No 56/57 – Sommaire / Edito

Sommaire

A PROPOS DE « JUNIOR S’ENTRAÎNE TRÈS FORT » P.6
En hommage à C. Bachmann, présentation du texte écrit avec L. Basier «Junior s’entraîne très fort» qui présente pour la première fois en France le hip-hop dans sa vérité historique et sociale. Par Georges LAPASSADE

JUNIOR S’ENTRAÎNE TRES FORT P.10
L’analyse ethnographique et linguistique en 1984 d’un phénomène culturel en émergence, le hip-hop, à partir d’une observation des interactions sociales et un travail sur les corpus langagiers. Par Christian BACHMANN et Luc BASIER

LE SENS D’UNE RENCONTRE P.23
Hip-hop et action culturelle à Bruxelles… Les recherches orientent l’action et le terrain alimente la recherche, mais ces démarches sont-elles conciliables ? Par Alain LAPIOWER

LES RAVES : DES FÊTES « BONNES À PENSER » P.32
Au-delà de sa dimension cathartique et de la sociabilité qu’elle permet, la participation aux fêtes-raves constitue, bien plus qu’une «contre-culture» ou une «consommation passive», un mode de socialisation. Par Étienne RACINE

PROFESSIONNALISATION DE JEUNES ARTISTES P.45
A partir d’une analyse ethnographique de la procédure de carrièrisation d’activités artis¬tiques venant de la rue, comment de la logique dite déviante des pratiques culturelles, s’installe une certaine normalisation. Par Damien MABIALA

L’ESPACE DE L’ETHNICITE DU RAP EN FRANCE P.58
La « racialisation » des rapports sociaux est largement chroniquée dans le milieu hip-hop. La question est de savoir si l’éthnicité favorise l’émergence d’acteurs-sujets et à quelles conditions. Par Manuel BOUCHER

LE RAP, UN DÉFI À LA MUSICOLOGIE ? P.69
Les dimensions musicales du rap doivent être analysées au même titre que les autres dimensions de la culture hip-hop. Par Jean-Marie JACONO

LA SOCIALISATION DE L’ART P.74
Le décalage provoqué par l’art crée les conditions d’une rencontre sociale inédite orga¬nisée autour de pratiques sociales complètes mais également il interroge les processus artistiques légitimés par les lieux culturels. Par Hugues BAZIN

DES ACTIONS, DES RÉFLEXIONS P.84
Le mot hip-hop joue le rôle de tiers entre cultures d’origines, et culture scolaire française, en même temps qu’elle remet radicalement en cause, le système traditionnel de production et consommation culturelle. Par Jean HURSTEL

UNE PRISE DE POSITION P.88
Nous proposons une interprétation de l’époque contemporaine à partir d’une analyse des réseaux. Par Béatrice SBERNA

A LA CROISÉE DES RECHERCHES P.91
Retranscription d’un débat sur les formes d’émergence culturelle autour des recherches de H. BAZIN, M. BOUCHER, J.-M. JACONO, A. LAPIOWER et E. RACINE

BIBLIOGRAPHIE DES AUTEURS P.121

(hors dossier) LES DÉBUTS DE L’ANNEE SCOLAIRE P. 123
A partir d’une approche ethnographique interactionniste de l’école les analyses de la déviance scolaire, des luttes de pouvoir, de la négociation permanente dans les classes. Par Abdellatif ELAZAMI

