Category Archives: Actualité

Économie populaire, sous-capitalisme ou alternative socio-économique ?

A travers la présentation d’expérimentations et un rappel historique et international, la possibilité de définir la notion d’économie populaire et de provoquer un débat public est un enjeu tout aussi économique, scientifique que politique.

Les acteurs-chercheurs du Laboratoire d’Innovation Sociale par la Recherche-Action et le collectif Rues Marchandes sont heureux de vous inviter au séminaire recherche-action en partenariat avec la Maison des Sciences de l’Homme Paris-Nord

Mardi 21 novembre 9h – 12h30, auditorium de la Maison des Sciences de l’Homme Paris-Nord
20 av George Sand 93210 St-Denis la Plaine, M° 12 Front populaire, RER B La Plaine – Stade de France

Entrée libre sur inscription

Cette rencontre boucle le programme de recherche-action labellisé par la MSH PN « La biffe comme éco-développement urbain : recherche-action pour la revalorisation des « rues marchandes » et le travail des biffins ». Le laboratoire social LISRA poursuit ainsi l’exploration et la valorisation des situations d’implication des acteurs producteurs de connaissances dans les processus de recomposition sociaux et économiques.

Présentation

L’économie populaire est habituellement renvoyée à une sous-économie capitaliste « aux pieds nus » (secteur informel, économie souterraine, stratégies de survie, etc.). Il n’existerait donc qu’un seul modèle économique, celui qui nous domine. Pourtant l’économie populaire structure des pans entiers de la société, pas seulement des « pays du Sud ».

atelier d’autonomisation à la mécanique @medication time

Nous pourrions concevoir autrement la notion d’économie populaire qui englobe tout en la dépassant l’économie informelle en l’intégrant dans un schéma de développement. Elle ne se réduit pas à une économie de subsistance, mais ne valide pas non plus une économie productiviste qui conforte les inégalités et grossit cette main-d’œuvre surnuméraire précarisée ou exclue dans les périodes de récession.

Elle désigne alors l’ensemble des activités économiques et des pratiques sociales développées par les groupes populaires en vue de garantir, par l’utilisation de leur propre force de travail et des ressources disponibles, la satisfaction des besoins de base, matériels autant qu’immatériels. Elle peut prendre concrètement différentes formes comme l’illustrera la présentation d’expérimentations : ateliers autogérés, groupe d’achat, échoppes fixes ou ambulantes, petites réparations, systèmes d’échange local, cuisines collectives, récolte des déchets et revente dans la rue ou au bénéfice de dispositif de récupération…

Entre une économie sociale institutionnelle en difficulté pour répondre aux enjeux contemporains et l’illusion libérale d’une autorégulation marchande, la notion d’économie populaire et solidaire rappelle l’impossibilité de complètement marchandiser le travail et la vie entière. Cette notion est issue d’un travail de légitimation de l’économie populaire opéré par des chercheurs et acteurs sud-américains et prolongé par des responsables publics ayant instauré des politiques qui visent à favoriser sa dimension solidaire.

Une économie endogène aux territoires indiquerait que l’économie est subordonnée à la politique et aux relations sociales, elle ne peut se concevoir comme entité autonome en dehors des institutions de la société. Par leur propre force de travail, ces organisations de base, soucieuses d’une certaine justice sociale, comblent par l’innovation sociale l’absence de dispositifs et d’alternatives politiques. Ainsi la pratique populaire des espaces pourrait être abordée sous sa forme structurante, écosystémique de tiers espaces, par l’étude des pratiques de maîtrise d’usage sur les territoires (cf notre rencontre du 16 octobre 2017 sur les « espaces d’émancipation collective et de transformation sociale »).

Notons que les notions de bien des communs, d’économie des communs ou encore d’économie contributive participent également à dégager de nouvelles perspectives sur la question de la propriété, de la gestion collective des ressources et la pertinence d’une approche socioéconomique non évolutionniste de la pauvreté et des inégalités.

Ces écosystèmes instituants joueraient un rôle de régulateur et confirmeraient que l’économie populaire et solidaire n’offre pas simplement un cadre d’analyse, mais aussi d’action. Elle révèle et légitime la faculté des acteurs des territoires « en déprise » d’engendrer des contre-mouvements pour se protéger eux-mêmes et leur environnement de cette menace. Est-ce que ces résistances sociales engendrent d’autres modèles entrepreneuriaux que ceux qui visent à reproduire une structure hiérarchique entre classes sociales ? La possibilité de définir la notion d’économie populaire et de provoquer un débat public est donc un enjeu tout aussi économique, scientifique que politique.

Déroulé de la matinée

Le but du séminaire recherche-action est d’outiller les acteurs-chercheurs dans la construction de cadres de pensée et d’action. Jean Louis Laville (*) se propose de jouer le rôle de « grand témoin », amenant des éléments d’analyse en dialogue avec les expérimentations des acteurs-chercheurs.

9h – Accueil

9h30 – Introduction du séminaire : recherche-action et économie populaire, deux espaces d’implication en dialogue par le LISRA

9h45 – Exposé : Enjeux d’une économie populaire solidaire dans une perspective historique et internationale par Jean-Louis Laville.

L’intervention s’efforce à la fois d’identifier les raisons historiques de l’invalidation symbolique de l’économie populaire et les expériences étrangères qui permettent de penser un soutien public à l’économie populaire solidaire.

10h30 – Connaissance pragmatique et scientifique d’une économie populaire à travers des expérimentations par la recherche-action sur différents territoires :

  • L’économie populaire des récupérateurs vendeurs, marqueurs entre deux conceptions du développement (organisation économique, rapport au territoire, comparaison internationale), par le collectif Rues Marchandes.
  • « MAC & ACRA, deux figures coopératives de pérennisation des activités de mécanique de rue, des pratiques de l’économie populaire ordinaire à une variante plus circulaire et moins précaire », par Abou Ndiaye.
  • Tentatives de communismes immédiats, là où nous vivons : Récit d’une mise en commun de fonds pour financer des initiatives non-exploiteuses, et pour expérimenter une activité de production avec un salaire sans obligation de travailler. Ici, là où nous vivons, par Nicolas Guerrier par Nicolas Guerrier.
  • L’économie contributive sur la Plaine Commune : approches conceptuelles et perspectives territoriales, Le modèle de contributivité que la Chaire de Recherche tente de porter est basé sur une redéfinition du Travail dépassant la situation d’emploi, par Clara Drevet et Federico Puletti.
  • Les « initiatives citoyennes économiques » dans le Quartier de l’Arianne à Nice Des habitants font du troc, de la récupération. Ils aménagent quotidiennement, dans l’espace public, une zone de gratuité au bénéfice de touTEs, par Christophe Giroguy.

