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Atelier public de recherche-action avec les récupérateurs-vendeurs

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Invitation à l’atelier public de recherche-action

« La biffe comme écodéveloppement en milieu urbain »

Le 29 septembre 2016 de 14h à 18h – salle 410

MSH Paris Nord – 20 avenue George Sand – 93210 La Plaine Saint-Denis – M° 12 Front populaire

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Bonjour à toutes et tous,

Nous avons le plaisir de vous convier au prochain atelier des Rues marchandes.

À l’ordre du jour de cet atelier :

1. Bilan des activités réalisées et rappel de celles à venir

2. Point sur l’état d’avancée des différents travaux :

  • Le guide culturel et juridique
  • La cartographie participative
  • L’étude d’impact
  • La plateforme ressources

3. Programmation de la journée publique du 2 novembre au cours de laquelle nous présenterons et discuterons nos travaux en cours.

À ce propos, les personnes susceptibles d’intervenir le 2 novembre, que ce soit pour présenter ou discuter nos matériaux, sont cordialement invitées à nous rejoindre pour cet atelier, ou, si elles ne peuvent être là, à prendre contact avec nous.

Pour le collectif Rues marchandes, Hugues Bazin et Mélanie Duclos

A bout de souffle

ABOUT DE SOUFFLE

La classe politique aujourd’hui au pouvoir n’y serait jamais parvenu sans le mouvement existentiel de 1968 … Ils ont récupéré, édulcoré, usé jusqu’à la corde l’éclosion démocratique de ce printemps là et à présent, ils en sont à appliquer les vieilles méthodes réactionnaires et répressives pour dénaturer tous nos acquis … Capillarisés qu’ils sont par les malsaines diatribes des libéraux, qui au fil du temps, les ont convaincus que de ce passé libertaire il fallait faire table rase … Ainsi, pas un seul jour sans qu’une bulle irrespirable n’émerge de cette vase stérile où nous nous étouffons, de contrainte en contrainte, incapables qu’ils nous rendent de garder raison puisque ces contraintes sont souvent contradictoires : soit spontané, soit réservé, soit ouvert, soit fermé, soit disponible, soit occupé, soit souple, soit droit … Cette classe multipartiste nous impose comme norme un présent perpétuel, traitant la nostalgie comme une maladie honteuse et surtout par le mépris les retours d’expérience, le savoir faire acquis par l’observation, l’écoute, l’odorat … Le passé oblitéré comme une « no go zone », un espace dévalué par la tyrannie d’un présent imposé comme valeur absolue …Pour eux, le futur se réduit également au présent, faute de projet et de sens à ce présent, d’où ce sentiment d’immobilisme : il nous devient difficile voire impossible de nous projeter dans ce monde là, dont les tenants des pouvoirs ont fait un transect totalitaire.

Nos libertés s’effilochent chaque jour car ils n’ont comme réponses aux soubresauts individuels ou collectifs que plus de répression, plus de contraintes, plus de normes … Ils ne cherchent pas de causes aux « ruptures » qu’elles soient sociétales, culturelles, cultuelles, psychotiques, qu’ils ont eux mêmes induits et n’ont comme réponses que punir, éradiquer, supprimer, anéantir, annihiler comme si en faisant cela cette cause profonde disparaissait …

Ils sont dans le déni du réel et en cela, le réel leur revient dans la gueule comme un boomerang, de plus en plus violent … mais ils restent encore aveugles et sourds, poursuivant leurs chimères morbides …Ils nous traitent comme des déchus parce que nous n’adhérons pas à leurs structures rigides … Ils privatisent notre pensée en nous inondant d’images dégradantes, d’attitudes achetées ou vendues, de lieux communs « ça va de soi ! », «chacun sait », « il faut en convenir » etc , et de sondages manipulés, par les médias qu’ils contrôlent ; ils privatisent nos espaces de vie intime en nous faisant truffer de micro caméras nos logis, sécuritaires ou inclus dans nos portables, nos ordinateurs … Ils privatisent nos espaces publics en nous abrutissant de publicités mensongères, en banalisant la présence de leurs chiens de garde sur nos Agoras … en normant ce qui est autorisé d’échanger ou de vendre sur les marchés, dans la rue … Ce qui n’est pas autorisé est interdit … Les déchets sont tabous, conditionnés comme appartenant au passé et en cela, obstacles au présent, il ne faut plus les voir, ceux qui tenteraient de les valoriser sont classés comme déchus, n’appartenant pas aux représentations publicitaires de ces « nouveaux quartiers » et de leurs habitants aisés et souriants … apparences orweliennes de leur monde qu’ils projettent tels qu’ils veulent l’imposer … Comme le remarque Michèle Riot Sarcey,dans le procès de la Liberté, dans … « le projet initial de République démocratique et sociale, où liberté individuelle et liberté collective, indissociables, signifiaient le pouvoir d’agir ».