Edito

Le collectif qui vous présente ce dossier dans la cadre de la revue Paroles Et pratiques Sociales, comme la formation de tout groupe, s’est constitué autour d’une histoire de rencontres, du croisement de parcours qui finissent par tisser les mailles d’un travail en réseau. Le dossier met en lumière ce premier travail de connexion autour d’un constat commun.
Sans renier l’apport fondamental des grands penseurs en sciences humaines et sociales, nous remarquons l’éclatement des systè¬mes théoriques. De même les acteurs sociaux, inquiets devant le constat d’une situation sociale dégradée et atomisée, cherchent des cadres de réflexion en même temps que des pistes d’action. Les autorités politico-institutionnelles quant à elles cherchent également de nouveaux axes théoriques et pratiques capables de faire contrepoids à la « désocialisation ».
Cette situation peut contribuer à laisser le champ libre aussi bien à une redéfinition épistémologique et méthodologique fructueuse, qu’à la mainmise d’une pensée totalisante et conformiste derrière des énoncés admis.
4 Nous connaissons les effets de la pensée unique et les discours
sur le travail, les jeunes, la banlieue, l’intégration, l’exclusion… autant de portes qui se ferment à notre compréhension de la vie sociale. La manière dont nous décrivons le monde est dépendante de nos schèmes de pensée, de nos représentations, des énoncés qui constituent notre organisation mentale et, à travers eux, ceux d’une époque.
D’un autre coté, des analyses commencent à provoquer un re-nouvellement des regards et des pratiques, bien qu’elles restent encore peu visibles.
La notion d’émergence traduit pour nous les processus qui condui¬sent à cette visibilité. Visibilité ne veut pas dire obligatoirement « nouveauté ». Dans cette perspective, nous avons à prendre en compte aussi bien la reconnaissance des processus dans l’espace public que la partie immergée qui supporte l’ensemble. La com¬préhension de ce continuum nous amène à une vision différente émergences
de la réalité sociale et du rapport qu’entretient le chercheur avec cette réalité.
La reconnaissance n’est pas dénuée d’ambiguïté. En témoigne le débat actuel sur les « cultures urbaines », tandis que les processus et les enjeux sont rarement explicités.
Si nous nous intéressons plus particulièrement, comme objet d’étude, aux formes d’émergence culturelle telle que la forme hip-hop ou la forme techno, ce n’est donc pas pour la visibilité de leur forme qui n’est pas en soi « nouvelle » mais pour les proces¬sus sous-jacents modifiant, d’une part notre vision du rapport au travail, aux pratiques sociales et culturelles… (enjeux politiques fondamentaux), d’autre part, la façon même dont nous concevons notre travail de recherche (enjeux scientifiques).
En cela l’émergence se meut dans un espace interstitiel. Entre l’espace institué et l’espace informel peuvent être explorées de nouvelles perpectives. C’est un espace de reformulation et d’ex-périmentation où s’exerce un jeu de tensions et de contradictions, où peuvent être posés des enjeux.
Autrement dit, à l’étude des formes d’émergence comme objet de recherche, nous aimerions faire correspondre une recherche comme émergence d’une pensée en mouvement. De même, à l’espace interstitiel comme lieu culturel et symbolique nous dési-rerions faire correspondre un espace interstitiel de la pensée.
Aussi, notre démarche désire accueillir, dans la pluralité des dis-ciplines en sciences humaines et sociales, les auteurs, confirmés ou débutants, qui éprouvent la nécessité de redéfinir leur grille de lecture au-delà de leur objet précis de travail, qu’il s’agisse de travaux empiriques ou théoriques. Ouverts à ceux qui veulent travailler dans cet esprit, nous nous définissons par notre volonté d’indépendance vis-à-vis des institutions qu’elles soient politiques ou universitaires.
Sous la diversité des approches, le présent dossier présente l’ébau-che d’un travail qui ne peut se concevoir que dans une perspective à long terme. Nous espérons qu’il pourra s’engager sur un travail en réseau autour d’échanges approfondis.

Le collectif du dossier

No 41 – Travail social et prévention à Rimini (Italie)

L’équipe d’intervention de Rimini a pris contact avec PEPS pour proposer des échanges d’expériences. Elle a adressé à PEPS un texte dans lequel elle présente ses activités de prévention et d’enseignement.
Rimini est une ville de la région Emilia Romagna. Le territoire dans lequel nous intervenons compte environ 250 000 habitants.
L’économie est fondée essentiellement sur l’industrie touristique qui, en été, transforme la ville en une métropole d’environ un million d’habitants.
Le chiffre actuel de toxicodépendants à l’ héroïne est estimé autour de 3000.
Au début des années 1980, dans la ville de Rimini, étant considérée comme « Ille heureuse », on pensait que la crise économique et sociale du pays ne se reflétait pas dans la communauté locale et que les drogués n’existaient pas, chez nous mais seulement dans d’autres sites plus dégradés.
Il a été nécessaire de produire un changement dans le sens commun pour rompre ce stéréotype et faire émerger à la conscience une réalité refoulée.
Notre équipe a travaillé pour créer une mobilisation dans la ville. Il y eut des assemblées qui se sont tenues dans les quartiers et les écoles.
Dans ces assemblées, il est apparu évident :

  • qu’il existait des toxicomanes à Rimini ;
  • qu’on ne résoudrait pas le problème en les mettant en prison ;
  • qu’il fallait lutter contre la Mafia du grand trafic ;
  • qu’il fallait multiplier les possibilités thérapeutiques.