11h 30 Débat : dialogue à partir des expériences, alimenté par d’autres contributions de la salle

(*) Références biblio : L’économie sociale et solidaire. Pratiques, théories, débats, Seuil, 2016 (Coll Points Économie). – Dictionnaire de l’autre économie, Gallimard, 2006 (Coll Folio actuel).

 

Transformer les déchets en citoyenneté (Projection Débat – Paris)

Dans le cadre du village Alternatiba, Une Seule Planète vous invite à une projection/débat autour de son film : « Catadores, recycleurs de rue au Brésil, transformer les déchets en citoyenneté ».

Dimanche 1er octobre 2017

Village Alternatiba, Place de la bataille de Stalingrad, 75019 Paris, M° Stalingrad

 

Longtemps marginalisés et stigmatisés, certains recycleurs de rues brésiliens, les catadores, se sont progressivement organisés pour la reconnaissance de leurs droits et de leur profession.

C’est ainsi que ce pays a vu naître sur son territoire des centaines de coopératives et associations de catadores. Ces travailleurs contribuent à construire une économie populaire, dont la finalité n’est pas uniquement monétaire, mais aussi sociale et environnementale.

En France, la situation est très différente. Gérés par les collectivités territoriales et souvent déléguées à des entreprises privées, la plupart de nos déchets finissent enfouis ou incinérés.

Pourtant, que ce soit les biffins en Ile de France où d’autres initiatives de l’économie sociale et solidaire, de nombreux exemples montrent les bénéfices générés par une autre gestion des déchets.

La projection sera suivie d’un débat, qui sera l’occasion d’interroger la place des déchets dans nos sociétés et de faire un parallèle entre le Brésil et la France.

Ce documentaire produit par Une Seule Planète a été réalisé par Echo’Via, une association engagée autour de la production et la réalisation de projets audiovisuels et plurimédias à caractère social, écologique et solidaire.

 

Programme

– 13h00 : Accueil

– 13h30 : Projection du film « Catadores, recycleurs de rue au Brésil, transformer les déchets en citoyenneté » (32 min.)

– 14h00 : Débat

– 14h45 : Pot de l’amitié

Intervenants

  • Hugues Bazin, chercheur indépendant en sciences sociales, membre du collectif Rues Marchandes.
  • Zéro Waste Paris : Association pour la promotion d’une société zéro déchet.

Animation

Valentin Prelat, chargé de communication du programme Une Seule Planète.

 

Appel à regroupement

 

Nous, collectif Rues marchandes et association AMELIOR, qui fédérons les biffins et leurs soutiens afin d’organiser des marchés et de mieux faire connaître la biffe en Île de France, souhaitons étendre notre lutte au niveau national. La première étape est d’en rencontrer les acteurs et actrices, ceux et celles qui partagent notre condition et notre lutte. C’est pourquoi nous lançons un appel à regroupement des acteur-rice-s de la récupération-revente en France, biffins-e-s et toute personne consciente des problèmes qu’ils et elles rencontrent, et désireuse de s’engager pour cette cause : citoyens solidaires, travailleur-se-s sociaux, militants environnementaux, etc… Dans le but de fonder une Fédération nationale des acteurs de la récupération populaire.

Merci d’y répondre et/ou de le faire circuler aussi largement que possible aux personnes qui vous semblent concernées !

Dans l’espoir de rassembler nos forces et d’avancer ensemble,

Solidairement,

l’association AMELIOR et le collectif Rues Marchandes.

http://amelior.canalblog.com
https://www.facebook.com/AssociationAmelior/
http://recherche-action.fr/ruesmarchandes/

 

 

 

 

 

 

Quelle place pour les recycleurs de rue au Brésil et en France ?

Projection débat à la Mutinerie, 29 rue de Meaux, 75019 Paris (Métro Jaurès), le 26 avril à partir de 18h30

Documenter des alternatives citoyennes, c’est le pari que s’est donné le programme Une Seule Planète depuis maintenant plus de deux ans. Une Seule Planète vous invite à la première de son film documentaire « Catadores, recycleurs de rue au Brésil, transformer les déchets en citoyenneté ».

Ce documentaire produit par Une Seule Planète a été réalisé par Sonia Ben Messaoud et Laetitia Martin, membres d’ Echo’via, une association engagée autour de la production et la réalisation de projets audiovisuels et plurimédias à caractère social, écologique et solidaire. Longtemps marginalisés et stigmatisés, certains recycleurs de rues brésiliens, les catadores , se sont progressivement organisés pour la reconnaissance de leurs droits et de leur profession.

C’est ainsi que ce pays a vu naître sur son territoire des centaines de coopératives et associations de catadores. Ces travailleurs contribuent à construire une économie populaire, dont la finalité n’est pas uniquement monétaire, mais aussi sociale et environnementale.

En France, la situation est très différente. Interdits par la plupart des municipalités et méconnus du public, les biffins renvoient trop souvent à des situations d’extrême pauvreté qu’ils permettent pourtant de combattre. C’est pour une reconnaissance comme travailleur à part entière qu’ils militent.

La projection sera suivie d’un débat, qui sera l’occasion de revenir sur le contexte brésilien qui a vu naître le mouvement des catadores, tout en interrogeant la situation des biffins en France.

Programme :
– 18h30 : accueil
– 19h00 : projection du film « Catadores, recycleurs de rue au Brésil, transformer les déchets en citoyenneté » (32 min.)
– 19h30 : Débat
– 20h00 : Pôt de l’amitié

Intervenants :
-Marcelo Negrao (Ancien salarié de France Libertés, doctorant sur les catadores)
-Mireille Alphonse (Conseillère municipale EELV à Montreuil en charge du commerce et de la promotion territoriale)
-Samuel Le Cœur (Président d’Amélior, association pour la promotion des marchés biffins en Ile de France)

Animation : Henri Lefebvre, coordinateur du programme Une Seule Planète

Les places étant limitées, merci de confirmer votre présence en vous inscrivant ici.