Aujourd’hui, seule une soi-disant liberté individuelle est imposée comme slogan par les libéraux, autrement dit la célèbre métaphore du « libre renard dans le libre poulailler » (pardon aux vrais renards) …

Nous devons redonner vie à l’idée d’émancipation, non pas par le travail qui ne conduit qu’à une émancipation par la consommation, mais à celle de l’émancipation par le savoir, tous les savoirs, celui du biffin qui réhabilite un objet déchu, celui de l’herboriste qui sait que chaque plante a un usage, celle de l’historien qui rappelle la mémoire de nos luttes, celle du géographe qui en lisant les paysages, permet à l’homme et à la nature de coexister … Quant à eux, ils sont à bout de souffle, le temps sera notre complice …

Les tribus de la récup

Ce film documentaire sera diffusé lundi 11 avril à 23h30 sur France 3 Rhône-Alpes.Pour les habitant-es d’Ile-de-France, il y aura une projection le vendredi 22 avril à 20h15 au cinéma le Méliès à Montreuil, contacter Josette Martin

Si pour beaucoup d’entre nous, la vie des déchets s’arrête dans la poubelle, pour d’autres, tout commence là. Les plus démunis récupèrent dans les poubelles de quoi survivre : de nombreux déchets y échouent, sans pour autant être hors d’usage.Ces exclus se regroupent aujourd’hui sous l’influence de nouvelles énergies, celles d’une jeunesse écolo et humaniste, qui souhaite mettre en œuvre d’autres modes de fonctionnements sociétaux.Ces tribus s’organisent sous forme de microcosmes.

Une coproduction : France ThM Productions – France 3 Rhône-Alpes
Réalisation : Emmanuelle Zelez & Laurence Doumic

 

Quelques liens utiles

  • Les gars pilleurs récupèrent ce qui est jeté par les grandes surfaces. Tout est redistribué. Ils appellent au boycott des grandes surfaces telles qu’elles existent aujourd’hui.
  • Gérard Bertolini, sociologue spécialisé dans les déchets, directeur de recherche au CNRS, auteur de « Montre moi tes déchets aux éditions de L’Harmattan
  • Marché des Biffins de Montreuil a lieu une fois par mois

Compte-rendu de l’atelier public « Écologie urbaine, économie informelle et espaces publics »

Cette rencontre « Écologie urbaine, économie informelle et espaces publics » s’est déroulée le 16 octobre 2015 à la Maison des Acteurs du Paris Durable (Paris 4e), animé par le laboratoire d’innovation sociale par la recherche-action avec des biffins. Elle a été introduite par la projection du film « Raconte-moi ta rue marchande »

Le principe d’un atelier de recherche-action est de proposer à chacun d’amener ses matériaux d’expérience et de réflexion, de les mettre en échangers, en discussion en commençant par les biffins eux-mêmes qui sont les mieux placés pour produire une connaissance à partir de leur vécu.

Notre invitation a réuni des personnes très différentes plus ou moins directement concernées par les problématiques soulevées par l’économie informelle et l’espace public, le rôle des minorités et leurs formes d’organisation. L’histoire de la lutte des biffins en région parisienne remonte à plus d’une dizaine d’années. L’histoire de la récupération-vente remonte elle-même au fond de l’humanité puisque cette dimension de l’économie informelle a toujours existé dans nos sociétés. Elle représente aujourd’hui dans certains pays 60 à 80 % de l’économie. Les pays riches redécouvrent cette dimension à l’occasion de la crise des années 2000 et l’installation de la précarité pose cette question dans l’espace public à travers la présence de marchés biffins.