Le 22 novembre 1980, il y eut une grande manifestation urbaine d’environ 5000 personnes sur cette plateforme.
Cela a été le point de départ sur lequel nous avons articulé un processus thérapeutique qui se base sur un ambulatoire, un centre de jour et une communauté thérapeutique.
Ces activités sont gérées en collaboration avec la « coopérative Centofiori », née à la suite de la manifestation.
L’intervention de prévention a impliqué des « comités de quartiers » et la « formation des volontaires » qui se sont occupés des problèmes de l’adolescence.
Ensuite, nous avons activé un « projet adolescence » et « projet Rue », ce dernier en collaboration avec une institution qui s’occupe de la formation professionnelle des jeunes : L’ENAI P-Centre Zavatta.
Ces activités nécessitaient une formation de travailleurs sociaux qui comme nous l’avons constaté, pouvait intéresser un vaste ensemble d’utilisateurs d’idée plus vaste.
Pour cela, avec l’institut de psychologie sociale et analytique de Venise dirigé par le professeur A. BAULEO, nous avons fondé « l’école de Prévention » J. BLEGER.
Cette école entend fournir les éléments pour mener des interventions de prévention dans différents milieux et développer la capacité critique dans l’analyse des processus institutionnels.
Outre les cours biannuels, l’école organise des séminaires d’approfondissement. Cette année, les séminaires auront comme thème : « Prévention et Institution ».
Nous invitons au séminaire du 30 avril l’association PEPS à nous faire partager ses propres réflexions sur ce thème.

Dr. L. Montecchi ; (Directeur de l’école de prévention J. Bleger) ; Dr. S. Semprini (Responsable du service toxicodépendant USL 40) ; Dr. M. Ferrari (Responsable de prévention SERT USL 40) ; Ing. U. Rinaldi (Coordinateur didactique ENAIP-Centre Zavatta) ; M. W. MUSSoni (Président de coopérative Centofiori)

No 41 – Le foyer d’Alfortville communique

Un foyer d’hébergement est un lieu où se reproduit la culture d’origine. Doit-il pour autant rester fermé sur lui-même ou bien s’ouvrir et communiquer avec son environnement ? Les résidents réalisent que leur mission de développement villageois passe aussi par la reconnaissance et l’intégration de leur foyer dans l’espace urbain d’Alfortville 

Les actions menées depuis 91 par la Commission de la Vie Associative, composée d’une douzaine de membres, eux-mêmes dirigeants ou faisant partie d’une « association villageoise » et de membres du Comité des délégués du foyer, ont été, avec le soutien des Sages, à l’origine des transformations de la vie dans le foyer. Ces actions ont donné à la communauté malienne un nouveau dynamisme et ont permis d’améliorer l’image un peu ternie du foyer dans la ville.

Par ces initiatives, nous avons favorisé une attitude plus positive de nos frères à l’égard de leur situation, en mettant sur pied une structure leur permettant d’élaborer un nouveau réseau d’entraide, de confronter leurs idées et expériences des projets de développement et, en conséquence, de pouvoir concevoir des projets avec plus d’efficacité. Par ailleurs, nous avons aidé à la création d’autres groupes associatifs villageois.

En mettant en rapport des groupes avec les différentes formes d’entraide existant en France, nous avons incité les résidents et les associations villageoises à réfléchir sur leur rapport à la société d’accueil et nous avons demandé aussi aux associations locales, services sociaux municipaux et police d’Alfortville de se repositionner vis à vis de la communauté malienne.

Ce projet mérite une continuité et un approfondissement des actions menées depuis plus de deux ans perdes bénévoles qui ont sensibilisé à ces idées l’ensemble du foyer.

Les principaux objectifs sont de faire connaître la vie quotidienne des maliens d’Alfortville et de diffuser les réalisations des associations villageoises et des autres regroupements communautaires traditionnels. Faire que des échanges aient lieu autour des projets de développement au Mali et d’intégration en France.

Il semble que beaucoup de nos partenaires français croient que la participation des migrants au développement des villages d’origine est un fait récent. En réalité, cela a commencé avec l’immigration. Le seul fait nouveau : les regroupements traditionnels ont été récemment légalisés (loi 1901) et sont donc davantage connus à l’extérieur.