 

Autres rendez-vous concernant les biffins en Ile de France :

 

Comment peut-on reinterroger l’éducation populaire à travers la recherche-action ?

Comment peut-on reinterroger l’éducation populaire et répondre aux enjeux actuels à travers une démarche de recherche-action ? L’expérience du Laboratoire d’Innovation Sociale par la Recherche-Action Vendredi 7 avril 2017 à 19h, dans les locaux de Peuple et Culture, 108/100 rue Saint-Maur, 75011 Paris Dans le cadre du cycle culturel « Comprendre ce qui nous arrive [...]

Journée mondiale des récupérateurs de «déchets» 1er Mars

« Le réemploi et le recyclage sont entre nos mains! »

A l’appel de l’Alliance Mondiale des Récupérateurs de « Déchets », des biffinEs des associations Sauve Qui Peut ( biffinEs de la porte Montmartre) et AMELIOR ( biffinEs de Paris, Montreuil, Bagnolet et d’Ile de France), associations de travailleurs excluEs de l’économie circulaire du réemploi et du recyclage populaires

Rassemblement sur la Place de l’Hotel de Ville de Paris le mercredi 1er mars 2017 de 8h à 18h à l’occasion de la Journée Mondiale des récupérateurs de « déchets »

Solidaires de nos camarades des mouvements populaires des recycleurs et récupérateurs du monde entier en lutte contre l’exclusion, la pauvreté et le réchauffement climatique, nous nous rassemblerons pour réclamer aux éluEs du conseil de Paris la reconnaissance de nos métiers et l’arrêt des politiques répressives criminelles et scandaleuses conduites depuis 10 ans à Paris

Nous ne sommes pas des délinquantEs! Nous sommes des travailleurs!
la pauvreté n’est pas un crime! la répression est un scandale !
Pour une ville sans excluEs, aucun travailleur sans droit!

Nous réclamons :

  • Le droit au travail pour touTEs les biffinEs.
  • Une place et un marché pour touTEs.
  • la création d’espaces marchands organisés dédiés aux biffinEs et à leurs acheteurs, soit 6 marchés de 100 places chacun réparties sur 6 arrondissements aux portes de paris, 3 jours par semaine.
  • 10% des places pour les biffinEs sur les vides greniers, brocantes et marchés alimentaires découverts parisiens.
  • le soutien aux organisations des biffinEs.
  • la reconnaissance et le développement des métiers verts des biffinEs (collecte tri valorisation réparation réemploi recyclage vente).
  • l’octroi de locaux pour les associations de biffinEs!
  • La prise en compte par les pouvoirs publics dans le droit commun des marchés biffins actuels et des expérimentations qui les accompagnent.
  • Pour le développement d’une économie populaire et des recherches-actions.
  • Pour une économie circulaire et populaire qui résiste!
  • Arrêt des confiscations et des destructions des biens de recup’ des biffinEs.
  • Non aux bennes et à l’incinération.

Actes du forum les biffins récupérateurs-vendeurs, acteurs de la ville et du réemploi

Le mercredi 2 novembre 2016, le collectif Rues Marchandes organisait sa première rencontre publique à la Maison des Sciences de l’Homme de Paris Nord, sur le thème des récupérateurs vendeurs, autrement appelés biffins.

Le collectif de recherche-action Rues Marchandes rassemble et met en relation des personnes et des structures concernées par la question des biffins récupérateurs-vendeurs et de l’économie solidaire. Son objectif est de produire et de diffuser, avec les biffins, des connaissances à même de répondre aux manques, d’une part de considération de l’activité économique, sociale et écologique de la biffe, et d’autre part d’espaces marchands dédiés à cet effet.

La journée, ouverte à tous, avait plusieurs objectifs. Dans un premier temps, le matin, il s’agissait de donner la parole à divers acteurs (chercheurs, biffins, associations) afin de faire connaître la population des récupérateurs-vendeurs, souvent invisibilisée, les objets traités par celle-ci – déchets ou objets déchus – , de replacer dans son contexte historique cette activité de la biffe, vieille de plusieurs siècles, pour enfin faire valoir le rôle des biffins dans la ville, l’utilité environnementale et sociale de leur travail. Sur la base de ces matériaux, l’après-midi prenait quant à elle la forme d’un atelier de recherche-action  visant sur la base des matériaux du matin à dégager des problématiques transversales qui pourraient se traduire en expérimentations concrètes pour l’amélioration des conditions d’exercice de la vente et de la récupération, et l’autorisation de diverses formes de marchés. Les participants étaient invités pour étayer leurs réflexions et propositions à reprendre quatre thématiques : « La culture, c’est pas du superflu, c’est notre survie, notre vie ! », « La rue, c’est pas vide, c’est l’espace de tous ! », « Économie souterraine ? Non, économie populaire ! », « Pas sous prolétaires, travailler les déchets, c’est un métier !

C’est Alain Bertho, directeur de la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord, qui a ouvert la journée de rencontres et d’échanges en soulignant l’importance de faire valoir l’expertise des populations concernées dans la gestion de la ville et la réflexion sur leur transformation. C’est dans cette dynamique que le Collectif de Rues Marchandes, présenté par Hugues Bazin, chercheur indépendant en sciences sociales et fondateur du laboratoire d’innovation social par la recherche action, mène une recherche-action où les citoyens intéressés, biffins, chercheurs, associations collaborent afin de produire de la connaissance venant directement du terrain, qui permette de faire émerger des pistes d’actions concrètes pour répondre aux besoins des principaux intéressés et améliorer les conditions d’exercice de la biffe.

Forum

Afin de mieux comprendre le sujet des débats de la journée, Mélanie Duclos, anthropologue, est revenue sur les multiples significations du terme « biffe » et sur l’histoire des biffins depuis la révolution industrielle jusqu’à nos jours. La biffe désigne aujourd’hui l’activité de recherche de biens dans les poubelles ou dans la rue puis la revente des objets trouvés. Les biffins, qui pratiquent la biffe donc, ont été repoussés aux portes et en périphéries des Villes suite à une série de mesures politiques appliquées au cours des deux derniers siècles. En région parisienne, les biffins ne peuvent vendre légalement que dans deux espaces de marché.

