoire

Anne Trégloze est Sculptrice. Elle vit et travaille en Belledonne depuis une dizaine Anne-Trégloze_DSC2821d’années (mais aussi parfois en d’autres lieux lointains, pour changer d’espace).

 

 

Je raccroche ce territoire à mon quotidien sachant que je vis et travaille ici. Tous les matins et le soir je regarde le paysage. L’atelier est un lieu ouvert et fermé, c’est là où je travaille, où j’ai besoin d’être seule tout en accueillant des personnes.

 

 

Espèces d’espaces

Je préfère le mot espace au mot territoire. Le territoire induit des limites alors que l’espace est ouvert, il a plusieurs dimensions. Les cartes ont tendance à aplatir. Ce qui est important, ce n’est pas une carte géographique, mais une carte existentielle, ce que font les gens ici.
La notion de territoire amène l’idée de territoire défendu. C’est une terre défendue par des gens qui considèrent que c’est la leur. A l’inverse de l’espace, que j’imagine partagé, ouvert et accueillant.
Je connais les lieux que j’aime à travers les personnes que j’y connais. Le meilleur moyen de connaître un espace c’est de le parcourir par des gens pour lesquels on a un intérêt, avec qui on partage.

Patrimoine vivant

C’est une dimension intéressante le patrimoine, mais il faut qu’il vive. Belledonne, on pense plus au massif montagneux, aux alpages, à la forêt. On parle de patrimoine naturel, mais où sont les gens qui vivent maintenant ici? Qu’est-ce qu’on fait des gens? Des gens qui sont ici depuis longtemps, des gens qui passent, des gens qui arrivent, qui ont envie de rester ou pas?

Quand on parle de culture et patrimoine, on se réfère tout de suite à la préservation des bâtiments, c’est faire un circuit des intérêts locaux, tout ça semble un peu figé. Un patrimoine ne sert pas simplement à être regardé. Il serait intéressant de confronter le patrimoine avec la culture et l’art contemporains. Par exemple redécouvrir des lieux anciens, mais qui n’ont plus d’utilité et qui prendraient une nouvelle fonction à travers une forme contemporaine.
Des maisons de vigne ou des granges peuvent être réhabilitées et accueillir des œuvres contemporaines, faire l’objet d’un circuit pédestre de découverte. C’est ce qui a été réalisé autour de Digne avec l’artiste Andy Goldsworthy.
Il est intéressant de se réapproprier l’histoire, mais avec un regard contemporain, une autre approche : c’est quoi ces objets et ces lieux, d’où ils viennent, où ils vont, est-ce qu’ils ont encore un sens ?…

Dessine moi une carte

Je construirais une carte de Belledonne en pointant des gens, des lieux et des expériences qui m’intéressent. Chacun serait libre de contribuer en y superposant sa strate personnelle. Créer quelque chose qui soit accessible à tout le monde et concret.

(Anne Trégloze, entretien avec Hugues Bazin, Belledonne, novembre 2015)carte-anne

Les Chronique Obliques sont basées sur des rencontres déambulatoires avec des acteurs/habitants du territoire. Chaque visite s’ouvre sur un paysage intérieur et extérieur. Chaque déambulation donne lieu à un article publié sur le blog. Cette chronique constitue la trame d’un récit collectif qui enrichit une cartographie et un outillage conceptuel et méthodologique entre forme écrite et physique, matérielle et immatérielle pour les Rencontres Obliques de Belledonne.

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