L’IMMIGRATION DES SONINKE (1958-92)

Le début de l’immigration de la zone sahélienne se situe entre 1958 et 59, juste avant l’indépendance et répondait à une demande de main d’oeuvre de la France. Les raisons qui nous ont poussés à venir sont des raisons économiques.

Dès 68, la situation a changé : l’immigré, qui travaillait pour faire des économies et se réinstaller au pays est devenu le principal soutien alimentaire de toute une famille.

A partir de 74, l’idée est venue que les immigrés de chaque village commencent à créer des regroupements communautaires villageois ayant pour objectifs de répondre aux besoins du village

Agents de développement au Mali, souvent à partir de maigres ressources et, dans d’autres cas, avec l’aide de certaines ONG et de municipalités, les immigrés ont ainsi construit des écoles, des dispensaires et des pharmacies, ils ont financé des coopératives de consommation, ils ont valorisé des terres de cultures par les barrages, l’irrigation, ils ont également multiplié les points d’eau potable par la création de puits et l’installation de pompes manuelles et mécaniques.

Toutes ces petites réalisations contribuent à élever le niveau de vie des populations, tandis que l’immigré qui réside en France perd ses droits en matière de séjour, de protection sociale, en cas d’absence prolongée du territoire français. Il perd aussi son travail et, malheureusement, aucune législation n’a été mise en place pour sa protection.

Pour ces actions, pouvons-nous être reconnus économiquement et socialement comme acteurs et agents de développement, des agents économiquement et socialement indispensables à l’amélioration des conditions de vie de nos communautés ? Il semble urgent de pouvoir sortir de l’impasse et d’utiliser toutes les ressources disponibles au sein de la communauté malienne pour rendre à cette dernière son autonomie.

Nous avons donc besoin de partenaires prêts à discuter avec nous sans essayer de nous imposer des idées toutes faites, bref à ne pas nous considérer comme de grands enfants qu’il faut assister.

LES ASSOCIATIONS VILLAGEOISES REGIES PAR LA LOI 1901

Une association villageoise est le regroupement des ressortissants d’un même village ou du regroupement d’un village et ses hameaux, des cultures transmises depuis les origines.

En fait, cette forme associative est compatible avec nos traditions car elle a toujours existé dans le passé avec nos anciens. En dehors des chefs traditionnels, un groupe est choisi et élu pour gérer la destinée de la communauté. Ce groupe est celui des Sages.

Les associations villageoises ont commencé à se créer aux environ de 7980. Elles avaient pour but de promouvoir le développement villageois. Une grande partie des responsabilités ont été déléguées aux jeunes, car ils sont plus instruits scolairement que les anciens. Les jeunes peuvent mieux prendre en charge le fonctionnement de l’association et, par exemple, laisser des traces écrites des dépenses effectuées.

Le rôle des Sages n’est pas pour autant négligeable, car rien ne se fait sans leur approbation (au niveau de l’association en France et au village d’origine). Le chef de village demande toujours l’avis des Sages pour toute décision engageant l’avenir du village.

L’approfondissement de l’expérience des maliens d’Alfortville rend nécessaire la consolidation de tous ces projets en matière de développement des villages d’origine. Pour réussir l’intégration il faut qu’il y ait poursuite du développement villageois. Il est nécessaire que nous sachions nos familles à l’abri de certaines intempéries et cela est faisable, parfois, avec peu de moyens.

CREATION D’UNE « COMMISSION DE LA VIE ASSOCIATIVE »

En 1991, les résidents du foyer SOUNDIATA d’Alfortville et le directeur du foyer se sont réunis autour d’une table pour créer une Commission de la vie associative. Que veut dire « Commission de la vie associative » ? C’est mettre les associations villageoises en rapport les unes avec les autres, car chacune de ces associations travaillaient à part, elles ne se consultaient pas.