L’obtention de ces espaces autorisés a fait l’objet de plusieurs luttes portées par les biffins eux-mêmes. Martine et Chantale, toute deux biffines, nous ont raconté l’histoire du collectif Sauve Qui Peut à l’origine de la création du Carré des Biffins en 2009, géré par l’association Aurore, puis de l’association Amélior et de la mise en place d’un marché auto-géré. Patrick, Anibal et Clarisses, membres eux aussi de l’association Amélior, les ont rejoints sur la scène pour décrire la manière dont chaque biffin joue un rôle dans l’organisation de ce marché et sur sa bonne tenue.

Ces espaces de marchés ne sont pas uniquement des lieux de ventes. Ils sont aussi et surtout des espaces sociaux. Sumijhra Dharmasena, biffine et auteure, nous a lu plusieurs extraits de son livre intitulé « Le Pont », dans lesquels s’expriment avec beaucoup de poésie, la diversité des profils et les liens qui unissent les biffins qui vendent sur le Carré, à la Porte de Montmartre.

Les interventions suivantes, de Nikholae, membre de l’association Intermèdes et de Florence Lévy, anthropologue nous ont éclairées sur les situations des biffins Roms et chinois, communautés méconnues et peu représentées dans les collectifs notamment en raison de la barrière de la langue.

Enfin, Radia Slimani, ingénieure en énergies renouvelables a présenté les résultats d’une enquête préliminaire menée par Make Sense, visant à quantifier l’impact environnemental et économique de la biffe.

En parallèle de ces interventions, Martine et Patrick ont monté des stands éphémères sur la scène afin de montrer quels types d’objets pouvaient être sauvés des poubelles et étaient susceptibles d’être vendus sur les marchés. La matinée a aussi été ponctuée de projection de vidéos documentaires et de clips musicaux retraçant les parcours de la biffe, des luttes et des revendications.

 

Le déjeuner s’est déroulé dans la salle où étaient exposées une série de photographies de biffins, prises à travers le monde par plusieurs photographes et chercheurs. Bénédicte Florin et Claudia Cirelli, respectivement géographe et anthropologue, à l’origine de l’exposition, nous ont alors expliqué les spécificités de la biffe dans les pays visités (Egypte, France, Maroc, Turquie…).

Atelier

Le forum du matin a exposé des récits d’expérience émanant des biffins récupérateurs-vendeurs (voir synthèse). Ces matériaux de vie et de réflexion croisent des questions transversales. L’atelier de recherche-action de l’après-midi propose de les problématiser pour qu’elles deviennent des questions publiques et débouchent sur des initiatives en termes d’expérimentations de la part du collectif Rues Marchandes, et sur une prise en compte de la part de nos partenaires, notamment les collectivités territoriales.

La culture, c’est pas du superflu, c’est notre survie, notre vie !

Les récupérateurs-vendeurs mobilisent leur culture comme ressource. Cette culture ne se situe pas en dehors de l’économie, mais fait prioritairement partie de l’économie de survie. La culture permet de résister et de construire des stratégies. Plus généralement, une culture de résistance est issue de forme de luttes, comme en témoigne la réappropriation du terme « biffins » par les récupérateurs-vendeurs. C’est un mouvement qui part du bas vers le haut à l’instar de la culture paysanne et ouvrière ou encore des minorités actives, c’est à dire des groupes restreints, mais susceptibles d’influencer l’ensemble de la société. C’est l’enjeu d’aujourd’hui : comment la culture biffine peut-elle constituer une minorité active alors que nous nous ne somment plus au temps des chiffonniers du XIXe siècle dont la culture de classe s’appuyait sur une communauté d’habitat et de travail ?

Le « Guide culturel » est une proposition d’expérimentation collective à travers la mise en place d’ateliers d’écriture et de récits d’expérience. Des structures de proximité et des associations là où vendent ou habitent les récupérateurs vendeurs pourraient assurer un relais et accueillir les ateliers. Le guide culturel se conçoit comme un outil de valorisation de la culture de la biffe dévalorisée ou invisible. Il s’agit de déconstruire des clichés et légitimer la place de populations discriminées dans l’espace public. C’est aussi un outil de conscientisation interne qui participe à une auto-formation réciproque. Ce serait enfin un guide concret pour outiller les acteurs concernés à l’élaboration et la négociation de rues marchandes.

La rue, c’est pas vide, c’est l’espace de tous !

Il y a différentes façons d’occuper l’espace public et différentes manières de voir cette occupation, selon par exemple que l’on est automobiliste ou piéton. Il en est de même pour le biffin : nuisance ou attractivité du territoire ? La rue est une négociation permanente. Qui maîtrise l’usage de l’espace, selon quels critères ? Le marché biffin en est un exemple, on peut investir un espace sans le privatiser et en être co-responsable, encore faut-il que cet espace soit ouvert. Est-ce que les marchés biffins participent à l’attractivité des territoires ou à sa dégradation, c’est tout l’enjeu des rues marchandes.

Un travail cartographique permettrait à la fois d’actualiser les lieux de la récupération et de la vente en région parisienne et en même temps d’explorer la possibilité d’aménager des lieux et configurer une typologie des espaces marchands. Des modalités de négociation pourraient être définies pour que des espaces (friches, espaces en transition ?)  accueillent des marchés en relation avec des partenaires, voire constituer des lieux plus permanents pour entreposer et trier des objets.

Économie souterraine ? Non, économie populaire !

La notion d’économie populaire renvoie à l’articulation entre une économie de survie quotidienne et l’industrie du recyclage. Il y a une question d’échelle pour cette économie de proximité avec une économie régionale, voire internationale quant à la récupération des déchets. Il y a aussi une question de statut entre entrepreneuriat individuel et une économie coopérative collective. Est-ce que le statut doit passer nécessairement par les structures classiques de l’économie sociale et solidaire ? Constatant qu’il existe des difficultés pour penser cette économie aussi bien entre économie de proximité et autres échelles économiques qu’entre économie populaire et modèle économique existant, qu’il se veuille ou non alternatif au modèle dominant. Parlons-nous d’une insertion qui se conforme aux lois du marché et qui repose sur la structure des inégalités sociales ou l’addition de stratégies individuelles de survie ? Est-ce un entrepreneuriat social visant à l’intérêt général ou  simplement l’addition des intérêts de survie individuels ? À quel statut correspondrait cette gestion ? Lorsqu’elle relève de l’entreprise privée, cette économie de gestion des déchets est valorisée tant qu’elle reste cachée ou inaccessible. Mais quand elle occupe espace public, elle devient répréhensible. Le type d’économie renvoie inévitablement au type de société que nous voulons développer. Une économie du commun serait aussi une manière de qualifier une gestion collective, entre  économies publique et privée.