Participants

Chantal biffine depuis 25 ans vendeuse à la sauvette

Martine, biffine depuis l’âge de 17 ans : « cela fait une quarantaine d’années. J’arpente Paris de jour comme de nuit, de poubelle en poubelle et je vends à la sauvette ou parfois dans des lieux autorisés et je fais des bijoux avec les matériaux que je récupère ».

Pascal, économiste, investit le collectif rues marchandes pour y développer des expérimentations et participer un groupe de recherche

Jean Claude, animateur d’une cigale qui est un club d’investisseurs dans le cadre de l’économie sociale et solidaire et s’intéresse comment cette économie informelle de la récupération vente peut entrer dans le secteur marchand traditionnel en restant dans une dimension solidaire : « j’habite dans le 12e il y a des projets d’aménagement de places publiques gagnées sur l’espace pris par les voitures. Pourquoi pas créer des activités nouvelles au regard de l’espace disponible ? »

Mélanie qui a terminé une thèse d’anthropologie sur les biffins en Île-de-France. « Je m’attache particulièrement aux modes de résistance des personnes, les stratégies qu’elles mettent en place pour faire face au quotidien ».

Claire, artiste plasticienne et scénographe, animent « Wos agence des hypothèses » qui a réalisé le film documentaire de cette soirée et aussi développé des projets d’étals mobiles à Dakar avec les marchands ambulants,

Malika , anthropologue, a participé à une consultation de citoyens autour des biffins initiés par la Ville de Paris et qui a formulé des propositions : « on demandait qu’il y ait des espaces organisés pour la biffe. Les préconisations allaient donc vers une reconnaissance de la biffe et d’un aménagement dans l’espace, reconnaître les porte-parole des différentes communautés de biffins.

Evelyne chercheur en sociologie des sciences, a travaillé sur les tiers lieux et s’intéresse tout particulièrement à tout ce qui touche aux nouvelles pratiques collaboratives. « Je connais la réalité des biffins surtout avant tout en tant que cliente des brocantes. Les tiers lieux se placent entre la sphère publique la sphère professionnelle »

Zoé, architecte « je m’intéresse aux différentes pratiques dans l’espace public

Hugues,chercheur en sciences sociales au LISRA, cofondateur de « rues marchandes »

Damien, éducateur, ENS anthropologue je m’intéresse au bricolage du quotidien, aux savoirs ordinaires que produisent les gens pour vivre.

Autre participante qui s’intéresse beaucoup au tri anti gaspillage dans une société de surconsommation, des activités comme les répair’café. Je m’intéresse aux ressourceries.

Autre participant « je ne suis pas dans un parti, dans une organisation ici je suis venu grâce à lien avec le support Internet est à la fois on fabrique quelque chose , on construit en faisant.

(NB: D’autres participants se sont présentés, mais, l’enregistrement n’est pas audible, la mauvaise qualité acoustique de la salle n’a pas permis de retranscrire l’intégralité des échanges)

Débat

« Un des enjeux de cette rencontre est de créer un nouvel imaginaire autour de la récupération-vente renvoyée aux déchets, aux rebuts, aux salissures. Les autorités s’appuient sur ces représentations pour justifier une chosification des biffins. À partir du moment où les personnes sont considérées comme des choses, il est plus facile de les exclure de l’espace public, car ils perdent leurs conditions de citoyens ou sont considérés comme des sous-citoyens. Le principe de ce collectif Rues Marchandes est de favoriser une intelligence collective par le croisement de personnes d’horizons différents, mais qui pense que la créativité ou l’innovation sociale peut apporter des réponses à des conditions précaires. Ce basculement nous disant que les marchés biffins ne sont pas le problème, mais la solution, amène à nous interroger sur le rapport à la ville, à l’économie, sur les circuits courts, sur l’habitat, etc. L’imaginaire instituant n’est pas une rêverie, il peut correspondre à l’élaboration de nouveaux dispositifs, mais il y a un blocage au niveau politique et institutionnel dès qu’il s’agit d’ouvrir des espaces marchands dans l’espace public. Il n’y a que trois marchés temporaires qui sont autorisés ou tolérés en région parisienne, leur poursuite reste précaire (porte Montmartre dans le 18e, Croix de Chavaux à Montreuil, Porte de Vanves, dans le 14e).