Il n’y avait pas de dialogue entre elles. Grâce à cette commission, 1 es associations se sont, aujourd’hui, regroupées et se réunissent toutes les deux ou trois semaines pour exposer les idées de développement de leurs villages d’origine et pour discuter des problèmes d’intégration en France. Le résultat est que la sensibilisation a été efficace et qu’à l’intérieur du foyer, d’autres groupes et commisions ont vu le jour: commission de sécurité, troupe de musique, commission santé, équipe de football, groupe d’alphabétisation, atelier écriture…

LE « FOYER-VILLAGE »

Le foyer représente pour nous, tout d’abord, un lieu de regroupement. C’est aussi la poste ; c’est par cette maison collective qu’on peut avoir des nouvelles du pays et des villages, c’est un lieu de communication, le tissu central qui relie les immigrés. La vie du foyer, c’est l’assurance de notre identité et la garantie individuelle pour chacun (nos cotisations collectives couvrent les nécessiteux qui sont parmi nous).

Cette vie communautaire fait partie de nos traditions soninkés. L’expérience nous montre que depuis le temps de la culture du coton et de l’arachide au Sénégal, elle a été leur ligne de conduite. Une fois que l’immigration est arrivée en France, nous avons continué le même système.

Le foyer d’Alfortville est situé d’abord au 21 quai d’Alfortville. Le 23 mars 1971, les nouveaux locaux deviennent foyer Soundiata d’Alfortville au 4 rue des Alouettes. Avec l’arrivée de la nouvelle génération, des rapports se sont tissés entre la commune et le foyer. Nous participions aux manifestations culturelles et réciproquement, la commune participait à nos activités.

Mais depuis plus d’une dizaine d’années le foyer, que nous estimons partie intégrante de la commune, s’était isolé et renfermé sur lui-même, au moment où nous avions besoin de partenaires pour les multiples activités que nous menions au sein de notre communauté. Voilà pourquoi le foyer a pris l’initiative de renouer avec la commune.

JOURNEES ORGANISEES PAR LA COMMISSION DE LA VIE ASSOCIATIVE

Pour communiquer avec l’extérieur, les résidents du foyer ont organisé des manifestations avec la collaboration d’ONG, d’associations et de travailleurs sociaux de la commune.

La première journée a eu lieu le 4 juillet92, la deuxième le 17 octobre 92, grâce à l’action de la C.V.A. Cela a permis de mieux faire connaître la vie sociale et culturelle des résidents et leurs activités de développement pour leurs villages d’origine.

Ces « opérations portes ouvertes » ont permis de rompre avec de longues années d’isolement, si bien que les résidents ont demandé que ces manifestations se renouvellent plus souvent.

FOYER, LIEU D’ECHANGES ET DE RENCONTRES

Le foyer, n’est pas seulement un dortoir, c’est aussi le lieu des rencontres de tous (artisans traditionnels, cordonniers, bijoutiers, tisserands, tailleurs, griots). C’est aussi le point de départ de tous les projets de développement villageois et le siège de nos associations. Enfin, le foyer est un lieu où le dialogue est possible avec nos familles, où nos enfants retrouvent leurs racines culturelles.

LE FOYER CREE UN ATELIER D’ECRITURE

Notre objectif : retrouver la mémoire de nos villages, comprendre le sens de ce que nous faisons ici (particulièrement notre rôle d’agents de développement et d’intermédiaires entre ici et là-bas) et nous voulons le faire savoir en dehors de notre communauté.

C’est pour cette raison que nous voulons écrire nos projets en français. L’atelier d’écriture a été crée et démarre au foyer dans ce but. Il fonctionne de la façon suivante : nos conversations sont enregistrées et, petit à petit, nos souvenirs, nos expériences et ce que nous pensons aujourd’hui trouvent une expression dans la langue française.

Pourquoi tenons-nous à faire savoir que le foyer est le centre de tous ces projets, le siège de toutes ces associations ? Pour montrer malgré ce qu’on peut dire dans la presse qu’il n’y a pas au foyer que des côtés négatifs.

L’opinion en France doit être sensibilisée aux projets de développement initiés par les immigrés. Ces derniers doivent être reconnus comme agents de développement dans leurs villages et comme acteurs et partenaires ici, car sans développement là-bas, il n’y a pas d’intégration possible ici.