Négocier des espaces de collecte au bas de immeubles (à relier avec la proposition de cartographie de l’espace public dans la thématique précédente), ce qui rend nécessaire une stratégie de communication sur le circuit court de la biffe et les dispositifs mis en place. En même temps, cela doit être réfléchi avec les compétences que pourraient nous apporter l’économie sociale et solidaire et le milieu de  l’entrepreneuriat social sur un modèle économique propre aux biffins et susceptible de  déboucher sur un statut.

Pas sous-prolétaires, travailler les déchets, c’est un métier !

Ce thème renvoie à la question du statut et de la validation des compétences, ainsi qu’au statut du travailleur, à l’articulation entre le statut informel et celui du salarié classique. Il y a donc une dynamique entre la reconnaissance des droits des biffins de récupérer et de  vendre, le fait de pouvoir investir des lieux et le fait d’acquérir un statut.

Une formation action des acteurs de la biffe articulée avec la proposition des ateliers du guide culturel (voir premier thème) pourrait contribuer à une validation par l’écriture d’un certain nombre de compétences. Cette formation-action permettrait de former des cadres biffins, qui pourraient assurer l’interface avec les institutions et les collectivités territoriales ou être co-gestionnaires du marché avec des partenaires associatifs.

Télécharger l’intégralité des actes de la rencontre :

Actes Forum 2 Nov 2016 Les Biffins Acteurs Du Réemploi
Actes Forum 2 Nov 2016 Les Biffins Acteurs Du Réemploi
Actes-Forum-2-nov-2016-Les-biffins-acteurs-du-reemploi.pdf
551.6 KiB
8 Downloads
Détails

 

Les biffins récupérateurs-vendeurs, guide indigène de la ville

Depuis près de deux ans, le collectif de recherche-action Rues Marchandes, rattaché au LISRA (Laboratoire d’innovation sociale par la recherche-action) et en partenariat avec la MSH (Maison des sciences de l’homme) Paris Nord, met en relation différents acteurs et structures concernés par la question des biffins, récupérateurs-vendeurs d’objets trouvés dans les poubelles, et de l’économie solidaire.

Partant du constat d’un manque de considération de l’activité de la biffe d’une part, et d’autre part d’espaces marchands dédiés à cet effet, l’objectif du collectif est double : oeuvrer à la revalorisation du travail des biffins en particulier et des acteurs des rues marchandes en général – ces économies populaires de rue, bien souvent informelles, qu’on voit se développer toujours davantage dans les villes dites du Nord ; concevoir et réaliser des formes concrètes et reconnues d’expérimentation de ces rues marchandes.

Parmi les différents outils développés dans ce but, Les biffins récupérateurs-vendeurs. Guide indigène de la ville se propose de rendre compte de la situation des biffins de l’ïle-de-France tout en pointant quelques-unes des grandes questions que celle-ci soulève. Questions de culture, d’espace, d’économie et de statut, structurent ce petit livre qui se veut tout autant outil de diffusion qu’arme de reconnaissance.

Guide des Biffins - Présentation
Guide des Biffins - Présentation
Guide-biffins-edition-A4.pdf
2.2 MiB
41 Downloads
Détails

Les multiples casquettes des collecteurs de déchets – Forum le 15/12 organisé par Make Sense

makesense-logo-no-background1

Make Sense, membre récent du collectif Rues Marchandes, pour lequel il a lancé une étude sur l’impact écologique et économique de la biffe en Ile-de-France (présentée à l’occasion du forum du 2 novembre, et qui fera prochainement l’objet d’un nouvel article), a le plaisir de vous convier à un forum sur les collecteurs de rues, qui aura lieu le 15 décembre, dans ses locaux, situés au 11 Rue Biscornet, 75012 Paris (métro Bastille).

A cette occasion, Radia Slimani, présentera son projet de voyage et de documentaire sur les chiffonniers, documentaire qui se voudra intégré à la base de matériaux de Rues Marchandes.


PROGRAMME DE LA SOIRÉE

Le film Before the Flood the Leonardo Dicaprio était de bonne facture mais il avait trois défauts : 

1 -Il oubliait de préciser que le moyen le plus efficient de lutter contre le changement climatique c’est de promouvoir le réemploi

2- Le déluge a déjà commencé : les collectivités et les écosystèmes sont submergés de déchets

3- Les films catastrophe c’est intéressant mais pourquoi ne pas parler des solutions ?

Après 9 mois de campagne autour des Waste Collectors Future of Waste vous invite à son forum de fin d’année pour débattre des expérimentations sociales et techniques de collectes sélectives qui peuvent préserver notre environnement, créer de l’emploi et du lien social

 

19H-20H Ateliers de co-construction et animations

 Quel système pour la collecte sélective des déchets organiques à Paris ?

Mohamed Béloribi de Ecol’or

Nathaly Hery de SUEZ

 Jeux de société sur le recyclage ?

Simon et Charlie de Game Impact

Comment valoriser les déchets récoltés pendant les opérations de nettoyage ?

Kévin Le Flohic d’une petite marche pour une grande démarche

Remi Boyer du Techshop / Axolotr

 Quel pourrait être le meilleur format pour un documentaire sur les waste pickers ?

Radhia Slimani Future of Waste

Hugues Bazin de Rues Marchandes

 Stands de Biffins et discussions sur l’infographie

Avec AMELIOR

 

20H – 21H  Débat :

Comment tripler le taux de recyclage et de réemploi à Paris ?