« On est dans la rue depuis le début des années 2000. Au début on était une cinquantaine, moi j’ai commencé à Montreuil, on n’était pas beaucoup à biffer. À l’époque personne ne parle de biffins on ne s’occupait pas de nous. On se cachait, on avait honte de fouiller dans les poubelles et de les revendre. Puis le phénomène s’est élargi. On a été de mairie en mairie, de réunion en réunion. Jusqu’à maintenant peu de choses ont été faites pour les biffins, le problème demeure. Le Carré des biffins à la porte Montmartre gérée par Aurore n’est pas suffisant et ne répondait pas aux besoins. Il n’y a que 100 places, mais que faire des « sans places » ? J’ai vécu un moment dans la rue et il faut toujours se justifier de tout. Mon espoir est que la biffe soit mieux reconnue avec plus de marchés, qui ne soient plus réprimés par la police et que l’on ne confisque plus leurs biens. Tout cela coûte à la collectivité alors que nous sommes utiles en récupérant dans les poubelles. Moi je récupère plein de belles choses, j’en fais des créations que je revends. Oui il y a effectivement de l’or dans nos poubelles. Au niveau politique il faudrait que les biffins s’investissent plus pour que la cause des biffins soit reconnue déjà par les biffins. Cela commence par organiser des lieux où les biffins peuvent se retrouver en sécurité et impliquer les politiques, les convaincre sur ce qui peut être fait. Il y a trois marcher sur Paris et ce n’est pas suffisant. C’est difficile de créer un mouvement fédérateur, beaucoup de biffins ont baissé les bras. Chacun continu dans son coin à la sauvette. On a toujours des solutions nous biffins, ils ont beau enlever nos sacs et nos caddies, prendre nos objets, de toute façon on repasse dans les poubelles et on recommence. C’est le cycle, on nous chasse, on sera toujours là quoi qu’ils pensent, on fouille les poubelles, on trouve les objets, on les ramène on les vend, même s’ils viennent nous chasser, ce n’est pas grave, on recommence parce que c’est une question de survie. Rien ne peut nous empêcher de faire les marchés biffins, on sera toujours là. Mais c’est difficile de fédérer les biffins, il faut arriver à le sensibiliser à la question des rues marchandes.

« Le mot biffins avant de revenir dans l’espace public en était sorti, on parlait alors de vendeurs à la sauvette. L’appropriation du mot « Biffin » a été une manière de dire qu’on participe à l’histoire, qu’on est acteur historique. Il y a déjà eu une mouvance associative et des comités de soutien où il y a un discours alternatif qui a été en partie repris par les autorités municipales pour ce qui concerne le Carré des biffins la Porte Montmartre.

« Le paradoxe, c’est que nous sommes en pleine discussion sur l’écologique, les biffins ont été précurseurs. Comment arriver à amener les institutions, les élus sur le terrain. L’enjeu est donc de dire si cette économie informelle est une véritable économie au même titre que les brocanteurs mêmes s’ils n’ont pas de statut. Il s’agit donc de faire basculer dans le champ de la réflexion de l’action cette dimension d’écodéveloppement sinon les mobilisations comme celles qui ont existé dans les années 2000 risquent de rester vaines.

« On cherche à stériliser les pratiques non instituées qui sont déjà en elle-même des réponses. On n’entre pas dans la biffe par hasard, il y a des parcours de carrière de biffins, ce sont des ressources qui sont mobilisées. Alors, comment faire comprendre aux pouvoirs publics d’avoir un autre regard sur des processus qu’ils ne contrôlent pas.

« Nous, on a commencé la lutte, il n’y avait pas le Carré des biffins, ce n’était pas notre problème. On voulait un marché autogéré. Mais tout de suite c’est devenu un marché encadré avec une convention politique et sociale. Alors qu’on n’avait pas besoin pour la majorité d’entre nous d’insertion sociale.

« Est-ce que cela ne passe pas par la reconnaissance d’une liberté individuelle. On peut faire le parallèle avec la manière dont la RATP gère les espaces marchands dans le métro parisien.

« Il est nécessaire d’avoir un permis spécial, de payer une redevance, il y a une sélection avec des obligations.

« La recherche-action doit aider à ce qu’il y ait un minimum d’organisation. Cela passe par une charte.