Commission de la Vie Associative et Atelier d’écriture

No 28 – Sommaire / Edito

Sommaire

I. MÉMOIRE

  • Les chemins du politique. Saïd Bouamama. P.5-6
  • -L’émigration portugaise, Joachim Soarez. P.6-7
  • Histoire du mouvement beur, Mogniss H. Abdallah, Hugues Bazin. P.8-9

II. DISCOURS ET RÉALITÉ SUR LES QUARTIERS

  • Paradoxes, J.P. Descamps. P.11
  • Ça bouge à Bondy, Raymond Curie. P.12-14 / Rock Ardennes. Solidarité P.14
  • Des flocons bleus à Grigny, Martine Gerson. P.15
  • Gennevilliers, histoire d’une Mobilisation, Hafida Charef, Hugues Bazin. P.16
  • Témoignages, Karine Veducheau, Hafida, Charef, Rodolphe Soligny, P.17
  • Texture : Penser, parler, écrire, agir et change pour la citoyenneté. Saï t Bouamama. P.18-19

III. OUVERTURE D’UN ESPACE CULTUREL

  • La seconde conquête de l’espace, Hugues Bazin. P.21-22
  • Aubervilliers Bande Comédie, Catherine. Boskowitz. P.22-23
  • Traction Avant Cie, Marcel Notargiacomo. P.24
  • Festival « Y’a de banlieue dans l’air » P.26

IV. UNE PENSÉE GLOBALE POUR DES ACTIONS LOCALES

  • Travail social et décentralisation, Raymond Curie. P.28-29
  • Démythifier le social, Hugues Bazin. P.30-31
  • Naissance d’une mutuelle. P.31
  • Délégation interministérielle pour la ville, Liliane Guigni, Nicole Martin, Hugues Bazin. P.32-33
  • Jeunesse et nouvelle citoyenneté, Saïd Bouamama. P.32-33
  • Rencontre nationale « Banlieue cent visages ». P.33-34
  • Le séjour des jeunes étrangers en France, Patrick Mony. P.35-36.

V. VERS UNE NOUVELLE CITOYENNETÉ

  • Saïd Bouamama. P.38-39
  • Bibliographie. P.39

Édito

Jeunes des banlieues et banlieue des cultures, ce numéro spécial inter-associatif (LPS -Mémoire Fertile – PEPS – STAJ) ouvre le débat. La diversité des articles est à l’image des cent visages d’une banlieue regardée habituellement sans visage.
Il y a des logiques contradictoires et des contradictions entre discours et réalité. La richesse des interventions dévoilent aussi ces contradictions. Nous avons pris ce risque. Au ventre mou d’un consensus hâtif nous préférons l’âpreté des débats préliminaires à toute construction.
Conçu comme une étape, ce numéro de PEPS conduira le groupe initiateur à l’organisation d’une Rencontre Nationale le 24-25 novembre 1989 à Nanterre. Ce sera l’occasion d’ouvrir, nous l’espérons, un espace d’expressions et de propositions.
Le droit des cités et des jeunes à s’exprimer et à être entendu soulève des vagues. Parfois surgit le vieux syndrome de « mai » dans la peur collective d’un raz-de-marée.
Sous les paradoxes pointés par le dossier se cache un malaise :
Présentés comme « fer de lance » des politiques, les jeunes sont « partenaires », « avenir du pays », « force vive ». Cependant lorsqu’ils prennent une place non attribuée, ils ne leur restent que le droit de se taire.
Ils sont alors « en difficultés », « délinquants », au pire « inadaptés », au mieux « à réinsérer ». Si ces qualificatifs justifient le mandat de l’intervenant, ils appauvrissent la lecture de la réalité sociale. Cernés dans un problème ou une maladie, on s’autorise à parler d’eux et traiter de leur sort derrière le langage éducatif de « l’autonomie des populations ».
Aussi est-il important de préserver une mémoire en suivant la trace des différentes mobilisations des jeunes de cette décennie. Il est nécessaire de partir des formes de participation et d’expression, action d’aujourd’hui, pour démystifier le discours sur « jeunes des quartiers » et « jeunes immigrés ».
Concevoir une pensée globale pour une action locale exige ce cheminement. Sans quoi l’idée de « nouvelle citoyenneté » sera comme le ravalement des mots « Liberté-Egalité-Fraternité » sur le frontons des mairies en cette année « révolutionnaire ». Elle risque d’appeler la dérision au lieu de la considération de ceux qui savent quotidiennement ce que « Droit de l’Homme » veut dire.