Avec LemonTri, Rues Marchandes, d’une petite marche pour une grande démarche, SUEZ

 

21H -22H Apéro pour poursuivre les discussions

Il y aura quelques bières locale BapBap et des chips Retoquées à la vente mais venez avec une boisson ou des amuses bouche en vrac 

Inscriptions sur : https://www.kawaa.co/fr/rencontre/2250
Page Facebook de l’événement : https://www.facebook.com/events/1385380464824403/


En espérant vous y voir nombreux !

Appel pour le développement des recherches participatives en croisement des savoirs

Cet appel émane d’un séminaire sur « l’épistémologie des recherches participatives et en croisement des savoirs avec des personnes en situation de pauvreté1 ». L’objectif était de confronter les questions et méthodes portées par différentes équipes ayant réalisé des recherches participatives et en croisement des savoirs 2, afin d’analyser leur validité, leur rigueur et leur [...]

Rues marchandes, les chercheurs et l’action

les « Rues marchandes » interviendront à cette journée dédiée à la recherche-action :

161129_mshRecherches collaboratives, participatives, contributives, impliquées… : si le vocabulaire n’est pas vraiment fixé, les expériences se multiplient, donnant une nouvelle jeunesse aux recherches-actions.
161129_msh2
Souvent mal reconnues au regard des critères académiques, ces démarches répondent à un double besoin : celui des chercheurs et celui des acteurs. D’un côté, les disciplines constituées éprouvent leurs limites face aux situations contemporaines, leurs enjeux démocratiques, et face à l’émergence de nouveaux objets. Elles cherchent à les dépasser par l’interdisciplinarité et la mobilisation de partenaires non académiques. De l’autre, les acteurs sociaux, économiques, politiques, institutionnels sont en demande d’un éclairage savant qui intègre et prenne en compte leur propres problématiques et objectifs. Les limites contemporaines de l’institution sont également en jeu : limites avouées dans la capacité à penser des situations, limites dans la capacité à décider et à faire ; limite dans la capacité de représentation politique.

Lieu et inscription

MSH Paris Nord – 20 avenue George Sand – 93210 La Plaine Saint-Denis
Métro Ligne 12 – Terminus station Front Populaire, RER B La Plaine – Stade de France

Inscription obligatoire

Programme

9h ouverture par Alain BERTHO

1. Pourquoi de nouveaux paradigmes de recherche ?

Quel contexte politique, social, technologique ? Quels impensés du monde actuel ?

  • Bernard STIEGLER > IRI, université de Compiègne > Disrupion et recherche contributive
  • Sylvain LAZARUS > université Paris 8 > Aujourd’hui, que faire dans le travail d’enquête de l’hypothèse d’une capacité politique des gens ?
  • Marion CARREL > université Lille 3 > Vers une épistémologie post-pauvreté ? Les enjeux du croisement des savoirs entre personnes en situation de pauvreté, praticien.ne.s et chercheur.e.s chez ATD Quart Monde

10h30-11h pause café

2. Les chercheurs interpellés : par qui et pour quoi ?

Qui est prescripteur ? (La puissance publique ? Une entreprise ? Un collectif militant ? Les intéressés eux-mêmes ?) Quels sont les besoins ? Quels vides remplissent-ils ?

  • Hugues BAZIN > LISRA > Quand la commande vient d’ « en-bas » : le principe de laboratoire social au prisme d’une recherche-action avec les récupérateurs vendeurs
  • Patrick BRAOUEZEC > Président de Plaine Commune > Territoire et recherche-action : une coopération à consolider.
  • Marc LIPINSKI > CNRS >10 ans de partenariats institutions – citoyens pour la recherche et l’innovation (Picri) et après ?

12h30 -14h repas

3. Quels formats de recherche i pour quelles finalités ?

Quelles collaborations ? Pour quels savoirs ? Produit-on du commun ou des usages disjoints ? Quelle finalité critique ou politique de la démarche ? Quels effets sur les disciplines et sur l’action collective ?

  • Francine SAILLANT > université Laval > La recherche dans les milieux communautaires au Québec : jeux de normes et d’éthique
  • Hugues BAZIN / Mélanie DUCLOS / Véronique POUPARD > Plaine Commune > Expérimenter les rues marchandes comme démarche de recherche-action avec les biffins sur Plaine Commune ?
  • Pascal NICOLAS LE STRAT > université Paris 8 > Faire commun en recherche

15h-15h30 pause

  • Jean Michel FOURNIAU > Iffstar > Excellence scientifique et pertinence sociale : deux critères indépendants dans l’évaluation des sciences participatives
  • Mathieu VALDENAIRE > FEJ,> Quelles recherches-expérimentations soutenues par le Fonds d’Expérimentation pour la Jeunesse ? Quelle capitalisation ?
  • Agnès DEBOULET > Université Paris 8 > Co-produire du savoir et de l’action : enjeux internationaux des formats coopératifs en milieu urbain (après Habitat III)

Conclusion des discutants de la première partie de la matinée

17h Cocktail

Semaine européenne de la réduction des déchets – 19 au 26 Novembre à Paris

Ce mercredi, le 23 Novembre, l’association AMELIOR participera à une table ronde sur « le réemploi sous toutes ses coutures » avec le REFER et l’association la Bricolette, de 19H30 à 20H30 à la Boutique Pédagogique, 32 rue du Maroc, 75019 Paris.
Il y a des animations et des ateliers toute la semaine. Pour avoir plus d’informations, vous pouvez aller sur le site de la Boutique Pédagogique : JETTE PAS L’EPONGE ! – La Boutique Pédagogique

Atelier Deuxième Vie des Objets – 1 décembre EHESS – Paris

Nous avons le plaisir de vous inviter à la prochaine séance de
l’Atelier « Deuxième vie des objets » intitulée « Les territoires et les lieux des déchets » le jeudi 1 décembre à l’EHESS – Paris de 9h30 à 12h30.

Nous écouterons les interventions de :

Jean-Baptiste BAHERS (Maître de conférences, ESO, École des Métiers de l’Environnement) et Mathieu DURAND(Maître de conférences, ESO Université du Maine), Vers une économie circulaire… de proximité ? Une perception différenciée des registres de proximité

Fanny RASSAT (doctorante LADYSS, Université Paris Diderot) et Jeanne GUIEN ( doctorante CETCOPRA, Université Paris I Panthéon-Sorbonne), Consommer et jeter en ville : pratiques de récupération et de recyclage de proximité à New York

Adresse : EHESS-Paris, Bâtiment Le France, 190-198 av. de France 75013 Paris, salle 15, RdC

Le séminaire est en accès libre.