« Les biffins ont besoin d’indépendance, de liberté et de l’autre côté les pouvoirs politiques ont besoin d’une structure, d’un cadre. Les uns ont besoin de mettre dans des cases et les autres n’ont pas envie d’entrer dans des cases.

« On peut imaginer comme pour la brocante des placiers. Avec un brassard pour être reconnu. Avoir l’installation de conteneurs pour mettre les déchets, s’organiser pour que la place reste propre. On avait déjà pensé à tout ça au début pour qu’il y ait vraiment une valorisation de la vie des biffins.

« Il s’agit de faire comprendre aux politiques faces à la rationalité technicienne que peut s’opposer une autre rationalité qu’on pourrait appeler situationnel, qui part de l’expérience collective en situation. Le technicien réfléchit par segmentation sous forme de catégories, de commissions techniques, car il pense que c’est plus efficient alors que les biffins ne rentrent pas dans cette culture technique. Et c’est pareil d’ailleurs pour toutes les formes de gouvernance, comment faire venir le politique sur cette autre rationalité ?

« On a des stratégies en tant que biffin, on joue sur l’apparence d’une brocante, on met des banderoles sur une place comme pour les vide-greniers comme ça les gens pensent qu’il y a un cadre formel comme pour une vraie brocante.

« Ce sont des stratégies de détournement, de retournement, on pourrait imaginer des formes d’intervention de ce type dans l’espace public qui reprendrait ce principe pour mettre les décideurs devant leurs responsabilités.

« Le vide-greniers sauvage, c’est comme des « flashs mobilité », mais est-ce que ça peut berner longtemps les commerçants, ce sont les premières protester, c’est avec toute la population qu’il faut travailler par rapport à l’image qu’ont les biffins. Les biffins ne sont pas connus et reconnus il faudrait un festival pour qu’ils entrent un peu en visibilité, invitant les formes économiques alternatives, valoriser la dimension créative pour que les biffins aient des interlocuteurs.

« Il n’y a pas la visibilité quand il n’y a pas la grille pour voir. Les biffins ne sont pas repérés parce qu’on ne les voit pas en tant que récupérateurs vendeurs, mais en tant que pauvres occupant la rue. À travers la place marchande c’est donc tout le circuit de l’écosystème qu’il s’agit de faire reconnaître et dont font partie les acheteurs.

« La différence entre le vide-grenier et les biffins, tout cela semble se ressembler ?

« Avant, il n’avait pas de différences, il y a cependant une différence entre brocante et vide-greniers, maintenant le vide-greniers ressemble à des brocantes avec de belles tables de présentation si bien que les biffins se font remarquer dès qu’ils veulent s’installer. On n’arrive pas à négocier des places sur les vide-greniers.

« Il y aussi un lien avec la nature des objets, le brocanteur cherche plutôt des antiquités, ils sont déclarés, ils payent une place, ils ont des dépôts de marchandise. Les emplacements des brocantes professionnelles en province coûtent très cher, ces 300 € la place.

« Les brocanteurs sont là à la première heure pour récupérer des objets sur les marchés biffins.

« L’espace public est un espace du commun qu’il faut négocier, la question se pose alors qui a le pouvoir et la légitimité pour négocier. Pourquoi par exemple exiger une appartenance territoriale rapport à l’emplacement des marchés alors que la biffe s’inscrit dans une mobilité. Les réponses en termes de circuits de récupération sont toujours parcellaires en ce qui concerne les biffins, même si de temps en temps on peut négocier une place dans un vide-greniers, temps en temps c’est le cas d’une ressourcerie, de même Emmaüs qui a des entreprises d’insertion sociale avec des lieux de dépôt-vente.

« Les œuvres caritatives développent leur propre économie dans la transformation des objets.

« On a trop tendance à confondre certaines formes de mobilité, de parcours chaotique ou qui se renouvelle comme un signe de précarité. On peut ne pas avoir nécessairement un statut tout en revendiquant une protection.

