MAXIME LECOQ

Publié par Victoria Zorraquin le

Maxime Lecoq

Auteur et interprète de musique hip-hop / Ouvreur d’espaces d’expression artistique. Co-fondateur de Keur Eskemm et Coop Eskemm / Ex-membre du groupe Artisanal

32 ans / Rennes

Quelle est ton histoire avec la recherche-action (R-A) ?

Il y a 4 ans j’ai repris mes études au Collège coopératif de Bretagne pour passer un diplôme d’État d’ingénierie sociale (DEIS) en alternance. C’est une formation qui s’inscrit dans l’héritage d’Henri Desroches. Ma matière d’étude était mon expérience professionnelle qui est également un espace d’engagement. Ce faisant j’ai pu mettre des mots sur une forme d’expérimentation sociale que l’on avait mis en place dans le cadre de mon boulot et j’ai pris conscience que je pratiquais la R-A depuis plusieurs années.

Quels sont les points clés de ta trajectoire professionnelle ?

Depuis mon adolescence j’ai un parcours d’engagement dans le rap que je pratique plus aujourd’hui mais que j’ai pratiqué pendant plus de 15 ans. J’ai toujours suivi des études pour arriver à me professionnaliser dans le milieu culturel. Mes premières expériences professionnelles vers 23, 24 ans ont lieu dans des grosses structures culturelles du côté de Nantes et Rennes. Là j’ai compris tout ce que je ne voulais pas faire. Je venais d’une pratique artistique populaire et je voyais bien que dans certains milieux c’est complètement déconsidéré. En plus en tant que jeune tu es suivi plutôt par les services jeunesse que par la DRAC de ton coin. Avec des amis on a vite monté une association qui s’appelle « Keur Eskemm » (maison des échanges en breton*) pour tracer notre propre chemin.

Quelle est la raison d’être de Keur Eskemm* ?

On voulait valoriser les engagements juvéniles populaires dans la culture, créer un espace où ils s’autorisent à être auteurs et acteurs. Par ailleurs, on voulait offrir un espace physique pour cette expression. Nous on avait eu l’opportunité de squatter le fond d’un jardin chez un pote pour faire du rap pendant 15 ans ce qui nous a permis d’aller vers une pratique semi-pro mais tout le monde n’a pas cette chance. Donc pendant 5 ans j’ai participé à l’animation du laboratoire artistique populaire (L.A.P), c’est dans ce cadre-là que j’ai développé la R-A. On ouvrait des tiers espaces éphémères qui durent tous les ans 6, 7 mois et qui mobilisent une trentaine de jeunes.

Comment tu définirais cette pratique des tiers espaces ?

Pour moi c’est : comment à des moments donnés des individus, des citoyens qui sont dans des logiques individuelles se retrouvent et retrouvent des enjeux partagés et du coup une démarche collective qui se monte et qui ouvre des espaces, qui soient physique ou pas. On en vient à la création d’un bien commun qui déclenche des démarches individuelles et collectives. Donc je vois les tiers espaces comme quelque chose de forcément politique qui permet un agir citoyen. Pas celui qu’on institutionnalise mais celui qui vient du terrain, des gens des personnes, de ce qu’elles vivent.

Comment fonctionne le L.A.P (laboratoire artistique populaire) ?

L’idée est de mutualiser tous les processus de recherche que cela soit au niveau individuel (faire son trou, trouver de la confiance en soi, trouver sa place dans la société en tant que jeunes, etc.) et puis au niveau de la recherche collective parce que le but est de former des collectifs des jeunes qui puissent être actifs sur le territoire, ayant un pouvoir d’agir qui s’appuie justement sur la valorisation citoyenne de la participation (ce qui est la marque de fabrique de Keur Eskemm). Il s’agit en outre de défendre un espace de réflexivité. Aujourd’hui ce projet a lieu tous les ans et est conventionné avec la ville ce qui nous a permis de stabiliser l’association qu’on avait créée.

Comment faites vous vivre la dimension réflexive dans ce projet ?

Déjà chez Keur Eskemm il y avait un espace de réflexion interne à l’asso, un autre de réflexivité partenariale avec les partenaires et les personnes qui gravitaient autour du LAP (travailleurs sociaux, artistes, institutionnels et assos d’éduc pop. On a collaboré par exemple avec la chercheuse Patricia Loncle. La formation au collège coopératif m’a permis d’ouvrir un troisième espace de réflexion méthodologique avec d’autres étudiants comme moi guidés par notre responsable d’atelier Nadine Souchard chargée de nous transmettre la méthode de l’autobiographie raisonnée (Henri Desroches).

Tu disais que ton passage au Collège Coopératif t’a permis de comprendre que tu pratiquais déjà la recherche-action, comment précisément ?

Disons que j’ai pu conscientiser qu’il existe trois niveaux de recherche : la recherche au niveau personnel ; la recherche citoyenne comme dit Yves Bonny et que je pratiquais avec le projet Keur Eskemm et la recherche académique des chercheurs traditionnels. Je me suis rendu compte que j’étais à la croisée de ces chemins. J’avais un bagage scientifique qui me permettait d’être en médiation avec Patricia Loncle pour nourrir ses recherches. Celles-ci alimentaient par ailleurs notre espace de réflexivité partenariale. Donc en fait j’ai pris conscience de tous ces différents niveaux, auxquels s’ajoutent bien sûr les quêtes personnelles des jeunes qui sont aussi en recherche-action pour arriver à se professionnaliser.

T’en es où aujourd’hui ?

On est passé à la suite, j’ai quitté l’asso et on a créé le bureau d’études « Coop Eskemm » spécialisé sur l’action publique de jeunesse. Dans Keur Eskemm on a développé des usages à travers l’expérimentation sociale. Grâce au travail que j’ai réalisé en formation on a pu les transformer en savoirs d’usage et aujourd’hui on monte ça en expertise d’usage pour continuer à accompagner l’ouverture et le développement d’autres espaces jeunesses et tiers lieux en Bretagne.

* Keur a été choisi pour symboliser la dimension interculturelle de l’objet précédent et initial de Keur Eskemm qui était les échanges artistiques entre la bretagne et la Sénégal. Cet objet a vécu entre 2009 et 2011 avant que l’asso ne soit mise en sommeil puis relancée en 2014.

Les références partagées de Maxime

  • Loncle, Patricia, et Céline Martin. « Focus – Quand des jeunes en accompagnent d’autres. L’exemple du Laboratoire artistique populaire à Rennes », Informations sociales, vol. 195, no. 4, 2016, pp. 127-130.
  • Nadine Souchard: https://correspondancescitoyennes.fr/
  • « BAZIN (Hugues), La culture hip-hop, Paris, Descléé du Brouwer, 1995 »
  • BONNY Y., Les recherches partenariales participatives : Éléments d’analyse et de typologie. dirigépar Anne Gillet et Diane-Gabrielle Tremblay. Recherches partenariales et collaboratives, PressesUniversitaires de Rennes, pp.25-44, 2017.
  • ZASK J., Introduction à John Dewey, Collection Repères, La Découverte, Paris, 2015.

Catégories : INTERVIEWS

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