No 24 – Sommaire / Edito

Sommaire

SENS INTERDITS

« Un autre regard sur l’injonction thérapeutique », interview du Docteur MAILLET par Philippe BOURGLAN, Intervenant en toxicomanie et Odette TOULET CASTERA, Psychanalyste –
« Herbe Horizon nous », par P. MOUGEL, sociologue, université de PARIS XIII

ETAT D’URGENCE

  • « Histoire d’une jeune toxicomane séropositive » par Christine LEDENIC et Abdenour CHIBANE, éducateurs
  • « A propos de l’urgence » par Krystyna FAMERY, Educatrice en Prévention Spécialisée et Monique MAMOU, Psychologue

QUARTIER-ES -TU LA ?

  • « Où sont les habitants » par Michel LESPAGNOL, Animateur –
  • « Intoxication sur la toxicomanie », par Hugues BAZIN, Educateur en Prévention Spécialisée

LES RELAIS : ASPECT MICRO-SOCIAL

  • « Regard d’un membre de la « communauté » sur les travailleurs de la toxicomanie en représentation » par Raymonde ADDA, interview de Patrick FREHAUT
  • « Flash Gordon » par Alain BONNET, Educateur en prévention spécialisée.

ASPECTS DES POLITIQUES LOCALES

  • ‘Penser globalement pour agir localement » par Jean Paul DESCAMPS, délégué général de STAJI
  • « Toxicomanie et Intervention Locale: une nouvelle approche » par Christian BACHMANN, spécialiste en sociolinguistique et politique sociale, Université de PARIS XIII-Villetaneuse
  • « Le projet Bus santé d’Orly » par Raymond CURIE, Educateur spécialisé – « Politique de prévention locale: histoire d’une réflexion institutionnelle » par Odile BOUDEAU, Animatrice

TOXICOMANIE ET FONCTIONS SOCIALES

  • « L’empire du jeu », par Hugues BAZIN, Educateur en Prévention Spécialisée
  • « L’approche sociologique de la toxicomanie, une approche non spécialisée », interview de Robert CASTEL, professeur et responsable du département de sociologie de PARIS VIII, par Patrick FREHAUT

REGARD

  • « Le social peut-il nommer la toxicomanie ? », entretien de Hugues BAZIN et Patrick FREHAUT avec Antoine LAZARUS,responsable du Groupe Multi-profe-sionnel des Prisons, Professeur en santé publique à la Faculté de Médecine de Bobigny, Responsable du secteur santé de l’Institut De l’Enfance et de la Famille.

Edito

Comment arriver à parler de la toxicomanie pour ne plus en parler, ou du moins en parler autrement ? La focalisation des discours et des images sur ce problème n’est évidemment pas fortuite. Des articles révéleront la fonction sociale remplit par la toxicomanie. Il n’est alors pas facile de dire »laissez-les tran¬quille » quand des discours insidieux introduisent l’idée de soins forcés contre la volonté de l’intéressé.
Ce « laissez les tranquille », signifie aussi « laissez nous tran-quille », nous les travailleurs sociaux, courroie de transmission du pouvoir, matière première de l’intellectuel, relais du spécialiste. Et là aussi ce n’est pas facile de l’affirmer à l’heure où s’exerce une pression quant à l’efficacité et au coût du social,
L’observateur lucide qualifie le travail social de « mission impossible ». Ce piège sera décrit. En sortir nécessite de refuser la culpabilité, la mauvaise conscience du devoir non accompli, du vide non rempli. Certains cherchent à solutionner tous les problèmes repérés, d’autres pensent trouver ses solutions en se référant à un savoir spécialisé prôné comme panacée, d’autres enfin exposent en vitrine des opérations spectaculaires.
La toxicomanie, plus que d’autres symptômes d’une société en mal d’identité,révèle des pratiques qui décrivent une certaine construction de la réalité sociale. Ce document ouvre une autre voie à travers l’opportunité qu’offre la revue PEPS d’une appro¬priation de la part des travailleurs sociaux d’une parole et d’une réflexion sur leur pratique. Le toxicomane n’apparait plus comme un objet médical, un symptôme qui prendrait alors la fonction bouc émissaire en tant que lieu de déversement