« Nous sommes bien entre « précarité l’innovation et l’innovation de la précarité ». Ceux qui sont amenés à répondre à leurs besoins par l’innovation, ce sont les précaires qui innovent, mais ce n’est pas parce qu’on innove qu’on doit être maintenu dans la précarité. On peut donc imaginer des « tiers lieux » mobiles qui jouent le rôle d’interface entre des processus instituant et institué. On peut créer des espaces de croisement même dans les lieux institués ou dans les espaces réglementés. Le propre de ce tiers espace, c’est que les gens peuvent redéfinir leur position et ainsi mettre leur imagination au service d’une créativité. Les pauvres ne sont pas uniquement considérés comme des pauvres et les institutionnels pas uniquement comme des institutionnels. Le principe de Rues Marchandes est de pouvoir créer ce type d’interface.

« Il faut trouver des formes d’autogestion vivante tout en respectant le mode de vie de populations qui ont choisi un certain degré de liberté.

« Une stratégie serait de faire reconnaître des compétences collectives qui ne se confondent pas avec un statut rigide. On retrouve ces compétences dans la capacité à organiser un marché, à développer des réseaux, à négocier des places. Les porteurs de ces compétences deviennent naturellement des leaders de communautés et on peut imaginer une reconnaissance d’animateur de communautés qui permettraient également de résoudre les difficultés qu’ont les interlocuteurs, les institutions, des collectivités territoriales à traiter avec des collectifs. La plupart du temps on ne sait pas travailler avec des communautés constituées, cela fait peur. Alors, les réponses ne sont pas rationnelles. Si on réfléchit un instant en termes déjà économiques, ça revient beaucoup plus cher d’envoyer des forces de répression que s’appuyer sur les forces écosystémiques propres au marché et de favoriser une économie informelle des espaces marchands. Mais on donne toujours le pouvoir toujours aux corps intermédiaires parce qu’ils sont reconnus à travers des corps de métiers, qui sont une autre manière de valider des compétences. La biffe n’est pas en tant que tel un corps de métier, c’est une culture du geste, de l’incertitude, de la résistance. On peut réfléchir à des formes de validation à travers productions concrètes comme l’édition d’un guide des droits et de la culture biffine, des supports qui permettraient à la fois de se défendre et négocier dans des espaces publics.

 

Forum « Comment améliorer le fonctionnement du Carré des biffins et améliorer l’activité des biffins ?

La seconde partie du forum ouvert organisée par l’association Aurore s’est déroulée le 17 février entre 16h00 et 19h00 dans les locaux d’Archipel en présence d’une cinquantaine de personnes dont une majorité de biffins (es). Les participants ont voté sur les rapports abordés lors de la première partie du forum qui a eu lieu le 10 février. Plusieurs priorités se sont dégagées notamment concernant « la sauvette », la recherche d’un « statut » juridique pour les biffins, les rapports avec la police, la nature de la biffe et du carré et  l’éventuelle autogestion de celui-ci … D’autres rapports restent à l’ordre du jour comme les conditions de vente par mauvais temps, les relations des biffins avec les voisins, les vols et agressions  et l’intégration d’un hôtel de luxe par rapport au carré. Plusieurs propositions ont été faites lors d’un travail entre les trois ateliers prioritaires afin de pouvoir projeter des solutions pratiques dans les prochains mois. La présence d’un officier de police devrait déboucher sur un dialogue apaisé entre biffins et forces de l’ordre. Une intégration de petites unités de biffins aux marchés forains hebdomadaires ou aux vide-greniers a été proposée, moyennant un éco modeste par les biffins. Des rencontres avec les représentants communaux de la gestion des marchés sont envisagées. Une nouvelle ressourcerie est également une des idées retenues. Un atelier de formation, encadré par des biffins (es) expérimentés a également été évoqué, afin d’initier les nouveaux arrivants (biffins) au cahier des charges, aux règles d’hygiène et de propreté et à l’éthique de la biffe. Il est essentiel, pour les biffins, de convenir d’un tronc commun de droits et devoirs pour ne pas en rester aux débats stériles et aux postures du type « c’est la faute aux autres ! ». Chaque biffin et chaque biffinne est différente. En acceptant ces différences, peuvent naître solidarité et respect de chacun et de chacune. Les propositions pratiques vont être mises en forme et leur faisabilité partagée et proposée prochainement.  (à suivre)