Plus d’information sur le programme 2016-2017 sur le site de l’Atelier : http://dvo.hypotheses.org/activites

contact : dvo.seminaire1@gmail.com

Le comité d’organisation : Élisabeth Anstett (Chargée de recherche CNRS, IRIS), Nathalie Ortar (Chargée de recherche MEEM, LAET), Fanny RASSAT (doctorante LADYSS, Université Diderot Paris VII), Jeanne Guien (doctorante CETCOPRA, Universi
té Paris I Panthéon-Sorbonne.

Journée d’étude « Les chercheurs et l’action – Situations, collaborations et finalités » (St Denis)

Recherches collaboratives, participatives, contributives, impliquées… : si le vocabulaire n’est pas vraiment fixé, les expériences se multiplient, donnant une nouvelle jeunesse aux recherches-actions. Souvent mal reconnues au regard des critères académiques, ces démarches répondent à un double besoin : celui des chercheurs et celui des acteurs. D’un côté, les disciplines constituées éprouvent leurs limites face [...]

FORUM/DÉBAT Les biffins récupérateurs-vendeurs, acteurs de la ville et du réemploi : un autre visage de l’éco-développement et de l’économie solidaire

Le Laboratoire d’Innovation Sociale par la Recherche-Action, la Maison des Sciences de l’Homme Paris-Nord et les acteurs du collectif Rues Marchandes : Amelior, Aurore, Intermèdes, Makesense, Le réseau de recherche Sociétés Urbaines et Déchets, Sauve qui Peut, WOS-agence des Hypothèses… … sont heureux de vous inviter au forum public : « Les biffins récupérateurs-vendeurs, acteurs [...]

FORUM/DÉBAT Les biffins récupérateurs-vendeurs, acteurs de la ville et du réemploi : un autre visage de l’éco-développement et de l’économie solidaire

Le Laboratoire d’Innovation Sociale par la Recherche-Action, la Maison des Sciences de l’Homme Paris-Nord et les acteurs du collectif Rues Marchandes : Amelior, Aurore, Intermèdes, Makesense, Le réseau de recherche Sociétés Urbaines et Déchets, Sauve qui Peut, WOS-agence des Hypothèses

… sont heureux de vous inviter au forum public :

« Les biffins récupérateurs-vendeurs, acteurs de la ville et du réemploi,
un autre visage de l’écodéveloppement et de l’économie solidaire »

Le 2 novembre 2016 de 9h à 17h30

à la Maison des Sciences de l’Homme Paris-Nord
20 avenue George Sand – 93210 La Plaine Saint-Denis – M° 12 Front populaire

 

Animé par le LISRA en partenariat avec la MSH PN, le collectif de recherche-action Rues Marchandes rassemble et met en relation des personnes et des structures concernées par la question des biffins récupérateurs-vendeurs et de l’économie solidaire. Son objectif est de produire et de diffuser, avec les biffins, des connaissances à même de répondre aux manques, d’une part de considération de l’activité économique, sociale et écologique de la biffe, et d’autre part d’espaces marchands dédiés à cet effet.

 

9h-9H30 Accueil des participants (Auditorium – 1re Étage)

9H30-10H « Raconte-moi Ta Rue Marchande »
Film réalisé par Claire Dehove et Julie Boillot Savarin (Wos Agence des Hypothèses)

10H-10H30 Introduction
Alain Bertho (Directeur de la MSH PN) et le collectif Rues Marchandes

10H30-12H30 Travaux de la recherche-action en cours
Présentation des travaux avec les biffins récupérateurs-vendeurs : le guide culturel et juridique, l’étude d’impact, la plateforme-ressource. Cette présentation sera étayée par divers récits d’expériences : histoires de vie, circuits de biffe, ateliers dans les camps de Rroms, la biffe à l’international, etc.

12H30-14H Pause déjeuner / Expositions (Salle panoramique – 4ème Étage)

  • Étals marchands : rencontre avec les biffins qui exposent leurs objets de récupération
  • Expo-Photo : “La mise en image du rebut. Matières, corp(u)s et pratiques autour des déchets”, le travail de la récupération et du recyclage des déchets dans diverses métropoles pour une reconnaissance du métier et une requalification de l’image des récupérateurs, en présence de trois chercheurs et photographes du réseau Sociétés urbaines et déchets. : Claudia Cirelli, Bénédicte Florin et Pascal Garret.

14H-17H Forum-Débat (Salle panoramique – 4ème Étage)
Quelles problématiques, stratégies et prospectives pour les « Rues Marchandes » ? Des récupérateurs-vendeurs, acteurs associatifs et solidaires, chercheurs, agents et élus de collectivités territoriales interviendront sur les travaux présentés le matin et réfléchiront avec les participants sur des pistes de réponse : Trois axes principaux orienteront la discussion : Espace public, droits et droit à la ville ; Statut(s) économique(s) des biffins ; Recyclage et acteurs du réemploi.

17H : Clôture de la journée
Alain Bertho et Rues Marchandes

 

Entrée libre sur inscription ci-dessous :

[contact-form-7]

Extrait d’enquête. Odile. Des savoir-faire et des amis pour se relever des maladies.

Par Mélanie Duclos

7 septembre 2016 – Marché de la Croix-de-Chavaux (Montreuil, 93) – Entre 9h et 12h

C’est notre premier jour de travail de terrain.

Il fait beau. Sous le préau de la place de la Croix-de-Chavaux, les clients sont encore peu nombreux, les allés marchandes aérées. L’ambiance est calme et même joyeuse : à l’entrée du marché qui fait face au métro, sur l’étal d’un de ses marchands, un transistor fait de la musique.

Ici et là, dans leur gilet jaune, on reconnaît les membres d’Amélior : l’association qui, chaque mois, avec le soutien de la mairie de Montreuil, organise et tient ce marché. Et puis il y a nous, les quelques chercheurs-acteurs du collectif Rues marchandes, venus ce premier jour à la rencontre des biffinsi.