d’angoisses, d’invectives et de diatribes de la part d’individus en mal d’être ou en mal d’idées et d’innovations en terme de politiques sociales, mais comme sujet par sa relation au travailleur social et au réseau social.
Ainsi s’élabore chez les travailleurs sociaux une capacité à réfléchir sur la toxicomanie où leurs pratiques changent l’idée qu’on se fait de celle-ci.Un savoir et une méthodologie se con¬struisent permettant au travailleur social de s’affirmer comme spécialiste de la non-spécialisation et mettre d’oeuvre d’un travail inter-partenaires. Ce travail s’articule naturellement avec la mise en place d’une politique de prévention locale où la toxicomanie ne constituerait qu’un élément révélateur des problèmes liés aux difficultés de vie et d’insertion des jeunes.
Dans cet esprit, suite au colloque sur « Politiques locales et toxico¬manie » qui s’est déroulé fin janvier à Marly Le Roi, ce numéro spécial a été conçu par plusieurs associations intervenantes dans le social: Logement et Promotion Sociale (LPS), Service Technique pour les Activités de Jeunesse (STAJ), Paroles Et Pratiques Socia¬les (PEPS). Des travailleurs de terrain et des chercheurs s’expriment. Les propos des uns et des autres s’illustrent et se complètent mettant à la disposition du lecteur des éléments théoriques et pratiques.

LE COLLECTIF
L.P.S. : Odile Boudeau, Alain Binnet, Krystyna Famery, Michel Lespagnol P.E.P.S. : Hugues Bazin, Patrick Fréhaut, Philippe Mougel, Philippe Bourglan S.T.A.J. : Jean Paul Descamps

No 08 – Sommaire / Edito

Économie sociale

Sommaire

ACTUALITÉ DU TERRAIN

VOTRE LOGEMENT M’INTÉRESSE
L’histoire d’une expulsion en plein hiver sur fond de rénovation-réhabilitation d’un quartier parisien. Et une interrogation sur logement et travail social.

OUVERTURE DEL’ANAS ?
Un petit groupe interroge l’ANAS sur son avenir : sera-t-elle à la fois
lieu de recherches innovantes et instance représentative ?

LETTRE OUVERTE
Sexe, inceste ont manifesté. Contre-manifestation en réponse à Sigala,
sur l’affaire du Coral.
Ça m’énerve.

QUESTIONNAIRE
Qui sont le lecteurs de P.E.P.S. ? Un questionnaire à détacher et à
nous renvoyer pour mieux répondre à vos attentes.
Ça m’énerve (suite).

DOSSIER L’ÉCONOMIE SOCIALE :
DES TRAVAILLEURS SOCIAUX CRÉATEURS D’ENTREPRISE.

  • Compte-rendu de la réunion P.E.P.S. sur l’économie sociale
  • Repères : — des chiffres et une éthique
  • Interviews : — Madras, Ader, Eureka — Centre d’Information sur les Innovations Sociales
  • S.C.O.P. — Innovations
  • Économie sociale et développement local
  • Le choc de la crise, le poids du secteur coopératif
  • En Tunisie, des travailleurs sociaux au coeur de l’économique.

ECHO DES LUTTES

FRAIS DE DÉPLACEMENT : CONTROLE ET GRIGNOTAGE Comment, derrière le contrôle des frais de déplacement, on aperçoit la mise sous tutelle du travail social.

ÉCOLES DE SERVICE SOCIAL : PERSPECTIVES
FORMATION PROFESSIONNELLE
Le Comité d’Entente commente et prend position sur le nouveau
diplôme d’État des A.S.

LIVRES et REVUES

Edito

Le printemps, ce sont de nouvelles énergies à l’oeuvre et les anciennes qui reprennent vigueur.
Le Dossier « Économie Sociale » est au coeur de cette dynamique : Recréer un passé artisanal dans ce qu’il peut avoir d’actualisable et réaliser un mode d’insertion au travail plus « écologique » ou bien inventer un job new-look à visée performante ou bien, solution fourre-tout face à une mutation sociale et économique. Derrière tout cela, la recherche d’un nouveau rapport au travail dans laquelle sont embarqués quelques travailleurs sociaux.
Et dans ce numéro les deux axes choisis seront Formation-Information.
Les nouvelles énergies printanières, ce sont aussi celles à l’oeuvre dans cette revue : les forces nouvelles qui ont rejoint l’équipe en place et toutes celles qui concourent à divers titres à faire paraître la revue, tous les deux mois.
Ce mois-ci, c’est également le deuxième printemps de l’Association PEPS, en continuelle évolution. A Bientôt pour son Sème printemps. Bref, la vie continue…
R.G.