Christian WEISS

Zone d’Action Climat et Rues Marchandes

le mercredi 9 décembre 2015 de 17h à 18h , pendant la ZAC/ Coalition Climat au Centquatre, WOS/ agence des hypothèses, le Laboratoire d’Innovation Sociale par la recherche-Action et le collectif Rue Marchande proposent une rencontre débat autour de l’’économie informel des biffins avec la projection du film « Raconte-moi ta rue marchande » (22’’)

elle sera précédée à partir 16h des haïkus-docus suivants :

KIT PALP (7’’) – WOS/Zones de Gratuité (20’’) – WOS/KIT d’Ambulantage (23’’) – Libre Ambulantage à Dakar/Cie du Bien Manger (11’’) –

Rendez-vous au « forum Ouvert », Le Centquatre – 5 Rue Curial, 75019 Paris (M° Riquet, Marx Dormoy )

 

La ZAC sera un espace pour faire converger les réseaux militants du monde entier, les artistes mais également les non initiés et toutes personnes souhaitant s’informer et s’enrichir autour d’activités culturelles.

Connaître la programmation complète de la ZAC du 7 au 11 décembre 2015

Atelier public « Écologie urbaine, économie informelle et espaces publics »

LE LABORATOIRE D’INNOVATION SOCIALE PAR LA RECHERCHE-ACTION ET LE COLLECTIF SONT HEUREUX DE VOUS INVITER À UN ATELIER PUBLIC Écologie urbaine, économie informelle et espaces publics, les récupérateurs-vendeurs entre précarité de l’innovation et innovation de la précarité Le vendredi 16 octobre 2015 de 18h à 20h, à la Maison des Acteurs du Paris Durable 21 [...]

TEXTE ET CONTEXTE EN RECHERCHE-ACTION

   Voici la troisième livraison du débat où nous mettons « la Recherche – action en questions »…. J.-L.D – Dans le cadre d’une recherche-action, l’action peut-elle être réduite aux   changements sociaux qu’elle induit, ou bien s’agit-il aussi – et surtout – de produire des connaissances en passant par l’épreuve de l’écriture ? Autrement dit la RA se donne-t-elle [...]

Recherche-action, un sport de combat

Atelier-repas en compagnie d’acteurs chercheurs du Laboratoire d’Innovation Sociale par la Recherche-Action (LISRA). le lundi 26 janvier de 19 heures à 22 heures au café associatif le KAMU, 12 rue Léon Blum – 92110 Clichy (M° Mairie de Clichy) Entrée libre, prix du repas libre, parole libre (simplement merci de confirmer pour le repas en [...]

ECRITURE COLLECTIVE ET RECHERCHE ACTION

Quelques mois après la mise en ligne d’un premier entretien, nous poursuivons la publication d’extraits d’un deuxième échange. Bien sûr nous serions très intéressés par vos réactions. JFM : Dans les autobiographies d’Indiens d’Amérique, David Brumble[1] (qui, au passage, n’est pas anthropologue, mais Professeur de Littérature Anglaise aux Etats Unis) s’interroge sur les conditions mêmes de [...]

[Construire = se faufiler entre les doutes] Coping – Medication Time – Lisra

Ce texte a été produit pour un journal local (Lot en Action et Corrèze en Action), son objet était de présenter succinctement les démarches dans lesquelles notre collectif est impliqué (dans la région de Tulle et ailleurs), leur surgissement associatif et les questionnements qui les accompagnent. ——- Le But Ultime aurait été d’envoyer balader en même [...]

Labos sociaux : des espaces critiques au cœur de la société

Nous replaçons les labos en recherche-action dans l’enjeu social et scientifique contemporain comme nécessité d’ouvrir des espaces critiques et instituant à partir de l’expérimentation sociale. Autrement dit, il s’agit de rappeler l’urgence de relier mouvement d’une recherche contestatrice et luttes sociales émergentes sur de nouveaux modèles de pensée, d’organisation et de gouvernance. Ce textes est [...]

Séminaire du réseau des Fabriques de sociologie (St Denis – 93)

Nous avons le plaisir de vous confirmer le séminaire des Fabriques de sociologie du samedi 8 novembre 2014.Ce séminaire se tiendra désormais un samedi par trimestre. Le séminaire est centré sur les enjeux épistémologiques, méthodologiques et politiques de nos pratiques de recherche – des pratiques de portée tout à la fois critique (transformation sociale, émancipation…) [...]