Je fais un tour avant de me lancer, je flâne au hasard des allées. Ici des vêtements, des pantalons des chemises soigneusement pliées, là des bijoux de la vaisselle et des jouets pour enfant, ces étals hétéroclites typiques de la biffe plus encore que de la brocante. Sur les bords, à droite, à gauche, les Roms ont déballé à la suite les uns des autres. Au fond, les Chinois eux aussi se sont regroupés. Et puis il y a tous les autres : nationaux et immigrés du Maghreb ou de l’Afrique noire, descendants d’immigré aux peaux souvent foncées, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes.

C’est vers les femmes que je me tourne – car le rapport aux hommes peut être compliqué, pour le moins au premier abord, dans cet espace de rencontre qu’est la place du marché et où les jeunes blanches sont rares si ce n’est même absentes – vers une femme en particulier, connaissance de connaissance, qui connaît Martine et Chantale, biffines des Rues marchandes.

« Ah oui, Martine, si je la connais ?! Quel amour cette Martine ! »

Comme c’est souvent au marché des biffins où vis-à-vis des inconnus c’est la méfiance qui prévaut – vu l’informalité de la biffe, les concurrences entre biffins et les regards négatifs généralement portés sur eux – et où les liens de solidarité peuvent être, à l’inverse, extrêmement étroits, notre connaissance commune nous rapprochent et met en confiance.

« Tous les week-ends elle est venue me voir quand j’étais à l’hôpital. C’était l’année dernière, je me suis cassée le col du fémur. Elle était là tous les week-ends et même le jour de mon anniversaire, elle est venue avec des fleurs ! Vraiment, quel amour cette Martine ! »

Odileii doit avoir autour de soixante-dix ans, petite et mince, cheveux mi-longs gris, chemise simple et pantalon. Quand elle sourit, comme à présent, ses yeux se ferment presque et toutes ses rides sourient comme si elle n’avait cessé de sourire toute sa vie. Quand elle recouvre son sérieux, c’est pourtant de la tristesse qu’on lit dans ses yeux gris derrière ses lunettes, comme de la mélancolie.

« On se connaît depuis longtemps avec Martine. On s’était perdues de vue à un moment donné… Et on s’est retrouvées, un jour, dans une brocante. Une amie m’avait fait une petite place – moi j’ai pas les moyens, moi, pour les brocantes. Et y’avait Martine qui chinait. On était bien contentes de se retrouver ! »

Depuis l’allée marchande, pour mieux l’écouter, je suis passée de l’autre côté de l’étal où Odile est assise sur sa chaise pliante. Odile continue:

« Heureusement que je suis bien entourée comme ça. Parce qu’avec l’âge, vous savez, c’est de plus en plus difficile. Là c’est mon pied qui me fait mal, ça commence à m’inquiéter. »

Elle regarde son pied, enflé. Une cane repose à ses côtés.

« Je devrais faire des analyses la semaine prochaine… Heureusement qu’il y a Martine et mes amies des brocantes et mes voisines aussi, des dames très gentilles, qui me donnent des choses, des bijoux surtout parce qu’elles savent que j’aime beaucoup les bijoux. »

Elle n’en porte pourtant pas. Ni bague, ni bracelet, ni boucle, peut-être une fine chaîne dissimulée sous sa chemise ? Mais son étal en est rempli. Dans des bacs en plastique, les pendentifs et les bagues, les petits bracelets s’entremêlent. Sur le tissu rose sombre qu’elle a étendu sur l’asphalte, les colliers, les boucles d’oreilles et les bagues en argent couvrent la moitié de la place. L’autre moitié mélange des vêtements, des sacs et des outils de cuisine ou de décoration qu’Odile a disposés de manière à donner envie. Aux clients qui s’arrêtent, des femmes surtout et surtout sur les bijoux, elle donne en souriant tout un tas d’informations : matière, époque, provenance, technique de nettoyage et de confection…

« J’aime beaucoup les objets. Mais ceux que j’aime, par-dessus tout, c’est les objets naturels : en bois, en cuivre, en argent… Je sais pas pourquoi, mais ça me passionne. Alors je fais des recherches, je me renseigne, ça me rend curieuse. Je répare aussi. J’ai des outils chez moi, à la maison, pour réparer. Quand on me donne des objets abîmés ou cassés. Ou quand je trouve… »

Elle prend un air un peu coupable, coupable gentiment.

« Des fois, quand je trouve dans les rues, je ramasse aussi, ça m’arrive.

  • Mais tu tournes pas, tu fais pas des tournées des poubelles ?

  • Non, plus maintenant. Avec mon pied, j’ai mal aux hanches… J’habite le 19ème, à 15 minutes d’ici à peine et j’ai déjà du mal à venir à vélo, alors tu penses ! Avant oui… Avant, avec un ami, il avait une voiture, on faisait les encombrants, tu sais, en banlieue, dans le 91 surtout. Et les poubelles aussi dans Paris. Avant oui mais plus maintenant…

  • Ça fait longtemps que tu fais ça ?

  • Oh oui ! 1987. L’année de mon cancer. C’est cet ami justement qui avait la voiture qui m’a proposé. Il disait que ça me ferait du bien, de pas rester sans rien faire, de voir du monde et puis de vendre aussi. J’étais vendeuse avant, dans les grands magasins. C’est comme ça qu’on a commencé. À Saint-Ouen d’abord, rue Fabre, à l’époque où le placier disait rien. Puis à Montreuil… On a vendu longtemps tous les deux… »

Elle a son air mélancolique.

« C’était ton compagnon ?

  • Mon compagnon, oui. Il est mort le pauvre. D’un crise cardiaque il y a des années déjà. C’était moi qui avait des tas de problèmes de santé, et finalement c’est lui qui part et moi je reste… Alors voilà, mais je continue. Plus comme avant, maintenant, avec mon pied, je peux plus courir comme avant, quand il y avait la police, fallait courir hein ?! Halala ! Non, maintenant, c’est ici, avec Amélior et puis des fois des brocantes ou des vide-greniers quand j’ai des amies pour me garder la place. Ça me fait du bien, de retrouver les gens… Et puis faut boucler les fins de mois aussi. Avec ma petite retraite, j’irai pas loin si j’avais pas ça. »

i Vendeurs-récupérateurs d’objets le plus souvent trouvés dans les poubelles

ii Par souci de confidentialité, le nom a été modifié.